NÉVROSES PARALYTIQUES
a La gène des mouvements dans les membres inférieurs ne a prouve pas plus une altération matérielle de la moelle épinière a que les palpitations ne prouvent une maladie organique d.u « cœur^ D a dit Lallemand (1). Cette citation^ empruntée à un des meilleurs observateurs de notre époque^ nous servira de justification pour ce qui*, aux yeux des anatomo-pathologistes purs^ pourrait passer pour une hérésie scientifique, Tadmission de paralysies syphilitiques sans lésions appréciables. Voici du rés^e, et sans répéter les réserves que nous avons déjà faites sur le degré de certitude du diagnostic dans les cas de ce genre^ To'pi^ nion de quelques auteurs sur ce point :
a Quelques observations éparses dans la science semblent de- (( voir faire admettre la syphilis comme cause de paralysies essena tielles^ d dit M. Barnier (2) ; puis après avoir rappelé quelques-uns des faits que nous rangeons ici^ il continue : ce Les a cas de paralysies observés dans la syphilis sont fort rares et nous a devons dire que la place que nous leur donnons ici est fort a contestable. N^y a-t-il pas eu dans ces faits une lésion cachée a qui a déterminé le trouble nerveux ? Quand on son^e à la fréa quence des productions syphilitiques qui peuvent siéger dans a les muscles, les nerfs, les os, en un mot dans chaque élément a de nos tissus, on est entraîné vers cette dernière opinion que (( n^ébranle pas toujours la prompte guérison obtenue par un a traitement approprié; car on sait avec quelle merveilleuse raa pidité les productions syphilitiques cèdent à Tiodure de potas- « sium. De nouvelles observations, appuyées surtout sur des aua topsies, sont donc nécessaires pour se prononcer sur ce sujet « délicat. x>
(0 Lallemand, Des pertes séminales, t. III, p. 60.
(2) Barnier, Des paralysies essenf telles, Th. de concours, 1857, p. 60.
iX)0 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU STSTÈMB NERVEUX.
a La paralysie syphilitique^ » dit H. Macario (1), a peut être a symptomatique ou dynamique. Elle est symptomatique lors^ « qu'elle reconnaît pour cause une exostose ou toute autre cause a intra-crànienne ou intra-rachidienne de nature syphilitique; a elle est dynamique lorsqu'elle est sous la dépendance d'une (( simple diaibèse vénérienne. Cette diathèse une fois bien connue a fournit l'occasion au médecin d'obtenir des résultats qui tienc nent parfois du prodige. »
M. Ricord (2) nous a dit avoir observé des amauroses syphilitiques indépendantes de toute lésion du nerf optique, soit avant, soit après sa sortie du crâne. Ces amauroses dépendent d'une sorte de névralgie qui siégerait exclusivement dans les rameaux ciliaires de la troisième paire. M. Tavignot (3) admet aussi une amaurose par névralgie des branches extra-orbitaires du trijumeau etqui agirait en paralysant la rétine.
Enfm nous avons déjà rappelé (4) que H. 0. Landry, dans un intéressant travail sur les maladies nerveuses, dit avoir vu au moins trois cas de paralysies attribuables au virus vénérien et dans lesquels on ne pouvait admettre aucun désordre anatomique des centres ou des cordons nerveux.
C'est ici le lieu de rappeler les travaux de MM. Brierre de Boismont et Duchenne de Boulogne, dans lesquels ces auteurs ont cherché à différencier la paralysie générale des aliénés des paralysies générales sans aliénation mentale. Ainsi tandis que de l'aveu de tous les aliénistes modernes la paralysie générale des aliénés reconnaît pour cause organique une lésion méningoencéphalique qu'on peut dire constante, dans la paralysie générale sans aliénation on ne constate le plus souvent à l'autopsie aucune lésion appréciable. Le même fait ressort d'une communication faite par M. Briquet à la Société de médecine du département de la Seine dans la séance du 22 avril 4849 (5).
(1) Macario, Gaz.mëd, de Paris. 1857, p. 427.
(2) Communication orale.
(3) Tavignot, Union méd, 1852, p. 101 .
(5) Voir aussi la discussion sur l'atrophie graisseuse au sein de l'Académie de médecine, et en pai'ticulier les observations formulées par M. Bouvier dans la séance du 5 avril 1853.
