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CHAP. III. ART. III. — PARALYSIE DES NERFS SBNSORI AUX

cée sur le nerf acoustique^ qui rend compte des troubles de Touïe.

Quoi qu'il en soit^ nous plaçons ici une observation recueillie dans le service de H. Rayer^ à la Charité^ et dans laquelle nous ne savons à quelle lésion rapporter la cophose. Celle-ci a coïncidé avec des douleurs rbumatoïdes bien caractérisées s'exaspérant la nuit ; mais la malade n'avait aucune affection du pharynx. Au bout de huit jours de traitement mercuriel, l'ouïe était redevenue égale des deux oreilles. Il nous a été impossible de retrouver un fait analogue; aussi ne faisons-nous qu'indiquer ici l'absence de lésion appréciable^ sans oser en tirer de conclusions^ et nous considérons notre observation comme un jalon posé pour des recherches ultérieures (1).

Voici, du reste, le sentiment de M. Yvaren à cet égard ; on verra que ses recherches n'ont pas été plus fructueuses que les nôtres : « La surdité peut-elle résulter de l'action directe, imméa diate du virus vénérien sur le tissu propre du nerf de la huia tième paire, se montrer primitive, essentielle^ bornée à un « trouble purement fonctionnel? Je ne crains pasd^en admettre « par analogie la possibilité , tout en avouant que je n'en ai pas a observé dans ma pratique , ni trouvé d'exemples dans les « auteurs (2).»

OBSERVATION

Observation 70. — Syphilis secondaire; douleurs rhumato't'des, surdité; traitement mercurieL Guérison. — Marie P , domestique, âgée

-de 28 ans, entre à Thôpital de la Charité (service de M. Rayer), le 24 septembre 1858. Tempérament lymphatique; a souvent souffert dans son enfance de douleurs de tête et d'estomac. Réglée à 22 ans seulement, ^lle perdait en blanc depuis Tftge de 12 ans; dyspepsie habituelle; chaque époque est marquée par de vives coliques; écoulement sanguin p&le et peu abondant. La malade dit avoir eu de fréquentes épi- Ci) L'observation lxui du Mémoire de M. Lagneau fils sur les maladies syphilitiques du système nerveux, empruntée à Pearson , est intitulée Surdité» L'absence de détailsnenous permet pas de préciser le genre de lésion auquel doit être rapporté le trouble de l'ouïe dans ce cas. La syphilis , chez ce malade, était aussi à la période secondaire.

(2) Yvaren, loc, cit., p. 158.

staxis^ avoir rendu du sang par Tanus^en avoir craché et vomi à plusieurs reprises; ces héraorrhagies ont diminué depuis rétablissement de la menstruation ; il existait en même temps de la dyspepsie arec vomissements alimentaires revenant deux ou trois fois par jour. Ces derniers accidents nécessitèrent rentrée de la malade à la Pitié^ où elle fut traitée, il y a dix-huit mois^ dans le service de M. Becquerel, par la teinture d'iode^ la poudre de Colombo, le bismuth, Topium ; les vomissements cessèrent et la malade fut assez bien portante depuis lors, digéra assez bien^ mais accusa néanmoins encore de la douleur à Tépigastre.

Le 16 septembre, elle a été prise pendant la nuit de vomissements et de douleurs vives dans la partie postérieure du cou, qui l'empêchaient de mouvoir la tête et qu'elle compare à un torticolis; ces douleurs étaient exaspérées non- seulement par les mouvements du cou, mais encore quand la malade parlait; elles se prolongeaient à droite surtout, jusqu'à la région du sourcil ; intenses pendant toute la nuit, elles diminuaient vers le jour, sans cependant disparaître complètement. En même temps, la malade ressen» tait des douleurs vives dans Tépaule droite. Le 17, vers cinq heures du soir, survint une légère exacerbation ; à dix heures les douleurs deviennent très-vives ; vers deux heures du matin elles diminuent sans disparaître complètement de tout le jour. Dans les premiers jours, au dire de la malade, ces douleurs s'accompagnaient d'une fièvre assez vive, la langue était sale.

État actuel, — Sur la petite lèvre existe un tubercule muqueux qui parait n'être que la transformation d'un chancre ; la malade prétend ne s'en être aperçue que depuis huit jours; engorgement ganglionnaire des aines; éruption de roséole sur le ventre et la poitrine; croûtes nombreuses dans les cheveux, léger gonflement des ganglions cervicaux un peu au-dessous et en dedans des apophyses mastoides; pas d'alopécie, pas de mal de gorge^ légère accélération du pouls; la langue est encore sale, les douleurs de tête n'existent p4us qtt'à droite; celles du cou ont en partie disparu; cependant la région sorsépineuse gauche est très-douloureuse^ et la pression sur le muscle sous-épineux fait jeter des cris à la malade; il existe de plus des douleurs au niveau des articulations des membres des deux côtés; toutes ces douleurs s'exaspèrent la nuit. La vue et les autres organes des sens ne présentent rien de notable, sinon que la inalade se plaint d'entendre moins bien de Toreille gauche ; en effet, de ce côté elle n'entend pas une montre placée à 8 ou iO centimètres de son oreille, tandis qu'à dtôite elle l'entend distinctement à 3 ou

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4 décimètres; elle accuse en même temps des bourdonnements^ qu'elle compare à un bruit de voitures, des élancements douloureux dans cette même oreille gauche : tous ces symptômes sont plus prononcés pendant la nuit; la malade assure même entendre mieux pendant le jour.

