NÉVRALGIES SYPHILITIQUES
Il serait trop long d'énumérer les nombreux auteurs qui passent les névralgies syphilitiques complètement sous silence ; des observations que nous reproduisons, les unes remontent à une haute antiquité, les autres se trouvent isolées dans les recueils périodiques, et ni les unes ni les autres n'ont réussi à éveiller l'atr tention des auteurs spéciaux. Nous allons tâcher d'utiliser les faits cliniques que nous avons réunis, et nous verrons s'ils sont suffisants pour faire admettre une nouvelle variété étiologique de névralgies, les névralgies syphilitiques.
On a depuis longtemps cessé de considérer toutes les névralgies comme idiopathiques, et à mesure que la science du diagnostic a fait des progrès, on a rattaché un nombre toujours plus grand de ces affections, soit à une lésion du nerf lui-môme ou des tissus environnants, soit le plus souvent à une altération du sang, à un état général de l'organisme ^ à une diathèse.
(1) BuUet. génér. de ihérap,, t. XXXVI, p. 378.
Montfalcon admet les névralgies dues à la diathèsc syphilitique; il dit en effet (1) : a Quelques névralgies sous-orbitaires parais- « sent avoir été l'un des effets consécutifs du virus vénérien ; on f les observait du moins sur des individus qui avaient été atteinte cà différentes reprises de maladies vénériennes mal traitées, « consécutivement à des blennorrhdgies répercutées imprudemf ment; ces névralgies cédaient à l'emploi méthodique des mer- « curiaux. »
. c De toutes les formes cachées qu'affecte la diathèse syphilic tique^ x> dit à son tour M. Franceschi (2)^ a la plus décevante c est sans doute celle où elle ne se traduit que par une simple f névralgie sans antécédents ni concomitants spécifiques. De c tels faits n'ont pas seulement l'intérêt d'un fait rare, ils consti- <r tuent un avertissement en permanence pour les médecins appe- « lés à se trouver au milieu de pareilles ténèbres. » fauteur cite.à l'appui une observation dont nous reproduirons les traits saillants. Nous n'avons rien à dire de Tanatomie pathologique des névralgies qui vont nous occuper^ car avec Desault, Cooper, Rousset, Valleix, MM. Andral, Piorry, Dubois d'Amiens et la [>lupart des nosographes, nous croyons que la névralgie consiste dans une altération de fonctions dont la cause organique nous échappe. Dans d'autres parties de ce travail nous retrouverons des douleurs nerveuses, névralgiformes, symptomatiques de lésions organiques variées. Quelques auteurs même pensent que toutes les névralgies syphilitiques rentrent dans cette dernière catégorie. Ainsi, M. Michaëlis, de Presbourg, affirme (3] que « la plupart < des névralgies considérées comme syphilitiques sont le résuî- « tat d'exostoses ou de tumeurs osseuses qui compriment les « nerfs à leur sortie du crâne ou sur leur trajet. » Sandras est moins exclusif, car, tout en admettant que les névralgies syphilitiques appartiennent à la période tertiaire, il en reconnaît « qu'on pourrait dire sans matière (4). »
(1) Montfalcon, art. Névralgie, du Dict. en 60 vol., t. XXXV, p. .S22.
(2) Franceschi, in II raccogliiore med, 1848, et Gazette méd. de Paris , 1848, p. 614.
(3) Michaëlis, Compend. der Lehre v. der Syphilis, p. 309. Wien, 1859.
(4) Sandras, Malad. nerv., art. Névralgie,
ART. 111. — N&VRAL6IB8. 4$
S 1* — Névralgies dos nerfs cérébraux.
Deux opinions se partagent les esprits, quant aux nerfs de face qui peuvent être le siège de névralgies. Tandis que Cb. Bell, Hagendie^ Mayo, Ghaussier, Bérard», nient positiveimeni que la septième paire nerveuse soit douée de sensibilité propre, Waton^ Hailiday, Chaponnière, K^ Jobert (de Lamballe) considèrent les névralgies du nerf facial comme parfaitement démontrées. Sans prétendre trancher la questjon^ disons seulement qu'il est aujourd'hui à peu près généralement admis, d'après les expériences de MM. Longetet Cl. Bernard, que la sensibilité dont jouit le nerf facial ne lui est communiquée que par les filets récurrents delà cinquième paire et du pncumo-gastrique. D'ailleurs si l'on prend en considération les nombreuses anastomoses qui unissent ces différentes branches nerveuses, les conclusions auxquelles est arrivé M. Marchai (de Caivi) et d'après lesquelles un effet pathologique peut rétrograder, non-seulement de rameau à rameau dans un même nerf, mais encore d'un nerf à un autre par le centre nerveux commun^ on comprendra de quelle obscurité est entourée la solution de ce problème. Quant à nous, qui ne saurions admettre la névralgie du nerf facial, nous croyons pouvoir rapporter tous les faits qui suivent à la névralgie trifaciale ou névralgie de la cinquième paire, affection bien étudiée depuis une vingtaine d'années.
Si, avant Thouret et Andry, le tic douloureux avait paru rare, c'est que sans doute ou le confondait avec d'autres maladies telles que certaines odontalgies, t^es douleurs ostéocopes, le rhumatisme de la face^ etc. André de Versailles avait cependant déjà publié en i756 plusieurs observations de cette affection dans son Recueil d observations chirurgicales; Fothergill, qui pendant quelque temps donna son nom à la névralgie faciale, et Pujol croyaient à la possibilité d'un tic douloureux de cause humo* raie. Pujol cite spécialement le vice syphilitique parmi ces causes humorales, à c6té des vices goutteux, cancéreux et autres. Siebold(i), Meglin (2), au contraire, nient l'influence patbogéni-
(1) Siebold, Dissert, sur le tic douloureux. 1797.
(2) MegUo, Recherches et obs. sur la névralgie faciale» 181 G.
que de la syphilis. Cette dernière opinion a été soutenue de nos jours par Valleix(l)^ qui suspecte l'exactitude des observations de ses prédécesseurs par la raison que ces observations, ne faisant pas mention des points douloureux spéciaux à chaque névralgie, ne sauraient être concluantes.
Au premier abord on pourrait considérer les auteurs du CV>mpendium de médecine pratique comme niant Texistence des névralgies syphilitiques de la face; mais^ comme plus loin^ lorsqu'ils abandonnent les idées théoriques pour établir les règles pratiques qui doivent guider le médecin au lit du malade^ ils font une loi de recourir^ dans certains cas^ au traitement antivénérien^ nous croyons pouvoir en conclure que ces auteurs admettent la possibilité de Tinfluence syphilitique sur la pathogénie des névralgies (2).
La névralgie trifaciale syphilitique frappe très-rarement Tensemble des branches de la cinquième paire ; lorsqu'un ou deux rameaux sont seuls compromis^ on donne ordinairement à la névralgie le nom des filets douloureux. Nous allons passer en revue ces diverses variétés de névralgies.
V Névralgie de la cinquième paire, — Nous conservons ce nom aux névralgies dans lesquelles les douleurs ont porté à la fois sur un grand nombre de rameaux nerveux du trijumeau. Nous en avons réuni huit observations; ainsi dans l'observation de Graffenauer les douleurs partant des mâchoires remontent aux tempes et à toute la tête. Chez leurs deux malades HM. Trousseau et Pidoux signalent des douleurs névralgiques intolérables de la face et du front; dans un cas emprunté à Waton un tic douloureux dans la joue gauche a succédé à de fortes migraines ; ce tic a son point central un peu au-dessus de l'ouverture antérieure du canal sous-orbitaire et empêche la mastication des aliments solides ; dans une des observations de M. Vaulpré il est dit que les douleurs névralgiques de toute la moitié droite de la face « dessinent presque tous les nerfs de la cinquième paire, » et arrachent des cris au malade. Au bout d'un mois il survient une ophthalmie intense^ conséquence fréquente de ce genre
(1) Valleix, Traité des névralgies, p. 30.
(2) Compendium de méd. prat, t. III, p. 606 et 609.
ART. 111. — NÈVRALGIBS. 45
d^affection (Magendie). Cette observation est Texemple de névralgie faciale syphilitique la plus complète et la plus étendue que nous ayons rencontrée. Chez la malade de M. Yvaren, la névralgie occupait aussi un grand nombre de filets nerveux appartenant presque tous aux deux branches maxillaires du trifacial. Chez le malade traité par IIH. Velpeau et Pajot le siège précis de la névralgie n^est pas désigné. Dans un des cas rapportés par M. Vaulpré nous voyons trois névralgies se succéder rapidement: à une sciatique succède une névralgie faciale droite; celle-ci n'avait pas encore disparu que le côté gauche de la face devint douloureux à son tour ; ce fut Tapparition d'une syphilide squammeuse, qui, après de longs tâtonnements, vint divulguer la nature spéciale de Tafifection nerveuse; la névralgie, dans ce cas, était franchement intermittente et diurne. Nous rapprochons encore de ces faits l'observation de Masius que, contrairement à l'avis de Valleix, nous croyons devoir considérer comme un cas de névralgie syphilitique.
Nous avons encore trouvé dans les auteurs des indications de faits analogues et se rapportant évidemment à Ij^ction qui nous occupe ici. Le plus ancien appartient à N.,li4issa. C'est l'observation d'une douleur de la face' qui commença dans l'angle de la mâchoire inférieure; elle était des plus violentes et empêchait la mastication et la déglutition; il n'y avait aucun gonflement, sur le lieu douloureux où l'on ne remarquait qu'un peu de rougeur. La malade était une femme de quarante-cinq ans dont les règles étaient supprimées depuis deux ans. Hassa attribue en partie la névralgie à cette circonstance, mais a il (( aperçut aussi un vice vénérien, quoique aucun signe ne l'india quât. » Hassa veut sans doute dire par là qu'il n'existait plus chez la malade aucun symptôme franchement syphilitique, ce qui, comme nous le verrons, est souvent le cas, ou bien peut-être^ qu'il ne connaît aucun signe diagnostique certain qui distingue de prime abord les névralgies syphilitiques de celles qu'on ne peut rattacher à cette origine, ce qui est encore vrai aujourd'hui.
