‹ Des affections nerveuses syphilitiquesChapitre 17 sur 61 · NÉVROPATHIE DIATIIÉSIQIJE DE LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

NÉVROPATHIE DIATIIÉSIQIJE DE LA SYPHILIS

L’accident primitif, nous l’avons vu, après une incubation plus ou moins prolongée, vicie le sang et infecte l’économie tout entière. Un exanthème plus ou moins superficiel est habituellement la première marque physique de la généralisation de la maladie, de l’empoisonnement de l’organisme.

Mais, déjà avant cette éruption , la constitution est profondément altérée ; la plupart des fonctions essentielles de l’organisme peuvent témoigner par des troubles plus ou moins intenses, variables selon les individualités et les prépondérances physiologiques, des funestes influences qu’elles ont subies. Au moment où la diathèse s’établit, le système nerveux peut être plus ou moins perverti dans ses attributions de myotilité ou de sensibilité; il exprime alors par des phénomènes plus ou moins violents, l’impression générale que l’infection lui a fait éprouver dans son ensemble.

Nous croyons pouvoir désigner sous le nom général de névropathie diatliésique^ les divers troubles nerveux que l’on constate, soit quelques jours avant l’apparition de l’exanthème syphilitique, soit conjointement avec lui; troubles qui persistent quelquefois jusqii’après l’institution du traitement spécifique.

La névropathie diathésique est constituée par un

Jt

N ÉVROPATHIE DIATITÉSIQUE.

état de malaise, de prostration générale, par des douleurs vagues, souvent erratiques, qui ont leur siège tantôt dans les lombes, tantôt dans les masses musculaires des membres, quelquefois au voisinage des articulations, dans la tête, ou encore sur le trajet de différents nerfs, notamment de ceux du cuir’^chevelu. Ces douleurs névralgiques se développent manifestement sous l’influence de l’état général du système nerveux. On ne peut donc pas les attribuer à des lésions matérielles qui siégeraient dans les systèmes osseux ou fibreux, comme les névralgies et les autres accidents nerveux qui surviennent à une époque plus avancée de la diathèse syphilitique.

Mais ce ne sont pas là les seuls phénomènes que fait I naître la secousse imprimée par la syphilis sur l’appa- ; reil sensitivo-moteur. Souvent le caractère des malades ! est profondément altéré; ils sont sujets à un état d’irri- I tabilité et d’inquiétude inexplicable; il se manifeste I de légers symptômes d’hystérisme; parfois même i éclatent, pour la première fois, de véritables accès hystériques. En un mot, une foule d’accidents nerveux, voire même la chorée et l’hystérie, peuvent faire explosion dans ces circonstances ; c’est ce que démontrent nos observations (voir l’article Hystérie et chorée).

Nous donnons plus loin l’observation d’un homme chez lequel l’exanthème syphilitique avait été précédé d une paralysie du nerf facial. Chez certains malades, il survient, à cette période de l’affection, des maux de tête, des étourdissements, des vertiges, des sifflements et des bourdonnements d’oreilles, et parfois même une surdité plus ou moins prononcée; enfin, des symptômes gastralgiques peuvent succéder aux phénomènes précédents. L’ensemble de ces accidents est

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rapporté par quelques auteurs à un appauvrissement du sang, à un état chloro-anémique. Mais vouloir constamment admettre l’existence de la chloro-anémie dans des cas semblables , ce serait s’exposer à des erreurs fréquentes; l’examen attentif des malades ne justifierait pas toujours cette hypothèse. On voit, en effet, des personnes vigoureuses et sanguines présenter tous les désordres que nous avons énumérés plus haut, sans qu’elles aient perdu ni leurs forces, ni la fraîcheur de leur teint; sans qu’elles soient affectées de palpitations ou de bruit de souffle vasculaire ; sans qu’elles offrent, en un mot, aucun des traits caractéristiques de la chloro-anémie.

D’ailleurs, du moment que l’observation nous enseigne que la diathèse syphilitique peut, en pervertissant le système nerveux, donner naissance aux accidents multiples mentionnés plus haut; pourquoi ne pas admettre que toute manifestation morbide de la part de cet appareil puisse être consécutive à l’action direct delà syphilis, sans en chercher l’explication dans l’existence hypothétique de la chloro-anémie; je dis hypothétique parce que l’observation démontre que cet état est loin de se rencontrer toujours dès le début de la diathèse syphilitique.