La malade est mise à Tusage des pilules de Sédillot. Sous leur influence, la surdité diminue et au bout de huit jours Toule était égale des deux oreilles, toute douleur nocturne avait disparu. Des vomissements survenus le 1*' et le 2 firent interrompre le traitement pendant quelques jours, puis on le reprit, et lorsque la malade quitta l'hôpital , le il octobre, Touîe était parfaitement rétablie; la roséole, les douleurs avaient disparu, les croûtes du cuir chevelu étaient tombées. Malgré cette guérison apparente on engagea vivement la malade à continuer son traitement pendant quelques semaines encore. (Lancereaox. Observation inédite).

§ 2. Amaurose.

Linfluence de la syphilis sur la production des troubles de k vue n'est niée par aucun des auteurs anciens et modernes qui se sont spécialement occupés soit des maladies syphilitiques , soit des maladies des yeux. Zacutus , Astruc, B. Bell, Smith, Sauvages, Scarpa, Chomel, Rognetta, Vidal de Cassis, Sandras, MM. Deval, Sichel, Petrequin, Ricord et bien d'autres admettent une amaurose syphilitique, mais tous la rattachent plus ou moins exclusivement à une compression exercée soit sur la partie du cerveau qui donne naissance aux nerfs optiques, soit sur le trajet même de ces nerfs; on Ta aussi rattachée, et Magendie signale le fait, à la compression de la branche ophthalmiquedeWillis qui, suivant lui, est pour la vision un auxiliaire indispensable du nerf optique et de la rétine. M. Ricord et M. Tavignot, comme nous Pavons déjà dit, admettent une mydriase ou amblyopie produite par une lésion fonctionnelle portant sur les nerfs ciliaires émanant de la troisième ou de la cinquième paires.

Nous verrons, lorsque nous parlerons de l'espèce d'amaurose syphilitique la plus fréquente, de celle qui se rapporte à une lésion matérielle, la seule positive, selon Mackensie, Ruete et d'autres , quelles sont au siyet de cette lésion les opinions des ophthalmologistes dont le nom fait autorité dans la science, et les

i22 PREMIÈRE PARTIE. — STPHUIS DU SYSTÈME NERVEUX.

progrès que rophthalmoscopie a fait faire dans ces derniers temps à cette partie de la pathologie.

Pour le moment nous nous bornerons à rappeler que quelques auteurs admettent des amauroses syphilitiques sans lésion appréciable. De ce nombre est Sandras^ dont nous avons rapporté ailleurs la manière de voir (1). A Pappui de cette opinion nous trouvons dans la même leçon clinique le résumé de deux observations d^amaurotiques ayant eu la syphilis^ mais nous devons dire que les circonstances étiologiques n'y sont pas précisées^ et qu'il n'y est pas fait mention du résultat du traitement spécifique; ces deux faits ne peuvent donc être d'aucun poids à nos yeux; reste cependant l'opinion de Sandras^ dont il nous faut tenir compte. H. Yvaren cite également plusieurs faits d'amaurose syphilitique qu'il considère comme essentielle ; nous croyons reconnaître, dans la plupart, des signes de congestion cérébrale, ce qui nous les fait reporter à une autre partie de ce travail. Enfin, M. Deval rapporte brièvement un certain nombre de faits qui , tout en prouvant la fréquence des amauroses qu'on peut rattacher à la syphilis, ne présentent aucun détail qui permette de spécifier si le trouble fonctionnel est essentiel ou symptomatique d'une lésion matérielle (2) .

Nous ne rangerons donc ici que deux observations dans les quelles, malgré les détails qu'elles contiennent, il nous est impossible de trouver une lésion organique comme cause du trouble fonctionnel ; l'une appartient à Dupuytren, l'autre à M. Yvaren ; encore cette dernière renferme-t-elle l'indication de quelques symptômes qui nous font douter de l'essentialité de Tamaurose. Ainsi, les étincelles, les taches colorées que voyait le malade au début de l'affection, le fait que certaines parties seulement de la rétine avaient perdu leur sensibilité, tandis que celle-ci était parfaitement intacte en d'autres points, tous ces symptômes peuvent se rapporter à une choroïdite ou à une exsudation entre la choroïde et la rétine, ayant produit un décollement partiel de la

(1) Voir p. 19.

(2) M. de Graefe> dans quelques cas d'amaurose syphilitique, n*a pu découvrir, à l'aide de rophthalmoscope, aucune lésion matérielle. (Deutsche Klinik^ 18&8, p. 21.)

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