FORME BXSUDATIVE OU PLASTIQUE
Que l'on étudie les effets de la syphilis dans les organes accessibles à la vue ou au toucher, qu'on suive ses diverses phases
SKGT. II. GHAP. 1. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE. 149
dans la peau^ sur les muqueuses^ dans Tœil^ dans les tissus osseux et fibreux, dans le testicule ; qu'on en rapproche ce que Ton sait aujourd'hui des lésions syphilitiques du foie^ du thymus^ du poumon, un fait frappera certainement : c'est qu'il n'est pas un oi^ane où^ soit dès le début, soit à un degré plus ou moins avancé de son évolution, la syphilis ne manifeste son action par un travail d'exsudation. L'induration caractéristique du chancre huntérien^ n'est-elle pas là, dès le début, pour témoigner en faveur de ce que nous avançons ? Les syphilides papuleuse, tuberculeuse, les tubercules plats, les excroissances, l'exsudation de lymphe plastique dans l'iritis, les tumeurs gommeuses de la peau^ du tissu cellulaire, des muscles, des tissus fibreux, des os, le lesticule. vénérien, toutes ces manifestations syphilitiques, admises par tous les auteurs, ont pour caractère commun un travail d^exsudation.
Ceci posé, une fois convaincu qu'il est dans l'essence de la syphilis de produire fréquemment, dans les tissus qu'elle envahit^ des dépôts plastiques, on ne s'étonnera pas que sur 31 autopsies de sujets morts de syphilis cérébro-spinale nous en ayons 22 dans lesquelles nous trouvons des lésions de cette espèce. Nous allons voir ce que la comparaison de ces 22 faits nous apprend touchant l'étendue, l'aspect, la composition et le siège de ces exsudats de nature syphilitique.
I* L'exsudation peut être disséminée dans la presque totalité de l'encéphale. Nous en avons observé un cas dans lequel la substance cérébrale tout entière paraissait infiltrée par une substance étrangère constituée en majeure partie par une matière amorphe. M. Robin a rapproché cette altération de ce qu'on désigne sous le nom de cérébro-sclérose ; le cerveau, dans ce cas, présentait une dureté remarquable et paraissait augmenté de volume, d'où les symptômes de compression observés pendant la vie. H. Vircfaow (1) parait avoir rencontré cette même altération.
2* Dans un second cas, qui d'après M. Robin se rapporte également à la cérébro-sclérose, l'exsudation était moins gêné-
(1) Virchow, De la syphilis constitutionnelle, Trad. franc, de M. P. Picard.
iSO PRBMIÈRB PARTIE. — SYPHILIS DU STSTÈMB IIBRYEDX.
raie ; elle se présentait sous la forme de petites tnmeurs d'un centimètre de diamètre^ de formes variées, éparses^ enclavées dans la masse cérébrale, ne pouvant être énucléées. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire icilanote de M . Robin : « Le tissu cérébral qui m'a été remis offi'ait une résistance et une élasticité particulières se rapprochant, bien qu'à un faible degré, de celles que pourraient présenter des fragments de gomme élastique. Son induration par rapport au tissu normal n'est pas douteuse. Il ne se laisse pas écraser facilement entre les lames de verre. La dilacération le réduit en petits fragments plutôt qu'en lambeaux filamenteux. Le microscope montre que la matière amorphe fondamentale de la substance grise des circonvolutions est beaucoup plus granuleuse qu'à l'état normal et renferme des granulations plus volumineuses. C'est elle qui offre particulièrement rinduration et la résistance anormales signalées ci-dessus. Cette matière amorphe indurée renferme un plus grand nombrede myélocytes que la substance grise normale. Elle ne présente plus à l'observateur de cellules nerveuses multipolaires, de cylindresaxes ni de tubes nerveux. On y trouve au contraire des noyaux ovoïdes dits fibro-plastiques en assez grand nombre, dans cer- . taines places particulièrement, et des fibres de tissu cellulaûre. Celles-ci, comme dans les tous cas analogues de sclérose cérébrale observée chez l'adulte ou chez l'enfant, sont très-fines, flèxueuses, isolées, non réunies en faisceaux etéparsesdans la substance amorphe grisâtre granuleuse, signalée précédemment. On ne les aperçoit que sur les bords des petits fragments placés sous le microscope, mais les granulations les masquent dans l'épaisseur de la matière amorphe (l). »
3^ Dans tous les autres cas nous trouvons de véritables tumeurs, c'est-à-dire des exsudations plus agglomérées et siégeant dans divers points de l'organe cérébro-spinal que nous préciserons tout à l'heure.
Dans un cas c'est une tumeur du volume d'une petite noix, entourée d'une enveloppe lisse, molle, élastique, d'un jaune pftle, composée d'une masse grenue et opaque. M. Lebert a examiné
(1) Btili. de la Soc. méd. des hâpit^ t. IV, p. 33.
