C2I1GO + O
ITîcüoî eau aldéhyde
L’aldéhyde a été proposée en médecine comme anesthésique. L’action en est de beaucoup inférieure à celle du chloroforme (Simpson). Elle produit d’ailleurs de la dyspnée, une constriction de la poitrine et une toux violente, qui disparaissent lorsque l’insensibilité vient à s’établir, mais qui reparaissent au réveil et persistent quelque temps .
M. Isidore Pierre qui, dans ses nombreuses distillations d’alcools du nord de la France, en a retiré de grandes quantités, a pu en constater les effets irritants, l’angoisse, la suffocation que l’on éprouve lorsqu’on respire cette substance pure contenue dans un flacon; cette angoisse est comparable à celle que produit l’acide sulfureux.
Toutefois, la proportion de l’aldéhyde est relativement faible dans les alcools. On peut l’en séparer facilement à cause de sa volatilité, puisqu’elle entre en ébullition dès la température de 20°, 8. Elle s’élimine facilement après son absorption. Il s’en formerait, dit-on, dans l'organisme après l’ingestion de l’alcool ou du vin, par suite d’une oxydation partielle. En présence de ces données et des effets éminemment temporaires qu’elle produit, il ne me paraît guère possible d’attribuer à l’aldéhyde un rôle très-important dans la production de l’alcoolisme proprement dit. Elle paraîtrait seulement favoriser l’ivresse.
Acétate d’éthyle ou éther acétique ordinaire
— L’aldéhyde, en subissant une oxydation ultérieure à l’air, se convertit en acide acétique.
C2H40 -f- O = C«IP02
aldéhyde acide acétique
Cet acide, en réagissant ensuite sur l’alcool éthylique et
sur les alcools butylique, propylique etamyliquc qui se trouvent dans les alcools du commerce, donne des éthers dont les plus importants sont l’acétate d’éthyle dont je vais m’occuper, et l’acétate d’amyle dont il sera question plus loin.
L’acétate d’éthyle est un liquide incolore, ayant pour den sité 0,905 à 17° et bouillant à 72°, 7. 11 possède une odeur agréable. Il est soluble dans 7 parties d’eau et en toutes proportions dans l’alcool et dans l’éther, et brûle facilement avec une flamme assez éclairante en répandant une forte odeur d’acide acétique.
J’ai préparé moi-même une assez grande quantité de cet éther pour mes reherches. Pour cela, j’ai suivi le procédé ordinaire (jui consiste à distiller un mélange d’alcool, d’acide sulfurique et d’acide acétique ou d’acétate de sodium. Le produit obtenu en premier lieu a été neutralisé par un lait de chaux, déshydraté ensuite par le chlorure de calcium, puis rectifié en ne recueillant finalement que ce qui passait à la température de 72",7.
Fig. 1. — Différence d’acUon de réllier acétique sur les animaux à sang chaud
et sur les animaux à sang froid.
J’ai fait, avec ce composé, diverses expériences telles que la suivante, qui est l’une des plus curieuses qu’il m’ait été donné d’observer. J’ai souvent répété cette expérience devant
divers savants français et étrangers. C’est l’ime de celles qui se prêtent le mieux devant un auditoire, et présentent à la fois le plus d’enseignements.
Expérience I. — Je mets sons une clocbe tubulée reposant sur une lame de verre, une grenouille, un cochon d’Inde et une éponge imbibée d’éther acétique.
Au bout de quatre à cinq minutes au plus tard, la grenouille est eomplétement anesthésiée. Elle est dans la résolution et dans l’insensibilité complètes. Le cochon d’Inde, au contraire, n’éprouve rien, bien qu’il soit plongé dans la même atmosphère qui agit si profondément sur la grenouille. Il conserve tous ses mouvements, toutes ses allures habituelles, et cela, pendant une heure et davantage. La grenouille, qui était complètement anesthésiée, étant retirée bientôt de dessous la cloche de verre, revient peu à peu et complètement à ellemême. Le cochon d’Inde étant retiré beaucoup plus tard, après une heure et plus, conserve également sa santé.
Comment expliquer ce paradoxe expérimental? J’injecte sous la peau, chez un cochon d’Inde^ 1 gramme et demi d’éther acétique. Cet animal n’a qu’un commencement d’anesthésie à peine appréciable. Un autre animal de la même espèce, ayant reçu sous la peau 1 gramme 5 d’éther acétique, et étant mis ensuite sous une cloche avec une éponge imbibée de cet éther, ne tarde pas cette fois d’être anesthésié d’une manière absolue.
Dans ce cas l’organisme du cochon d’Inde est assez imprégné d’éther acétique pour qu’il se trouve dans le même état que celui de la grenouille qui l’absorbe rapidement par sa surface cutanée. Si le cochon d’Inde n’est pas anesthésié dans le premier cas, c’est parce queTéther qu’il absorbe par les voies respiratoires se comporte de deux manières. Une grande partie de cet éther s’élimine rapidement par les voies respiratoires sans changer de nature ; en effet, l’haleine des cochons d’Inde qui ont reçu de l’éther acétique sous la peau, présente pendant quelque temps l’odeur snave de ce composé. Une autre partie change de nature dans son organisme, se détruit en donnant de l’acétate de sodium et probablement de l’alcool
qui se trouve en quantité insuffisante pour produire autre chose qu’une pointe d’ivresse. La réaction s’effectue dans 1 organisme comme dans un verre à expérience, sous l’influence d’un alcali ou d’un carbonate alcalin. Lorsqu’on traite l’éther acétique parla soude, le carbonate ou le bicarbonate de soude, surtout à une température un peu supérieure à la température ordinaire, il se forme de l’acétate de sodium et de l’alcool.
q- NaHO = NaC^IPO^ 4. C^IPO
acétate d’éthyle soude acétate de sodium alcool
J’ai pu constater cette même réaction dans le sérum du sang mélangé dans un flacon avec de l’éther acétique. Elle s’effectue lentement, mais elle est manifeste. Quant à l’acétate de sodium qui a pris naissance dans l’organisme, on sait qu’il se convertit en bicarbonate de sodium. — Chez la grenouille, dont l’organisme est le siège de phénomènes de combustions beaucoup, moins actives que celles qui se passent chez les animaux à sang chaud, l’éther acétique ne change guère de nature et exerce ainsi toute sa puissance anesthésique.
