‹ Des altérations anatomiques des ganglions lymphatiques dans la syphilis, la scrofule, la tuberculose, la dégénerescence amyloiïde et les tumeursChapitre 4 sur 11 · ADÉNITES SYPHILITIQUES · texte numérisé non relu

ADÉNITES SYPHILITIQUES

Les inflammations subaiguës de cause spéciale présentent des phénomènes analogues, mais avec des variations en rapport avec chaque série spéciale de cas cliniques.

Prenons pour exemple les altérations que subissent les ganglions dans la syphilis. Nous étudierons les ganglions de la première période de la syphilis, ceux qui, restant indurés et trouvant un terrain lymphatique , deviennent des ganglions strumeux, et ceux qui s’hypertrophient dans la période tertiaire, consécutivement aux gommes des organes avec lesquels ils sont en relation.

Adénite syphilitique de la période primitive et secondaire. Il est nécessaire, pour étudier avec fruit l’histologie des ganglions, de les avoir à l’état frais. J’ai eu l’occasion d’observer un ganglion cervical du volume d’une amande enlevé par M. Théophile Anger à la région cervicale chez une jeune malade de la salle Saint-Clément, à Lourcine. Le ganglion s’énucléa trèsfacilement, car il était entouré d’un tissu cellulaire absolument normal. Sa surface montrait le relief de lobules qui apparaissaient aussi sur sa section. Cette surface de section était grise, et donnait par le râclage un suc un peu lactescent. Les éléments du suc raclé au rasoir ont été traités par l’alcool au tiers et

colorés par le picro-carmin, aussitôt après l’ablation du ganglion.

Ces éléments, dessinés figure 10, pl.XXtV, à un grossissement de 300 diamètres, sont: 1° des cellules lymphatiques normales avec leur noyau rond homogène, possédant un nucléole; 2° des cellules possédant un gros noyau tantôt rond, tantôt ovoïde, avec une petite quantité de protoplasma grenu autour du noyau, n, o, figure 10; 3° de grandes cellules de forme globuleuse, allongée, plus ou moins rapprochée de la forme sphérique, fl, b ^jjgure 10. Ces cellules contiennent toutes un gros noyau ovoï®; m, de 9 à 12 jx, clair et homogène, avec un ou deux nucléoles volumineux. A côté du noyau le plus volumineux, il en existe un, deux, trois ou un plus grand nombre, qui sont le plus ordinairement ronds, plus petits, et qui ne possèdent qu’un seul nucléole. Tous ces noyaux se colorent très-bien en rouge par le picro-carmin. Le protoplasma grenu de ces cellules se termine souvent par un prolongement en pointe. Dans le protoplasma cellulaire, il existe souvent, englobés par lui, des corpuscules rouges du sang, bien colorés et faciles à reconnaître, en nombre variable de 1 à 15, ou bien des granulations pigmentaires jaunes. Ces grandes cellules, contenant des globules rouges, sont assez nombreuses, g, p’, figure 10. Le ganglion ayant été râclé par un rasoir bien aiguisé, nous avons enlevé, avec les éléments précédents, des parcelles du tissu réticulé dans lesquelles nous avons pu étudier, à l’état frais, les vaisseaux sanguins, petites artérioles, capillaires et veinules. Les cellules endothéliales et les cellules de la membrane externe de ces vaisseaux étaient toutes gonflées, et leurs noyaux ovoïdes étaient très-volumineux.

Sur les coupes de ce ganglion durci dans l’acide picrique, nous avons pu nous assurer que les grosses cellules à noyaux multiples siégeaient habituellement dans les sinus périfolliculaires. Il y en avait, cependant, quelques-unes dans le tissu réticulé des follicules.

Les grosses cellules proviennent vraisemblablement, pour la plus grande part, de la tuméfaction des cellules plates qui tapis-

sent les fibrilles du tissu caverneux et la surface des sinus lymphatiques. Les cellules lymphatiques peuvent aussi s’hypertrophier au point de devenir très-volumineuses et d’englober des globules rouges placés auprès d’elles.