SEGT. 11. CHAP. I. — AIIATOIIIE FATSOLOGIQeE. . 151
cette tumeur au microscope et en a donné la description^ sui^ vante : a La tumeur est parfaitement délimitée par une enveloppe qui lui adhère intimement et montre, par places, quelque^ stries vasculaires ainsi qu'une induration crétacée sur une partie de sa base. La consistance de la tumeur est d'une mollesse élastique, sa coloration d'un jaune pâle; en la coupant par le milieu on la trouve solide> compacte, élastique^ un peu plus blanche à Pintérieur qu'à la .superficie. Au microscope on trouve dans Tenveloppe une trame cellulaire et vasculaire. L'intérieur est composé d'rnie masse grenue et opaque que l'aleool bouillant ne modifie point tandis que l'acide chlôrhydrique produit une forte efferv-escence et rend le tissu presque transparent; il parait alors composé de grands et de petits globules déformés. Â l'œil nu on voyait à la base des paillettes brillantes, comme micacées, que le microscope montre composées de cristaux de cholestérine. U est probable, qu'il s'est agi^ dans ce cas^ d'une tumeur gommeuse ancienne,.en partie calcifiée. »
M. Lebert spécifie ensuite de la sorte les différences qui distinguent cette tumeur du tubercule proprement dit: a Le tubercule est formé de globules plus volumineux^ anguleux, polyédriques réunis par une substance intermédiaire hyaline^ tapdis que la tumeur en question m présente qu'un tissu transparent^ formé de globules plus petits que ceux du tubercule. »
Faisons observer que le passage de cette tumeur à l'état crétacé ne constitue pas un caractère propre aux tumeurs syphilitiques. Albers de Bonn a observé cette même transformation dans uœ tumeur fibroîde du cerveau^ ayant entraîné des accidents tout à fait semblables à ceux que produisent les tumeurs syphilitiques (i).
• Les tumeiKa syphilitiques des centres nerveux ont été désignées par les termes les plus variés^ selon leur apparence extérieure. Profit parle de « duretés obrondes ayant toutes les propriétés de la substance médullaire^ disséminées dans une assez grande étendue du cerveau : la plus grande a le volume d'un pois. » L'auteur, cité dans le Schmidt's JjalirsbMçh psmle d'une
(1) Deutsche Kiinik. ISSO, p. 431.
15i FRSMlÈftB PARTIE. — SYPHILIS DU STSTËU HBBTBUX.
tumeur « grosse comme le poing, de couleur et de oonsistanoe égales à celles du cerveau. » Sanson^ Ward, MM. Bertherand^ Yvaren les comparent au squirrhe ou au cancer ; Romberg, Cullerier^ MH. Courtin^Ricord les nomment a tubercules du ce^ veau. » Bonet leur attribue Taspect de tumeurs gommeuses. Autour de la tumeur squirrheuse décrite par Sanson la substance du cerveau j dit cet auteur, a est semblable à de la gomme adragante. » Tâcheron ajoute que la tumeur est dure comme du fibro-cartilage. Bayle et Kergaradec leur trouvent une grande
analogie avec des cartilages^ etc Ces dénominations diverses
indiquent la variété d'aspects que peuvent présenter ces exsudations^ lors même que toutes, nous le croyons du moins^ constituent des tumeurs gommeuses^ des tubercules syphilitiques du cerveau.
Rien ne ressemble d'ailleurs plus au tissu cancéreux, comme aspect extérieur^ que la gomme syphilitique ; le fait suivant en est la preuve : dans une des dernières séances de la Société anatomique on présenta une altération du corps du sphénoïde qui^ de par les symptômes observés pendant la vie, la marche de la maladie et les antécédents du malade^ devait être considérée comme une gomme. Le plus grand nombre des membres présents furent unanimes pour admettre de visu que cette tumeur était de nature cancéreuse. Le microscope, par Torgane de M. Robin, reconnut dans cette altération une tumeur gommeuie type.
Nous reproduisons ici la description de tumeurs gommeuses du cuir chevelu d'après M. Lebert : « L'examen microscopique nous a montré dans ces tumeurs gommeuses : une trame fibreuse à larges mailles constituée par des fibres élastiques pftles, laissant dans leur intervalle de grands espaces remplis par une substance homogène, granuleuse, dont les parties élémentaires sont moins adhérentes les unes aux autres que dans le tubercule. La dimension de ces granules ne dépasse pas 0^,005 ; ils sont arrondis et contiennent une substance homogène et irrégulièrement grenue. Quelques corpuscules plus grands atteignent 0"°*,075 ; à paroi pâle et irrégulière, ils paraissent contenir un noyau arrondi. »