La syphilis ne fait en cela que partager une propriété particulière à toutes les autres infections avec lesquelles elle offre tant d’analogie. Est-elle, en effet, la seule qui, par l’action directe de la matière infectante sur l’appareil sensitivo-moteur, produise des névroses? N’est-ce pas ainsi que se conduisent les empoisonnements saturnins et paludéens, ceux qui se rattachent aux affections charbonneuses, à la rage et, en général, à tous les virus? dans ces différents états

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, constitutionnels ne voit-on pas l’absorption du principe morbifique être suivie parfois de perturbations • nerveuses d’une violence extrême?

En admettant même l’existence de la chlorose, ne sait-on pas que dans un grand nombre de cas, sa première cause doit être recherchée dans une perversion des fonctions du système nerveux?

Malgré les restrictions qui précèdent, il n’entre pas dans notre pensée de nier l’existence de la chloroanémie d’une manière absolue. Loin de là, nous sommes convaincu, au contraire, que chez plusieurs ^ malades cet état se développe dès le début de la syphi- I lis constitutionnelle.

Du reste , on sait que M. Grassi a constaté , par l’analyse du sang des syphilitiques, une diminution notable dans la proportion des globules. Cependant, nous ferons remarquer que c’est ordinairement à une période plus avancée de la diathèse qu’a lieu l’appauvrissement du sang. On ne peut donc alléguer, dans tous les cas, la déglobulisation de ce liquide pour expliquer diverses manifestations nerveuses que la diathèse syphilitique détermine dès son début ; d’ailleurs, nous l’avons déjà dit, des malades sanguins et d’une constitution athlétique ne sont pas à l’abri des accidents nerveux diathésiques; il faut cependant avouer qu’on les rencontre bien plus souvent chez des individus faibles et hydrémiques, soit qu’ils le fussent déjà avant de contracter la vérole, soit qu’ils le deviennent par l’effet même de la diathèse.

Voici enfin un dernier argument qui milite en faveur de notre opinion.

Le mercure, employé dans les circonstances dont nous parlons, se rend rapidement maître de tous les

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accidents nerveux, excepté chez les malades très-profondément anémiques dont l’état exige soit un traitement tonique préalable, soit l’association des deux médications spécifique et fortifiante. Or, ne savons-nous pas que le mercure est une des substances qui produisent le plus promptement l’appauvrissement du liquide sanguin, et par suite l’anémie. Si donc, loin d’aggraver les douleurs et les autres phénomènes nerveux diathésiques, le mercure les calme et les dissipe, l’absence de la chlorose sera évidemment prouvée, ainsi que l’action immédiate de la syphilis sur le système nerveux dans un grand nombre de cas.

Indépendamment des différents phénomènes que nous, avons énumérés, on rencontre encore d’autres accidents nerveux chez les malades récemment infectés. De même que clans les fièvres éruptives^ dont la marche et l’incubation ont une si grande analogie avec la vérole à son début, diverses perversions des fonctions nerveuses précèdent ou accompagnent parfois l’éruption cutanée; de même dans la syphilis le premier exanthème est souvent annoncé par des phénomènes qui dénotent une perturbation profonde du système nerveux. Il arrive même que ces accidents nerveux, une fois déclarés, persistent jusqu’à ce qu’ils soient combattus par les spécifiques. C’est ainsi que certains individus, menacés d’une prochaine éruption ou affectés depuis peu de temps d’une syphilide, sont en proie à des convulsions, à des contractions spasmodiques, etc. (1) Quoique ces faits se rencontrent rarement, il faut reconnaître la possibilité de leur production par la syphilis et songer à cette diathèse lorsqu’on se trouve en face d’un cas semblable dont l’étiologie est obscure.

(1) Voir les observations au chapitre Convulsions.

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Quelquefois enfin la fièvre précède l’exanllième sy- I pliilitique et persiste môme après l’apparition de l’érup- , tion. Cette fièvre, remarquée depuis longtemps déjà, et

I que M. H. de Castelnau a décrite sous le nom de ftème ^ syphilitique^ ne peut être considérée comme la source \ des phénomènes nerveux mentionnés plus haut; d’ay bord, parce qu’elle s’observe rarement; tandis qu’on î rencontre très -fréquemment chez les syphilitiques r, quelques-uns des troubles nerveux dont nous avons » parlé; ensuite, parce qu’elle est habituellement très- » peu violente, et que sa bénignité n’est nullement eu t rapport avec l’intensité des accidents pour l’explica- )i tion desquels on l’invoque.