2* Névralgies frontales. — Deux de nos observations nous offrent des exemples de névralgie du nerf sus-orbitaire sans aucun
46 PREMIÈRE PARTIE. -— ëTPHlLlS DC 8TITÈIIB HBRYEUX.
sympt6me syphilitique concomitant , résistant pendant langtemps à tous les traitements usités en pareil cas et eédanf tt^ rapidement au traitement spécifique dirigé contre la diathèse syphilitique probable. Nous reproduisons ici les courtes réflexions dont Réveillé-Parise fait suivre son observatkm^ et nous appuyons de toutes nos forces renseignement pratique qa'Q y formule. « Je crois que dans la plupart des névralgies on ne « s'enquiert pas assez des causes et qu'on s'attache trop au « phénomène prédominant de la douleur. Je n'ignore pas que « dans beaucoup de cas cette cause est tout à fait obscure^ mais « aussi^ dans certains cas on arrive à cette cause par une invesa tigation attentive, soutenue^ minutieuse^ et à peine touehe-t*on a à ce but que les indications deviennent aussi formelles qu'évi- « dentés (1). »
Ces deux observations ne paraissent pas uniques dans la science. M. le professeur Forget (I) a signalé sans plus de détails un cas de névralgie sus-orbitairechez une femme de trentequatre ans^ guérie par Tiodure de potassium et Taconit. M. le docteur Boinet a cité à la Société médicale du troisième arrondissement deux cas de névralgie sus-orbitaire qui^ pour Ini, étaient sous la dépendance de la syphilis et qui guérirent par un traitement spécifique.
Dans l'observation de H. Franoeschi^ la névralgie parait avoir son siège dans quelques filets nerveux appartenant soit au nerf opbthalmîque , soit à la branche supérieure du nerf auriculotemporal. La prompte action du traitement spécifique^ malgré la longue durée de raffection qui^ pendant trois ans^ avait résisté à tous les traitements^ nous parait justifier la place que nous lui assignons ici.
3** Névralgie du maxillaire inférieur, — Nous considérons comme un cas de névralgie du nerf maxillaire inférieur une observation qui a été communiquée à la Société médicale du deuxième arrondissement par H. Piogey, et y a donné lieu à une courte discussion portant bien moins sur la nature de l'afiection
(1) Réveillé-Parise, m Bull, gén.de thérap,,i, XIH, p. 102.
(2) Forgel, Clin. méd. de Strasbourg. 1842 à 1844, p. 140.
ABT. in. .— ^ NÉViKALGIB8« 47
que sur des points d'anatoroie et de physiologie pathologiques. Ainsi M. Demarquay n'admet pas qu'une lésion matérielle puisse exister sur le trajet du nerf maxillaire inférieur dans le trou ovale sans compromettre à te fois des nerfs moteurs; ' il est d6nc porté à admettre que^ chez le malade de son collègue^ la lésion siège au voisinage du canal dentaire seulement. Mais alors^ réplique M. Piogey/ comment expliquer la névralgie du lingual? Il nous semble que le désaccord entre MH. Piogey jet Demarquay provient de ce, que tous deux admettent comme nécessaire Texistence d'une lésion matérielle étrangère au nerf lui-même et dont ^e siège, dans ce cas, nous parait difficile à fixer, précisément parce que les désordres fonctionnels résidaient à la fois dans le nerf dentaire inférieur, dans rauriculaire antérieur et dans le lingual, alors que d'autres rameaux ayant leur origine plus loin du centre commun n'offraient aucun symptôme de compression. Ces douleurs, n'ocCupaht que des filets nerveuk isolés, nous paraissent constituer au contraire une névralgie sans lésion matérielle appréciable, analogue à toutes celles que nous étudions en ce moment.
4* Névralgie du lingual. — La névralgie syphilitique peut se fixer sur un point encore plus restreint d'une branche nerveuse; c'est ce qui a lieu dans l'observation que nous empruntons à M. de Casteinau. Au début la névralgie n'occupait que le seul nelf lingual; elle offrait des exacerbations nocturnes bien tranchées. Plus tard survinrent dans la gorge des douleurs et une sensation de sécheresse probablement symptomatiques d'une angine syphilitique; plus tard encore des douleurs dans l'épaule gauche. Cette affection, survenue trois mois après l'apparition des symptômes primitifs, marqua bien le début de la Vérole constitutionnelle.
Plenck, Meckel, Jos, Franck admettent une odmtalgie syphilitique qu'ils regardent comme étant le plus souvent un symp«tôme de caries ou d'exostoses vénériennes des alvéoles, des
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mâchoires et du palais. Mais rien u'empéche d'admettre que les branches nerveuses dentaires ne puissent être isolément le siège de véritables névralgies syphilitiques^ puisque nous les voyons atteintes concurremment avec d'autres branches nerveuses.
OBSERVATIONS
Observation iO. — Névralgie faciale. Jeune fille de 25 ans, enceinte, traitée d'une vérole par le mercure soluble de Hahnemann, est prise d'une salivation mercurielle^ puis immédiatement après de douleurs de tête insupportables. Ces douleurs piquantes^ lancinantes^ déchirantes partent des mâchoires , remontent aux tempes et à toute la tête. L'opium administré du 23 août au iO septembre et porté jusqu'à la dose de 8 grains, n^aroène qu'un calme trompeur.
Le 10 septembre on lui associe le sublimé; presque aussitôt, les douleurs perdent insensiblement de leur force et cessent d'être lancinantes. Salivation; interruption du traitement durant quelques jours, reprise et continuation jusqu'au 25 septembre^ époque à laquelle la tête est parfaitement libre. (Graffenauer , in Joum, de Sédillot, t. LXIX, p. 70.)
Observations 11 et 12. — Névralgies faciales. Deux femmes éprouvaient tous les jours à heure fixe, principalement vers midi, desdouleurs névralgiques intolérables de la face et du front. Tous les moyens mis en usage furent inefficaces. Le mercure fut administré et la guérison obtenue en peu de jours. Ces deux femmes avaient eu la syphilis et n'avaient encore subi aucun traitement mercuriel. (Trousseau et PiDOUX, Traité de mat, méd, et de thérap,, 1. 1, p. 230.)
Observation 13. — Névralgie faciale. Une femme de 40 ans, ayant eu des chancres aux grandes lèvres et un bubon à l'aine, était prise depuis six ans de migraines, puis d'un tic douloureux de la joue gauche qui avait son point central un peu au-dessus de l'ouverture antérieure du canal sousorbitaire. Au bout d*un an ces douleurs étaient intenses ; l'extraction de deux dents, un grand nombre de remèdes étaient restés sans action. Douleurs nocturnes vagues dans les membres, amaigrissement, chancre au voile du palais. L'opium à haute dose et les purgatifs restent sans résultats. Une éruption de taches présentant l'apparence de pustules vénériennes étant survenue à la peau.
on ordonna des frictions mercurielles et la guérison fut bientôt complète. (Waton de Vaucluse^ in Journ. de Sédillot, t. IV, p. 185.)
Observation 14. — Névralgie faciale, Ch. Plâtrier, 29 ans, nerveux, est atteint le 8 avril 1851 de douleurs névralgiques dans toute la moitié droite de la face. Ces douleurs dessinent presque tous les nerfs de la cinquième paire et arrachent des cris au malade : Toeil droit est rouge, gonflé, larmoyant, et semble vouloir sortir de son orbite. La maladie, d'abord continue, prend le type intermittent. Antipériodiques, saignées locales, narcotiques n'amènent aucun amendement. Le 2 mai, les accidents se calment; mais huit jours après, survient une ophthalmie de l'œil droit avec douleurs atroces qui résis* tent aux évacuations sanguines, aux collyres, aux révulsifs. Le 27, rophtbalmie a à peu près disparu ; la névralgie faciale reparaît moins intense que la première fois, mais il s'y joint des douleurs si vives dans les poignets et dans les mains que le malade se sent porté au suicide. Dans les premiers jours de juin les douleurs augmentent encore, surtout la nuit; il en survient également dans les tibias; l'œil gauche s'enflamme à son tour. En présence de ces symptômes, et malgré la dénégation absolue du malade, il est soumis à un traitement antivénérien. En dix jours les douleurs avaient cessé, l'ophthalmie disparu sans retour. Ce ne fut que plus tard que le malade avoua avoir eu une ulcération à la verge, ulcération qu'il ne crut pas de nature syphilitique, parce qu'elle n'avait duré que huit jours et avait disparu sans traitement. (Vaulpré de Bourg, Bull, génér. de thérap,, t. XLll, p. 75.)
Observation 15. ^ Névralgie faciale. Madame Th. B., dévideuse de soie, 45 ans, jouit d'une bonne santé jusqu'en 1840. Au mois de décembre de cette année survint une tuméfaction de tout le côté droit de la tête, en même temps que se développa dans la joue une tumeur de la grosseur d'une amande. Extraction de la dernière molaire. La fluxion ne cède que lentement aux émoUients. Au printemps de 1841, douleurs si atroces dans les parties qui avaient été le siège de l'enflure que la raison de la malade en fut altérée et qu'on dut l'attacher dans son lit pour empêcher qu'elle ne se jetât par la fenêtre. Douleur partant delà tempe droite et s'étendant à l'oreille, au front) et à la partie latérale et supérieure de la tête, sans dépasser la ligne médiane, s'accompagnant d'une sensation de froid glacial vers le sinciput. Les antiphlogistiques et les narcotiques n'amènent aucun soulagement. Deux mois plus tard, la névralgie devint suppor-
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table durant le jour, mais reprenait son intensité de ii heures du soir à 3 heures du matin. Durant l'été et l'automne, les douleurs diminuèrent d'intensité pour se réveiller au retour de l'hiver et constituer des accès nocturnes revenant tous les huit jours. En octobre i 813, nouvelle crise. En mars 1814 nouvelles douleurs ayant le même siège ; motilité des muscles du côté droit de la face intacte ; sénsibiiité un peu obtuse ; arcades dentaires ne pouvant s'écarter que de 2 ou 3 millimètres. Gencives rouges et saignantes, siège d'un fourmillement incommode. Ces crises se répètent jusqu'en juin sans pouvoir céder aux calmants. '
M. Yvaren, après avoir perdu la malade de vue pendant un certain temps, la rencontre et est frappé de l'altération de son nez ; elle avait eu dans l'intervalle une rhinite purulente avec carie dos os du nez ; on ordonne un traitement prolongé par les mercuriaux et les sudori* fiques qui guérit et la carie du nez et la névralgie. (Yvaren^ Mét<imorphosesde la syphilis, Ors. 2.)
