ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Pour arriver à nous faire une idée exacte des lésions matérielles qui^ sous rinfluence de la syphilis^ peuvent se produire dans la substance nerveuse^ nous avons interrogé les données fournies par les autopsies des sujets ayant succombé à des troubles nerveux se rattachant à la syphilis. De ces autopsies^ il en est dont nous avons trouvé les détails dans les auteurs; il en est d'autres que nous avons eu l'occasion de faire nous-mêmes; après en avoir défalqué celles dans lesquelles la lésion nerveuse n'était que l'extension ou la conséquence d'une altération des tissus voisins ^ il nous en est resté un certain nombre que nous avons compulsées et comparées^ et c'est le résultat de ce double travail^ d'analyse d'abord^ de synthèse ensuite^ qui servira de base à ce chapitre.
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Mais auparavant^ faisons connaître les opinions des auteurs sur ce point de la science :
« Dans ma pensée^ » dit M. Gubler^ « la diathèse syphilitique doit se manifester au dedans par des altérations semblables à celles que nous observons à Textérieur du corps. Les travaux les plus récents justifient cette généralisation, et Ton peut affirmer que bientôt les lésions des viscères constitueront un des chapitres les plus importants de la syphilographie. Déjà nous voyons les épanchements plastiques se répéter sur les organes internes comme sur le tissu cellulaire sous-cutané ou à la surface des os (1). »
« II faut bien s'entendre, » dit Vidal, de Cassis, a sur le rôle que joue la syphilis dans la production des maladies viscérales. Ainsi, il est incontestable qu'elle peut devenir une cause occasionnelle de certaines afiections dont le germe ou la prédisposition existait déjà Mais ce qui est plus difficile à établir, c'est
Texistence des lésions viscérales essentiellement syphilitiques, ayant des caractères anatomiques à part et une symptomatologie qui prouve leur spécificité. En passant en revue les lésions des organes intérieurs qui ont été observées, je fournirai la preuve de ce que j'avance ici, et je ferai connaître au jeune praticien qui voudra agrandir la science dans ce sens, les matériaux que j'ai pu recueillir et observer.
« On a observé dans le cerveau, des tubercules semblables aux tumeurs gommeuses. Mais est-il possible de les distinguer anatomiquement de ceux qui ont reçu plus spécialement ce nom en pathologie et qui se répètent si fatalement dans les poumons (2) ?
a Y a-t-il foncièrement et sans lésion préalable, appréciable des enveloppes, » dit à son tour M. Ricord, a des cas où la syphilis porte seule sur le système nerveux î II paraît que oui. J'ai montré à l'Académie de médecine des tubercules syphilitiques du cerveau lui-même, ayant déterminé des accidents du côté des fonctions (3). »
(1) Gubler, Mém.sur Victère syph.y p. 34. (3) 'Vidal, (le Cassis, loc. ciU, p. 490. i^. Ricord, in Gaz. deshôpiU 1S46.
En efiet^ M. Ricord présenta^ le 7 octobre 1834, à l'Académie de médecine des tubercules syphilitiques développés dans le corps strié du côté droit, et ayant produit une hémiplégie gauche. Le 14 octobre suivant, CuIIérier présenta également un cerveau à la base duquel se trouvaient deux tubercules très-volumineux et un troisième plus petit ; quelque temps avant de succomber^ l'individu porteur de cette altération s'était plaint d'une violente céphalée, de tintements d'oreilles, et était tombé successivement dans un état de torpeur, de sonmolence, de surdité et de coma. Les recherches faites dans les autres organes ne firent découvrir aucun tubercule soit dans les poumons, soit dans le mésentère. Comme le malade avait contracté quatre ans auparavant une maladie vénérienne, et qu'en dernier lieu il portait sur la face et sur d'autres régions des pustules de même nature, CuUérier pensa que les tubercules du cerveau avaient une origine syphilitique.
Après avoir relaté onze observations d'affections cérébrales sous la dépendance directe ou indirecte de la syphilis, Lallemand s'exprime ainsi : « C'est évidemment au virus vénérien qu'il faut attribuer en dernière analyse les aCTections cérébrales dans onze de nos observations. Mais le virus a-t-il agi directement sur le cerveau ? Nous avons vu quelle funeste influence avait la carie du crâne sur les organes contenus dans sa cavité : il semble donc naturel de penser que, dans les cas dont il s'agit, Tencéphalite a été provoquée par la maladie des os plutôt que par l'action directe de la cause syphilitique. Cependant chez plusieurs de ces malades les symptômes d'affections cérébrales ont évidemment précédé tous les autres ; chez presque tous ils se sont amendés d'une manière notable toutes les fois qu'un traitement antivénérien a été administré ; ils ont même disparu complètement et à plusieurs reprises de manière à faire croire à une guérison radicale ; enfin chez deux malades les tumeurs avaient leur siège dans l'épaisseur du cerveau, et même il n'est question dans ces deux cas d'aucune altération du crâne ou de la dure-mère. Ces faits suffiraient pour prouver que la substance cérébrale est susceptible d'être influencée primitivement et directement par le virus vénérien^ au point d'éprouver
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une véritable inflammation et même une inflammation aiguë.