Il résulte de cette expérience, que j’ai tenu à développer à cause de sa singularité, que l’acétate d’éthyle n’est pas un agent immédiatement dangereux. Les animaux soumis à l’influence de cet agent reviennent assez rapidement et complètement à eux-mêmes.
Nous savons, d’autre part, que ce même agent a été prescrit parfois à l’intérieur comme antispasmodique, notamment dans la bronchite chronique.
J’ai cru dès lors pouvoir l’essayer sur moi, puis sur un de mes amis quia bien voulu me seconder. Les essais que je vais rapporter et certaines analyses que je citerai me permettront de mieux établir le mode d’action de l’éther acétique et de dire pourquoi le vin blanc est plus capiteux que le vin rouge.
Expérience IL — Je prends un matin, à jeun, 125 centimètres cubes (un verre ordinaire) d’un vin blanc de Chablis de 1876, et d’une
aathenlicité certaine, ‘ians lequel j'ai mis, à l’aide d’une pipette graduée, un peu plus de 6 dixièmes de centimètres cubes d’éther acétique pur. Ce vin contient, par conséquent, 5 pour 1.000, soit un demi pour 100 d’acétate d’éthyle, quantité relativement considérable.
Je vaque â mes occupations comme d’habitude, et je reviens du laboratoire sans avoir rien éprouvé d’insolite. Seulement on me dit que mon haleine sent l’éther acétique todeux d’ananas).
Au déjeuner, je prends 500 centimètres cubes du même vin dans lequel j’ai mis 1 cent.c. 25 d’éther acétique, soit un quart pour 100. J ai donc ingéré, depuis le matin, près de 2 centimètres cubes de cet éther.
Je n’éprouve rien au milieu de mon repas; mais, vers la fin, je ressens comme une ébriété avec une forte propension au sommeil. Mes yeux sont appesantis. Ces légers symptômes disparaissent bientôt, en moins de deux heures.
Je crois devoir signaler que la même quantité de ce vin, lorsqu’il était tout à fait naturel, ne produisait pas sur moi les effets que je viens de signaler.
Expérience III. — Le lendemain, nous partageons au déjeuner, M. Barraud et moi, un litre du même vin dans lequel j’ai mis 2 cent. c. 5 d’éther acétique, soit un quart pour 100.
Nous ne ressentons rien de l’ingestion de ce vin: je dirai cependant que nous l’avons trouvé un peu plus capiteux que lorsqu’il était naturel.
Le vin blanc additionné récemment d’éther acétique dans les proportions de 2,5 à 5 pour 1,000 soit de 1/4 à 1/2 pour 100, présente l’odeur de cet éther et une saveur des plus agréables. L’odeur en devient plus faible avec le temps, comme si l’éther s’incorporait mieux au vin, mais la saveur en reste toujours agréable.
Cette odeur et cette saveur rappelaient tout à fait celle d’un vin blanc qu’un négociant m'avait vendu en me prévenant que a ses clients trouvaient généralement ce vin wi peu capiteux^ mais qu’ils pouvaient le conserver autant de temps qu’ils le voulaient, d D’autre part, M. Isidore Pierre avait rappelé qu’ayant analysé un vin blanc que l’on accusait de produire beaucoup d’ébriété, il avait trouvé dans ce vin une quan-
tité considérable d éther acétique, au moins un quart pour 100, malgré les pertes. Je soumis alors à une distillation fractionnée 2 litres de ce vin capiteux, et je pus en retirer près de 3 centimètres cubes de cet éther, soit près de un sixième pour 100. La quantité devait en être supérieure à celle que j’indique.
Une double question se présente alors. L’éther acétique se forme-t-il spontanément en quantité notable dans les vins blancs, ou bien est-il ajouté à ces. vins dans un but de négoce? Il est rationnel d’admettre que les vins blancs, contenant moins de tannin que les vins rouges, l’oxygène puisse agir plus facilement sur eux et donner naissance à une plus grande quantité d’acide acétique, et partant d’acétate d’éthyle. Il est possible également que, vu le prix peu élevé de l’éther acétique, on ajoute cet éther aux vins blancs pour leur donner plus de bouquet, plus de saveur, et pour leur assurer une conservation plus facile (1). Il s’agirait alors d’une fraude nouvelle, de celles qui s’introduisent à la suite des progrès de la science. Les faits de cette nature sont malheureusement assez fréquents. On fabrique aujourd’hui de toutes pièces des essences, des produits plus ou moins nuisibles à l’aide desquels des commerçant peu scrupuleux donnent à un même vin le bouquet d’un vin de Bordeaux, d’un vin de Bourgogne ou d’un autre pays. Que de fraudes, que d’attentats à l’hygiène!
] tés limé : — U L’acétate d’éthyle, ou éther acétique ordinaire, est peu actif, du moins chez les êtres à sang chaud ; 2^ il anesthésie rapidement les grenouilles, tandis qu’iln’anesthésie les animaux à sang chaud que dans des circonstances déterminées, par exemple quand il a pénétré dans leur organisme simultanément par inhalation et par injection hypodermique; 3° l’éther acétique produit facilement une ébriété passagère, ce qui explique les effets capiteux des vins blancs
(I) i\ouK .‘^avons aujourd’hui fuio los Ailiers entravent la germination et les fermenlalions.
qui en contiennent souvent des quantités relativement considérables.
