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CHAPITRE V. — TROUBLES DE l' INTELLIGENCE

à chaque instant des actes extravagants. (lodure de potassium de 0,50 à 6^00 par jour.) L'état mental de H. s'améliore sensiblement; il devient plus calme^ ses actes se régularisent, son intelligence s*é« claircit.

Le traitement a duré deux mois. Dès lors le malade marche rapidement vers la guérison; il passe encore trois mois à rétablissement et sort le 12 septembre. Nous avons appris depuis que la guérison s'est maintenue.

a Dans ce cas^ 0 ajoute M. Hildenbrandt^ <( la disparition simultanée a des accidents somatiques et psychiques sous l'influence de Tiodure « de potassium tend à prouver^ ce nous semble, que la syphilis a été a la cause réelle de la phrénopathie^ plulôt que la terreur, comme « on le croyait. ï> — (Hildenbrandt, loc, cit*, Obs, Vil, p. 45.)

Observation 80. — G., domestique, 48 ans^ hérédité nulle^ a eu antérieurement un chancre. Depuis trois ans souffre de l'estomac^ amaigrissement, mauvaise humeur. Bientôt excitation continuelle et lentement progressive amenant des idées de grandeur^ puis le délire et la manie. Le 19 juillet la manie avec tous ses symptômes connus va jusqu'à la fureur la plus extrême ; en même temps apparition de sy« philides sur tout le corps. Vers la fin d'août vomissements fréquents^ somnolence continue. En novembre excitation plus intense que jamais. Le 14 décembre traitement par l'iodure de potassium. Le 30, pas de résultat. Le 4 janvier, sublimé corrosif. Le 21, salivation ; on reprend l'iodure de potassium. Pendant le traitement mercuriel l'agitation diminua. Sous Tinfluence de l'iodure de potassium l'état mental s'amenda et les forces s'accrurent à vue d'oeil. En avril, on retire le malade qui présentait une amélioration notable. — (Essmarck et Jessen, loc. cit.)

Observation 8^. —Ursule D., fille publique, entre à Stephansfeld le 24 décembre 1858, à la suite d'une tentative de suicide. A 19 ans blennorrhagie j plus tard chancres, puis syphilides. Â son entrée taches cuivrées sur le cou et les épaules, perforation du voile du palais^ douleurs ostéocopes des membres, céphalalgie temporale continuelle; insomnie, agitation nocturne, pleurs et gémissements ; prostration morale extrême, hallucinations de l'ouïe. (Proto-iodure de mercure et iodure de potassium.) Le 5 février^ salivation; amélioration notable; le sommeil revient^ céphalée et hallucinations moindres (continuation du traitement), 11 février aggravation. (lodure de potassium 2,00.) Au bout de trois semaines Tamélioration était manifeste; douleurs

ostéocopes nulles; nuits calmes^ élat mental très-amende. On continue le traitement. — (Uildenbrandt^ loc. cit., Obs. IX, p. 50.)

Observation 82. — A., avocat, 41 ans, hérédité nulle. Entre à Homheim en janvier 1853. Fréquentes atteintes syphilitiques antérieures. Depuis un temps assez long caractère modifié, indolence; depuis plusieurs mois, mélancolie. En janvier 1854, abolition presque complète de la volonté. Peu à peu le malade devient remuant, plus causeur; en mai, Texcitation devint telle qu'on dut le maintenir de force. Insomnie, grand affaiblissement de rintelligence, mouvements de violence. A ce moment on constate sur la jambe gauche un ulcère arrondi, que le malade dit provenir d'une chute, mais qui présente les caractères d'un ulcère syphilitique ; à côté apparaissent deux pustules qui s'ulcèrent également. (Diète. Sublimé en solution; plus tard iodure de potassium.) Ce traitement eut un excellent résultat ; les ulcères se cicatrisèrent, Taliénation mentale marcha vers la guérison. En août apparaît un herpès zona sans couleur spécifique; le 21 septembre, l'aliénation mentale était complètement guérie.

L'été suivant, la manie reparut en même temps qu'une pharyngite. (Sublimé corrosif.) Le médicament guérit encore une fois et Taliénation et les autres symptômes spécifiques. — (Essmarck et Jessen, loc. cit,)

Observation 83. — Céphalée^ lypémanie, insomnie; iodure de potassium, Giiérison, — Madame Q., ouvrière, 46 ans, entre le 3 mai 1858à l'hôpital Lariboisière (service de M. Tardieu). Femme de bonne constitution, mariée à un homme maladif, scrofuleux, qui nie avoir jamais eu aucune affection vénérienne; souffre depuis plus de dix-huit ans de douleurs vives dans la tête. Ces douleurs se sont manifestées à la suite d'une chute et de coups reçus sur la tête ; une large saignée fut pratiquée au début; les douleurs n'en devinrent pas moins intoléraJbles. Au début elles occupaient les deux régions temporales, s'accompagnaient d'une sensation de craquement dans les régions frontale et occipitale et se calmaient par la chaleur. Une grossesse les diminua momentanément, mais après l'accouchement elles reparurent plus intenses et s'étendirent à toute la tête ; elles furent exaspérées par les vésicatoires, les cautères, les sétons qu'on leur opposa, s'amendèrent pour un temps sous l'influence de l'hydrothérapie, maia reparurent avec une force nouvelle après que la malade se fut exposée au froid. Pendant deux ans il vint s'y joindre des douleuis utérines atroces, présentant, comme celles de la tête, des exacerbations fréquentes survenant indifféremment le jour et la nuit. La malade eut

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de plus, à diverses reprises, des érysipèles de la face et des angines graves et persistantes.