Dans certains cas, elle revêt la forme intermittente

II ou rémittente avec exacerbations fréquentes. Nous i savons que l’intermittence est un des caractères propres .. à la perturbation du système nerveux; et sans admettre,

avec M. Rayer et Giacomini, que cette fièvre est une ^ affection purement nerveuse, nous sommes obligé d’a-

I bouder en partie dans leur sens et de reconnaître que, même dans l’empoisonnement paludéen, le système nerveux est le premier perverti dans ses fonctions. Ce fait est prouvé par l’accès lui-même qui n’est composé que d’une série de phénomènes en rapport avec la manière d’être du système nerveux. On verra dans les observations relatées à la fin de l’article spécial sur la ' fièvre intermittente syphilitique, l’histoire remarquable J de quelques malades dont les accès, après avoir résisté à toutes les médications, au sulfate de quinine lui- Q môme pendant longtemps employé, ont rapidement cédé I. au traitement mercuriel institué dès qu’on a reconnu î les autres symptômes diatbésiques concomitants.

11 faut donc admettre, chez plusieurs malades récem-

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ment infectés, un état nerveux général dont les manifestations varient selon les aptitudes et les susceptibilités individuelles. M. Ricord donne le nom de névrose à cette manière d’être du système nerveux ; celui de névropathie ne serait-il pas préférable?

Parfois nous avons été à même d’observer qu’aussitôt après l’éruption il survenait une amélioration remarquable dans tous les phénomènes nerveux. C’est ainsi que nous avons vu diminuer la prostration, la surdité, les douleurs de tête et des membres, les symptômes hystériformes, etc. Nous nous empressons cependant d’ajouter que parfois ces mêmes accidents reparaissent de nouveau, quelques jours après leur disparition; ce dont on voit un exemple dans l’une des observations insérées à la fin de l’article sur l’hystérie.

Cette disparition des phénomènes généraux, dès que l’éruption s’est faite, peut favoriser une erreur de diagnostic, en trompant le médecin sur la nature de la maladie et lui faisant admettre une fièvre éruptive. Cette méprise a été commise à l’occasion de quelquesuns des malades dont on trouvera les observations dans le courant de ce mémoire.

Ainsi que nous l’avons déjà dit, on ne peut, dans l’état actuel de la science, rattacher à des lésions matérielles ces manifestations nerveuses, variables suivant les individus. On ne doit les regarder que comme un retentissement, une réaction du système nerveux morbidement impressionné. Du reste, le mot névrose, employé par M. Ricord, nous prouve que c’est là aussi la manière de voir de 1 ’au teu r de 1 ' Iconographie des maladies vénériennes.

Il est à remarquer d’une manière générale, que plus on avance dans le cours de la diathèse, plus la névropathie tend à limiter ses manifestations.

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Au début delà syphilis, le système nerveux, souffrant 1 dans son ensemble, réfléchit sur plusieurs de ses points l’impression maladive ffu’il éprouve; mais à une pé- 1 riode plus avancée, les douleurs tendent tellement à i se localiser, que c’est souvent une névralgie ou une i: douleur encéphalique seule qui constitue toute l’ex-

j pression de l’état de souffrance du système nerveux.

Les douleurs encéphaliques sont, avec les névralgies, 1 les symptômes nerveux les plus communs de l’infection 3 constitutionnelle. Dans un chapitre spécial nous ferons 1 l’histoire des névralgies syphilitiques, d’après les obser- 1 valions que nous avons recueillies. Quant aux céphalées, f elles ont assez souvent été confondues avec les névralgies ! ou avec les douleurs quedéterminent, à une époque plus r avancée de la diathèse, les exostoses, les périostoses et i d’autres lésions matérielles de l’éncéphale ou de ses (, parties protectrices. Quoi qu’il en soit, les céphalées sont il le symptôme le plus fréquent de la diathèse syphili- J tique, et souvent elles existent dès son début. On doit j placer leur siège dans la profondeur de la masse encé- I phalique. Les malades eux-mêmes les accusent dans î l’intérieur du crâne. Cependant elles semblent quelp quefois occuper les parois osseuses. Des douleurs ostéon copes concomitantes, se manifestant sur d’autres parties fi du squelette, permettent de leur assigner ce siège.

Quoiqu’un des caractères les plus fréquents de ces \ douleurs soit leur apparition pendant la nuit, nosobservalions ne nous permettent pas d’admettre avec plusieurs fi auteursque ce soit là une de leurs propriétés constantes, i i\ous les avons vues bien des fois tourmenter les malades t aussi bien le jour que la nuit, et, quoique le fait soit exceptionnef quelques-uns de nos malades ne les présenta talent que pendant le jour.

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[1 est à remarquer aussi que la chaleur du lit n’exaspère pas les douleurs chez tous les malades.

Enfin d’autres alTections que la syphilis déterminent des douleurs qui diminuent par l’impression du froid. C’est là, comme on le sait, le propre de presque toutes les névralgies, quelle que soit leur origine.