Orservation 16. — Névralgie faciale. Un débitant de tabac se présente à la consultation de M. Velpeau ; il souffre depuis onze ans d'une névralgie faciale. Les douleurs sont, dil-il, si cruelles que plusieurs fois déjà, il a été sur le point d*attenter à ses jours. Il porte des' traces non équivoques de vésicatoires, de moxas, de sétons qui lui ont été appliqués en grand nombre ; il a pris une quantité prodigieuse de pilules de Méglin ; un chirurgien lui a même sectionné . l'une des branches du trifacial ; on lui a extrait toutes les dents de la mâchoire supérieure du côté de la névralgie. Enfin, il n'était guère possible de trouver un moyen qui n'eût déjà été employé infructueusement, lorsque M. Pajot s'avisa de lui demander s'il avait eu la vérole : le malade déclara avoir eu un bubon dont il n'avait pas été traité spécifiquement. Sur cet indice, M. Velpeau le mit auprotoiodure de mercure. Peu de semaines apirès, cet honime revenait annoncer à M w Velpeau que depuis trois semaines, il n'avait pas souf-^ fert un instant. (Gazette des hôpitaiUXfl septembre 1844.)
Orservation i7. — Névralgie faciale. Madame B., 38 ans, tempérament nerveux; névralgie sciatique le 17 mars 1851, qui cède à quelques sangsues et à un vésicatoire. Le 19 avril, douleur dans la moitié droite de la face, à caractère intermittent, revenant tous les matins à dix heures ; les sangsues, les antipériodiques, les narcotiques, les révulsifs, les ferrugineux sont impuissants. Le 24 mai, les douleurs diminuent. Le 1*' juin, elles apparaissent à gauche avec un»
ART. lli. — NÉVRALGIES. 51
nouvelle intensité ; il s'y joint une conjonctivite de l'œil gauche. On emploie sans succès tout l'arsenal thérapeutique. Dans le courant de juin apparaît sur les épaules et sur le cou une syphilide squammeuse ; la malade avoue qu'elle a eu auparavant des hûutons à la vulve q\x\ ont disparu sans traitement. On prescrit le proto-iodure de mercure et list tisane de salsepareille'; tï'ois jours après, nouvelles ulcérations à la vulve. A ce moment, les dôîileurs névralgiques cessent. L'ophthalmie perd de son intensité; au bout de huit jours les ulcérations de la vulve disparaissent, bientôt après les plaques squammetisesMu cô'u. Depuis lors, guérison complète. (Vaulpré de Bourg, loc, c«.,p.'74.) i(
Observation 18. — Névralgie faciale. Un célibataire fort adonné aux femmes, ayant eu plus de vingt gonorrhées et plusieurs ulcères vénériens dans la gorge, éprouva à quaratite-deux ans une roideur de la langue peiifdant t)lusieui's semaines^ à laquelle succéda tout à coup une dotileur Violenté dé la joué droite qui fut prise pour du rhumatisme. Trois bù' qiiatré mois ^lus tard, Masius reconnut un tic douloureux dé Pothergilt. Ce tic parcotirait d'abord un trajet obUque depuis Torhite gauche jusqu'à Tépine externe de la mâclioire inférieure, pui^ se borna ensuite à l'arcade alvéolairç. La moiqi^re excitation, le plus léger mouvétnënt déè' 'mâchoires faisait naître le tic et produisait une sçpsatiou semblable ^ 1^ perforation de Tos maxillaire ; la douleur se portai^ comité unçét^icelle électrique au menton, où elle se fixait. Aprèsguelques tiraillépaents cpnvul^ifs, des muscles du visage, ce tic se dissipait; m^isle plus spuvçptil donnait naissance à uujsecon4 tic dans l'ar^^de dentaire. £q dernier, plus violent, donnait lieu à une sensa^fQi),que)e malade exprimait en disant. qu'on lui sciait les dentf. Les gencives se, gonflaient, j^t la sécrétion de la salive était augmentée. Ce dernier tic., n'arrivait qu'après Tautreet n'était pas excité, même en mâchant Iç^ aliments les plus durs« Le malade avait plusieurs, accè^ par. jpur,; le^^ nuits étaient généralement bonnes. Les antécédents du malade firent admettre une cause (vénérienne. Masius administra le sublimé seul d'abord, pui& avec la ciguë et Topium. Au bout de quatre semaines il y eut affaiblissement des fonction^ digestives. Le mercure soluble n^ayant pas mieux réussi, il résolut de faire saliver le malade à l'aide du calomel à petites doses. Après neuf jours de salivation, les douleurs diminuèrent, les accès devinrent plus rares. On continua pendant quatre semaines. La douleur, qui avait progressivement diminué, était devenue insignifiante; elle se perdit bientôt tout à fait , et depuis trois ans la guérison ne
52 PREMIÈRE PARTIR. — SYPHILIS DU STSTÈME NERYEDX.
s'est pas démentie. (Masics^ Journal de Hufekmd^ i*' cahier, 1807, et Bibliothèque médicale, i808, t. XIX, p. 99.)
Observation 19. — Névralgie sus-orbitaire. Femme bilioso-nervcuse. 11 y a six ans^ syphilis grave caractérisée par des chancres aux parties et à la gorge. Depuis lors, constipation^ rétrécissement coDsidcrabledu rectum à 6 ou 8 centimètres de l'anus. Trois mois après la dilatation de ce dernier^ névralgie sus-orbitaire gauche, avec caractère intermittent. Le sulfate de quinine paraît agir au début, mais bientôt la douleur reparaît avec une intensité que rien ne peut modérer. Les antécédents font supposer une cause spécifique. Un traitement antisyphilitique est prescrit, et au bout de six jours les douleurs avaient entièrement disparu. (Vaulpré de Bourg, /oc. ctt.^p.75.)
Observation 20. — Névralgie sus-orbitaire. M. B... éprouvait de temps en temps de violentes douleurs du nerf sus-orbitaire gauche ; ces douleurs persistaient souvent durant un mois ou six semaines d'une manière cruelle, et, une fois calmées, elles menaçaient sans cesse de revenir. Ce malade avait eu à deux reprises différentes la maladie vénérienne, dont il n'avait été traité que superficiellement. Soumis à un traitement méthodique, il fut bientôt délivré de sa névralgie. (RéveillÉ'Parise, Bullet. gén.dethérap, t. XIII, p. 102.)
Observation 21 . — Névralgie frontale. Femme de vingt-cinq ans, constitution athlétique, ressent depuis quinze jours une douleur insupportable à la tête, particulièrement à la tempe gauche et dans la région du sinus frontal gauche. Déjà, depuis trois ans, ces symptômes se manifestaient à l'automne, mais jamais aussi violents. Les antispasmodiques, le cyanure de fer, lesrévulsifs, restent sans action. La malade avoue avoir ressenti, au moment de son mariage, quelques accidents aux parties génitales. Traitement par le calomel et le gaiac ; amélioration notable au bout de quatre jours , guérison le vingtième; salivation; on cesse le traitement le vingt-troisième jour. Bientôt après, éruption eczémato-papuleuse générale, puis pustules aux parties génitales, qui durent peu de temps. Au printemps suivant, le traitement de Dzondi acheva la cure. (Franceschi, Il Raccoglitore medico, 1848, et Gaz méd. de Paris, 1848, p. 614.)
Observation 22. — Névralgie du nerf maxillaire inférieur. X..., 44 ans, de forte constitution, a eu à vingt ans des chancres et des bubons combattus sans traitement mercuriel. A vingt-trois ans^ syphilides qui guérirent sans mercure. A vingt-cinq ans, douleurs
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vives, chaleur au pharynx, aphonie se renouvelant à la moindre occasion. Déglutition douloureuse et parfois difficile. Traitement mercuriel jusqu'à salivation. Depuis ce moment, santé parfaite, à part des douleurs rhumatismales. En octobre 1852, douleurs aiguës au côté gauche de la face, s'irradiant parfois au conduit auditif du même côté, à l'extrémité de la langue, et s'arrêtant à la partie moyenne de la lèvre inférieure et du menton. Les douleurs sont bientôt remplacées par une anestbésie complète, portant non-seulement sur les parties dont il vient d'être question, mais encore sur les gencives et la muqueuse buccale du côté gauche. Perte complète du sens du goût. Insuccès des dérivatifs et des révulsifs. M. Piogey prescrit l'iodure de potassium à doses croissantes. Au bout de vingt jours, amélioration notable; un peu plus tard, guérison complète. (PiOGET, Procès-verbaux de la Société médicale du 11^ arrondissement, 13 janvier 1853.)
Observation 23. — Névralgie linguale. X..., bilioso-nerveux, eut, en août 1841, des chancres qui guérirent par l'emploi local du calomel. En novembre suivant survinrent dans la langue des douleurs violentes, nocturnes, empêchant tout sommeil, s'accompagnant de sécheresse et de douleurs dans la gorge. En décembre apparut une syphilide squammeuse sur le front et les lèvres, avec adénite cervicale ; les douleurs s'irradient dans l'épaule gauche. Le 1 1 janvier 1842, on commence un traitement mercuriel, et bientôt tous les symptômes ont disparu. Deux mois plus tard, nouvelle poussée de syphilides, avec douleurs nocturnes dans les articulations. Après avoir résisté à un traitement irrégulièrement suivi, les accidents cèdent à un traitement méthodique. (H. de Gastelkau, Annales des maladies de la peau et de la syphilis, t. I, p. 212 .)
{ 3. — Névralgie des nerfs cervicaux.
Nous rangeons sous cette dénomination un certain nombre do névralgies, lors même que les douleurs évidemment névralgiques survenues sous Tinfluence de la syphilis n'aient pas affecté dans tous les cas les mêmes filets nerveux, lors même que dans quelques-uns Taffection se soit étendue encore à quelques filets provenant des nerfs sensibles de la face. Ces divergences dans les points affectés n'ont d'ailleurs pas lieu de surprendre quand on
>rf...
t)À PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTÈME NERVEUX.
songe combien les nerfs cervicaux^ après avoir constitué le plexus cervical, sont intimement liés entre eux par leurs nombreuses anastomoses, et intimement unis aussi aux divisions de la cinquième paire par leurs branches montantes, et en particulier par celle à laquelle Arnold a donné le nom de grand ^nerf occipital. La marche ascendante ou descendante des douleurs pourra quelquefois faire reconnaître si le point de départ de la névralgie appartient à la cinquième paire crânienne ou aux nerfs cervicaux ; mais en Tabsence de ce renseignement nous sommes autorisés à admettre une névralgie cervicale. Tontes ces névralgies se rapportent d'ailleurs à ce que Valleix désigne sous le nom de névralgie cervico-occipitale ; dans plusieurs des observations de cet auteur on voit les douleurs se propager à la face et jusqu'à la région pariétale.