« Loin d'admettre les idées émises dans ces derniers temps sur la cause des accidents vénériens^ je suis bien convaihcu que le virus vénérien peut affecter un plus grand nombre de tissus qu'on ne pense, et se montrer sous des formes qui n'ont jamais été décrites... Tout récemment encore j'ai vu un médecin distingué et un officier d'infanterie guéris d'une surdité très>ancienne par un traitement antivénérien administré contre de nouveaux symptômes syphilitiques développés successivement sous les formes les plus insidieuses. Dans tous ces cas anormaux et beaucoup d'autres^ la cause première de la maladie n'a presque jamais été soupçonnée qu'après un temps fort long, perdu en traitements multipliés et infructueux; enfin l'apparition de quel* ques pustules^ de végétations^ d'une exostose ou de tout autre symptôme aussi caractéristique a conduit à administrer un traitement antivénérien, et les premiers symptômes si anciens^ si insolites^ si opiniâtres^ ont disparu complètement avec ceux qui plus tai*d avaient décelé l'influence du virus vénérien ; ils étaient donc dus à la même cause. J'ai vu dans des cas de syphilis constitutionnelle des symptômes bizarres qui ne pouvaient appartenir qu'à une affection de la moelle ou du cerveau^ et dont je n'ai reconnu la cause première qu'après leur disparition subite sous l'influence d'un traitement antisyphilitique administré sur d'autres indices (1). »
Les auteurs du Compendium de médecine pratique ne partagent ni les opinions ni la conclusion de Lallemand (2). » . A propos de trois faits publiés par H. Faurès de Toulouse et sur lesquels nous reviendrons^ M. Dassier s'exprime ainsi : « Les faits recueillis par M. Faurès sont d'une grande importance. Chez les trois sujets qu'il a observés la syphilis invétérée est incontestable ; la reproduction de ses principaux symptômes, malgré le traitement le mieux approprié^ est une preuve de l'infection profonde de ces malheureuses victimes. Les lésions trouvées chez les deux sujets autopsiés expliquent Tapoplexie
(1) LaUemand, Lettres sur l'encéphale, 7^ lettre, p. 98.
(2) Compendium de méd. prat,, t. Ill» p. 303.
Mi PREMIÈRE PARTIE. — SYPHILIS DU STSTËME HBRVBCX.
qui a amené la mort, et le caractère tout particulier de la pro«duction trouvée chez Pun d'eux vient confirmer cette opinion que la 'syphilis ne respecte aucun viscère^ pas plus qu'elle ne respecte les muqueuses^ la peau et les os, et que lorsqu'elle se manifeste sur le cerveau^ elle imprime aux maladies de cet organe une gravité toute spéciale (1). 0
Dans la statistique déjà citée de Cassola de Syracuse nous trouvons sur 297 cas de syphilis confirmée^ 2 cas dé tumeurs encéphaliques.
M. Schûtzenberger^ dont le nom justement estimé figurera encore souvent dans ce travail^ s'exprime ainsi : ce La syphilis des organes internes est considérée par beaucoup de médecins comme très-problématique. Il fut un temps^ et ce temps n'est pas loin^ où les localisations de la vérole constitutionnelle étaient considérées comme irrévocablement circonscrites à la peau^ au tissu cellulaire sous-cutané^ au système osseux et aux glandes lymphatiques. Le testicule était le seul organe parenchymateux
et glandulaire dont l'affection syphilitique fût admise Dans
ces derniers temps la doctrine de la localisation restreinte de la syphilis constitutionnelle a été attaquée de divers côtés.... J'ai signalé, il y a plusieurs années^ l'origine syphilitique de certaines maladies cérébrales très-graves^ et la thèse de M. Bedel a réuni dans un travail spécial des faits assez nombreux pour mettre hors de doute la syphilis intra-crânienne et cérébrale.... Lors donc qu'une maladie chronique d'un organe interne se présente dans des conditions qui rendent sa nature syphilitique probable^ le problème diagnostique doit être posé et sérieusement discuté (2). x>
Read (3) a publié plusieurs faits intitulés « méningite syphilitique » dont nous aurons à tenir compte.