Si nous ne répétons pas, avec la plupart des médecins, que l’exaspération nocturne, sous l’influence de la chaleur du lit, est le caractère spécial des douleurs syphilitiques, ce n’est pas que nous ne reconnaissions la réalité de cette assertion dans le plus grand nombre des cas ; mais des faits qui nous sont connus ne nous permettent pas d’être aussi exclusif que ces auteurs; et nous ne pouvons nous contenter de cette recrudescence seule pour déclarer la nature syphilitique d’une céphalalgie, pas plus que nous ne nous croyons autorisé à éloigner toute présomption en faveur de la nature syphilitique du mal, par cela seul que les douleurs persistent pendant le jour.

Lorsqu’on a scrupuleusement étudié un grand nombre de malades syphilitiques, on est frappé de l’absence, chez plusieurs d’entre eux, de tout phénomène dénotant un trouble physiologique. Au début de la diathèse, ils n’éprouvent ni douleurs de tête, ni douleurs dans les membres, ni malaise, ni prostration, etc. Le seul symptômequi révèle leur infection constitutionnelle, est une éruption cutanée, ou quelque autre affection superficielle. En un mot, on ne constate chez eux que des troubles physiques.

Enfin, on rencontre des malades affectés d’une syphilis acquise, présentant des accidents secondaires tardifs, et même des symptômes tertiaires, sans qu’ils aient jamais éprouvé le moindre symptôme nerveux, sans qu’ils

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r aient jamais ressenti la souffrance la plus bénigne.

J Quel contraste frappant ne présentent-ils pas, quand on

i vient aies comparer aux malades eu proie à des douleurs ij affreuses, aux accidents nerveux les plus intenses, des I les premiers jours de rétablissement de la diathèse.

En lisant l’iiistoire de la plupart de nos malades, on J trouvera décrit avec détails cet état de souffrance géné- I raie du système nerveux au début de l’infection, état y que nous proposons de désigner sous le nom de névro- I pathie syphilitique. Il est donc inutile, sinon fastij dieux, de grossir outre mesure le volume de ce livre, 3 en insérant ici un nombre considérable d’observations i à l’appui de la description que nous venons de donner. 1 Tout médecin qui aura tant soit peu l’iiabitude d’ob- » server les syphilitiques reconnaîtra sans peine la vérité I de tout ce qu’on vient de lire.

] Observation II. — Névropathie syphilitique ou divers accidents nerveux déterminés par l’infection syphilitique et complètement dissipés pur les spécifiques.

> G. P... âgée de 21 ans, blanchisseuse, demeurant au n“ 35 I de la rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur, native de Cherbourg, i inscrite à la préfecture depuis le 27 septembre 1855, est entrée

I pour la première fois à la maison de Saint-Lazare le 22 mai

[ 1857. Elle y est restée jusqu’au 3 août pour un chancre du

col que le docteur Commenge, alors interne de l’hôpital, cautérisa au fer rouge à trois différentes reprises. Depuis sa sortie ) de SainULazare, cette femme n’a eu aucune espèce d’accidents I constitutionnels.

Les règles ont paru pour la première fois chez cette femme ^ à l’âge de 10 ans. A 11 ans elle eut des rapports sexuels, à la 5 suite desquels elle contracta une urélhrite pour laquelle elle I fut traitée à Lourcine. Ses règles ont toujours été régulières.

! Elles durent de trois à quatre jours. Cette durée n’a' pas varié [ par la prostitution. Néanmoins elle a remarqué que lorsqu’elle n exerce pas sa triste industrie elle perd beaucoup moins de

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sang. Lco février 1859, elle rentre à Saint-Lazare dans l’état suivant : plaques muqueuses des grandes et des petites lèvres ainsi que des amygdales; éruption de syphilides pustuleuses sur l’abdomen, la poitrine, le eou et les parties latérales du nez. Croûtes pustulo-crustacées nombreuses au cuir chevelu. Le col utérin est légèrement tuméfié et rouge. Il existe à l’entrée de son orifice une ulcération de la lèvre supérieure. Elle est petite et peu profonde. On diagnostiquaà la préfecture un chancre du col. Le docteur Commenge, qui observa la malade à Saint-Lazare, fit sur la cuisse de cette même malade une inoculation avec du liquide puisé à l’ulcération. Résultat négatif.