GHAP. l\U ART. 1. — PARALYSIE GÉNÉRALISER. 4 Ci
C'est à cette dernière eispèce de paralysie générale qu^on peut, pensons-nous, rattacher les faits que nous réunissons ici sous le nom de paralysie généralisée, et la syphilis siérait donc à ajouter aux causes encore trèS"problém£|liqu.es de la paralysie général^ sans aliénation mentale... .. ■^ >... .t i
Cela dit, nous allons passer en revue les qqelques faits de paralysie qu'il nous a été impossible de rattacher à une lésion orga* nique appréciable portant directement ou indirectement sur le système nerveux. Qn verra que nous avons agi en cela avec une extrême prudence en reportant ailleurs tout fait pathologique dans lequel un indice, quelque léger qu'il ftit, pouvait faire soupçonner Texistence d'une lésion matérielle.
ARTICLE PREMIER
. PARALTSl^ GJ^NJÊ^AiLISéE.
Le fait de paralysie généralisée que nous empruntons à H. Gjor, auteur d'un remarquable travail ^ur les maladies nerveuses syphilitiques, s'est terminé par la mort. L'examen cadavérique n -a révélé aucune lésion ni du cerveau ni de la moelle. Nous pourrions donc, nous appuyant sur ce fait, étreplu&affirr matifs que nous ne le sommes dans les quelques considérations générides qui précèdent. Ce qui nous retient, c'est que la liaison entre \% syphilis et la paralysie n'est pas assez nettement prouvée dans l'observation en question. La malade était une femme aménorrhéique depuis quatre ans; les membres piaralysés étaient le siège de crampes; une grande partie du corps était anesthésiéc, enfin les traitements spécifiques entrepris à plusieurs re-' prisef restèrent sans action^ tandis qu'il y eut des améliorations tout à fait spontanées. Tout cet ensemble s'éloigne beaucoup dé ce que nous observons dans les faits fi*anèhement et nettement syphilitiques; malgré l'absence de détails qui seuls pourriaient trancher la question; nous ne sommes pas éloignés de considérer ce fait comme un cas de paralysie hystérique survenue chez une syphilitique. Ces considérations et ces réserves nous em-
i 02 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTÈME IfBMTECX.
pèchent donc d'attacher à cette observation toute la valeur qu'elle aurait pu avoir avec quelques détails de plus.
Un fait clinique plus concluant et que nous croyons devoir ranger ici appartient à M. 0. Landry (1); encore nous serions-nous refusés à considérer Taffection comme essentielle si nous n^avions ajouté foi à la manière positive dont on y constate Tabsence de tout phénomène indiquant une lésion matérielle appréciable. Ce qui dans cette observation nous a surtout inispiré du doute sur i'absenée -de lésion^ c'est l'existence d'une- exoâtose considérable du tibia^ circonstance indiquant que les tissus fibreux et osseux ont déjà subi l'atteinte du virus syphilitique et pouvant par conséquent faire présumer l'existence d'une lésion analogue dans l'intérieur du canal rachidien ou à la face interne des os du crâne. Hais avec H. Landry nous sommes frappés de l'absence de tous les signes indiquant une exostose crânienne ou rachidienne ; dans ce cas^ en effets les sens^ l'intelligence, les fonctions de la vessie et du rectum ont conservé leur parfaite intégrité^ la parole est nette, il n'y a pas de douleurs à la pression du crâne ou du rachis; enfin comme dernier signe plaidant contre l'existence d'une lésion interne du rachiâ, M. Latidry fait remarquer que la motilité se rétablit avec rapidité sous l'influence du traitement spécifique, tandis qu'une exostose ooncomitante du tibia ne se modifie nullement. Dira-t-on que les exostoses internes se dissipent plus vite que celles qui occupent la surface externe des os? Rien n'autorise une pareîUe interprétafion des faits. Si donc les symptômes paralytiques ont disparu alors qu'une exostose externe diminuait à peine de volume, c'est qu'il est {^lus que probable qu'elle ne dépendait pas d'une lésion analogue. Admettra-t-on une lésion portailt spécialement et exclusivement sur la substance nerveuse, un épanchement' par exemple? Mais l'invasion tenté et graduelle des symptômes de paralysie ne s'acôorde pas avee èette supposition. Nous verrons, en effet, bientôt que dâhs les cas d'épanchements ou de ramollissements apoplectiformes du cerveau, les 'symptômes paralytiques surviennent brusquement, comme dans l'apoplexie sim-
(1) Observation 61.