Alcool propylique, C^H*^0. — Il existe deux sortes d’alcool propylique : Tun qui a été découvert par Chancel, et qui est Valcool propylique normal ou de fermentation ; l’autre, qui a été obtenu synthétiquement par M. Friedel, et qui est un alcool secondaire, Y alcool isopropylique.
L’alcool propylique normal est un liquide incolore, d’une odeur spiritueuse qui rappelle celle de 1 alcool éthylique. Il a pour densité 0,81 et bout à 97“. Il est soluble dans l’eau. 11 se trouve en faible quantité dans les eaux-de-vie de marc et de fruits, telles que les alcools de cidre et de poiré qui, par contre, ne renferment pas d’alcool amylique.
L’alcool propylique ne donne guère de mauvais goût aux alcools. Au contraire, suivant M. Isidore Pierre, mélangé avec un alcool de bonne qualité, même dans la proportion de 3 p. 100, il semble en rendre l’odeur et le goût plus agréables.
Suivant les expériences de Dujardin-Beaumetz et Audigé, l’alcool propylique est plus actif que l’alcool éthylique et moins actif que l’alcool butylique. Il devait en être ainsi : en effet, l’alcool propylique, C^lFO, se trouvant avoir un poids molécin laire intermédiaire à ceux de l’alcool éthylique, C-H^O, et de l’alcool butylique, devait, conformément la loi que
j’avais trouvée en 1870, posséder une activité intermédiaire à celle de ces alcools. La puissance de l’alcool propylique, bien que très - inférieure à celle de l’alcool amylique , ne doit donc pas être négligée dans la question de l’alcoolisme . Toutefois, l’influence en est faible , parce que les alcools du commerce en contiennent de faibles quantités.
Alcool butylique ordinaire, C'H'“0 (L. — D’après mes expériences de 1870, j’ai considéré l’alcool buty-
(1) On connaît quatre alcooIvS bulyliques qui se distinguent, ainsi que leurs élliers, par leurs points d’ébullition, qui sont dillérenls. Ce sont : 1'* Valcool butulique normal-^ Valcool isobuti/Uque ou alcool hv.tyliquc ovdi-^
lique comme quatre fois plus actif que l’alcool éthylique, et beaucoup plus actif que l’alcool amylique.
L’alcool butylique, ou mieux l’alcool isobutylique, existe en petite quantité dans l’eau-de-vie de marc. Les alcools de vin n’en contiennent que des traces. C’est par la présence de l’alcool butylique et de produits empyreumatiques, d’une odeur et d’un [goût caractéristiques, que l’on peut se rendre compte de l’action moins salutaire ou plus active de l’eaude-vie de marc que celle de l’eau-de-vie de vin.
Alcool amylique ordinaire, (L. — Cet
alcool est le plus dangereux, le plus toxique de ceux dont il vient d’être question. D’après mes expériences de 1870, j’ai cru pouvoir énoncer que l’alcool amylique était quinze fois plus toxique que l’alcool éthylique. Ce n’est pas quinze fois, mais trente fois que je dirais aujourd’hui. Cet alcool, même à des doses minimes, est toujours malfaisant, et je serai forcé de le répéter toutes les fois qu’il s’agira d’alcoolisme. Qu’il me suffise de rappeler, pour le moment, que M. Isidore Pierre a donné verbalement devant les membres de la 2® commission, avant l’ouverture de ce Congrès, des renseignements qui nous ont péniblement impressionné. Ce chimiste laborieux et éminent, qui a fait une longue étude des alcools, a attribué formellement certains troubles de sa santé à la respiration de vapeurs d’alcool amylique. Pour ma part, dans les études que j’ai faites de divers éthers de l’alcool amylique, tels que le chlorure, le bromure, l’acétate, comparativement aux éthers des alcools méthylique et éthylique, j’ai constaté que les premiers exerçaient une action dangereuse. Tandis que l’action des
naire ; 3“ V alcool butylique secondaire ; 4° V alcool butylique tertiaire, — Celui qui nous occupe actuellement est l’alcool isobutylique.
(pu existe théoriquement /au^alcools amyliques ayant la même formule, mais une constitution moléculaire dillérente. On en connaît actuellement cinq. Ce sont : V alcool amylique ordinaire; 2“ V alcool amylique normal;
30 le 1®" alcool amylique secondaire (méthylpropylcarbinol) ; 4“ le 2* alcool amylique secondaire (hydrate d’amylène ) ; 5° l'alcool amylique tertiaire (éthyldiinélhylcarbinol).
alcools éthylique et méthylique est généralement douce et passagère, celle des éthers de l’alcool amylique est irritante, et, de plus, persistante parce que ces éthers s’éliminent lentement ; elle est suivie de troubles plus ou moins graves parmi lesquels je signalerai comme devant y insister plus tard, la prostration, l’affaiblissement des mouvements volontaires, surtout dans le train postérieur chez les animaux ; la diarrhée, la diminution ou la perte de l’appétit, et, sans doute, des troubles de la nutrition, car il m’est arrivé une fois de rencontrer de l’albuminurie. J’ai respiré parfois involontairement d’assez grandes quantités de vapeurs de ces éthers, et j’ai ressenti également une faiblesse générale dans les membres inférieurs, ainsi que des troubles digestifs. On n’éprouve rien de semblable après avoir respiré les vapeurs de bromure d’éthyle ou éther bromhydrique (1). Celui-ci ne trouble pas l’appétit ; il l’accroit au contraire, comme le fait l’éther sulfurique d’après les observations déjà anciennes de Trousseau. 11 ne produit pas de diarrhée (les bons anesthésiques constipent plutôt à la manière de l’opium) ; il ne cause pas la faiblesse musculaiï*e que produisent les éthers de l’alcool amylique ('2).