État actuel : Ébranlement nerveux prononcé^ pleurs faciles sans cause; insomnie, mélancolie profonde^ idées noires; douleurs de tête atroces, occupant toute la tête^ aussi fortes de jour que de nuit; digestions pénibles^ anorexie^ grande pro$trat ion des forces, pas d'atrophie; pertes blanches abondantes. La malade nie avoir jamais eu aucune affection syphilitique, il n'existe aucune trace d'éruption à la peau, pas de gonflement des glandes inguinales ou cervicales, rien d'anormal dans la gorge. (lodure de potassium.)

Le 3 juin : la malade a pris Tiodure de potassium pendant plus de trois semaines, à la dose maximum de 2,00par jour. Sous Finfluence de cette médication une amélioration incroyable s'est produite. Aujourd'hui les idées noires, Tinsomnie, la céphalée, tout a disparu; les forces sont revenues , les digestions sont régulières et faciles^ le moral est calme et rassuré; la malade quitte l'hôpital parfaitement guérie, mais promet de continuer son traitement un mois encore. (L. Gros, Observation inédite,)

Observation 84*. — Homme de 30 ans, ayant eu un chancre et un bubon à 20 ans, entre à Stephansfeld le 12 mars 1859; porte sur la face et le front des taches luisantes rouge foncé, sur la tête des croûtes jaunâtres. Les deux cornées sont opaques; conjonctivite intense; eczéma sur les jambes, engorgement des ganglions des aines et du cou. Excitation maniaque intense. (Toniques, lodure de potassium de 0,50 à 3,00.] Le 20 avril, amélioration notable. Le malade est calme. Au lieu de pérorer et de gesticuler il reste assis en s'entretenant avec luimême, (lodure de potassium et proto-iodure de mercure.) Le malade est encore en traitement. — (Hildenbrandt, loc, cit,, Obs, VIII, p. 48.)

Nous ne croyons pas devoir quitter le sujet que nous venons de traiter sans dire quelques mots d'une aberration mentale qui sufvient assez fréquemment encore, non plus sous Tinfluence de la syphilis, mais à l'occasion de la syphilis : nous voulons parier de ce que M. Ricord appelle la sy philophobie ^ nosomanie spéciale engendrée uniquement, comme son nom Tindique, par la peur de la vérole, pouvant se manifester aussi bien chez des individus n'ayant jamais présenté de symptômes syphilitiques que chez d'autres qui, dans un passé plus ou moins lointain, ont eu des accidents syphilitiques dûment constatés.

1 36 PREMIÈRE PARTIE. — 8YPHILIS DU SYSTÈME NERVEOX.

M. Ricord a^ dans ses leçons cliniques^ signalé à plusieurs reprises la gravité de cette monomanie qu'il décrit dans les termes suivants : « En dehors des lésions primitives^ réelles^ maladives, a organiques ou fonctionnelles^ la vérole produit souvent sur le « cerveau un accident aussi grave que ceux que nous venons de « signaler, c'est la syphilophobie. C'est une des affections morales a les plus fâcheuses ; l'hypochondrie syphilitique est la plus « malheureuse que les malades puissent avob. Ici il n'y a plus ce de lésions matérielles, mais les malades ont peur de la vérole, a La chose la plus insignifiante leur parait une des lésions les a plus graves que puissent produire la syphilis. x>

Cette monomanie a été signalée depuis longtemps ; Bru (1) en particulier en traite assez longuement. Il dit entre autres : a Les malades imaginaires sont assez communs dans le siècle où nous vivons ; on en trouve dans toutes les classes de la société. Pourquoi la vérole ne serait-elie pas comprise dans le nombre des maladies que l'imagination s'approprie ? Elle prête plus qu'une autre à ce genre de démence par les circonstances où l'on peut s'être trouvé et les égarements qu'on peut s'être permis pendant sa jeunesse..., J'ai à ma connaissance plusieurs faits de cette nature. Il se présente dans les hôpitaux beaucoup de malades affectés de la manie vérolique. Il faut les satisfaire eu leur faisant éprouver un léger traitement^ mais avec un grand apparat de formes, afin de tranquilliser leur esprit.

« La manie vérolique a plusieurs degrés; quelques maniaques le sont avec fureur ; ils sont en général très-alarmés sur leur état; quelques-uns sont moins effrayés ; d'autres enfin^ avecla certitude d'avoir le mal, ne s'inquiètent point des suites^ parce qu'ils pensent qu'une fois l'acquisition faite on ne s'en délivre jamais, quelque traitement qu'on lui oppose. Les livres populaires qu'on a fait sur la vérole n'ont pas peu contribué à augmenter le nombre de ces maniaques. «.. J'ai connu plusieurs hommes affectés de cette maladie morale^ qui croyaient avoir toutes les maladies qu'ils trouvaient dans les livres et que rien ne pouvait désabuser: un éblouissement^ un tintement d'oreil-

(1) Bru, Nouv, méth.pour traiter la maladie vénérienne.

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