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PARALYSIES PARTIELLES

L'observation empruntée à H. Niëpce forme pour ainsi dire la transition entre les paralysies généralisées que nous venons d'étudier et celles qui ne portent que sur un petit nombre de nerfs, ou sur une seule branche nerveuse, et dont nous avons aussi réuni quelques cas. Chez ce malade en effet, la paralysie ne porte que sur les muscles qui reçoivent leur innervation du plexus brachial. Un fait digne de remarque et qui exclut Tidée d'une paralysie par compression, semblable à beaucoup de celles que nous rencontrerons plus loin, c'est que les branches scnsitives du plexus brachial ne paraissent avoir subi aucune atteinte, aucune compression; il n'y a eu en effet ni douleur, ni paralysie du sentiment dans les parties qui ont perdu leur motilité; bien plus, des douleurs rhumatismales qui avaient préexisté à la paralysie se dissipent sous l'influence des eaux d'Aix en Savoie tandis que la paralysie résiste à leur action , ce qui nous fait admettre que dans ce cas les douleurs étaient bien réellement rhumatismales et non syphilitiques. Cette manière d'expliquer les choses nous parait la seule conforme à la saine

114 PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTÈME NnVEDX.

logique y car rien n'empêche qu'un individu syphilitique ne soit en même temps rhumatisant; les deux diathèses ne s'excluent nullement^ et ce serait tomber dans une grave erreur que de rapporter à la syphilis tous les accidents qui peuvent survenir chez un malade ayant ou ayant eu la syphilis. Dans ce cas nous remarquons encore Tabsence de symptômes cérébraux et nous insistons sur ce que la paralysie ne s'étendait ni à la vessie ni au rectum.

M. Nièpce n'indique pas si le malade a eu des accidents primitifs et ne spécifie ni la nature ni l'époque de ces accidents; malgré cette lacune regrettable nous ne pensons pas que la nature syphilitique de l'affection puisse être mise en doute dans ce cas.

L'observation suivante appartient à Vidal^ de Cassis^ celui de ^ tous les syphilographes modernes qui a traité avec le plus de soin les lésions nerveuses syphilitiques. 11 s'est surtout montré très-sévère dans le choix des observations qu'il rapporte à l'appui de ses opinions. La nature syphilitique de la paralysie ne saurait donc être mise en doute dans ce cas malgré l'énorme espace de temps qui sépara la blennorrhagie initiale de l'apparition de la paralysie et qui fait dire à Vidal : a Le malade avait eu uneblena norrhagie à dix-huit ans; il en avait quarante quand je le vis! a Que ceci ne sorte pas de la mémoire du jeune praticien ! » L'observation manque néanmoins de données quant aux symptômes qui ont accompagné la paralysie ; elle n'indique pas s'il existait une lésion qui p&t expliquer les symptômes nerveux; nous sommes porté à croire que non , puisque l'existence d'une syphilide mit seule Vidal sur la voie de la vérité.

Des nombreuses observations de paralysie du nerf facial d'origine syphilitique que nous avons réunies, deux seulement nous paraissent devoir être classées parmi les paralysies sans lésion appréciable, parce que rien n'y indique une lésion cérébrale et qu'on n'y trouve pas davantage les signes d'une compression exercée sur le trajet du nerf par des glandes ou des ganglions engorgés, comme cela a le plus souvent lieu, au dire de Vidal, de Cassis, de H. Ricord et de la plupart des syphilographes anciens.

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Dans Fobservation de M. Yvaren^ en effet, le cerveau parait exempt de toute lésion, il n^existe pas d'engorgement ganglionnaire sur le trajet du facial, la paralysie ne saurait pas plus être rattachée à une lésion déterminée que les névralgies intercostale et cervicale qui Pont précédée. Là nature syphilitique des accidents fut longtemps méconnue; les traitements les plus irrationnels furent mis en usage, et TafTaiblissement qu'ils occasionnèrent ne contribua pas médiocrement à amener les troubles gastriques qui jetèrent le malade dans un état de sombre mélancoUe-«t éveillèrent en lui des idées de suicide. Nous signalons encore dans ce cas, comme digne de remarque, Thypéresthésie de la région paralysée.

L'observation que nous avons recueillie à la Pitié a beaucoup d'analogie avec celle de M. Yvaren.La paralysie dans l'une comme dans l'autre se rapporte au début de la période secondaire; ici encore absence de signes de lésion cérébrale ou de compression nerveuse. Nous n'insisterons pas davantage sur ces faits.

OBSERVATIONS

Observation. 66 — Paralysie et atrophie partielles. — M..., âgé de 42 ans; douleurs rhumatismales dans le dos, le cou et les bras, il y a trois ans, avec fièvre intermittente. Deux mois après, atrophie prononcée de la région postérieure du cou et du membre supérieur gauche^ avec afiaiblissement des muscles de ces régions. Les eaux d'Aix en Savoie dissipent les douleurs; l'atrophie et la paralysie résistent aux moxas, aux vésicaloires, à la strychnine, à deux saisons d'Aix. Le malade se rend à Allevard ; la paralysie et Tatrophie étaient alors complètes dans les pailies déjà indiquées, la sensibilité étant conservée. Éruption de syphilides nombreuses. lodure de potassium; sous son influence tous les muscles atrophiés reprennent leur force et leur volume. (Nièpce, m Monit. des Hôpit.y 1853, p. 383.)