L'observation 24, prise dans la pratique hospitalière de l'un de nous, est un cas de névralgie occipilo- temporale ; les douleurs partaient de la région occipitale et s'irradiaient jusqu'aux tempes ; dans ce cas la marche ascendante est nettement indiquée. Comme chr z le malade de M. Franceschi, la névralgie était la seule manifestation syphilitique existante^ et il a fallu l'insuccès des moyens les plus rationnels pour nous engagera administrer les antisyphilitiques à un malade qui niait tout antécédent syphilitique et ne présentait aucun symptôme suspect^ pas même le caractère nocturne des douleurs ; un succès prompt et complet vint cependant justifier notre traitement et l'idée que nous nous étions faite de la nature de l'affection. Nous signaions encore les mouvements spasmodiques observés chez ce malade et qui cédèrent proinptement aux antispasmodiques, tandis que les douleurs persistèrent.
Deux autres observations sont intitulées névralgie occipitofrontale. L'une, empruntée à M. Yvaren, pourrait être considérée comme une névralgie de la cinquième paire, puisque le point de départ des douleurs était au-dessus de l'orbite. Dans la seconde au contraire, la douleur partait de l'occiput et s'irradiait dans tout le côté droit de la tête jusqu'au sinciput. Le peu de détails que contient cette dernière observation ne nous permet pas d'être aussi affirmatifs que son auteur, quant à la nature syphili-
ART. III. — NÉVRAL6IBS. ^5
tique de la névralgie dans ce cas. Nous rapprochons de ces deux faits une observation de névralgie occipito-auriculaire dans laquelle Paffection nous paraît pouvoir être localisée dans les branches auriculaire et occipitale externe provenant des deuxième et troisième paires cervicales.
Nous aurions encore pu considérer comme un cas de névral- :gie syphilitique des nerfs cervicaux une observation consignée dans Valleix (I) et qui a trait à une fille publique atteinte de névralgie cervico-occipitale s'étendant parfois à des rameaux provenant du plexus brachial. Nous y remarquons en effet une exacerbation nocturne des douleurs^ Tabsence des causes ordinaires des névralgies et l'insuccès de tous les moyens les plus rationnels ; de plus la malade était une fille publique et n'avait «ans doute pas été indemne de la contagion syphilitique. Cependant; comme Valleix ne fait pas mention des antécédents de sa malade, et qu'aucun traitement antivénérien n'a été tentée il ne nous est pas possible de nous prononcer. Ce n'est malheureusement pas la seule observation incomplète que nous ayons rencontrée, et ces omissions dans la recherche des antécédents expliquent jusqu'à un certain point pourquoi Valleix a pu nier rinfluence de la syphilis sur les névralgies, et mettre cette étiologie en suspicion dans une observation de Wàton qùll raf^pôrte un peu plus loin et que nous considérons au contraire comine très-probante. Nous retrouvons dans cette observation de Wàlon «es mouvements convulsifs que nous avons déjà signalés. Hais ici les mouvements convulsifs occupaient les parties. méiQ.es,où siégeait la névralgie et ne disparurent qu'avec la névralgie sous l'influence d'un ti'aitement antisyphiiitique suffisamment prolongé. Si Valleix eût recherché les antécédents de la fille publique dont il parle^ il n'aurait peut*étpe pas pu dire que le fait; de Waton est seul de son espèce.
OBSERVATIONS
Observation 2t4. — JMévralgie occipito-temporale, J. P. Lirot, ouvrier teinturier, âgé de trente ans, de forte constitution, ressent
(1) Valleix, /op. ciY., p. 231. •
depais plusieurs semaines de vives douleurs dans la tèle^ et parfois des mouvements nerveux, spa^modiqucs, dans les bras, les jambes et le cou ; il a essayé inutilement des bain» de vapeur et des pilules de Mëglin^ que son estomac ne pouvait supporter.
A son entrée à l'hôpital de Sainte-Marie aux Mines, le 16 mai 1855, je constate des douleurs névralgiques siégeant dans la région occipito - temporale. Le malade nie tout antécédent syphilitique. (Potion anodine.) Le 19, les mouvements spasmodiques ont cédé, mais les douleurs persistent; elles sont sourdes, sans exacetbation nocturne, partant de l'occiput et s'irradiant jusqu'aux tempes. Le sulfate de quinine, le chlorororme, les bains de vapeur, les sangsues, n'amènent aucun soulagement. Le 2 juin, malgré les dén^atious obstinées du malade, qui nie avoir jamais eu la vérole, malgré. l'absence de tout symptôme syphilitique concomitant, je prescris l'iodure de potassium à la dose de 1 gramme par jour. Dès le 0 les douleurs ont considérablement diminué, et le 27 le malade quitte l'hôpital guéri, mais promettant de continuer encore son traitement pendant un mois. Un an après, la gucrison ne s'était pas démentie* (L. Gros, Observation inédite.)
Observation 25. — Névralgie occipito- front aie. Jeune homme de vingt-huit ans, a eu, en 1845, une gonorrhée bénigne, mais opiniâtre, qui dura huit mois. En août 1847, nouvelle gonorrhée, avec chancre sur le prépuce, suivi d'engorgement des glandes inguinales. Le chancre se cicatrise en dix ou douze jours, par l'usage d'une pommade sans doute mercurielle. En octobre 1847, douleurs rhumatoïdes intenses dans les bras et les épaules, nocturnes, résistant aux bains de vapeur. Vingt jours après, elles sont remplacées par de vives douleurs de tête ayant leur point de départ au-dessus de Tune et l'autre orbite, s'irradiant par élancements jusqu'à la partie inrérieure de l'occipital, en suivant le pourtour du crâne. Des douleurs pareilles existent aussi au sommet de la tête. Nulles ou supportables pendant le jour, ces douleurs sont intolérables pendant la nuit ; elles résistent aux purgations répétées et aux opiacés. Le 22 novembre le malade est mis à l'emploi du sublimé ; le cinquième jour les douleurs se calment, le sommeil est revenu; le 3 décembre la guérison était à peu près complète, lorsque le malade est perdu de vue (i). (Yvaren, lac. cit., Obs. 1.)
(1) « Cette affection, » ajoute M. Yvaren, « porte en elle tous les caractères « assignés aux névralgies : son siège était limité, ses points de départ arrêtés,
ART. III. — NEVRALOIES. 57
Obsertation 26. — Névralgie occipito-frontale. Un malade de M. Delporte, homme de cinquante ans^ de tempérament nerveux^ de constitution grêle ^ portait une céphalée ancienne partant de rocciput, s'irradiant dans tout le côté droit de la tête jusqu'au sommet et revenant par accès irréguliers. Cette céphalée, d'origine évidemment syphilitique, fut traitée par les eaux d'Acqui, et guérit parfaitement. (RoG^ETTA, m Annales de thérap., t. VI, p. 163.)
Observation 27. — Névralgie ocçipito- auriculaire. Madame L... accusait une vive douleur au côté gauche de la tête, se propageant à l'oreille ; on l'avait considérée comme rhumatismale et traitée pendant six mois sans aucun succès par des moyens généraux, vésicatoires, etc.. A l'inspection de la gorge, je constate l'existence d'ulcères vénériens ; la malade avoue avoir eu, deux ans auparavant, des pertes blanches abondantes; elle guérit après quarante-cinq jours de traitement mercuriel, lequel fut continué pendant deux mois. (Fréteau, in Journ. de Sédillot, t. XLIV, p. 10.)
Observation 28. — Névralgie ocçipito- faciale. V..., militaire, trente ans, vif et vigoureux, malade depuis dix-huit mois, présente un amaigrissement extrême, une toux sèche, continuelle, des tiraillements douloureux dans la partie gauche de la tête partant de Tocci* put un peu au-dessus de la nuque, entre celle-ci et l'apophyse mastoide, et occasionnant une contracture spasmodique de l'œil et de la bouche. Paroxysmes revenant au moindre attouchement ou par le plus léger mouvement du cou et des mâchoires. Peau sèche, brûlante, insomnie, tristesse, dyspepsie. — Vésicatoires, séton, bains, opium, éther, restent sans effet. Le malade avait eu, à différentes reprises, des symptômes syphilitiques bien caractérisés. On prescrit des frictions mercurielles. Dès la septième, le sommeil est revenu, les accès névralgiques sont moins fréquents et moins intenses ; à la dix-neuvième, la guérison est complète. Le malade fit encore vingtcinq frictions, et usa en tout 13(5 grammes de mercure. 11 vécut encore douze ans sans rechute. (Waton de Vaucluse, in Journal de Sédillot, t. IV, p. 178.)
« son parcours facile à suivre Je n'ai pu constater aucune lésion dusys-
« tème osseux, et rien ne donne à supposer qu'il en existât. La promptitude « des bons effets du sublimé ne peut raisonnablement s'expliquer que par la « limitation de la maladie à un désordre fonctionnel des nerfs cervicaux. »
58 PRBMIÈRB PARTIS. — SYPHILIS DU STSTÈMB IfKEYBCX.
4; 3. — Névralgies du plexus braehlal. * : '
!• Névralgie cubito-digitale. — Nous avons observé cette affection dans tes salles de tf. Rayèr^ à la Charité^ chez un malade dont Tobservation ne laisse pas que de présenter de sérieuses difficultés de diagnostic. Le fait le plus saillant de son histoire consiste en une double névralgie cubito-digitale. parCaitement dessinée, durant depuis quinze ans et ayant amené depuis trois ans seulement une atrophie musculaire assez exactement limitée aux faisceaux musculaires qui reçoivent leur innervation du nerf cubital ; à ces douleurs vint se joindre une hypéresthésie"^ excessive de ces mêmes régions. Pour nous là nature syphililiïpié de cette affection est problématique. Comme antécédents vénériens nous trouvons deux blennorrhagies, deux chancres et une ^0pécie partielle ; le malade ne se souvient pas d'avoir jamais eu ni maux de gorge ni éruption à la peau. Quoi qullensoit^ après remploi de moyens variés et nombreux, entre autres de l'électricité sous toutes ses formes, M. Rayer crut devoir tenter les spécifiques et prescrivit les pilules de Sédillot. En peude jétars Pintensité des douleurs et Phypéresthésie avaient considérablement diminué ; on avait donc lieu de s'applaudir de cette tentative thérapeutique^ mais l'amélioration ne suivit pas longtemps sa marche ascendante ; l'iodure de potassium n'agit pas davantage^ et le malade était encore loin d'une guérison complète lorsqu'il quitta la Charité. Si nous en jugeons par d'autres faits cliniques^ nous dirons que peut-être l'emploi plus hardi de l'iodure de potassium eût pu amener un résultat plus complet. Nous restons néanmoins dans une sage réserve quant à la nature de la névralgie et à la cause réelle des accidents dans ce cas spécial. Comme nous le verrons en parlant du diagnostic différentiel des affections nerveuses syphilitiques en général, l'hypéresthésie, symptôme si prononcé dans ce cas, se rencontre plus fréquemment dans les affection§,4'orjgiQe i^h^matismale que dans celles qui se rattachent à la syphilis.
