CHAPITRE V. — TROUBLES DE L' INTELLIGENCE
raltra peut-être susceptible d'une autre interprétation. Ainsi la malade nie avoir jamais eu la vérole; les symptOmes psychiques ont été précédés pendant longtemps de douleurs sans caractère spécifique ; des causes morales peuvent^ jusqu'à un certaii) point, rendre compte de la mélancolie^ tandis que les douleurs pourraient être rattachées à un principe rhumatismal. Hais nous répondrons que, quant aux dénégations de la malade^ relativemeht à une syphilis antécédente^ on sait le peu de foi qu'on doit avoir en pareil cas dans les réponses des malades^ des femmes surtout; nous rappellerons ses angines fréquentes^ nous insisterons sur la rapidité merveilleuse avec laquelle les symptômes nerveux et intellectuels disparurent sous Tinfluence de l-iodure de potassium; enfin, quant aux causes morales qui expliqueraient la maladie mentale dans ce cas, nous croyons, avec M. Trélat (1), que ce genre de causes jouit en général de trop dé faveur, qu'elles occupent une place usurpée dans le cadre étiologique de la folie, et ne constituent au contraire que de très-rares exceptions, et nous pensons que dans ce cas, en particulier, elles pourraient bien n'avoir été que cause occasionnelle.
L'observation que nous empruntons à M. Ricord & suggéré à son auteur des réflexions pleines d'intérêt dont nous extrayons les suivantes, comme rentrant plus spécialement dans notre sujet : a Un dernier point intéressant de l'histoire de D. c'est le trouble des facultés intellectuelles et l'hémiplégie survenus d'une manière lente, graduelle, sans mouvement apoplectique, sans douleurs ostéocopes crâniennes, sans tumeurs appréciables du côté X)pposé à la paralysie... Pour expliquer ce qui s^st passé du côté <lroit de l'encéphale et ce qui a pu produire les accidents de paralysie du côté gauche, on aurait pu croire à une altération passagère des méninges; mais il était plus rationnel d'admettre le développement de quelque tumeur gommeuse ou tubercule plastique analogue à ceux qui s'étaient produits sur le malade dans d'autres régions, dans d'autres tissus... • Si les engorgements de môme nature qu'on avait pu reconnaître sur d'autres pointiB faciles à apprécier, parce qu'on pouvait les voir et les ton*
(0 Trélat, Ann. méd. psyckoL 1S56, p. 9.
i32 PREMIERS PARTIE. — SYPHILIS DU SYSTÈME NBRVEUX.
cher^ avaient disparu sous l^influence du traitement^ il a dû être rationnel d'adniettre la même cause^ la seule du reste en parfaite harmonie avec la symptomatologie^ sans qu'il fût nécessaire d'en trouver des traces sur le cadavre. »
Nous avons donc raison d'admettre que^dans un certain nombre de cas^ des troubles intellectuels variés et multiples peuvent exister sans lésion appréciable des centres nerveux ou de leurs enveloppes.
OBSERVATIONS
Observation 78. — Narcisse D..., 37 ans. Chancre induré et engorgement inguinal indolent en 1842; traitement mercuriel pendant trois mois. En 1845 rupia proéminent^ guéri par le proto-iodure de mercure et Tiodure de potassium. En décembre 1846^ nouveau rupia guéri par le même traitement. En juillet 1847 exostose du pariétal gauche, induration des deux testicules^ douleurs ostéocopes; guérison par riodure de potassium (3 à 6,00). En décembre^ tintements d'oreilles, diplopie, paralysie incomplète de la troisième paire à gauche; ces accidents guérirent par Tiodure de potassium. En janvier 1846 faiblesse du côté gauche qui alla jusqu^à l'hémiplégie, intelligence très-affâiblie , mémoire fugitive. Pendant un mois aliénation mentale, le malade déraisonne sur tout, mais d'une manière calme et tranquille; pas de douleurs ostéocopes, aucune tumeur crânienne. L'iodure de potassium administré de G à 8,00 pendant deux mois calma tous ces symptômes. Le 14 août le malade succombe au choléra. Le cerveau examiné avec le plus grand soin ne présente rien d'anormal : les pariétaux, la base du crâne, la dure-mère tout est parfaitement sain. — (Ricord, Clin, iconogr. des maladies vénér,, pi. XXXIX.)
Observation 79*.— H., 26 ans, d'intelligence assez développée, ayant eu un chancre en Espagne, entre à Stephansfeld le 2a janvier 1858, malade depuis treize mois. A la suite de frayeur son caractère avait changé, il était devenu très-exalté et sujet à des hallucinations. Au bout de quatre ou cinq mois il était devenu taciturne, puis étaient survenues des idées ambitieuses et des accès de fureur. A son entrée, éruption sur la face et le front, de teinte caractéristique, pustules sur le dos, l'abdomen et les cuisses, cicatrice non douteuse de chancre sur le prépuce, engorgement ganglionnaire indolent dans raine gauche ; faciès empreint de stupeur, regard éteint, idées incohérentes, facultés inteliecluelles engourdies ; le malade commet