Observation 67. — Paralysie du bras. — Commis, âgé de 40 ans, atteint de paralysie du bras avec endolorissementde tous les muscles de l'épaule ; depuis un an traitements nombreux sans résultat. Vidal aperçoit au haut du front une couronne de syphilides puslulo-papu- Icuses. (lodure de potassium, 2,00, puis 4,00 par jour). Vingt jours après, tout symptôme de paralysie avait disparu. Le malade finit par

se rappeler qu'il avait eu une blennorrhagie à dix4iuit ans. (Vidal DE Cassis^ Malad, vénér,, p. 441).

Observation 68. — Hémiplégie faciale. Névralgies intercostaU ft acfomiale, — X.^ âgé de 30 ans^ boulanger. Il y a quatre mois, chancres sur le prépuce et bubons non suppures; pas de traitement mercuriel. Névralgie intercostale à gauche^ avec ezacerbations nocturnes; puis névralgie intercostale droite; douze jours après^ névralgie acromiale droite; trois jours après^ céphalalgie violente devenant intolérable la nuit et hémiplégie faciale droite, lifsuccès des émi»* sions sanguines répétées et des sudorlfiques ;. affaiblissemcsnt considérable; troubles gastriques, mélancolie profonde, pensées de suicide, insomnie; (sublimé corrosif). Le quatrième jour les douleurs diminuent, le sommeil se rétablit. Au bout de quelques semaines guérison complète. (Yvaren, /oc. cit., Ohs, XXIIL)

Observation 69 * (t). — Syphilis antécédente. Hémiplégie faciale. Névralgie concomitante de la cinquième paire {côté droit)» Kérato-^onjonctîvite légère à gauche, — Bourgault, âgé de 30 ans, tailleur, fort et robuste. 11 y a quatre ans^ fluxion de poitrine précédée de douleurs dans la région des reins et les articulations. En juin 1859, il entre à rHôtel-Dieu (service de M. Béraud) pour une roséole et des plaques muqueuses. Six semaines auparavant il avait contracté un chancre. 11 prend 1 20 pilules de proto-iodure de mercure avant de quitter l'Hôtel- Dieu. Dans le courant d'octobre il éprouve quelques douleurs dans les épaules. Le 21 octobre, il est tout étonné, en s'éveillant, de voir sa bouche déviée et son œil droit malade. La veille il travaillait le dos appuyé à une fenêtre, mais il ne se souvient pas d'avoir éprouvé la moindre sensation de froid. Entré pour la seconde fois à THôtel-Dieu, te 25 octobre 1859, on constate une hémiplégie faciale complète du côlé droit ; la commissure labiale très-fortement tirée à gauche ; Toeil droit reste ouvert, la contraction du buccinateur, du frontal, de tous les muscles animés par le facial est impossible sous rinfluence de la volonté, tandis que ces mêmes muscles sont restés irritables à l'action de rélectricilé; le malade accuse vers la tempe une douleur qu'il dit très-vive par instants; l'œil gauche est rouge, injecté; les vaisseaux placés sous la conjonctive ont une direction parallèle et s'ar-

(i) Les observations marquées d'un astérisque ne figurent pas dans les différents tableaux ou relevés statistiques que nous donnons dans le cours dé ce travail. Elles ne font pas non plus partie de notre mémoire manuscrit.

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rêtent à la cornée. Quelques jours plus tard, im léger dépoli de cette membrane et un peu moins de transparence vers la moitié inférieure^ indiquent qu'elle participe aussi à l'altération. Alopécie; quelques ganglions à la partie inférieure du cou. Plusieurs collyres au nitrate d* argent firent disparaître en grande partie^ mais assez difScilement^ la lésion du globe oculaire. La paralysie fut traitée sans succès durant deux mois par des Tésicatoires répétés et par Télectricité. Le malade sortit de Thôpital vers la fin de décembre.

Le 10 janvier 1860, il entre à la Pitié (service de M. Marrotte), pour une roséole qui occupe toute la surface du corps. Ses cheveux sont en grande partie tombés. L'hémiplégie faciale persiste aussi complète qu'auparavant. En outre le malade accuse des douleurs vives, lancinantes, revenant par accès vers plusieurs d^s points d'émergence de la cinquième paire, et plus particulièrement vers la tempe et le front. (Liqueur de Van Swieten, en commençant par une cuillerée.) La roséole disparaît au bout de dix jours. Le traitement est continué; on donne deux, puis à la fin trois cuillerées par jour; on applique en outre à trois reprises difiiérentes quelques pointes de feu en avant et en arrière de l'oreille correspondante.

Vers le 10 février, il y a un peu d'amélioration du côté de la paralysie; les douleurs ont presque complètement disparu, le malade se plaint cependant encore de quelques élancenîents revenant par instants. Peu à peu la paralysie diminue et l'eteat est donné le 20 mars. La déviation de la bouche est alors à peine sensible ; le buccinateur, le canin et l'élévateur de )a paupière supérieure et de l'aile du nez ne se contractent pas encore complètement; la paupière se ferme, le frontal se contracte bien, le malade a pris de l'embonpoint ; on peut considérer sa guérison comme très-avancée. (Lancereaux. Observation inédite,)

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