2** Névralgie du nerf médian. — Dans l'observation de M. Michel^ malgré le peu de détails qu'elle contient, la nature syphi-
ART. 111. — NÉVRALGIBS. S9
iitique de la névralgie ne nous paratt pas douteuse. La névralgie dans ce cas était exactemetit limitée au nerf médian. C'est le seul fait de ce genre que nous ayons pu recueillir.
OBSEfiVATlONS.
Observation 29. --* Syphilis antécédente, double névralgh. c^bitO' digitale, hypéresthéisie cutanée. Traitement mercuriel^puis traitement iodé, Amélioralion*. Chplley, âgé de cinquanterhuit ans, ancien gendarme» entre à la Charité (salle Saint-Michel» n* 39, service de M. Rayer) le 13 décembre 1^57.
Cet homme, d'une taille éle^vée» doué autrefois d'une force plus qu*ordipaire, ne se rappelle pas avoir été malade dans son enfance* Son père et sa mère, morts tous deux dans un âge avancé» étaient» comme lui» de forte constitution. A vingt-huit ans il Ut une maladie de trois semaines; il éprouvait alors des douleurs dans la tête et dans le corps» et fut traité par une application de 90 sangsues sur le creux de restomac. L'année suivante, il contracta une première blennorrhagie qui dura quinze jo^rs» et, fut traitée par le cop^hu et les injections à l'acétate de plomb. Vçrs la An de 1829» il eut deux chancres sur le prépuce» qui persistèrent pendant -trois semaines» et furent pansés avec de Tonguent gris; il s'y joignit un engorgement ganglionnaire dans Taine droite» sans suppuraliop. ^i'àg^.de trentedeux ans» seconde blennorrhagie sans chancres» qui dur^ vingt jours environ, et céda au^eul emploi d'injections. Quelque temps après survint de l'alopécie., Le malade ne se souvient pas d'avoir eu de maux de gorge ni d'éruption cutanée. > , ,
Le malade se maria en 1835; il avait alors trente-<ïinq ans; il eut sept enfants» dont l'un mourut à l'âge de onze ans» de fièvre ty* phoide; les autres sont tous bien portants. Le malade reste fort et bien portant jusqu'à l'âge de quarante-trois aus. A ce moment il commence à ressentir des douleurs dans les avant-bras, douleurs partant du coude et s'étendant jusqu'aux deux derniers doigts, suivant le trajet du nerf cubital, apparaissant soiu^ focioes de ciises, durant à peine quelques secondes et se répétant cinq ou six fois par jour. Ces crises allèrent en augmentant jusqu'en 1853. Cependant le malade continuait à faire son service; en 1845» il avait été aux eaux de Bourbonne, mais n'avait pas achevé la saison» vu l'absence complète d'amélioration. En 1855, il quitte le service. Depuis lors il n'a pas pu travailler» mais n'a subi aucun traitement. Les douleurs sont deva-
60 PREMIÈBE PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTEMS NBftYElJX.
nues de plus en plus vives et fréquentes; elles durent deux ou trois minutes^ et existent toujours exclusivement sur le trajet du nerf cubital.
Lors de rentrée du malade à la Charité, sa santé générale est bonne, mais il y a amaigrissement prononcé des bras et des mains; pas de douleurs de lêle. Dès le mois de janvier iSoS le malade est traité par rélectricilé ; on se sert d'abord des chaînes de Pulvermachcr, puis concurremment, d'un côté, du courant continu, de l'autre côté du courant interrompu; il n'y eut de résultat apparent ni d'un côté ni de l'autre. Voici, du reste, 1 état du malade le 12 septembre i858 : le visage, quoique amaigri, présente encore Tapparence de la santé ; les pupilles sont inégales, la gauche un peu plus large que la droite qui est considérablement contractée ; contractilité pupillaire très-faible des deux côtés; iris de couleur normale ; le malade assure n'avoir Jamais souffert des yeux; cependant, questionné avec soin et persistance* le malade dit ressentir quelques picotements dans l'œil droit, qui est un peu injecté. A la partie postérieure de la région cervicale on trouve la trace de six cautères ; il n'y a, du reste, rien d'anormal dans cette région, où la pression ne provoque aucune douleur. Le corps tout entier présente un certain degré d*ana1gésie qui contraste avec une hypéresthésie excessive des bras et des avant-bras. Maigreur asses prononcée du tronc et des membres supérieurs; tous les muscles de ces parties paraissent atrophiés. Élancements douloureux dans le tronc, dans les jambes ; ces douleurs sont vagues et durent quelquefois dix minutes dans le tronc ; dans les jambes, au contraire, elles ne font que paraître et disparaître; la plus légère pression suffit pour les calmer, l'électricité les engourdit sans les faire cesser. Pas de mouvemeuts involontaires dans le tronc ni dans les jambes. Les deux bras elles deux avant-bras sont également amaigris, mais Tatrophie porte surtout sur les muscles interosseux du métacarpe. II existe entre les deux premiers métacarpiens une excavation qui ferait croire que toute fibre musculairea disparu ; il en est de même des éminences thénar et hypothénar. Le malade étend bien les doigts et peut leur faire exécuter tous les mouvements, excepté aux deux derniers, à cause des douleurs que provoquent ces mouvements. Les tendons extenseurs des doigts sont agités de temps àautre par des mouvements dus à la contraction involontaire des muscles correspondants ; rien de semblable dans les muscles fléchisseurs ; cependant les doigts sont habituellement fléchis. Ces mouvements involontaires se retrouvent dans les interosseux et dans les muscles des éminences thénar et hypothénar; ce sont des mouvements de la totalité des muscles, et non
des mouvements fibrillaires. Les crises douloureuses dëjà mentionnées sont très- vives et très -fréquent es ; elles durent deux ou trois minutes^ commencent comme toujours entre le radius et le cubitus^ et se continuent dans tout le trajet du nerf cubital jusque dans Textrémité des doigts ; depuis peu de temps elles remontent quelquefois jusque dans les bras, ou pour mieux dire elles commencent dans les bras, car jamais elles ne suivent une marche ascendante dans le nerf. Ces crises sont plus fréquentes et plus fortes la nuit que le jour; le plus grand nombre a lieu de sept heures du soir à trois heures du matin. Pendant ces crises, le malade tient un de ses bras en l'air, le plus souvent le bras gauche, et en comprime fortement Tavant-bras avec la main droite; il fait entendre en môme temps des cris tout particuliers, et témoigne d'une anxiété très-grande; pendant ces paroxysmes, la température du corps paraît augmenter, la face se congestionne. La main gauche^ surtout sur son bord cubital^ présente une hypéresthésie excessive; à droite, cette hypéresthésie remonte jusque vers le milieu de Tavant-bras ; le moindre attouchement de ces régions occasionne des douleurs atroces et réveille les crises; si Ton vient à pincer ou à piquer ces parties, les douleurs sont beaucoup moins vives, ce qui prouve que c'est surtout la sensibilité tactile qui est en jeu ; il y a quelque temps, cette hypéresthésie était bornée au bout des doigts. Toutes les autres fonctions s'exécutent normalement; cependant le malade n'accuse pas de désirs vénériens , et cela depuis assez longtemps déjà. — (3 pilules de Sédillot par jour.)
Le 20 septembre , les crises sont toujours aussi fréquentes , mais les douleurs sont moins vives, et lliypéresthésie a beaucoup diminué.
Le 23, on peut toucher les mains du malade sans le faire crier et sans provoquer de crises.
Le !*' octobre, Tamélioration a encore fait quelques progrès ; elle a continué pendant tout le mois, quoique très-lente ; dans les derniers jours seulement, les crises sont redevenues plus fréquentes ; il est survenu des élancements douloureux dans les jambes; malgré cela, l'hypéresthésie cutanée continue à diminuer.
Le i*' novembre, on remplace les pilules mercurielles par Tadministration quotidienne de 1,00, puis 2,00 d'iodure de potassium.
Le 1*' décembre, pas de nouvelle amélioration. Les crises ont plutôt augmenté de fréquence. (lodure de potassium, 3,00.)
Le 1*' janvier, lorsque le malade quitta la Charité, l'état n'était pas modifié davantage. (Lancereaux, Observation inédite.)
62 PREMIÂRE PARTIE. — SYPHILIS DU STSTÈMB NERVEUX.
Observation 30. — Névralgie du nerf médian. Infirmière de quaraDte-einq ans^ prise dans le milieu de Télé de douleurs le long du nerf médian. On sent plusieurs points douloureux au-dessus du de!toîde, au pli du coude, etc., avec élancements très-vifs surtout la nuit, engourdissement de tout le membre. Opium^ immobilité^ douches froides, etc., sans succès pendant cinq semaines. En désespoir de cause et malgré l'absence de tout antécédent^ Tiodure de potassium fut employé à la dose de I gramme par jour. Guérison coknplète en quelques jours. M. Michel obtint peu après l'aveu d'antécédents syphilitiques. (F. S. Michel^ Thèses de Paris, 1858, n» 308. Obs. 33, p. 69.}
Avant de parler des névralgies sciatiques^ disons bnëvement que les auteurs anciens, entre autres Baillou^ StoU^ J. Franck, Heckel^ admettent encore d'autres variétés de névralgies syphilitiques qui viendraient se placer ici. Ainsi M. Yvaren (I) rap* porte en peu de lignes l'observation d'une névralgie intercostale que Baillou considéra, vu l'insuccès des traitements ordinaires^ comme étant de nature vénérienne; il reproduit également sur le nom de névralgie brachio-mammaire le fait suivant que StoU (2) intitule fihn'e syphilitique larvée, a II était a survenu depuis neuf semaines à une jeune fille de 18 ans (( qui s'était toujours bien portée jusque-là^ une tumeur osa seuse au milleii du sternum^ accompagnée de douleurs qui' a prenaient irrégulièrement le, jour^ la nuit^ qui s'étendaient a jusque dans les mamelles et dans les bras^ et qui quelquefois a s'apaisaient eutièremient. Il n'y eut jamais aucun $utre signe f de vice vénérien. Elle fut mise à l'usage d'un électuaire de a rob de sureau^ d'extrait de gratiole et de sublimé corrosif, a La tumeur et la douleur disparurent, la malade guérit. » Nous pensons comme M. Yvaren que ces deux faits ne sont rien moins qu'incontestables. N'ayant pas d'observation plus concluante à leur adjoindre, sachant au contraire que M. Béroud(3), dans ses recherches sur la névralgie intercostale, n'a pas pu en rencontrer un seul cas reconnaissant pour caiise la syphilis, nous passons outre.