Il y a trois semaines que les éruptions cutanées ont commencé à se montrer chez cette femme. Il est à remarquer que quelques jours avant l’apparition des manifestations diathésiques, il lui est survenu un état dyspeptique très-prononcé et des symptômes nerveux que nous allons décrire plus loin ; accidents qui ont toujours persisté depuis. Ainsi, trois semaines environ avant l’éruption, la malade avait perdu l’ap- . pétit. Ne pouvant manger, elle faisait des repas très-irréguliers et composés seulement de petit salé, d’huîtres et de sardines; tout le reste excitait le dégoût. La vue delà viande et des légumes provoquait des nausées. Quoi qu’elle aimât beaucoup le café et le vin, elle les prit aussi en aversion depuis la môme époque. Elle ne voulait boire du vin qu’avec de l’eau de Seltz. Sa boisson habituelle était composée de sirops acides étendus d’eau de Seltz. Sa bouche était pâteuse et souvent amère; pas de diarrhée ni de constipation. A cet état des voies digestives se joignait une lassitude extrême, une courbature de tous les membres, une faiblesse telle, que le moindre travail la fatiguait péniblement. Elle avait presque toujours froid; elle éprouvait de fréquents étourdissements, des palpitations cardiaques, de la dyspnée, un sentiment de suffocation accompagné parfois de la boule hystérique. Enfin irascibilité constante ; spasmes parcourant parfois tout le corps. Ces divers symptômes, qui existent encore aujourd’hui chez la malade, avaient précédé de quelques semaines les manifestations constitutionnelles de la syphilis. Ainsi, sans répéter les divers symptômes qui précèdent, nous résumerons en quelques mots l’état de cette femme au

5 février. Bouche pûleuse, langue saburrale; inappétence complèle ; envies fréquentes de vomir; oppression au creux épigastrique; analgésie en divers points ; des piqûres d’épingles pratiquées à la partie interne des bras et même au creux épigastrique ne déterminent pas de douleur. Outre les phénomènes nerveux signalés^ il y a à noter que la malade se plaint de

I vives douleurs de tête, profondes, s’exaspérant par intervalles et ayant surtout pour siège le côté droit de la tôte. Pendant le jour ou plutôt pendant que la malade est levée, ces douleurs sont moins pénibles; mais lorsqu’elle est dans son lit, notamment si elle y a très-chaud et si elle est couchée sur le côté droit, ces douleurs deviennent insupportables. De plus, il y a chez elle un état de souffrance de l’oreille et de l’œil du côté gauche. Depuis une quinzaine de jours l’ouïe est affaiblie de ce côté-là; la surdité et les douleurs d’oreilles augmentent lorsque la tète repose sur le côté droit. 11 survient alors des i: bourdonnements intenses, et, pour nous servir de son expression, cest comme si elle avait un chemin de fer dans son oreille. Sa céphalalgie et ses douleurs d’oreilles s’exaspérant sous l’influence de la chaleur du lit et du décubitus droit; G... évite avec soin celte position. Autrefois elle avait le sommeil prompt et profond ; mais depuis qu’elle éprouve tous les accidents mentionnés, il y a chez elle une insommie presque complète.

Lorsque dans la nuit elle est tourmentée par de violentes douleurs, il lui suffit pour les calmer de s’exposer à l’air frais. Du côté de l’œil droit, il y a des phénomènes analogues ' jusqu’à un certain point à ceux de l’oreille droite. Il y a, en i effet, affaiblissement léger de la vision. La vue est trouble, la i malade voit comme à travers un nuage. Si elle fixe une per- ■ sonne ou un objet situé à côté d’elle, il lui semble qu’il est ; double et situé à une grande distance, à une lieue du point ou ^ elle se trouve. Les objets ne se détachent pas nettement sur ce I qui les entoure; ils sont vaguement limités ; de plus elle n’a i pas conscience parfaite de leur proportion. Enfin l’œil droit ! devient douloureux lorsque les souffrances de tôte, signalées 1 plus haut, viennent à s’exaspérer.

Aux douleurs céphaliques profondes que nous avons men- I tionnées, nous devons ajouter la présence de douleurs super-

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liciellesj névralgiques, qui augmentent par la pression. Ainsi lorsqu’on louche le cuir chevelu, la hice, le cou à son côté droit, la malade sent de pénibles douleurs, La partie droite du cuir chevelu est douloureuse à la pression, tandis que la gauche est à l’état normal. La raie, qui sépare les deux bandeaux de cheveux, établit la ligne de démarcation entre les deux parties. En pressant avec le doigt au niveau du tragus, de l’apophyse mastoïde, à la partie postérieure du crâne, et au niveau des nerfs sus et sous-orbitaires, on détermine de vives douleurs. La pression exercée â gauche, sur les mêmes points, ne produit pas de sensation douloureuse.

Pour préciser d’une manière plus exacte les points douloureux, une exploration est faite avec la pointe d’une aiguille. On constate alors que la douleur est très-intense au niveau du trou mentonnier, au niveau de l’oreille, du nerf sous-orbitaire et des nerfs frontaux. Des piqûres comparatives faites sur les parties correspondantes à gauche, mettent hors de doute l’hypéreslhésie du côté droit.