CHAP. m* AHT. I. — PARALTSIB GiNèRALISÈE. 103
pie ; de plus ce sont ordinairement des hémiplégies qui se manifestent alors et non des paralysies portant comme ici sur les <leux côtés du corps. Mieux vaut donc avouer que dans ce cas la lésion nous échappe comme elle a échappé à Sandras et à M. Landry. Remarquons encore que dans ce cas^ comme dans ceux qui vont suivre, le sentiment n'a nullement été atteint : il n'y a eu ni anesthésie ni hyperesthésie. L'affection fut d'ailleurs de courte durée, et promptement rapportée par Sandras à sa véritable cause, elle céda rapidement au traitement spécifique. Les faits suivants nous montreront que lorsque le mal est plus ^ancien il entraine d'autres désordres.
L'observation 63 nous paraît avoir plusieurs points de com tact avec celle que nous venons d'analyser. La paralysie y a été précédée de douleurs noctmnes siégeant dans les os des mem^ bres et ayant amené une insomnie complète. Ici encore la paralysie a occupé les quatre membres; sa longue durée amena un amaigrissement marqué de ces parties. Cet amaigrissement^ véritable atrophie musculabe est, comme chacun le sait, une suite •fréquente des paralysies. Un muscle qui a perdu son meuve*- :ment, sa fonction motrice, a le plus souvent aussi perdu sa force de nutrition. Cette atrophie nous a paru très-rapide et très-marquée dans plusieurs des cas de paralysie que nous n'avons pu rapporter à aucune lésion anatomique du système nerveux; ne serait-elle pas le signe d'une altération encore inconnue des l)ranches nerveuses elles-mêmes ou peut-être de la fibre musculaire comme le donne à penser Friedberg (1). Cet auteur divise en effet les paralysies en paralysies névropathiques et paralysies xnyopathiques ou myopathies; il admet des myopathies dyscrasiques et en particulier des myopathies consécutives à la syphilis, vdans lesquelles Tatrophie se trouve toujours mentionnée comme symptôme saillant (2).
Quoi qu'il en soit, chez notre malade la paralysie et Tatrophie atteignirent un plus haut degré dans le bras droit que dans les trois autres membres sans que nous puissions donner de cette
{i)¥t\eùher%. Pathologie und Thérapie derMuskellœhmung, Wcimar, I86S.' (2) Voir la thèse de M. Bamier sur les paralysies musculaires. (Concours de 1S60.)
104 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU STSTÈME KfiRYEUX.
particularité une explication satisfaisante. De nouveaux symptômes nerveux se manifestèrent encore ; d'abord une contracture très*prononcée et bornée aux muscles masséters^ puis Une surdité ne tenant pas au boursouflement de la muqueuse de la trompe d'Eustache^ lésion qui cependant, à en juger par nos r^ cherches, est la cause la plus ordinaire des surdité syphilitiques. Enfin dans ce cas, malgré la longue durée de 1-afiection, le résultat du traitement spécifique fut des plus rapides (I).
L'observation publiée par H. Rodet de Lyon est encore un beau fait de paralysie des membres avec atrophie musculaire progressive, de nature syphilitique. Elle présente cela de spécial que ces symptômes ont marqué le début de la période secondaire, et furent précédés d'étourdissements sans douleurs de tête, et d'insomnie. Malgré la date récente de la syphilis, ce fut encore dans ce cas Tiodure de potassium qui amena la guérison, tandis que le mercure se montra sans action. M. Rodet voulut s'assurer si riodure de potassium pouvait être employé avec succès dans tous les cas d'atrophie musculaire progressive, ou s'il n'avait réussi dans ce cas que parce que la maladie était dé nature syphilitique. L'occasion ne tarda pas à s'offrir : V... qui n'avait jamais été atteint de syphilis, l'ayant consulté ^uruné!atrophie musculaire progressive encore peu marquée, fut soumis à Tiodure de potassium. La maladie fit des progrès incessants en dépit du remède qui fut cependant porté à une assez forte dose. « Ainsi, » dit H. Rodet (2), a l'atrophie musculaire de G... était bien de a nature syphilitique et c'est pour cela que l'iodure de potassium « en a triomphé.» M. Rodet est porté par analogie à admettre dans ces cas, une lésion matérielle, soit une atrophie des racines antérieures des nerfs spinaux (Cruveilhier), soit une atrophie de la moelle elle-même (Yalentines de Kiel). Nous devons noua
(1) Nons ne serions pas éloignés d'admettre que notre confrère et ami M. Bourguignon a eu affaire à un cas analogue en traitant de malade dont il a parlé à la Société de médecine du déparlement de la Seine ; c'est du mpins l'impression qui nous est restée de ce fait en en lisant le court résumé dans la Gazette hebdomadaire du 30 octobre 1S67. Malheureusement l'absence de détails suffisants nous laisse dans le doute.