Vaiérianate d’éthyle (C^HS) — Le valéria-
nette ou valérate d' éthyle est un liquide incolore, d’une saveur irritante, d’une odeur quel’on a comparée à celle de la pomme, mais que je trouve peu agréable lorsque cet éther est pur.
('!) Recherches sur les propriétés physiologiques et le inode d'élimination du bromure d’éthyle (Comptes rendus de TAcad. des sciences, 27 déc. 1876 ).
(2) Tous les physiologistes qui ont étudié les elïéts de l’alcool amylique sont unanimes à reconnaître que cet alcool exerce sur l’organisme une action des plus funestes.
Les chimistes sont également d’accord sur ce point. Mais, comme en toutes choses, il se rencontre des exceptions. Un chimiste de Suède, sans invoquer une seule expérience, a cru pouvoir s’exprimer ainsi au sujet des impuretés contenues dans les alcools : « H est clair, du reste, que l’alcool amylique peut lui-même être considéré comme inolfensif, ou bien comme moins nuisible que l’alcool ordinaire pris en môme temps, pourvu que la quantité du premier ne dépasse pas une certaine limite. »
Il est combustible, peu soluble dans l’eau, facilement soluble dans l’alcool et dans l’éther ordinaires. 11 bout à ISS».
On le prépare en distillant un mélange d’alcool, d’acide valérianique et d’acide sulfurique, déshydratant parle chlorure de calcium anhydre le produit obtenu en premier lieu, et rectifiant en ne recueillant que ce qui passe à 133°. C’est de cette manière que j’en ai préparé une certaine quantité.
J’ai répété avec cet éther les expériences que j’avais faites avec les acétates d’éthyle et de méthyle, et j’ai constaté qu’il agissait à peu près de la même manière que ceux-ci. Les effets s’en manifestent plus lentement, parce qu’il est moins volatil et moins soluble, par conséquent moins facilement diffusible dans l’organisme. Ce composé n’est pas plus toxique, à vrai dire, que \os acétates d’éthyle et de méthyle. II devait en être ainsi. En effet j’ai démontré (1) que les valérianates, que l’on avait dotés de propriétés particulières, éiaient comparables aux formiates, aux acétates, aux butyrates, en un mot, aux sels de la série des acides gras. Les valérianates ne peuvent devenir toxiques que par la base ou par le radical qu’ils contiennent. Or, le radical éthyle est inoffensif.
Il résulte de ces données que l’alcoolisme ne saurait être attribué au valérianate d’éthyle qui pourrait se trouver dans les alcools. Cet éther s’y rencontre d’ailleurs en quantités très-faibles qui avaient échappé longtemps aux investigations des chimistes.
Acétate d’amyle C'^HSOL — V acétate d'amxyle
ou éther amylacétiquè est un liquide incolore, très-mobile, d’une odeur que l’on a comparée à celle de la poire, mais qu’il ne me paraît guère posséder lorsqu’il est à l’état de pureté. Il est vrai que l’odeur en est moins forte et devient même agréable pour certaines personnes lorsqu’il se trouve mélangé avec l’alcool. Cet éther est insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et dans l’éther ordinaire. Il est combustible et brûle avec une flamme assez éclairante. Il bout à 136o.
(t) Gazette hebdomadaire de médecine el de ehinmjie. 1871, p. 768.
Il possède une saveur piquante et irritante. Respiré ou introduit dans la bouche, il excite la toux par ses vapeurs qui se dirigent vers le larynx. Il peut la calmer ensuite par ses propriétés anesthésiques.
L’acétate d’amyle a été signalé en petite quantité dans les alcools de l’industrie, notamment dans ceux de pommes de terre. On le prépare facilement en distillant un mélange de 1 partie d’alcool amylique et d’acide sulfurique et de 2 parties d’acétate de potassium, ou simplement d’acide acétique concentré. Le produit obtenu en premier lieu est mis en digestion avec de la craie pulvérisée. Il est lavé ensuite à l’eau pure, puis desséché avec le chlorure de calcium et rectifié à 136o.
J’ai fait avec cet éther diverses expériences semblables à celles que j’avais effectuées avec les acétates d’éthyle, de méthyle, de butyle et avec le valérianate d’éthyle. J’ai constaté : Pque l’acétate d’amyle agissait sur les grenouilles plus lentement que ces derniers; qu’il ne les anesthésiait par exemple qu’au bout de 7 à 9 minutes, tandis que les acétates de méthyle et d’éthyle les anesthésiaient au bout de 3 à 5 minutes ; 2» que ses vapeurs pouvaient directement anesthésier les cochons d’Inde, tandis que les vapeurs des acétates de méthyle et d’éthyle ne les anesthésiaient pas même au bout d’une heure et davantage ; 3o qu’il produisait chez les animaux une prostration insolite.
Ces résultats peuvent s’expliquer . L'acétate d’amyle , étant peu volatil et peu miscible avec les liquides de l’économie animale, se diffuse moins facilement dans l’organisme que les acétates de méthyle et d’élhyle; de plus, il s’élimine moins rapidement que ceux-ci, ainsi que j’ai pu le constater par l’odeur que présenta pendant plusieurs heures l’haleine des animaux sous la peau desquels j’avais injecté une certaine quantité d’acétate d’amyle. On comprend dès lors que les effets en soient à la fois moins rapides, plus intenses et plus persistants. L’activité particulière de l’acétate d’amyle est du même ordre que celle du chlorure et du bromure
d’amyle, mais elle est moins énergique, parce que l’acétate d’amyle, de même que les acétates d’éthyle et de méthyle, change peu à peu de nature dans l’organisme en éprouvant comme ceux-ci des phénomènes de combustion.
