PRONOSTIC DES AFFECTIONS NERVEL'SES
modifications qui rempêclieront à tout jamais de recouvrer l’intégrité de ses fonctions; etc.
La forme de l’ affeçtion peut aussi contribuer à faire prévoir l’avenir, d’une manière plus ou moins approximative. Ainsi la plupart des malades qui ont offert des signes de paralysie générale, semblable à celle des aliénés, ont succombé, malgré l’emploi des antisyphilitiques.
Dans certains cas, la marche des signes extérieurs de la syphilis peut nous renseigner, jusqu’à un certain point, sur l’état des lésions internes et sur la tendance des affections nerveuses. C’est ainsi que, chez notre malade choréique, les symptômes syphilitiques du voile du palais, de plus en plus graves et profonds, nous avertissaient, en quelque sorte, de l’intensité de l’affection nerveuse elle-même. Chez cette mala'de, quelque temps après le commencement du traitement, les symptômes choréiques ont disparu, en même temps que les manifestations cutanées. Mais bientôt après, des plaques muqueuses de la gorge ont coïncidé avec l’explosion des accès hystériques; et finalement, des gommes du voile du palais, avec des attaques épileptiques.
Nous nous empressons cependant d’ajouter que les exceptions à cette règle sont nombreuses ; et il suffit de lire l’histoire du malade n“ XXVI, pour reconnaître que souvent il n’y a aucune corrélation intime entre les symptômes extérieurs de la syphilis et ses phénomènes encéphaliques.
Lorsque la maladie est en récidive et qu’elle a facilement guéri une première fois, on est en droit d’espérer qu’elle cédera de nouveau , sans opposer une grande résistance au traitement. Dans ces cas, la curabilité des troubles nerveux paraît être indépendante de la forme et de l’intensité de l’alTectioii ; car l’indivi-
dualité du malade joue le plus grand rôle dans la marche de la syphilis, cjuelle qu’en soit l’expression symptomatique, ainsi que dans la disparition de ces diverses manilestations sous l’influence des spécifiques.
Les affections de l’encéphale, et principalement celles de la moelle, sont les plus difficiles à guérir d’une manière complète, ainsi que le prouve la lecture de nos observations. ^
Quant aux névroses proprement dites, et spécialement en ce qui concerne l’épilepsie, nous croirions volontiers que ses symptômes peuvent persister et les accès revenir, malgré la disparition de l’aflection syphilitique ; l’organisme peut conserver, en quelque sorte, l’habitude de reproduire les accès, lors même que leur cause déterminante aura disparu. Néanmoins il faut remarquer que l’épilepsie syphilitique est en général curable.
D’une manière générale, l’amendement des symptômes observés du côté du système nerveux nous éclaire sur la marche de la maladie, et leur disparition complète nous instruit sur sa guérison plus ou moins radicale. Lorsque les phénomènes paralytiques, par exemple, ou névralgiques auront cessé de se manifester depuis quelque temps, on est en droit d’en augurer un pronostic favorable. Cependant la syphilis est tellement sujette à récidive, tellement insidieuse dans sa marche, qu’on ne doit jamais se fier, d’une manière absolue, aux apparences d’une amélioration, quelque avancée qu’elle paraisse être. Ces restrictions sont justifiées par l’étude de plusieurs de nos observations et notamment par riiistoire du malade n" XXL Dans ce cas, la paralysie de la 3' paire a complètement disparu sous l’influence d’un traitement suivi pendant cinq mois ; mais (juinze jours après cette guérison apparente et après la
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suspension des médicaments, les accidents cérébi-aux reparaissent avec plus d’intensité que jamais et emportent le malade. L’autopsie fit constater une tumeur syphilitique, du volume d’un œuf de poule, siégeant au niveau de la selle turcique.
Dans le fait remarquable que nous avons emprunté à V Iconographie de M. Ricord, à peine le malade venaitil de quitter l’hôpital, après y avoir suivi un traitement spécifique de trois mois, qu’il fut frappé d’accidents cérébraux graves.
Il s’ensuit que, dans les cas de ce genre, le médecin, guidé par l’amélioration des symptômes, ne doit pas se hâter de proclamer, sans restriction aucune, la guérison du malade, celle-ci pouvant n’être, bien des fois, qu’éphémère.
Chez le malade cité en premier lieu, il ne s’agissait pas d’une récidive, mais bien de la même affection cérébrale non guérie. En effet, cette tumeur du sphénoïde n’avait pu se produire dans l’espace des quelques jours qui ont séparé la guérison apparente, de la mort. Il faut donc, dans ces circonstances, continuer longtemps le traitement et ne rattacher l’espoir d’une guérison complète et durable qu’à l’usage prolongé des spécifiques.
L’observation XXIX nous offre yn nouvel exemple de rechute, terminée par la mort. Il s’agissait d’une hémiplégie syphilitique, guérie deux mois auparavant. Le traitement avait été également suspendu, malgré les prescriptions du médecin.
Nous avons dit que dans certains cas, bien que la syphilis constitutionnelle ait été efficacement combattue par les spécifiques, les fonctions dévolues à la partie affectée du système nerveux ne peuvent jamais revenir à leur étal d intégrité primitit, probablement àjCause des modilîca-
lions subies par les tissus qui ont été le siège de la lésion syphilitique. C’est ce que nous avons surtout remarqué dans les amauroses consécutives à des choroïdites ou à des épanchements sous-rétiniens, abandonnés pendant longtemps à eu.\-mêmes. Dans ces circonstances, la vue s’améliore sensiblement par les spécifiques; mais souvent, des dépôts plastiques s’organisent dans le fond de l’œil et restent permanents; de la même manière que, dans certains iritis, des dépôts fibrineux déforment d’une manière constante l’ouverture pupillaire.
Nous ferons les mêmes remarques pour la moelle épinière; tous nos malades atteints de paraplégie syphilitique n’ont pas recouvré intégralement les fonctions des membres pelviens; et cela, malgré la guérison de la syphilis, ou du moins la disparition complète de tous les phénomènes diathésiques, sous l’influence d’un traitement très-prolongé.
Nous ignorons la cause de cette faiblesse persistante de la motilité, une fois acquise. Faudrait-il supposer que la compression prolongée de la moelle épinière, par une tumeur syphilitique, modifie profondément la structure de cet organe, de façon que, malgré la disparition ultérieure de la tumeur, les cordons nerveux ne puissent plus reprendre le libre exercice de leurs fondions?
Nous devons faire remarquer que dans les cas même de ce genre, où la guérison n’a pas été complète, on a pu obtenir une amélioration très-notable par l’usage des médicaments antisyphilitiques, souvent associés aux préparations amères et martiales.
Le médecin ne saurait mettre assez de réserve dans ses réponses, lorsqu’il sera questionné sur le degré de confiance qu’on doit accorder à la guérison des accidents syphilitiques. En effet, la plupart de nos malades, nolam-