Indépendamment des différents phénomènes déjà signalés, nous devons noter une douleur au niveau du moignon de l’épaule droite. La malade y éprouve une sensation pénible lorsqu’elle veut porter son bras droit à sa tête ; ce membre lui semble engourdi et plus pesant que d’habitude. Rien de pareil à gauche. La jambe droite semble aussi, dit la malade, moins forte que la gauche. A l’exploration on n’y trouve rien d’appréciable. Elle prétend aussi que lorsqu’elle a chaud dans son lit toute la partie droite de son corps lui semble endolorie.

Avant de commencer le traitement spécifique, on combat l’état dyspeptique par l’administration d’un vomitif : ipéca, 2 gr.; tartre stibié 0,10 ; selles et vomissements abondants.

Le 8 février, la malade est un. peu soulagée, les troubles gastriques ont presque disparu; aussi lui prescrit-on une pilule de 0,05 de prolo-iodure de mercure et 1 gramme d’iodure de potassium. Le 18 février on augmente la dose des médicaments: 2 pilules mercurielles, 2 grammes d’iodure de potassium.

Le 26 février, amélioration sensible. La malade se sent plus

forte; l’appétit est revenu; aussi mange-t-elle avec plaisir. La lassitude a disparu de môn)e que les accidents nerveux mentionnés : ainsi les douleurs névralgiques cl les points hypéreslhé-

siques n’existent plus. Les douleurs internes delà tôle persistent toujours; elles tourmentent la malade, principalement pendant la nuit. Il y a toujours un peu de surdité à droite; les troubles visuels persistent aussi, quoique bien diminués ; la douleur siégeant au moignon de l’épaule n’existe plus ; aussi le bras de ce côté peut-il être porté à la tête avec la même facilité que le gauche. La malade, qui était fatiguée par des insommies constantes, dort maintenant d’un très-bon sommeil. Les jours suivants l’amélioration a marché à grands traits ; les troubles de la vision et ceux de l’ouïe ont été les derniers à disparaître. Après deux mois de traitement spécifique, la malade quitte l’hôpital en parfaite santé. Toutes les manifestations avaient complètement disparu.

Réflexions. — Voici donc un cas remarquable de perturbation profonde du système nerveux occasionnée par la syphilis constitutionnelle. En effet, cette femme n’avait eu aucun de ces accidents nerveux décrits dans I l’observation , avant l’infection de l’organisme. Ces phénomènes multiples ont progressivement cédé à l’emploi des médicaments spécifiques.

Il est à noter ici que la syphilis a déterminé des symptômes nerveux extrêmement variés. Ainsi, outre les névralgies , les céphalées , cet état de lassitude et d’abattement, il y a eu chez cette femme des phénomènes hystériformes et des troubles du côté des sens. La rapidité avec laquelle se sont dissipés les accidents de la vue et de l’ouïe, et leur développement au début de la diathèse, c’est-à-dire à une époque à laquelle la syphilis ne possède pas encore la faculté de déter- I miner des lésions matérielles du côté du squelette ou I dans la substance nerveuse, ces puissantes raisons nous ' font admettre une action générale de la syphilis sur 1 ensemble du système nerveux.

L ailleurs, combien de lésions faudrait-il admettre Zambaco. 7

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pour expliquer les divers phénomènes nerveux mentionnés? et comment se rendre compte des accidents liystériformes éprouvés par cette femme uniquement pendant qu’elle était sous l’influence de la maladie, sinon en admettant une perturbation générale de tout le système? Du reste, des observations pareilles se trouvent consignées dans l’article sur les névralgies et dans celui consacré à l’hystérie .

Observation III. — Névropathie diathésiqde. — Cêj)halées nocturnes. — Douleurs dans les membres. — Hypéresthésie du cuir chevelu. — Étourdissements, vertiges, etc. — Mercure. — Guérison.

B..., entré le 19 octobre 1858 à l’hôpital du Midi, salle 1, lit n“ 9, service de M. Ricord. Il a 29 ans et exerce l’état de jardinier.

Il y a trois mois qu’il eut un chancre pour la première fois. Il est d’une constitution faible, d’un tempérament lymphatique ; il n’a jamais éprouvé de maux de tête et jouit habituellement d’une excellente santé. Le chancre resta ouvert pendant deux mois et demi. Il fut pansé avec du vin aromatique sans qu’on ait fait usage d’un traitement interne.

Deux mois après l’apparition du chancre, il commença à éprouver des maux de tête, des étourdissements, des vertiges.