Il résulte de ces faits que l’acétate d’amyle doit être considéré comme dangereux, et que l’on doit tenir compte de l’influence qu’il peut exercer sur la production de l’alcoolisme chronique.
Produits innominés et toxiques bouillant au delà de 136^ ^ — En soumettant à la distillation des alcools impurs, j’avais remarqué qu’’après avoir recueilli l’alcool amylique, qui bout de 128 à 132°, et après avoir chauffé même jusqu’à 136*^, point d’ébullition de l’acétate d’amyle, il restait dans la cornue un liquide fortement coloré. En chauffant davantage, jusqu’à 200 degrés et même plus, j’avais pu recueillir un liquide presque aussi clair et aussi limpide que l’eau de roche.
11 était naturel de penser que la distillation des huiles de pommes de terre me donnerait une quantité notable de ce liquide. J’ai opéré sur deux litres de ces huiles et j’ai pu recueillir Il5 centimètres de ce même liquide, ou plutôt de ces produits complexes auxquels j’applique la dénomination de produits innommés^ parce que l’étude n’en a pas été faite.
Voici un échantillon de ces produits, tels que je les ai obtenus par la distillation des huiles de pommes de terre. Le liquide qu’ils forment est incolore ou à peine coloré. Il brûle avec une flamme assez éclairante ; il est très-soluble dans l’alcool, très-peu soluble dans l’eau qui n’en prend approximalivement qu’un cinq millième de son volume. Il possède une odeur très-désagréable et si pénétrante qu’il infecte l’eau par son mélange avec celle-ci à la dose de deux gouttes par litre. C’est surtout à ce liquide complexe, ainsi qu’aux produits gazeux des mauvais goûts de tête, que serait due l’odeur désagréable de tous les alcools industriels,
lors même qu’ils ne contiendraient guère d’alcool amylique, ainsi que le démontre l’essai suivant :
A 90 centimètres cubes d’alcool éthylique absolu, j’ajoute 10 centimètres cubes d’eau distillée et O^c , 2 d’alcool amylique pur. J’ai ainsi de l’alcool à 90 degrés centésimaux contenante p. 1000 d’alcool amylique. I/odeur n’en est pas désagréable, celle de l’alcool amylique se trouvant dissimulée par l’odeur spiritueuse de l’alcool éthylique pur. J’ajoute à ce mélange deux gouttes du liquide en question qui constitue les produits innominés. L’odeur du mélange change aussitôt de nature et rappelle celle des alcools du commerce.
J’étudie en ce moment la composition et les effets de ces produits sur les animaux. Je suis déjà en mesure d’avancer que ces produits sont très-toxiques, ainsi que le démontrent quelques expériences, notamment celle que j’ai faite devant divers membres du congrès.
Expérience. — J’injecte, chez un cochon d’Inde, sous la peau des aines et des aisselles, un centimètre cube de ces produits.
L’animal ne semble rien éprouver d^abord ; mais au bout de 5 minutes, il présente déjà des phénomènes convulsifs et bientôt de la titubation et l’impossibilité de se tenir sur ses pattes. Ses battements cardiaques sont accélérés ; plus tard, ils se ralentisssnt ou bien ils deviennent rapides, et sont alors excessivement faibles. L’animal ne peut plusse tenir debout; il se réfrigère, il a parfois quelques tremblements; enfin il meurt une heure et demie après le début de Texpérience.
A l’autopsie, qui est faite quelques heures plus tard, je trouve une chose qui m'étonne et que je désire voir de nouveau si elle doit se vérifier. L’estomac du cochon d’Inde est ramolli. 11 se déchire avec une facilité remarquable. Cette action du côté de l’estomac doit être attribuée à l’élimination des produits toxiques par la muqueuse de cet organe. Du reste l’animal tout entier présente l’odeur infecte de ces mêmes produits, bien qu’ils eussent commencé à s’éliminer par les voies respiratoires presque aussitôt après hur injection hypodermique.
J’ai essayé de tracer une histoire abrégée des impuretés qui se trouvent dans les alcools industriels. Il me reste
à traiter d’un composé qui se trouve exclusivement dans les vins, ainsi que dans les eaux-de-vie de vin et de marc. Je veux parler de V éther œnanthique. L’élude de ce composé m’a para d’autant plus intéressante que l’on avait attribué parfois à l’éther œnanthique un rôle efficace dans la production de l’alcoolisme chronique. Je me hâte de dire qu’il s’agissait d’une pure hypothèse que mes recherchés contribueront à faire rejeter.
Éther œnanthique ou œnanthate d’éthyle,
(C'ir) — Cet éther est un liquide incolore, très-
fluide, d’une odeur agréable qui rappelle celle du vin et des fruits. 11 est presque insoluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool ordinaire et dans les éthers. Il a pour densité 0,87 et bout à 188°.
L’éther œnanthique ne se trouve pas dans le raisin ; il constitue un produit de la fermentation du jus de raisin et paraît se former ensuite peu a peu dans le vin à mesure qu’il vieillit. En effet, les vins de quelques années en contiennent plus que les vins nouveaux. C’est à la présence de cet éther qu’ils doivent en majeure partie leur bouquet.