(2) Union médicale, 1859, t. I, p. 407.
GflAP. III. ART. f. — PARALYSIE 6ÉNÉRALISÉB. 105
borner à indiquer ces suppositions ^^aos pouvoir nous prononcer sur leur valeur dans. ce cas spécial. . :■ >
Nous rangeons encore ici deux observations dont Tune est empruntée à Qrilloet dontTautre a été recueillie pai^Funide nous. Nous faisons nos réserves pour ce dernier {ait clinique dans lequel on peut contester la nature syphilitique de Taffection. Nous ferons cependant observer que l'amélioration survenue, sous rinfluence de Tiodure de potassktm, quoique très-incomplète^ est cependant remarquable en considération de la très-longue durée des accidents. Ainsi c'est ea 1852 que se manifestèrent les premiers symptômes de paralysie et ce n'est que six ans plus tard, alors qu'on avait essayé pendant tout cetemps les traitements les plus variés, que l'iodure amena en deux mois une amélioration un peu notable. Il est vrai qu'en 1853 déjà on avait essayé le sel potassique, mais la dose de 75 centigrammes par jour est insuffisante dans, des cas de ce genre.
En résumé^ nous possédons cinq faits qui nous paraissent devoir être considérés commades paralysies générales sans aliénation mentale^ de nature: syphilitique et daDs lesquels on nepeut rattacher les accidents à aucune lésion. appréciaUe. Ce chiffre est trop restreint pour nous permettre d'en tirer des conclusions un peu certaines. Nous nous bornerons donc à relever quelques particularités relatives à la marche dé'lWe'<îrtiôn et à ses principaux symptômes.
I. Epoque â^ apparition des accidents nerveux, — Si nous en exceptons l'observatioa de M, Rodet, les accidents^ paralytiques ont toujours apparu très-tardivement : neuf ans^ dix ans^ onze ans s'étaient écoqlés depuis les premierç symptômes syphilitiques quand survint la paralysie. Malgré cela, l'observation de M. Landry est la seule Où l'on' ait constaté des symptômes ter^ tiairés. • ■■•.->■" -^ -i
II. Mà^fteet filiaHonden sptnptômè^. '-^Dërén^tdîssemenl commeinçânt aux extrémités -fettemôhfàiitver^ lé èfentre/'d foumaillemeûts dans ces mêmes 'partïefe; d'abiotil fetériïiittenfs; puis plus ou DQOins continus,, tels sônt^ qiii^màr-
quent.le.^étmt de la paralysie. Leur; b^içc^^ ^^^^^}^}^ ^^^ M^' duelle, ; aj^s avoir occupé pendant qjidqi:^, ^VpS^ uiie poi;tîQ9
iO({ PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTÈME NERVEUX.
restreinte des membres^ ils gagnent les portions supérieures^ puis lentement aussi la motilité se perd^ d^abord dans les doigts ou dans les pieds^ puis dans les jambes et les avant-bras^ puis dans le membre entier. Le plus souvent la sensibilité se conserve intacte durant toute la maladie. Trois fois la paralysie a été promptement suivie d^atrophie qui^ dans un cas^ s'est bornée à une portion des parties paralysées.
La durée de l'affection fut longue dans la plupart de ces cas; une foule de traitements furent tentés sans succès ; quatre fois les antisyphilitiques amenèrent en peu de temps une guérison complète^ une fois une amélioration notable.
Enfin on constata presque toujours Texistence concomitante d'autres symptômes syphilitiques tels qu'exostoses^ céphalées, troubles gastriques^ douleurs rhumatoïdes ou syphilides.
