Des Aliénés Criminels
L'homme est un être libre, intelligent et sociable. Il constitue une personnalité qui a la notion du bien et du mal, et qui peut, dans une entière indépendance, se déterminer et agir. De là résulte sa responsabilité.
La nouvelle école italienne a essayé de rejeter l’idée de responsabilité, en niant l’existence de la liberté morale ; mais son déterminisme physio-psychique est inadmissible, Il est vrai que la liberté morale échappe à toute démonstration expérimentale, mais il ne s'ensuit pas qu’elle soit niable. L'homme trouve, dans sa conscience même, un sentiment {rop vif de son pouvoir de résister ou d’acquiescer aux sollicitations qui le poussent au bien ou au mal, pour ne pas proclamer qu'il est libre et responsable.
Toutefois, si la liberté morale existe chez l’homme, elle y est sujette à bien des défaillances liées soit à des variations psychopatiques de lindividu, soit à des influences extérieures de nature très diverse. Cet attribut supérieur
de l’organisation humaine a ses degrés, mais il est imposd.—1
à INTRODUCTION
sible de les mesurer dans autrui; l’homme doit même souvent reculer devant le dosage de sa propre liberté morale (1).
Il faut cependant reconnaître que l’aliéné n’est pas en état d'apprécier la nature et les conséquences de ses actions ; il ne peut se déterminer librement. Ses facultés mentales sont paralysées ; dès lors, il ne saurait ètre question de responsabilité à son égard. Tout acte commis par un aliéné est un cas fortuit, un événement de force majeure. Le fou est un malade qu’il importe de soigner et de guérir.
Ces idées, si courantes aujourd’hui, ne remontent pour-
tant pas bien loin. Au moyen âge et dans les temps moder-
nes, les fous élaient considérés comme des possédés du démon ; leurs contemporains se détournaient d'eux aveceffroi, etun grand nombre deces pauvres insensés périssaient dans les flammes. Ce n’est qu’à la veille de la Révolution que, sous l'influence de Pinel, les idées communes sur les aliénés commencèrent à changer. L’éminent aliéniste démontra que la folie n’est pas incurable, et que les victimes de cette terrible maladie doivent être soignées. Alors seulement, les pouvoirs publics se décidèrent à sortir de leur indifférence | ;
Les généreux efforts de Pinel et de ses disciples eurent
enfin un lendemain. Le Parlement vota, le 30 juin 1838,
(1) V. l'article du Dr E. Pailhas sur l'existence du libre arbitre, Archives d'anthropologie criminelle, de criminologie et de psychologie mentale -et pathologique, tome XIT, n° 68, 15 mars 1897,