On obtient l’éther œnanthique en distillant de grandes quantités de vin ou de lie de vin. On recuille vers la fin de l’opération un liquide huileux formé d’un mélange de cet éther et d’acide œnanthique. On neutralise par une solution aqueuse de carbonate de sodium. L’éther vient surnager la solution. L’œnanthate de soude qui a pris naissance peut servir ensuite à préparer de l’éther œnanthique en le traitant par l’alcool et par l’acide sulfurique.
On peut également préparer l’élher œnanthique en faisant bouillir un mélange d’alcool éthylique, d’acide sulfurique et d’acide œnanthique. Ce dernier est obtenu artificiellement par divers procédés, par exemple en oxydant l’œnanthol par un mélange d’acide sulfurique et de bichromate de potassium.
J’ai fait, avec l’éther œnanthique ordinaire, un certain nombre d’expériences qui prouvent : l°que ce composé n’est
pas dangereux; qu’il se comporte comme les autres éthers éthyliques, de la série des acides gras, tels que l’acétate, le valérianate, et je dirai comme le formiate et le butyrate d’éthyle. J’ajouterai que cet éther est l’un de ceux que j’ai étudiés en preiTiierlieu, et que, vivement frappé par les résultats que j’avais obtenus, j’ai cru devoir étudier également les acétates, valérianates et formiates d’éthyle, de méthyle, etc., pour trouver s’il était possible l’explication des faits étranges que j’avais observés.
Expérience I. — Le 13 mars 1878, je mets une grenouille sous une cloche tabulée avec une éponge imbibée d’éther œnanthique.Au bout de 5 minutes, elle ne peut plus sauter; elle marche difficilement. Au bout de 15 minutes, elle paraît se trouver dans la résolution. Je soulève un instant la cloche et constate que la sensibilité n’est pas abolie d’une manière complète. Enfin, à la 18® minute, l’anesthésie est absolue.
D'autres essais semblables me donnent les mêmes résultats.
Expérience II. — Je mets deux grenouilles dans de l’eau saturée d’éther œnanthique. Elles ne sont pas anesthésiées ni le jour de l’expérience, ni les deux jours suivants.
Ces résultats négatifs s’expliquent par la très-faible solubilité debéther œnanthique dans l’eau. Jeconslate, d'autre part, que cet éther s’est décomposé peu à. peu, en donnant del’acide œnanthique qui forme des taches huileuses sur l’eau.
Expérience III. — Je mets un cochon d’Inde sous une cloche tubulée avec une éponge imbibée d’éther œnanthique. L’animal ne semble rien éprouver. Il n’esi pas anesthésié au boutd’une heure ni d’une heure etdemie. — Jele retire. Il se porte bien ainsi que le lendemain et plus lard.
Expérience IV. — J’injecte sous la peau, chez un cochon d’Inde, 2 grammes d’éther œnanthique. L’animal n’est pas anesthésié, il se porte très-bien.
EXPERIENCE V. — ünautrecochon d’Inde reçoit de même, sous la peau,
2 grammes d’élhei œnanthique. Je le mets ensuite sous une cloche tubülée avec une éponge imbibée d’éther œnanthique. Getle fois, l’animal est anesthésié.
Tel est le résumé des expériences que j’ai faites avec rœnanthate d’éthyle. On voit que cet éther est comparable à l’acétate et au valérianate d’éthyle, aussi bien par ses propriétés physiologiques que par ses propriétés chimiques. L’explication que j’ai donnée de la différence d’action exercée par ces derniers sur les animaux à sang chaud et sur les animaux à sang froid, s’applique complètement à l’œnanthate d’éthyle. Cet éther, après qu’il a été absorbé, s’élimine d’ailleurs partiellement en nature et se détruit partiellement dans l’organisme.
En somme , l’éther œnanthique ordinaire n’est pas un composé dangereux et ne paraît pas devoir être rangé parmi ceux qui, dans le vin et dans l’alcool de vin, peuvent produire l’alcoolisme.
Déductio?îs relatives à l'alcoolisme.
Nous venons de passer en revue les principales substances étrangères qui se trouvent en plus ou moins grandes quantités dans les alcools industriels. Ce sont celles qui sont inscrites dans le tableau que j’ai dressé avant de traiter de chacune d’elles. J’ai indiqué, à la suite de ce tableau, un certain nombre d’autres composés, tels que Y acétate de hutyle^ les hutyrates d'éthyle, de butyle et d'amyle, etc. Je n’ai étudié jusqu’ici, parmi ces divers composés, que l’acétate de butyle. Or, cet éther, qui se trouve chimiquement intermédiaire à l’acétate d’éthyle et à Facétnte d’amyle, se trouve également intermédiaire à ceux-ci par ses effets sur les animaux. L’acétate de butyle est moins actif que l’acétate d’éthyle, et presque aussi actif que l’acétate d’amyle.
Il importe de résumer les données acquises, et d’en tirer des conclusions.
Considérons successivement le vin naturel et l’alcool de vin ; puis l’eau-de-vie de marc, le cidre et le poiré ; enfin les
alcools industriels de grains, de betteraves et de pommes de terre <
io Le vin naturel et l’alcool de vin renferment, comme substances spiritueuses, Falcool éthylique qui en est l’élément principal , l’étlier acétic|ue ordinaire ou acétale d'éthyle , Véther œnanthiqiie et V aldéhyde éthylique qui en sont des éléments accessoires. Ils ne renferment que des traces d’alcool butylique. Ils ne contiennent pas à'alcool amylique, par conséquent aucun éther de cet alcool. On y trouve quelques substances volatiles qui, venant ajouter leurs propriétés organoleptiques à celles de l’éther œnantbique, leur donnent leur bouquet particulier. Ces subtances sont très-peu connues, mais elles paraissent être formées d’éthers de l’alcool éthylique, de sorte que, lorsqu’il s’agit du vin et de Falcool de vin, nous sommes sans cesse ramenés à Falcool éthylique ou vinique.