L’intensité et la durée des maux de tête ont progressivement augmenté, ainsi que les autres symptômes, à tel point qu’aussitôt que le malade se levait, il était pris d’étourdissements et de vertiges; un nuage lui passait devant les yeux; il se sentait menacé de tomber, s’il ne s’appuyait immédiatement sur un meuble en fermant les yeux.

Le 10 novembre le malade offre un teint jaunâtre ; la muqueuse buccale est décolorée ; il éprouve des douleurs de tête qu’il distingue lui-même en deux ordres. La nuit, de dix heures du soir jusqu’à quatre ou cinq heures du matin, il a une céphalée intense et continue, siégeant derrière le front sous forme de bandeau avec des exaspérations spontanées et des douleurs aux bras et aux jambes. Ces douleurs le privent de tout som-

OBSERVATIONS

^ meil pendant une grande partie de la nuit. Le matin, quand i après la visite il veut se lever, il est saisi d’étourdissements qui f l’obligent à s’asseoir et à se recoucher à plusieurs reprises, il Vers midi environ il lui survient des céphalalgies générales qui f débutent au sinciput et rayonnent de là dans toute la tôle, prinq cipalement du côté des tempes; elles peuvent durer plusieurs ij heures, mais il remarque que pendant la digestion elles s'aCfaii| blissent et disparaissent quelquefois entièrement.

^ Tout le cuir chevelu est le siège d’une hypéresthésie très- 8 marquée. Il suffit de tirer très-doucement une mèche de ses ^ cheveux pour déterminer une vive douleur qui se réveille d’aili| leurs par la pression la plus légère. Celte exaltation de la sen-

!sibilité est uniformément répandue partout, sans être plus prononcée sur le trajet des nerfs.

Depuis un mois il éprouve des palpitations cardiaques; pas de hruit de souffle, mais un peu d’éclat des battements. Les i autres fonctions s’accomplissent physiologiquement.

! Il porte un large chancre lamellaire, parcheminé, induré;

un autre plus .petit siège sur le côté gauche du fourreau. Des t, plaques muqueuses se voient à la partie inférieure du prépuce, I près du scrotum et dans l’ombilic môme. Enfin il y en a dans j la bouche.

j Roséole syphilitique dont le malade ignorait l’existence, l Adénopathie inguinale et cervicale. On prescrit deux pilules j chacune de 5 centigrammes de proto-iodure de mercure; if tisane amère.

f Le 5 décembre, les plaques muqueuses ont disparu ; les gani glions ont beaucoup diminué; le malade n’éprouve plus de ( maux de tôle nocturnes, ni de douleurs dans les membres; de ' temps en temps dans 1r journée un peu de céphalalgie. Les étourdissements se reproduisent encore assez souvent dans la matinée et les forces du malade ne sont pas revenues à leur ! état normal.

L’hypéresthésie du cuir chevelu existe à peine et seulement vers le sommet de la tête. On continue le môme traitement.

1 II sort parfaitement rétabli au commencement de janvier.

Réflexions. — Nous ne dirons que deux mots à prot pos de ce malade qui nous offre un ensemble d’acci-

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dents nerveux déterminés par l’institution de la diathèse syphilitique ; maux de tête nocturnes, douleurs dans les membres, étourdissements, hypéresthésie du cuir chevelu , palpitations, etc. Ce malade semblait chloro-anémique; il l’était en effet, mais à un léger degré qui n’était nullement en rapport avec l’intensité des troubles du système nerveux. Remarquons que, de toute manière, les mercuriaux, sans le secours des ferrugineux , en combattant la syphilis constitutionnelle, ont en même temps dissipé les accidents nerveux. Si donc ceux-ci dépendaient de la chlorose pure et simple, les altérants les auraient plutôt exagérés qu’ils ne les auraient dissipés. C’est donc là une anémie déterminée par la diathèse et qui guérit directement par les spécifiques.

Observation IV. — Couple syphilitique (homme). — Accidents

nerveux diathésiques. — Chancre induré, parcheminé. — Sy-

philide papulo-pustuleuse .

X..., âgé de 36 ans, est entré, en juillet 18S8, à la maison de santé de la rue de Lourcine, pour une dyspepsie avec état chloro-anémique. Il fut soumis à un traitement tonique et ferrugineux, qui améliora rapidement son état.

En effet, le bruit de souffle à la base du cœur pendant le premier temps et la faiblesse des jambes par suite d’une marche peu prolongée ont disparu; l’appétit revint avec la faculté de digérer, ainsi que les érections presque éteintes avant le traitement. Les palpitations cardiaques et les essoufflements avec retentissement général et tristesse marquée se sont également dissipés.