(1) Yvaren, loc. cit., p. 63.
(2) StoU, Méd, prat., édition Delahaye, p. 310.
(3) Béroud, Thèses de Paris, 1S55, no 328, p. 14.
Nous Usons encore dans Valleix (i): f Parmi les antécé- « dents des^ malades atteints de névralgie dorso-ititercostiale « onitrôtlive qifé deux hommes avaient contracté; à bne époque a plus ou moins éloignée^ des maladies vénériennes^ mais ne a présentaient ni syphilides ni tumeurs des os^ ni douleurs a Qstéocopesj rien en un mot qui indiquât upe syphilis constif tutipnneUe ; quatre femmes étaient entrées à Thôpital pour des « affections vénériennes; une seule offrait les signes d^une af- (( fection constitutionnelle^ mais le squelette et le thorax en parce ticulier étaient parfaitement sains. » Pour que ses observalions pussent être de quelque utilité^ Valleix aurait dû indiquer si Taflection chea^ ces six malades a cédé aux moyens ordinaires ou ^'il a. fallu recourir à un traitement spécifique, circonstances Lien capables de modifier Topinion qu'on peut se fau*e de la nature de la maladie.
$ 4. — Névralgie sciatlque..
La névralgie sciatiqué de nature syphilitique est admise par la plupart des auteurs anciens, entre autres par Cirillô, par Waton; de nos jours elle Test également par Sândras^ îf. Yvaren. Un praticien distingué de Genève, le docteur Senn, nous a dit en avoir observé plusieurs cas incontestables, dans lesquels, comme dans les observations que nous rangeons ici, la douleur ne pouvait être rapportée JSl aucune lésion apparente; nous verrpns en effet plus loin qu'il exisie des douleurs occupant le trajet du nerf sciatiqvie et qui ne sont que le résultat d'une compression. Peut-être aurions-nous pu placer ici quelques observations tirées d'auteurs anciens, entre autres un fait intitulé par Plenck Ischtas venerea (2j. Mais la plupart de ces observations sont tellement incomplètes qu'on ne saurait y attacher une grande importance.
OBSERVATIONS
Observation 31. — B..., chasseur d'Afrique, entre à l'hôpital Saint-Éloi le 16 septembre 1843. Sciatiqué violente depuis trois ans,
(1) Valleix, /oc. a7.,p. 397.
(2) J. J. rienck., Docir. de morb, vener.
(S 4 PREMIÈRE PARTIE. STPHILlg DO STSTÈMB lŒRYBDX.
s^étendant le long de la cuisse et de la jambe gauches, suivant parfiidr tement la direction du nerf. Vësicatoires^ moias, morphine, sans résultat. L'acupuncture soulagea pour quelques jours. La douleur ayant reparu, l'acupuncture échoua. Le malade a eu, en Afrique, plusieurs maladies vénériennes qu*il a traitées en courant. Lallemand prescrit les pilules deSëdillot; dès les premiers jours, une amélioration non équivoque survient, et Ton peut espérer une guérison complète à la fin du traitement. (Courtt, Clin, de Montpellier^ 1844.
— YVAREN, foc. Ct^,OBS. tO.)
Observation 32. — Névralgie sciatique. Homme de soixante-dix ans, avant eu à vingt-cinq ans une blennorrhagie, et à trente ans un chancre sur la verge. A cinquante ans survint une sciatique qui, ayant résisté à tous les moyens employés, ne fit que s'aggraver pendant vingt ans. D'après les antécédents, l'irrégularité des traitements suivis et l'exaspération nocturne des douleurs, M. Gérard rattacha la sciatique à une syphilis constitutionnelle méconnue, et prescrivit l'iodure de potassium, 3 grammes en quatre jours. Dès le second jour, grande diminution des douleurs, et huit jours suffirent pour faire disparaître des douleurs qui duraient depuis vingt ans. (Gâiuiin de Lyon, Union méd., mai 1852.)
Observation 33. — Névralgie sciatique. Madame S..., vingt-trois ans, était retenue au lit par des douleurs qui, du bassin, s'irradiaient jusqu'au talon gauche en suivant la partie postérieure du membre. Plusieurs traitements avaient été faits sans résultat, lorsque M. Gérard vit successivement se dérouler tous les symptômes d'une syphilis tertiaire : taches cuivrées , tumeurs sur divers points des surfaces osseuses, tumeurs gommeuses, douleurs ostéocopes, pustules plates, végétations, etc.. LModure de potassium fut administré, et les douleurs disparurent complètement en quinze jours. Le traitement fût continué plus longtemps pour triompher des autres accidents. (Gérard, de Lyon, loc, cit,)
§ 5. ~ Névralgie ilio-scrotale.
Nous en avons rencontré un cas imputable au virus syphilitique. L'observation en a été publiée par Vandekeere: le doute sur la nature de raffection ne fut pas de longue durée, puisque nous voyons le malade entrer à Thospice des Vénériens le 6 décembre, commencer son traitement niercuriel le 7, et sortir coniplé-
tement guéri le !•' janvier suivant. Nous croyons devoir reproduire ici les réflexions que ce fait a suggérées à Yandekeere (i): a Les douleurs^ chez ce malade^ ont été non-seulement ostéocopes mais encore névralgiques^ ce qui est assez rare. Tout porte à penser que ces douleurs étaient dues à une irritation vénérienne^ car^ outre qu'elles avaient paru après une syphilis mal traitée^ elles augmentaient d'intensité sous Tinfluence de la chaleur et disparurent sous celle d'un traitement moitié méthodique et moitié empirique. Il semble que la guérison a été due moins aux antiphlogistiques qu'au mercure ; en effet l'amélioration n'a commencé à se manifester que treize jours après l'emploi des émissions sanguines^ époque à laquelle le malade avait déjà pris quinze doses de liqueur de Yan Swiéten. La névralgie ilio-scrotale est une maladie rare. Cbaussier^ Richerand^ Delpech sont^ je crois, les seuls auteurs qui disent l'avoir rencontrée. L'observation précédente est d'autant plus intéressante que la névralgie était symptomatique de la syphilis, o
OBSERVATION
Observation 34. — Névralgie ilio-scrotale. P. M..., trente-neuf ansy jardinier, entre à Thôpital des Vénériens le 6 décembre 1820. A eu autrefois une blennorrhagie et des végétations sur le gland, qui, quoique mal traitées, ont entièrement disparu. Depuis deux ans, douleurs profondes dans les extrémités; douleur plus vive qui, du côté gauche du scrotum, s'étend jusqu'aux lombes (névralgie ilioscrotale). Ces douleurs sont plus fortes la nuit que le jour, dans les temps chauds que dans les temps froids^ et n'ont jamais été combattues. Le 7 décembre, après deux émissions sanguines, le malade est mis à la liqueur de Van-Swiéten. Le 21, douleurs moius vives, exacerbations plus rares. Le i" janvier 1821, guérison complète. (Vandekbere^ in Journ, de Sédillot, t. Cil, p. 310.)
§ 6. — Névralgies viscérales.
a L'observation anatomique, l'expérience physiologique et
(1) Journal gén. de médecine, de Sédillot, t. Cil, p. 810. — Mém. sur les formes insolites de la syph,
les faits pathologiques les mieux constatés, d dit M. Jolïy (i)^ (( se réunissent pour prouver de la manière la plus positive que le trisplanchnique se partage avec les nerfs cérébro-spinaux llnfluence nécessaire à Taccomplissement des phénomènes de la
vie Les nerfs de la vie organique ont leur manière de sentir et
de soufirir, et bien que les douleurs que Ton éprouve dans les organes où se distribuent les nerfs aient un caractère particulier^ bien que certaines douleurs cardiaques^ pulmonaires, utérines, intestinales, hépatiques, etc.. ne ressemblent en rien aux douleurs des parties externes, elles n^en sont pas moins de véritables névralgies, o Nous suivrons Texemple de M. Jolly et de Sandras en rapprochant des névralgies des nerfs de la vie de relation celles des nerfs de la vie organique, portant plus spécialement sur le système nerveux ganglionnaire.
La névralgie ganglionnaire, admise par Bichat, Mérat, HH. Jolly, Longet, peut être générale et suivre le trajet des gros troncs artériels ; elle peut aussi être locale et occuper exclusivement le larynx ou la trachée-artère, quelques parties du tube digestif, etc Ainsi Sandras admet une névralgie cardiaque ou gastralgie, une névralgie intestinale ou colique nerveuse, une névralgie du rectum et de Tanus; de plus il range parmi les névralgies certaines angines de poitrine. Il admet poiur quelques-unes ladiathèse syphilitique au nombre de leurs causes. a Les névralgies intercostales, brachiales, sciatiques, les angines a de poitrine, les névralgies ganglionnaires dépendent fort soua vent d'affections rhumatismales ou goutteuses ou syphilitia ques (2). x>
Nous avons noté plusieurs fois des symptômes nerveux viscéraux dans le cours d'autres affections nerveuses syphilitiques que nous relaterons à leur place ; de plus, en parlant de cet ensemble de symptômes initiaux auquel quelques auteurs ont donné le nom de fièvre d'invasion, nous avons noté comme très-fréquents des troubles variés dans les fonctions digestives. Enfin dans les sept observations que nous plaçons ici, les
(1) Dictionnaire de méd, et de chir,prat„ U Xll, p. 41 k 43.