On remarquera que, dans Fétude que j’ai faite des divers alcools et de leurs éthers, je n’ai guère parlé de Falcool éthylique, si ce n’est parfois comme d’un terme de comparaison. Il me répugnait de le mêler aux nombreuses impuretés qui le souillent dans les alcools industriels.
J’ai tenu à le séparer de ces impuretés qui lui ont trop souvent fait attribuer diverses propriétés toxiques qu’il ne possède pas. Et qu’il me soit permis d’exprim.er librement ma pensée : nous ne serions pas ici rassemblés pour discuter de l’alcoolisme chronique, si l’homme n’avait bu que du vin naturel et de Falcool de vin. Si nous formons aujourd’hui un Congrès , pourquoi nos ancêtres ne nous avaientils pas devancés au siècle dernier, ni dans la première moitié de ce siècle, pour traiter de la même question? La raison en est bien simple. Au siècle dernier, on ne connaissait pas les alcools industriels ; dans notre siècle, on a préparé, fabriqué plus ou moins mal ces alcools, puis on les a livrés à la consommation.
De là cette maladie nouvelle, cet empoisonnement chronique si teri'ible, qui a été décrit pour la première fois par Magnus Huss, en 1849.
On voit quelle large différence j’établis entre l’alcool éthylique ou vinique et les alcools butylique et amyliqne.
Certes» il me paraît difficile de considérer comme un poison redoutable l’alcool vinique que nous buvons en si grande quantité avec le vin , depuis celui qui le premier a planté la vigne, ou que nous consommons en nature depuis sa découverte, au XII® siècle, du moins en Europe. Notre organisme est habitué à cet alcool qui lui donne du ton et de la vigueur, et il le réclame souvent d’une manière impérieuse en hygiène et en thérapeutique. Dans les pays vignobles, on rencontre souvent, et je suis en mesure de l’affirmer, des hommes, des travailleurs, qui ingèrent chaque jour quatre à six litres devin, et qui prennent en outre une certaine quantité d'alcool devin ou d’eau-de-vie de marc. En admettant que ces vins contiennent 1 1 pour 100 d’alcool absolu pur, ils ingéreraient par conséquent plus de 500 centimètres cubes de cet alcool, soit plus d’un litre d’eau-de-vie à 45 degrés. Or, ces hommes n’ont pas d’alcoolisme (1). J’ai insisté sur ce fait très-remarquable qui a été démontré ensuite, et qui sera mis de plus en plus en évidence par les statistiques de M. Lunier.
L’alcool éthylique ou vinique ne peut donc être considéré comme un poison, dans l’acception usitée en toxicologie. Un poison réel n’est pas une substance que l’on puisse ingérer sans danger, pendant des années et pendant une vie entière, à des doses formidables. Il est bien entendu qu’il ne s’agit pas de l’alcool éthylique absolu, mais de l’alcool contenu dans
(1) Les habilants des parties vignobles du Forez consomment de grandes quantités devins. Ils ne sont pas atteints d’alcoolisme cbronique.Leur vin, comme tout vin naturel lorsqu’il estprisen excès, ne produit qu’une ébriété normale et passagère. Or, lorsqu’ils vont à St-Étienne, ils reviennent souvent malades après avoir bu les vins vinés, fabriqués , qui sont livrés aux ouvriers de cette localité. Ils n’ont pas bu davantage que chez eux, et ils soutirent néanmoins, pendant deux ou trois jours, de céphalalgie, d’inappétence et de fatigue.— J’ajouterai, en faveur de la tbèse que je soutiens, que le vin naturel fait disparaître actuellement chez les babitants de la plaine du Forez les (ièvres intermittentes qui les décimaient.
le vin ou dans les eaux-de-vie de vin potables. Il ost bien entendu également que les doses, précitées sont ingérées dans un jour, à des intervalles suffisamment espacés. Que si l’alcool vinique peut produire des accidents graves et même la mort, lorsqu’il est ingéré trop concentré, ou à doses excessivement massives en une fois, on peut répondre qu il en est de cette substance comme des meilleures choses, dont l’abus est dangereux.
2° Les eaux-de-vie de marc, de cidre et de poiré contiennent, comme éléments accessoires, une petite quantité d alcools propylique et butylique et seulement des traces à. alcool armjlique. Elles contiennent également une petite quantité d'acétate d’éthyle et, sans doute, de faibles quantités d’acétates de propyle et de butyle.
Je connais très-peu le cidre et le poiré, mais je connais assez bien l’eau-de-vie de marc. Je répéterai, au sujet de cette dernière, ce que je disais en 1870, que, dans les pays vignobles, le mal n’a pas été grand tant que l’on s’est borné à la consommation de l’eau-de-vie de marc,, mais qu’il s’est accru lorsque cette eau-de-vie a trouvé une concurrence fatale dans les distilleries du Nord. Néanmoins, à cause de la présence des composés butyliques et de traces d’alcools arnylique et de produits empyreumatiques particuliers qui lui dorment son odeur, l’eau-de-vie de marc est plus active à haute dose que l’alcool du vin. Nous savons, en effet, que l’alcool propylique est peu actif, quoi se rapproche assez de l’alcool éthylique. Il n’en est pas de même de l’alcool butylique, ni des éthers de cet alcool. Les effets de ces composés ne doivent pas être négligés dans la question de l'alcoolisme.