Ayant recouvré ses forces, il se livra aux plaisirs de l’amour. Le 13 août il porte sur le limbe du prépuce un groupe de vésicules d'herpès.

La veille, il a cohabité avec la femme dont l’observation porte le n“ V.

Huit jours après, les vésicules rompues avaient donné nais-

OBSERVATIONS

sauce à une ulcération avec auréole ; la surface sécrétait de la sérosité ; et quatre jours après, c’est-à-dire douze jours après i l’apparition de l’herpès et le treizième jour du coït, l’ulcéraj tion avait déjà une base parcheminée.

i Cependant cette apparence pouvait dépendre d’une cautérij sation que le malade s’était faite avec le nitrate d’argent. On i resta donc dans le doute. Il y avait, de plus, un peu de tension des ganglions de l’aine gauche.

Traitement. — Pansements avec du vin aromatique.

Le 15 septembre, c’est-à-dire un mois après le début du chancre, surviennent des accidents généraux : abattement, malaise, fatigue par suite du moindre exercice, battements de cœur, môme sans que le malade se fatigue ou se déplace, essoufflement et besoin fréquent de faire de grandes inspirations,

I même pendant le repos; pesanteur épigastrique et oppression 3 thoracique, surtout la nuit.

I Dyspepsie flatulente; maux de tête assez intenses par mo- 9 ruents, léger mouvement fébrile. Six jours environ après le I début de ces accidents, apparition d’une éruption papulo- ' pustuleuse abdominale et faciale ; pléiade bi-inguinale et cervicale, croûtes dans le cuir chevelu.

Céphalée assez intense, surtout pendant la nuit, et quia persisté même après la disparition de la fièvre.

Soumis au traitement par le proto-iodure de mercure à la dose de 5 centigrammes par jour, aux amers et aux ferrugineux, son état s’améliora notablement dans l’espace d’un : mois. Les symptômes généraux ont disparu chez lui.

M. X... se fatigue encore assez facilement, mais les digestions sont bonnes et faciles. L’éruption cutanée a disparu, les ganglions lymphatiques ont diminué de volume, etc. (16 octobre 1858).

Le malade a suivi son traitement; ses digestions devinrent physiologiques ; ses forces sont revenues ; aucune manifestation n’a paru. Il continua ses médicaments pendant quatre mois.

. Observation V. — Chlorose syphilitique. — Accidents nerveux j| diathésiques. — Couple syphilitique (femme).

( X..., âgée de 22 ans, blonde, lymphatique maigre ; elle

NÉVROPATHIE DIATHÉSIQÜE.

ne fut examinée que le 25 août, quelques jours après l’apparition du chancre chez M. X..,, avec lequel elle avait eu des rapports.

Elle porte une ulcération molle à la fourchette, un peu à gauche, parfaitement en rapport avec le groupe d’herpès de M. X..., qui se trouvait à droite et à la partie inférieure du pénis. ’

Bubon suraigu inguinal gauche, douloureux. Rien du côté des fonctions générales; du reste, état de santé très-satisfaisant; application de sangsues sur le bubon; cataplasmes, bains généraux.

Tout avait disparu au bout de quelques jours, bubon et ulcération, et la malade paraissait définitivement guérie, lorsqu’il survint un mouvement fébrile intense sn te céphalalgie violente; deux jours après apparaît une éruption papulo-pustuleuse ressemblant tellement k une varicelle que, vu la disparition rapide de tous les accidents syphilitiques, on pensa à une lièvre éruptive.

Il y avait à cette époque trois semaines qu’on avait constaté chez elle le chancre; mais la date de cette ulcération était inconnue. En môme temps cette femme fut prise de sueurs abondantes, de faiblesses très-prononcées avec bruit de souffle cardiaque et carotidien intense, irritabilité nerveuse, palpitations, etc.

Son état général de chloro-anémie était tel qu’il fallut la soumettre d’abord à un traitement tonique (carbonate de fer, tisane de gentiane) avant de prescrire du mercure. Quinze jours après elle fut soumise à un traitement hydrargyrique, conjointement avec les amers et les ferrugineux (0®'", 05 de protoiodure hydrargyrique). Il y avait à cette époque des papules gutturales et des ganglions cervicaux. La malade refusa bientôt de continuer les mercuriaux.

Le 28 novembre, la première éruption avait disparu depuis trois semaines , et venait d'ôtre remplacée par une poussée vésiculeuse confluente (herpès impétigineux), lorsque la malade, soignée jusqu’alors par M. le docteur Potevin Dumotel, auquel nous devons l’observation, a voulu se faire recevoir k l’hôpital Saint-Louis.

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