(2) Sandras, loc. cit.
douleurs viscérales ont constitué le symptôme principal^ quelquefois unique de la maladie. Dans plusieurs le siège des douleurs était Testomac^ et la maladie méritait le nom de gastralgie. Une de ces observations appartient à MM, Trousseau et Pidoux et a présenté un symptôme saillant^ que nous retrouverons chez un malade atteint de paralysie générale dont nous relaterons Thistoire : c'est le retour nocturne des douleurs gastriques s'accompagnant de vomissements également nocturnes. Ce signe fut le seul qui engagea ces praticiens à suspecter la nature syphilitique de Tafifection et à administrer le mercure avec un prompt succès. Dans une observation que nous avons recueillie nous-mêmes à la clinique de M. Trousseau^ nous voyons une diarrhée datant de quinze mois^ s'accompagnant de vomissements et de gastralgie^ résister à tous les traitements et céder promptement au traitement mercuriel par les bains de sublimé. Rien dans ce cas n'avait pu indiquer la nature de ces troubles gastriques lorsque l'apparition de douleurs ostéocopes et de tumeurs gommeuses vint tardivement éclairer le diagnostic. Dans une autre observation, recueillie également par nous-mêmes dans le service de H. Rayer^ le diagnostic était moins incertain, puisqu'on avait pour se guider des symptômes secondaires actuels et non douteux. Cependant le caractère nocturne des douleurs n'existait pas; nous n'en voyons pas moins le mercure dissiper tous les troubles gastriques. La malade elle-même signale cet effet bienfaisant du mercure qui n'est cependant pas habituel dans les accidents gastriques ordinaires.
L'observation suivante est empruntée à M. Andral; le diagnostic longtemps douteux s'éclaira par l'apparition d'une angine suspecte, et cette heureuse circonstance ramena la malade des portes du tombeau. Nous voyons en effet un marasme prononcé^ résultat de vomissements incessants, arrêté promptement par les préparations mercurielles. La douleur dans ce cas était limitée au creux épigastrique et se réveillait sous l'influence de l'ingestion des aliments ; aucune lésion organique ne put être découverte par l'examen le plus minutieux.
Dans l'observation 39 le siège de la névralgie viscérale ne
dîneuse des muscles fléchisseurs de la jambe. L'état général est^ du reste, excellent.
15 septembre. Une vaste ulcération syphilitique existe sur le mollet droit (gomme ulcérée) ; on continue le traitement par les bains de sublimé.
Le 15 octobre^ l'ulcération est cicatrisée; la tumeur du bras gauche est dissipée; la santé générale de la malade est excellente.
Le 15 novembre, la malade quitte l'hôpital complètement guérie. (L. Gros, Observation inédite,)
Observation 37. — Syphilis secondaire y gastralgie, dyspepsie, douleurs rhumatoîdes. Traitement mercuriel. Guérison, Ch. Félicie, vingt-deux ans, entrée à la Charité (service de M. Rayer), le 4 octo* bre 1858, sourde depuis l'enfance, n'a jamais eu précédemment de douleurs gastralgiques. Vers la (in d'avril, boutons aux parties génitales, avec adénites inguinale et cervicale, croûtes dans les cheveux. Peu après, roséole précédée d'une fièvre qui persiste pendant plusieurs jours, s'accompagnant de courbature, de lassitude ; maux de gorge, alopécie, puis gastralgie, battements dans la région épigastrique, insomnie, douleurs vagues dans tous les membres^ surtout aux épaules et aux lombes. En juillet, traitement par la saponaire; en août, éruption sur les jambes de pustules se transformant en ulcérations entourées d'une aréole couleur lie de vin.
Le 4 octobre, la malade est mise à l'usage des pilules de Sédillot. L'éruption pustuleuse disparaît rapidement. Le 19, les pustules sont remplacées par des taches de couleur caractéristique. Depuis le ii, les douleurs gastralgiques ont entièrement disparu, les digestions sont parfaites. La malade sort le 19, mais continuera les pilules de Sédillot et prendra des bains sulfureux. (Lancereaux, Observation inédite,)
Observation 38. — Gastralgie, Femme de vingt-neuf ans; a eu une blennorrhagie, puis des boulons aux grandes lèvres. Deux ans après, à la suite de chagrins, dépérissement. Sensation douloureuse au creux épigastrique après l'ingestion des aliments ; vomissements fréquents, éructations ; peau habituellement aride. Malgré tous les efforts de l'art, la maladie faisait des progrès incessants; on désespérait de la malade lorsque survint une ulcération syphilitique au pharynx. Un traitement mercuriel, institué aussitôt, produisit une amélioration marquée dès le vingt-cinquième jom*, et ne tarda pas à rendre
à la malade toute la plénitude de sa santé (1). (ândral^ Clin, méâ,, t. IV, p. 122.)
Observation 39. — Entéralgie. Homme de haute intelligence; depuis deux ans, symptômes intestinaux graves^ pris tantôt pour une entéralgie^ tantôt pour les signes d'un rétrécissement. Douleur fixe 4ans le flanc droit, devenant intolérable quelques heures après Fingestion des aliments ; marasme physique et moral excessif. Le malade songe de lui-même à une syphilis qu'il a eue^ et qui n*a été traitée que par des remèdes insignifiants. On prescrit des bains de sublimé. Au bout de huit jours, amélioration notable et guérison assurée. {Bulîel, gén. dethérap,, t. X, p. 37.)
Observation 40. — Gastralgie et hépatalgie. Femme de vingt-cinq ans ; accuse des douleurs épigaslriques constantes, parfois des coliques violentes suivies de jaunisse; alternatives de constipation et de diarrhée; amaigrissement ; grandes douleurs dans la tête, augmen^ tant le soir et plus encore dans la nuit, pour se dissiper le matin; écoulement vaginal copieux. Les moyens rationnels restent sans efi*et. Sous l'influence du sirop de Cuisinier, du sublimé à rintérleur et des frictions mercurielles, les accidents se dissipèrent et le rélablissement fut complet. (Portal, Observât, sur la nature et le traitement des maladies du foie,)
Observation 41. — Gastralgie et hépatalgie. S... a eu à vingt-deux ans des chancres et un bubon non suppuré, mal et incomplètement traités par le mercure. Un an après, gastralgie, hépatalgie, constipation, hypochondrie. Traitement varié pendant huit ans. Après vingt jours de l'emploi des eaux d'Aix, en Savoie, apparition d'une syphi" lide serpigineuse sur la poitrine et cessation des accidents internes. On institue.un traitement par la tisane de Feltzet le sublimé, et l'entière guérison paraît assurée. (Baumes, Précis des malad, vén,, t. 1, p. 372.)
Tels sont, au nombre de trente-deux, les faits de névralgie sy-
(1) « Le fait que nous venons de rapporter, » ajoute M. Andral, a est loin « d'être sans analogue dans les annales de la science. On lit dans Stoll , par « exemple, l'histoire d'un individu qu'il délivra , par un traitement mercuriel, « de vives douleurs abdominales accompagnées d*un trouble marqué dans la «t digestion et d'un dépérissement général. » Nous n'avons pu trouver cette observation dans Stoll ; M. Yvaren déjà n'avait pas été plus heureux que nous.
philitique que nous avons pu trouver dans les auteurs ou observer nous-mêmes. La lecture de ces observations nous apprend d'abord ce fait important^ que la névralgie syphilitique^ pas plus que les autres névroses que nous passerons successivement en revue^ n'a de symptomatologie qui lui soit propre. En effet, nous retrouvons^ sous llnfluence du virus syphilitique^ les différentes névralgies telles que nous les connaissons^ alors qu'elles surviennent indépendamment de toute cause spécifique. Si^ la plupart du temps, on peut arriver à reconnaître leur nature spéciale^ c'est bien plutôt d'après des données étrangères à la symptomatologie que l'on y parvient. C'est même cette absence de signe distinctif clair et précis qui a fait nier si longtemps les névroses syphilitiques^ et qui fait qu'aujourd'hui encore, comme nous l'avons vu^ elles sont un objet de doute et d'incrédulité pour un grand nombre d'observateurs. C'est à faire disparaître celte hésitation qu'ont tendu tous nos efforts, et c'est à ce point de vue, seulement, que nous allons étudier les faits cliniques qui précèdent. Sans donc nous arrêter longuement à énumérer les symptômes qui sont communs à toutes les névralgies, qu'elles soient syphilitiques ou non, nous allons rechercher si dans les faits que nous avons réunis et que nous considérons comme des exemples de névralgie syphilitique, nous trouvons des preuves de la nature spéciale que nous leur attribuons. Nous allons dans ce but établir pour tous ces cas : l'existence positive d'une affection syphilitique constitutionnelle, s'étant déjà précédemment manifestée par des signes non douteux, ou ne se manifestant que pendant la durée même de la névrose ; l'insuccès des traitements les plus rationnels dirigés contre la névrose, en opposition avec le prompt effet des spécifiques; enfin, nous mettrons en relief les quelques particularités symptomatiques ou autres qui peuvent éclairer le diagnostic.
1. — Accidents syphilitiques antérieurs. — Voici ce que nous apprennent, sous ce rapport, nos 32 observations :
i3 malades avaient eu, de leur propre aveu, des chancres ou des boutons aux parties sexuelles, avec ou sans bubon, avec ou sans blennorrhagie.
i femme avait eu des bubons sans chancre constaté. On
sait que ce fait n'est pas rare chez les femmes, surtout chez celles qui ont peu de soins de leur personne, et chez lesquelles un chancre peut parfaitement passer inaperçu.
2 (deux femmes) n'avaient présenté d'après leur dire qu'un écoulement suspect par le vagin. Nous pouvons faire, pour ces deux cas^ la môme restriction que pour le cas précédent.
13 malades ont accusé une ou plusieurs atteintes de syphilis sans indication plus précise.
3 malades ont nié jusqu'au bout toute atteinte syphilitique antérieure. Chez ces 3 malades l'évolution ultérieure de la syphilis et des informations exactes ont démontré la fausseté de leurs assertions^ et nous pouvons affirmer que chez tous nos névralgiques il y avait eu syphilis antérieure dûment constatée.
II. — Il était également intéressant de savoir si ces accidents antérieurs avaient été simplement des accidents primitifs^ ou si nos malades avaient déjà offert des accidents constitutionnels plus ou moins avancés. 8 de nos observations se taisent à cet égard et se bornent à mentionner l'existence d'une syphilis antérieure; de plus nous avons vu que 3 malades avaient nié tout antécédent syphilitique. Chez les 21 malades restants^ nous trouvons que :
12 fois la névralgie n'a été précédée que d'accidents primitifs.
2 fois on a signalé des accidents secondaires précoces.
5 fois des accidents secondaires proprement dits.