OBSERVATIONS
Observation 60. — Paralysie généralisée. •^MBLààme L., 31 ans, entrée à l'hôpital le 8 a<»ût 4854, a fait trois traitements antisyphilitiques pour une syphilis constitutionnelle, deux par le mercure, un dernier par riodure de potassium en 1849. En automne 1853, sans cause connue, elle éprouve de la faiblesse dans le bras droit, puis quelques jours après dans la jambe droite; au bout d'un mois tout le côté droit était paralysé. Vers la fin de Tannée la faiblesse gagna le bras gauche et peu après la jambe du même côté. Il y a trois mois amélioration spontanée telle que la malade pouvait un peu marcher, mais depuis trois semaines la paralysie envahit derechef les quatre membres^ s'accompagnant de vives douleurs avec exacerbations noictumes, puis de crampes. A son entrée la motilité est conservée à un trèsfaible degré dans les articulations des mains, des doigts et de la nuque, le reste du corps est entièrement paralysé; douleurs et crampes intenses, sensibilité conservée jusqu'au milieu du thorax, très-obtuse au-dessous; plusieurs cicatrices étendues, d'un jaune clair; fiicie^ et appétit bons, selles rares; aménorrhée depuis quatre ans. Quelques jours plus tard survient un état fébrile qui persiste longten^ps et après lequel on administre de la strychnine. Le 10 novembre on donne l'iodure de potassium. Le 12, apparition de quelques bulles de'pemphigus sur la main. La paralysie persiste, les crampes augmentent. Le 2^' on cesse la strychnine, le 23 on cesse également Tiodure. Le 0 dé-
PHAP. III. ART 1. — PARALYSIE GÉNÉRALISiE» i07
«embre^ après une toux durant depuis quelques jours, survient un violent accès de dyspnée avec râles muqueux dans les deux poumons; les accidents s^aggravent et la malade suecombe le 10 décembre. Autopsie: rien d'anormal ni dans le cerveau ni dans la naoelle. Hypérhémie des parties les plus déclives du poumon, mucosités abondantes dans les bronches ; du reste rien à noter. (Gjôr, Diorbt Magazm,' B. XI, p. 775 od. 824.)
• ». I >■ Ml 1)
Observation 61. -^ X.., trente-huit ans, peiatse en bâtiments v «ntre à Beaujon (service de M. Sandras), le 20 mai 1851 < U a eu^ il y a neuf ans, une gonorrhée avec orchite et crêtes de ebq. En février dernier, ulcère de fort mauvais aspect sur la jambe« suivi de plusieurs autres ulcérations à froid grisâtre et sanieux; guérison en deux mois par la cautérisation. En avril, engourdissements aux pieds, puis aux mains, qui gagnent les parties supérieures des membres et s'accompagnent de faiblesses et de paralysie de ces parties. A rentrée du malade à Beaujon, paralysie complète des quatre membres ; aucun signe morbide du côté des centres nerveux; intelligence intacte, sens sains, parole facile, vessie et rectum non paralysés. Purgatifs^ sangsues, vé^ sicatoires restent sans effets Les cicatrices de la jambe présentent une* teinte cuivrée caractéristique ; exostose considérable du tibia. Pas de tumeurs sur les: os du crâne ni du rachis, pas d'intoxication saturnine, (lodure de potassium, 2,00.) Le 1 1 juin déjà amâioration sur-^. prenante. Le 9 juillet les symptômes de paralysie ont disparu; Texostose persiste* Le 20 octobre guérison naaintenue. (0. Landry, Rech, sur ksctntses et les ind, cur. des maUnerv^^ p. 62.)
Observation 62. — Syphilis^ scorbut ; paralysie avec atrophie des membres, contrcicture du masséter, sutdité, lodute de potassium. Gué" Tison. — Leclerc, 31 ans, chaudronnier, entre à Saint-Louis (service de M. Gazenave), le 1^' juin 1858, se disant malade depuis neuf mois. 11 y a douze ans, il eut un écoulement blennorrhagique et des bubons; Técoulement dura neuf mois, et coule depuis lors de nouveau au moindre écart de r^ime; jamais d'ijoduration dans aucun point de l'urètre. Ces accidents furent traités; à l'ambulance d'Amiens par le mercure et des bains» U y a quatre ou. cinq ans, en Algérie et en Grimée, il eut deux atteintes graves dé scorbut. 11 y a trois ans, il entrait à Thôpital du Midi pour une éruption eutanée. Vidal de Cassis, ne le considérant pas comme vénérien, le 61 évacuer sur Thôpital Saint^^Louis; guérison en quarante jours par des bains, des pilules «de Vallat et la pommade 4e goudron. U futdèst
iiO PRBMIBRE PARTIE. — SYPHILIS DU STSTÂHB IIBRYBUX.
plus de quati-e mois et fut traitée par le copahu et par la liqueur de Van Swieten. En 1836 , ictère qui dura six mois ; on lui appliqua h cette époque quarante sangsues au creux épigastrique; santé bonne jusqu'en 1842. A cette époque^ chancre sur la verge a^ec écoulement urétral; trois semaines après, bubon suppuré traité'par le sirop deCnisinier pendant quatre mois. Plus tard , éruption qu'il caractérise de taches jaunes^ ayant son siège sur les jambes; il nie avoir jamais eu ni céphalée ni angine. Ses cheveux n'ont commencé à tomber qu'à 55 ou 56 ans.