H. Rayer croit à la possibilité d'un travail phlogistique spécial des méninges, à marche chronique^ sous l'influence de la syphilis^ travail analogue à celui qu'elle détermine dans les tissus fibmix
(1) Comptes rendus de la Soc, méd. de Toulouse. 1823 à 54, p. 31.
(2) Schûtzenberger, in Gaz. méd. de Strasbourg. 1S66, p. 80.
(3) Read, înDubL quaterly ioum. Février 1862.
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pour donner lieu à la périostose. a Cet habile praticien^ » dit M. Rogneita (i)> a nous a cité plusieurs cas de syphilis cérébrale ou méningienne larvée, c'est-à-dire, s'offrant sous forme de ramollissement encéphalique, de semi-paralysie; d'idiotisme commençant avec ou sans aberration dans les idées, avec ou sans délire, etc.. qu'on avait en vain traités comme des maladies non spécifiques et qu'il a guéris par l'iodure de potassium intérieurement et la pommade mercurielle en frictions sur les régions malades. Ce qu'il y a de plus remarquable dans les faits de ce genre, c'est Tobscurité de la nature de la maladie qu'il a fallu deviner, pour ainsi dire, puisque aucun signe souvent ne trahit la vieille syphilis... L'on comprend parfaitement que le traitement spécifique combatte heureusement ces phlogoses spéciales, chroniques, lardacées des méninges, ces tumeurs de lymphe plastiques intra-crâniennes, et les enlève, de même que les tumeurs analogues sur les membres. d
Pour M. Knorre,dont nous exposerons les idées avec quelques détails^ le lieu de production des tumeurs, des tubercules syphilitiques serait la' pie-mère, en raison de la préférence qu'a la vérole, à une certaine période de son évolution, de s'attaquer aux tissus riches en vaisseaux (2).
Nous voyons, par ce qui précède, que les lésions matérielles da système nerveux, dues à la diathèse syphilitique, sont admises p^r un grand nombre d'auteurs modernes dont le nom fait autorité dans la science. Si l'on veut bien se reporter à notre résumé historique, on verra que telle était aussi l'opinion de l'immense majorité des sy philographes des siècles passés.
Voyons maintenant ce que nous enseignent les autopsies que nous avons analysées. Ces autopsies sont au nombre de 31 ; dan& ce nombre ne sont pas comprises trois observations dans lesquelles» après des symptômes cérébraux assez* graves pour entraîner la mort, l'autopsie n'a rien révélé,, et que nous ran^ geons^ansceque nous désignons sous le nom de forme congéstive.
(!) RognelUi, in Ann. de thérap, 1847, t. V, p. 338. (It) Koonre» in- Deutsche Klinik, Déceinl>r6 1S49.
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Toutes les lésions matérielles que nous avons rencontrées^ peuvent être rapportées à deux altérations anatomiques principales :
1*^ LMnflammation dans laquelle nous faisons rentrer le ramollissement ;
2^ L'exsudation, comprenant les indurations et les tumeurs.
Formes congestive^ inflammatoire et exsudative, tel est Perdre dans lequel nous allons étudier les altérations syphilitiques do système nerveux.
ARTICLE PREMIER
FORME GONGESTIVE.
Dans les observations que nous rapportons à la congestion des centres nerveux^ et qui se sont terminées par la mort^ si Tautopsie n'a révélé parfois aucune lésion matérielle^ ce résultat n'a pas lieu de surprendre^ car on sait que le plus souvent les traces de congestion se dissipent après la mort.
On peut se demander d'une manière générale si la syphilis^ par sa nature^ peut déterminer des congestions cérébrales. Si nous comparons ce qui se passe vers d'autres organes sous Finfluence de la même cause^ vers la peau par exemple dont les altérations sont accessibles à la vue^ nous répondrons par l'affirmative; c'est ainsi que les syphilides exanthématiques, la roséole syphilitique en particulier^ ne sont que de simples congestions. La congestion syphilitique se retrouve encore dans d'autres organes^ dans Tœil par exemple^ où le plus souvent elle précède l'inflammation ; elle a été également admise pour le foie par H. Gubler. Nous admettons donc^ d'après l'ensemble des symptômes consignés dans les faits cliniques que nous rapportons^ et alors même que l'anatomie pathologique n'en fournit pas toujours de preuve saisissable^ la congestion cérébrale de cause syphilitique, de même que nous admettons l'anémie cérébrale sous l'influence de la même cause. Que si l'on nous objecte que la durée prolongée des accidents ne concorde pas avec celle de la congestion,
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nous répondrons que c'est le propre des affections syphilitiques d^avoir une marche lente^ même dans leurs formes congestive et inflammatoire, comme on peut le voir à la peau^ dans la roséole et les syphilides en général.