2 fois seulement la névralgie n'est survenue qu'après des accidents qu'on peut considérer comme tertiaires, savoir : une cachexie syphilitique avec céphalée nocturne^ et un rétrécissement syphilitique du rectum.
On voit donc combien est erronée l'opinion de Sandras, qui veut que toutes les névralgies syphilitiques appartiennent à la période tertiaire de la syphilis. Il est vrai qu'en traitant des symptômes nerveux qui accompagnent les lésions de la syphilis tertiaire, nous retrouverons quelques faits de douleurs névralgiques^ mais ils sont loin d'être aussi nombreux que ceux que nous avons réunis ici.
III. — La circonstance la plus propre à éclairer le diagnostic et à faire rapporter la névralgie à sa véritable cause est l'existence
d'accidents syphilitiques concomittants de la névralgie. Or: 27 fois la névralgie existait seule^ sans aucun autre symptôme syphilitique. Ajoutons que sur ces 27 cas 4 fois seulement la névralgie affecta un caractère nocturne qui pût faire soupçonner sa véritable nature.
5 fois il existait d'autres symptômes vénériens lorsque survint la névralgie : 3 fois des syphilides^ 1 fois une angine spécifique et 1 fois un écoulement suspect.
27 fois donc, le diagnostic présenta de sérieuses difficultés; ce furent le plus souvent Tétude attentive des antécédents du malade ou l'apparition de nouvelles manifestations spécifiques qui mirent un terme à Tincertitude du praticien.
IV. — C'est qu'en effet, comme nous l'avons déjà dit, la névralgie syphilitique n'a pas de symptôme qui lui appartienne en propre, pas même ce caractère, qui différencie si nettement les douleurs ostéocopes, de se manifester presque exclusivement la nuit. Voici en effet ce que nous apprennent nos 32 observations :
i9 fois il n'est pas fait mention de ce caractère, qui, s'il avait existé, eût certainement attiré l'attention du malade ou du médecin; il est simplement dit que les douleurs reviennent par accès, qu'elles sont intermittentes. Dans 3 de ces cas cependant on signale une insomnie persistante qui peut faire soupçonner des accès nocturnes.
9 fois seulement le caractère nocturne des accès est explicitement indiqué, et plusieurs fois, comme nous l'avons vu, il a servi, en l'absence de tout autre symptôme syphilitique, à faire soupçonner la véritable nature de la névralgie.
4 fois par contre les accès revenaient toujours pendant le jour et à heure fixe, et malgré cette intermittence si nette, les antipériodiques sont restés sans effet.
V. — Ceci nous conduit tout naturellement à parler des traitements qu'on a opposés à ces accidents, et sous ce rapport nous avons plusieurs points intéressants à relever.
Et d'abord nous devons rechercher si, chez ces 32 malades, dans les cas anciens surtout, on peut attribuer l'apparition des accidents nerveux aux traitements spécifiques dirigés contre les symptômes syphilitiques antérieurs, ou plutôt à l'absence de ces
AET. 111. — NÉVRALGIES. 75
traitements ou à leur mauvaise direction. Les résultats auxquels nous arriverons répondront victorieusement, pensons-nous, à ceux qui veulent mettre sur le compte du mercure tous les accidents qui suivent Tinfection vénérienne, et qui font ainsi de ce métal le bouc émissaire de la syphilographie. Ces résultats les voici : Sur 27 cas dans lesquels il est fait mention des traitements antérieurs :
16 fois il n'avait été fait aucun traitement mercuriel, conséquence naturelle de l'apparition précoce de la névralgie.
2 fois le mercure n'avait été employé qu'extérieurement pour le pansement des chancres^ c'est-à-dire en quantité insignifiante.
6 fois il avait été fait un ou plusieurs traitements mercuriels, mais ils avaient été suivis inexactement^ de Taveu môme des malades.
2 fois le traitement avait été poussé jusqu'à la salivation et avait dû être interrompu prématurément.
1 fois seulement le traitement mercuriel paraît avoirété bien fait.
Ainsi 16 fois sur 27 il n'avait été fait aucun traitement mercuriel, 2 fois le mercure n'avait été employé qu'au pansement des chancres ! Que signifient donc ces éternelles accusations contre le mercure d'être la cause de tous les accidents ? Ce tableau nous enseigne au contraire une chose sur laquelle nous insistons, c'est que l'absence de traitement spécifique expKque , dans le plus grand nombre des cas, l'apparition des accidents ultérieurs, et que sous ce rapport les traitements mercuriels incomplets ont presque autant de danger que l'absence de tout traitement spécifique.
VI. — Une fois la névralgie développée, on l'a combattue par les moyens qui sont préconisés contre les affections nerveuses ; on s'est adressé aux antiphlogistiques, aux narcotiques, aux antispasmodiques, aux révulsifs, au sulfate de quinine, à l'eau froide, àl'électrieité, etc. Tous ces traitements sont restés sans action; 24 fois ils ont été nombreux et variés, disent les observations. Certes si 24 fois des traitements nombreux et variés sont restés sans action, il faut qu'il y ait eu, dans la nature même de l'afi'ection, une cause qui expliquât ces insuccès.
Cette cause, ce a quidignotum» contre lequel venaient échouer tous les efforts de la thérapeutique, finit dans tous les cas par se
76 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DD STSTÈHB NERYBUX.
découvrir^ soit par rapparition de quelque symptôme syphilitique non équivoque^ soit, comme dans un cas observé par Tan de nous et dans d'autres, par Theureux et prompt effet du traitement antisyphilitique en Tabsence de tout symptôme nianifestement syphilitique. En agissant ainsi nous n'avons d'ailleurs fait que mettre en pratique le conseil de Galien rappelé par Ballonius : « Quoties consuetis remediis morbi non profligantur^ ad « xaxo^ôsiav est recurrendum (i). »
VII. — Mais dans le plus grand nombre des cas il a fallu du temps pour en arriver là; c'est ce que nous démontre le tableau suivant :
Faisant abstraction de 8 cas qui ne parlent pas de la durée de la névralgie, nous trouvons qu'avant l'emploi des antisyphilitiques la névralgie avait duré :
4 fois très-longtemps, sans autre explication,
6 fois de 7 à 20 ans,
7 fois de 1 à 3 ans^ 7 fois de 2 à 6 mois.
L'affection qui durait depuis 20 ans lorsqu'on se décida à tenter les antisyphilitiques était une sciatique; elle guérit en huit jours sous l'influence de 6 grammes d'iodure de potassium.
VIII. — Ce succès n'est pas un fait isolé, car 31 cas dans lesquels on employa les spécifiques, mercure ou iodure de potassium^ nous donnent les résultats suivants :
19 fois la guérison était complète en moins d'un mois, c'est-àdire en 3, 6, 7, 8, 10, 15, 19, 20 jours.
3 fois il est dit seulement que la guérison fut promj^^e.
6 fois l'époque de la guérison n'est pas précisée.
3 fois enfin, il n'y eut pas de guérison complète, mais seulement de l'amélioration; un de ces malades était d'ailleurs encore en traitement lorsqu'il quitta l'hôpital; chez les deux autres l'affection datait de 8 et de 1 5 ans ; le résultat eût peut-être été différentsiletraitementspécifique eût été fait plus tôt. La plupart de ces malades ont continué leur traitement pendant plusieurs semaines encore après la cessation des accidents, afin d'éviter les rechutes
(1) Ballonius, Epid, et Ephem,,i. l, p. 7.
si fréquentes dans la syphilis, et dont le traitement le plus rationnel ne met que trop rarement à Pabri.
Notops encore que dans tous les cas qui ont été suivis de guérison, cet heureux résultat fut toujours précédé d'une amélioration quelquefois remarquablement prompte. Ainsi c'est le second^ le troisième^ le cinquième jour déjà que des affections rebelles à tous les traitements antérieurs se modifiaient sous Finfluence du mercure ou de Tiodure de potassium. Lisfranc déjà avait noté la merveilleuse promptitude avec laquelle certains symptômes nerveux, entre autres les douleurs ostéocopes et l'insomnie, cèdent à l'iodure de potassium. Il a vu aussi que lorsqu'on interrompait le traitement pendant vingt-quatre heures seulement, les accidents reparaissaient pour cesser de nouveau dès qu'on reprenait le médicament (1). MM. Trousseau et Pidoux exaltent également la promptitude d'action du mercure dans les affections vénériennes insolites, profondes et longtemps méconnues (2).
Nous avons dit que 31 des malades qui font le sujet de nos observations ont été traités par le mercure ou par l'iodure de potassium. Sur ce nombre 23 ont été traités par le mercure seul, 5 par l'iodure de potassium seul ; dans les 3 autres cas le médicament spécifique mis en usage n'est pas précisé. La guérison obtenue 23 fois par le mercure comparée à l'insuccès absolu des médications les plus variées^ employées pendant un temps souvent démesurément long, est encore la meilleure réponse aux accusations portées contre le mercure. A qui fera-t-on croire que des douleurs qui guérissent par le sublimé ou les pilules de Sedillot sont des douleurs mercurielles ?
En résumé nous croyons pouvoir terminer ce que nous avons à dire des névralgies syphilitiques par les conclusions suivantes :
1^ Il existe des névralgies dénature syphilitique.
2^ Elles peuvent exister pendant un temps très-long comme seule manifestation syphilitique.
3^ Elles peuvent occuper les nerfs sensibles de la face^ des membres, ou les nerfs de la vie organique.
<1) Annaleide thérap,^ t. II, p. 66, et Gaz. deshôpit, 1842, p. 251. (2) TrousMau et Pidoux, loc. dt, 1. 1, p. 228.
78 PREMIÈRE PARTIS. — SYPHILIS DU STSTÈHB NBEYEUX.
4° Elles se manifestent souvent dans la période secondaire de la syphilis.
5° Elles ne possèdent pas de symptôme spécial qui permette de les distinguer d'autres névralgies; lesaccès^ le plus souvent franchement intermittents, sont rarement exclusivement nocturnes.
6^ L'absence ourinsufSsancede traitement spécifique antérieur favorisent leur apparition ; elles sont rares après un traitement spécifique bien fait.
7^ Elles résistent opiniâtrement à tout traitement autre que les antisyphilitiques.
8^ Elles cèdent le plus souvent avec une merveilleuse rapidité à un traitement spécifique bien dirigé. Dans les cas où ce résultat n'est pas obtenu^ on doit supposer ou Texistence d'une lésion organique ou une erreur de diagnostic.