En 1845, douleurs vives partant de l'épaule et allant gagner les doigts de la main gauche, douleurs augmentant surtout sous Tiniluence des mouvements; il ne peut préciser si ces douleurs s'exaspéraient par la chaleur du lit. Le malade ne put plus se servir de son bras, qui, dit-il> était paralysé. Ces douleiu'S survenues brusquement, comme une atteinte de rhumatisme, cédèrent, au bout de trois mois, à des frictions, mais revinrent les années suivantes à la môipe époque, quoique moins intenses. A cela près , la santé reste toujours bonne jusqu'en 1852.
I>9n8 les premiers jours de septembre de cette année , engourdissement dans l'annulaire de la main gauche ; cet engourdîseement alla en augmentant pendant dix ou quinze jours et gagna les autres doigts, puis, dans le courant d'octobre, s'étendit à la main droite; en novembre , les poignets, surtout le gauche^ se relèvent moins facilement; rien d'anormal du reste dans les avant- bras. Le f décembre, le malade entre à la Pitié (service de M. Nonat) présentant nne flexion constante des doigts. Les bains sulfureux, la brucine amènent une excitation du système nerveux , des mouvements involontaires dans les membres ; le quinzième jour du traitement, le malade tombe dans la salle, le corps entier est paralysé sauf la tête. Cet état dura six semaines, puis le malade put de nouveau se lever et marcher; le 26 janvier 1853, il quitte la Pitié sans avoir éprouvé aucun changement. Le 20 février il sent ses forces diminuer dans les avant-bras et les bras. Il s'aperçoit en même temps que ces parties ont diminué de volume, elles ne sont le siège d'aucun mouvement involontaire, d'aucune contraction fibrillaire; sensibilité partout conservée; des frictions sur 1er* bras et les reins avec la pommade phosphorde de Lescot paraissent ramener un peu de force ; mais après cinq ou six semaines de ce traitement le volume des membres n'avait pas changé. Pendant les mois d'avril et de mai il interrompit de nouveau tout traitement; le mal augmenta, s'étendit aux bras; le malade peut encore fléchir les avant*bras, mais aussitôt qu'ils sont fléchis, et suivant la position des
GHA?. m. ART. 1. — PARALYSIE GÊNÉRAUSÉB. IH
membres^ les muscles se détendent inYolontairement et brusquement Le malade a de la peine à marcher» à se tenir debout; la tête s'incline sur le tronc ; fatigue dans les épaules ; les bras maigrissent^ sont déjà plats^ ils ont perdu environ la moitié de leur Yolume. Dans le courant des trois mois suivants^ surviennent du tremblement, desmouvements involontaires, choréiformes tels que le malade ne peut qu'avec peine saisir un bouton de porte; quand il le tient, il peut à peine le serrer* En août le malade entre à Beaujon, prend des bains sulfureux et le tremblement diminue. M. Robert le soumet en même temps à l'emploi de riodure de potassium à la dose de 0,75 par jour. Ce traitement continué jusqu'au 3 novembre n'amène aucun résultat favorable; les for* ees continuent à décliner surtout dans le bras gauche. Le 3 novembre survient de la fièvre, puis une diarrhée intense, qui duraideux mois. Le malade sort le 27 novembre et jusqu'au 30 janvier 1854 ne fait aucun traitement. Les forces continuent à décliner, surtout dans la main gauche; à l'exception du pouce et de l'index il ne peut plus mouvoir que la première phalange sur les métacarpiens. Sans engourdissement préalable la jambe gauche diminue de volume, tandis que la droite reste intacte. Le 30 janvier 1854, il entre à THôlel-Dieu (service de M. Legroux) ; le bras. gauche ne peut être fléchi que par le secours d'une autre personne, et reste étendu et raide, l'atrophie va toujours croissant. L'huile de foie de morue fait cesser la diarrhée; frictions stimulantes, bains sulfureux tous les deux jours sans résultat Le malade sort sans changement dans son état le 11 mai, pour rentrer le 22 dans le service de M. Cruveilhier où il est soumis pendant tout son séjour à des frictions