3° Les alcools de grains, de betteraves et de pommes de terre contiennent, outre l’alcool éthylique, diverses impuretés dont l’énumération a été donnée précédemment, et dont la somme est relativement considérable dans les alcools mal rectifiés. Ces impuretés, qui sont presque toutes toxiques à doses minimes, forment un total que l’on peut évaluer à
CO et même à 100 millions de litres, qui sont versés dans la consommation publique. Voici ce que l’on en fait :
Les alcools de la première rectification, qui contiennent surtoutles mauvais goûts de tête, servent àpréparer les liqueurs, notamment l’absinthe. Faut-il s’étonner alors des effets toxiques de ces liqueurs ? Indépendamment de l’aldéhyde, de l’éther acétique qui engendre facilement l’ivresse, il s’y trouve des produits gazeux que je n’ai pas encore étudiés, mais que j’ai déjà trouvés en proportions considérables et qui me paraissent très-dangereux. Nul doute que ces substances ne viennent accroître, d’une manière considérable, les effets funestes de l’absinthe. Cette liqueur n’est pas nuisible uniquement par l’essence d’absinthe qui produit des accidents épileptiformes si remarquables, d’après les expériences de M. Magnan ; elle est nuisible également par les mauvais alcools avec lesquels on la prépare.
Les alcools à 85°, ainsique les trois-six du commerce, contiennent des mauvais goûts de tête et des mauvais goùls de queue. Ils sont expédiés en quantités considérables dans l’ouest et dans le midi de la France, où ils servent à viner les vins, à les fabriquer, ou au moins à les altérer au point de vue hygiénique, sous prétexte de les conserver, mais en réalité pour en rendre le négoce plus facile et plus lucratif, de sorte que le vin naturel est devenu aujourd’hui une rareté commerciale. On les ajoute aux vins que l’on veut distiller, pour obtenir une plus grande quantité d’alcol dit de vin, de sorte que le cognac et l’armagnac d’autrefois sont aujourd’hui presque inconnus. Ces alcols industriels, mé' langés au cidre, servent à fabriquer des vins de Champagne. Le cuvage des pays vignobles est remplacé ici par des usines à vapeur comme dans les fabriques d’eau de Seltz. Ces mêmes alcools, additionnés d’eau et colorés artificiellement, remplacent l’eau-de-vie de vin de nos ancêtres, laquelle est devenue encore plus rare que le vin naturel. Ils servent également à viner, c’est à-dire à alcooliser la la bière. Additionnés de quelques gouttes de nitrobenzine.
dont l’odenr est semblable à celle de l’essence d’amandes amères, ils constituent le kirch artificiel du commerce. Enfin ils envahissent les officines, les hôpitaux, les laboratoires, de sorte que ceux qui expérimentent ces alcools, avant de les rectifier, ne sont même plus sûrs de leurs observations.
Lorsque j’attribuai l’alcoolisme chronique à l’usage des alcools impurs du commerce et aux vins vinés avec ces alcools, je rencontrai de l’incrédulité. Aujourd’hui, l’expérience est venue de toute part confirmer l’opinion que j’émettais \1). Il ne s’agit plus, à mon avis, du simple énoncé d’un fait^mais d’une vérité, je dirais presque d’un axiome. Si je m’exprime ainsi, c’est que j’ai acquis à ce sujet une conviction profonde, basée sur mes expériences. J’ai soumis à l’épreuve non-seulement les animaux mais ma propre personne, ce en quoi j’avais déjà été devancé par M. Gros dans l’étude de l’alcool amylique. Que l’on ajoute 20 centigrammes d’alcool amylique à un litre de vin ou de bière et que l’on ingère seulement la moitié de ce litre, on éprouvera les troubles que j’ai déjà signalés : un commencement d’ivresse triste, de la sécheresse à la gorge, une sensation de compression aux tempes, une faiblesse particulière, la diminution ou la perte de l’appétit, parfois de la diarrhée. Si l’on a ingéré une plus grande quantité du breuvage toxique, on pourra éprouver, le lendemain, de la céphalalgie, parfois des sueurs, une sorte d’état syncopal.,
11 ne s’agit plus alors d’une ébriété, mais d’un empoisonnement.
Tels sont les points sur lesquels je désirais insister. Je répéterai ce que je disais au début ; Valcoolisme chronique nest que le résultat de la consommation des alcools industriels
(I) Celle opinion n’était cependant pas absolument nouvelle, ainsi queje l’ai rappelé dans mes Éléments de Toxicologie, en citant les noms de Percy, de bichardson et autres qui avaient déjà reconnu les ell'ets pernicieux de l’alcool amylique.
impurs contenant des substances toxiques. J’ajouterai ensuite que, puisque le législateur a créé une loi, salutaire de l'avis de tous, contre l’abus des boissons alcooliques, cette loi doit être non-seulement répressive mais tutélaire. Elle doit réprimer l’ivresse ou l’alcoolisme plus ou moins aigus, et protéger contre l’empoisonnementpar les alcools impurs et par les boissons rendues pernicieuses par ces alcools. Ce sont ceux-ci qui provoquent, même à des doses relativement faibles, et par conséquent à l’insu de celui qui en est la victime, un état morbide, qui n’est pas l’ivresse ordinaire, mais une intoxication à laquelle succède peu à peu l’alcoolisme chronique . (A pplaudissements . )
Paris . — Imprimerie de E . DONN AUD, rue Cassette, i .
<kV
, ' .*fy
éii“^ '\- â-
■>j k-f'x^^ • if^ï ■ ■ *'■*■* -i' ;/■'■. rji'^ •• Æ» > J'' . .>-*'
.V r ?'<■ ‘*v’, .. ■''■^vi 'V' ' a
••. -V' In- ■ -i-'V. - • , î“ * *>"■' ■ y' 5 ’’ • ■
• • Ik
v,‘ y - jii,
' piiÊb' -
Hw '
iP i ’