Peut-on admettre une hémorrhagie cérébrale syphilitique?
Si nous posons cette question et si nous la discutons^ c'est que nous avons trouvé dans les auteurs un certain nombre d'observations qui sont rapportées à l'hémorrhagie cérébrale de cause syphilitique; mais nous ne possédons aucune autopsie qui nous démontre positivement l'existence de foyers hémorrhagiques dans le cerveau ou dans la moelle dans des cas de ce genre. Ce n'est pas que tous les faits cliniques dont nous parions se soient terminés par la guérison ; deux fois^ au contraire, la mort a eu lieu^ mais par une étrange fatalité l'autopsie n'a pas été faite, et nous verrons bientôt quelle est l'idée que Ton doit se faire de la lésion qu'elle eût dévoilée.
Des 31 autopsies dont nous connaissons les détails, aucune ne nous montre l'hémorrhagie cérébrale comme cause des symptômes notés pendant la vie. Deux fois cependant, nous avons trouvé, à côté d'autres lésions que nous avons bien plus de tendance à rattacher à la syphilis, un petit noyau apoplectique, de date probablement ancienne, si l'on en juge par sa coloration jaunâtre et la disparition de tout caillot : c'étaient de petites excavations situées, l'une dans le corps strié, l'autre dans une des couches optiques et dont l'origine, au moins dans le cas dont nous avons été témoins, peut prêter au doute.
Malgré cette absence de preuves anatomiques, nous n'oserions nier d'une manière absolue la possibilité de l'apoplexie syphilitique ou apoplexie a lue venerea, comme on l'a désignée. Pourquoi les fluxions répétées, qui se font au sein de la substance cérébrale ne pourraient-elles pas amener une rupture des vaisseaux et donner lieu à un épanchement sanguin? M. Yvaren explique ainsi la possibilité de l'hémorrhagie cérébrale : a Les douleurs excessives, insupportables, se reproduisant ou s'exaspérant la nuit, et privant le malade de tout sommeil, entretiennent dans les vaisseaux cérébraux une turgescence, un engorgement de plus en plus considérable; dans la pulpe cérébrale une.irritabi-
146 PREMIÈRE PARTIE. — STPBIL18 DU STgTftlfB imYBOX.
lité, une congestion croissante d'où résulte, soit une rupture des tuniques artérielles et un épanchement sanguin^ soit tout an moins une compression du foyer central de Vinnervation(l). »Hais à nos yeux^ Thémorrhagie cérébrale^ si elle existe^ n'est qu'un fait exceptionnel, et dans les cas où les symptdmee observés la simulent^ il faut plutôt^ à l'exemple de Vidal de Cassis^ admettre une lésion particulière de l'encéphale (2). Nous verrons^ en effet, que dans plusieurs observations de ce que les auteurs ont déagné sous le nom d'apoplexie a lue venerea, l'autopsie a permis de constater soit un ramollissement, soit le plus souvent des exsudations plastiques.
ARTICLE II
FORME INFLAMIIATOIRE.
Dans tous les tissus dans lesquels on a suivi l'action de la syphilis^ on l'a vue produire des inflammations; la peau^ l'iris^ les tissus osseux^ fibreux^ présentent tous des lésions syphilitiques indiquant un travail inflammatoire. Ordinairement ce travail inflammatoire n'est pas franc, la période aiguë en est mal dessinée^ mal accusée^ et le plus souvent l'inflammation revêt d'emblée là forme chronique ou subaiguê. En est-il de même pour la substance nerveuse ?
Peu d'auteurs admettent les encéphalites ou les méningites aiguës de nature syphilitique ; nous avons déjà fait connaître les opinions de Lallemand^ de MM. Knorre^ Rayer, Ricord sur ce point
Nos autopsies ne nous permettent pas de trancher cette question^ ni d'affirmer qu'il existe des inflammations aiguës^ franches^ des centres nerveux ou des méninges, développés sous l'influence de la syphilis. Nous possédons, à la vérité, trois autopsies dans lesquelles on a trouvé des foyers purulents dans le cerveau : une fois dans la couche optique droite, une fois dans le lobe antérieur gauche du cerveau, la troisième autopsie ne précise pas le
(1) YTareD, ioc. dt, p. 165.