avec.i'essence de térébenthine. Les doigts de la main gauche sont toujours fléchis sans pouvoir être étendus, les doigts de la main droite par contre sont étendus sans pouvoir être fléchis. On lui appliqua successivement six cautères sur le cou, on lui fit prendre des bains sulfureux, de la valériane, du fer; vers le mois d'octobre il y eut une amélioration marquée, le malade pouvait ouvrir la main gauche et porterie bras à l'épaule. Le i^^ janvier 1857, après un traitement continué pendant plus de deux ans, la marche est plus facile, le malade peut même marcher sur une jambe; les bras ont repris un peu de volume ; il n'y a plus de tremblement ; la tête est toujours vacillante, le malade peut à peine soulever un objet un peu lourd avec ses deux mains. 11 quitte l'hôpital le 3 janvier, et entre le 13 dans le service de M. Rostan suppléé par M. Vigla (électricité, toniques, quinquina, valériane, fer à l'intérieur, frictions stimulantes, bains sulfureux tous les jours). Les forces reviennent au point que le malade peut porter un sceau d'eau d'un bout de la salie à l'autre; les
112 PREMIÈRE PARTIE. — 8YPfllLIS DU 8T8TilfB NBRVEUX.
bras paraissent aussi avoir repris un peu de volume. En avril M. Rostan fait cesser rëlectricité et continuer le reste du traitement. Vert le 15 août on essaie Télectropuncture en faisant passer des dé* charges entre les coudes et les poignets. Au début les décharges étalent douloureuses et les muscles se contractaient difficilement. Vers la fin d'octobre la contractilité musculaire paraît augmentée. Le malade sort de rH6tel-Dieu le 3i octobre et entre le 11 novembre dans le service de M. Rayer, où il fut soumis à l'usage des tisanes de houblon et des chaînes électriques pendant deux mois; pendant ce temps l'état s'aggrava^ ce que le malade attribua à l'immobilité nécessitée par l'application constante des chaînes. On interrompit le traitement et on donna un bain sulfureux tous les deux jours. A partir chi 20 janvier 1858, on éiectrisa le malade d'abord trois fois par semaine, puis deux fois; ce moyen lui fit regagner ce qu'il avait perda par l'application des chaînes. Néanmoins les membres inférieurs sont atrophiés, les mollets ne présentent qu'une circonférence de 26 à 30 centimètres; leurs muscles sont le siège de contractions qui ne sont ni des mouvements fibrillaires ni des contractions du muscle entier^ mais des contractions de faisceaux musculaires isolés; on ne constate rien de semblable aux cuisses; les muscles fessiers sont bien dévdoppés^ de même que les muscles abdominaux. Les muscles de la région dorsale, par contre, sont considérablement atrophiés^ et des deux côtés de la colonne vertébrale il existe d*énormes gouttières; l'atrophie s'étend aussi aux régions sus et sous-épineuses^ principalement du côté droit; les muscles deltoïdes sont réduits à un simple ruban, le gauche se contracte à peine, le droit ne se contracte pas du tout ; Tatrophie porte aussi sur les pectoraux ; les membres supérieiilrs pendent le long du corps comme deux battants de cloche. L'atrophie est incomplète dans les muscles des bras^ plus prononcée dans les avant- bras. Le malade peut encore fléchir Pavant-bras gauche. Les deux avant-bras sont aplatis, c'est à peine si les muscles remplissent l'espace interosseux^ ils sont complètement dépourvus de contractions. Les poignets sont fléchis sur l'avant-bras^ et dans la supination le malade ne peut les redresser ; dans la pronation^ au contraire^ les poignets sont étendus et ne peuvent être fléchis; dans la supination les doigts sont fléchis^ dans la pronation ils ne peuvent être complètement étendus. A droite les trois derniers doigts peuvent être fléchis complètement sans point d'appui, l'indicateur au contraire a besoin d'être appuyé ; à gauche les mêmes doigts nô peuvent se fléchir qu'à demi; des deux côtés le pouce reste immobile. Les espaces Interosseux^ à Texception du premier^ sont sensiblement excavés. Le