(2) Voir à ce propos dans la Gaz. hebd. de méd. et de chir. (1859, p. 147 et 153) une discussion au sein de la Société anatomique au sujet d'une observatlon présentée par M. FovlUe, d'un malade atteint d'hémiplégie alterne, de nature probablement syphilitique.
8BCT. II. CHAP. I« -^ ANATOMIE PATHOLOGIQUE. i47
siège de la lésion. Dans ces trois cas les symptômes foDctionnels étaient bien ceux de rencéphalite^ mais dans aucun d'eux nous n'avons la preuve irréfragable que ces foyers contenaient bien réellement du pus^ puisque le microscope n'a pas été appelé à juger la question. Or^ Ton sait combien certains ramollissements^ certaines tumeurs gommeuses à leur dernière période en imposent facilement par leur aspect éminemment puriforme. Une autre particularité anatomo-pathologique qui nous laisse dans le doute^ c'est que dans ces trois cas les foyers n'étaient pas enkys* tés^ ne présentaient pas cette membrane de nouvelle formation qui limite ordinairement la suppuration dans les abcès légitimes; dans ces trois cas^ au contraire^ le foyer se continuait sans délimitation fixe avec un ramollissement plus ou moins marqué de la substance cérébrale, s'étendant plus ou moins loin ; dans un cas ce ramollissement périphérique avait une coloration lie de vin.
Nous ne nions cependant pas l'inflammation cérébrale d'origine syphilitique^ mais nous mettons en doute qu'elle ait une tendance pyogénique marquée^ et croyons plutôt que, dans les centres nerveux^ rinflammation syphilitique produit de préférence des ramollissements ou des exsudations.
C'est en effet à la forme inflammatoire que nous rattachons les faits de ramollissement dont nous possédons la description nécropsique^ et qui sont au nombre de sept. Toutefois nous n'affirmerons pas que ce soit toujours l'inflammation qui ait présidé au développement de cette lésion des centres nerveux. On sait combien la question que nous soulevons en ce moment a été diversement jugée par les hommes les plus compétents; entre autres causes du ramollissement cérébral on range aujourd'hui l'oblitération des artères et des capillaires; or, la syphilis, avec sa tendance prononcée à l'exsudation^ ne pourrait-elle pas pro« duire de ces oblitérations? Une autopsie^ que nous empruntons à Essmarck et Jessen^ paraîtrait plaider en faveur de cette cause. L'oblitération artérielle pourrait^ dans certains cas^ être consécutive au développement d'un produit plastique en dehors du calibre du vaisseau et qui agirait par compression, comme paraissent l'avoir observé MM. Vircho^r (1)^ Gildemeester et Hoyack (2).
(1) Virchow, Ges.Àbhan, p. 414. — (2) NederL PT^eAri/. 1854» janv., n. W.
i48 PRBMliRB PARTIE. — SYPHILIS DU STSTËME NERVEUX.
Quoi qu'il en soit , nos 7 observations nous montrent le ramollissement siégeant :
2 fois dans un des lobes antérieurs du cerveau.
1 fois dans la substance blanche du lobe antérieur seulement.
i fois dans un lobe antérieur et dans le corps strié cônes* pondant.
1 fois dans la voûte à trois piliers.
2 fois le ramollissement était général^ quoique plus marqué dans la substance blanche du centre de Torgane. Les lobes antérieurs ont donc été intéressés 6 fois sur 7.
Le petit nombre de ces autopsies^ le manque de détails dans la plupart d'entre elles^ ne nous permettent pas d'assigner de caractère anatomiquo distinctif au ramollissement d'origine syphilitique. Des recherches ultérieures seront-elles couronnées de plus de succès^ c'est ce que nous ne saurions affirmer; mais en attendant, nous avons dû chercher ailleurs que dans l'anatomie pathologique, les signes qui permettent de rattacher à la syphilis les accidents observés pendant la yie dans les cas de ce genre.
Si, de la substance cérébrale, nous passons aux méninges, dont on ne saurait logiquement la séparer dans ces études, nous constaterons que nous n'avons trouvé qu'une fois des traces de méningite franchement inflammatoire, du pus à la surface des méninges. Nous admettons, avec M. Rayer et d'autres auteurs, une méningite chronique de nature syphilitique comme point de départ de certaines exsudations ou de quelques épanchements; dans l'autopsie rapportée par Ëssmarck et Jessen on constate des exsudations sur l'arachnoïde, et un épanchement séreux considérable sous cette membrane, lésions que les auteurs rapportent à une arachnitis chronique. Nous ne croyons pas devoir insister davantage sur ces faits qui, en présence des suivants, ne constituent que l'exception.
ARTICLE III