Bien que la syphilis ne remontât pas à plus de trois mois chez cette jeune fille, et que l’hypertrophie du ganglion enlevé fût postérieure à cette date, il y avait déjà un certain épaississement des tractus fibreux qui cloisonnent le ganglion en accompagnant les vaisseaux sanguins. Sur les sections comprenant tout le ganglion examiné à un faible grossissement, on voyait des tractus minces rayonner du hile à la périphéi^fcn divisant tout l’organe en une dizaine de segments ou lroules ayant chacun une forme ovoïde à grosse extrémité tournée du côté de la périphérie. C’est cette accentuation des tractus, jointe à l’hypertrophie inflammatoire du tissu réticulé, qui cause l’aspect lobulé visible à l’œil nu, aspect très-manifeste sur les sections examinées au microscope.

Dans ce cas, il y avait, comme on le voit, une adénite caractérisée par la tuméfaction, par la prolifération des noyaux des cellules des sinus, en même temps que par un léger degré de sclérose ou d’épaississement du tissu conjonctif. Cette sclérose était loin d’arriver toutefois à ce que nous décrirons dans certaines formes d’adénite hypertrophique, qui peuvent passer pour un mélange de la syphilis et de la scrofule. Nous étudierons bientôt avec les ganglions strumeux les ganglions syphilitiques, qui s’hypertrophient d’une façon anomale, et qui restent gros et comparables aux ganglions strumeux. Nous verrons alors que l’un des éléments les plus importants de l’adénite scrofuleuse consiste dans une formation nouvelle et considérable de tissu conjonctif.

Adénite de la période tertiaire de la syphilis (figures 19 et 20 de la pl. XXVI). Rien n’est plus variable que l’état des ganglions dans les périodes avancées de la syphilis. Dans les premières années qui suivent son début, et alors qu’il existe encore des plaques muqueuses, les ganglions peuvent être indurés, cirrhotiques, sclérosés ou caséeux par places ; car, ainsi que l’a montré

Virchow, l’état caséeux peut se rencontrer dans une série de cas pathologiques différents, non-seulement dans la scrofule, dans la tuberculose, mais aussi dans la fièvre typhoïde et dans la leucémie.

Je désire seulement attirer ici l’attention sur une forme de lésion ganglionnaire où les glandes lymphatiques sont tuméfiées, molles, blanchâtres, infiltrées de suc laiteux qui leur donne un aspect médullaire. C’est un état qui a été bien décrit à l’œil nu par Wirchow dans une série d’observations de syphilis (1), et que j’ai étudié histologiquement dans un fait inséré dans les fcWletins de la Société médicale des hôpitaux (2). Il s’agissait d’une femme de 34 ans, morte subitement, et qui présentait, à l’autopsie, des gommes caractéristiques du foie, un ulcère syphilitique de l’estomac et une lymphangite pulmonaire. Tous les ganglions lymphatiques situés au-devant du trépied cœliaque, au bord supérieur du pancréas, au voisinage du pylore et autour des bronches, étaient blancs, tuméfiés et durs; sur leur surface de section, on faisait suinter des gouttelettes d’un liquide puriforme. Ce liquide, de même que le liquide renfermé dans les vaisseaux lymphatiques dilatés du poumon, examiné à l’état frais, contenait, avec des cellules lymphatiques rondes, plus ou moins granuleuses, de grandes cellules endothéliales gonflées et en quantité considérable, munies d’un noyau ovoïde ou de plusieurs noyaux .

Ces ganglions, durcis par le séjour successif dans le liquide de Muller, la gomme et l’acool, et examinés sur des sections minces, ont montré que tous les vaisseaux lymphatiques périganglionnaires et capsulaires, les voies lymphatiques, les sinus périfulliculaires et tout le tissu caverneux des ganglions, étaient remplis et distendus à un haut degré par de grandes cellules globuleuses, d’aspect épithélioïde, provenant des cellules lymphatiques et des cellules tuméfiés de l’endothelium qui revêt les cavités et voies lymphatiques. Au centre des ganglions notam-

(1) Gesammellte Abhandlungen zur wissenschaftlichen Medicin, 2e édit. Berlin 1802.

(2) Note sur les lymphangites pulmonaires, à propos d’une lymphangite du poumon observée dans la syphilis viscérale. ( Société médicale des hôpitaux. Séance du 22 mai 1874. )

ment, quand on avait débarrassé par le pinceau les éléments cellulaires libres de la coupe, on voyait de grandes cavités alvéolaires représentant les sections des canaux lymphatiques afférents. Le tissu réticulé de la substance caverneuse montrait aussi des mailles extrêmement agrandies et remplies de ces cellules. Nous avons représenté, dans la figure 19 de la planche XXVI, une coupe du centre de l’un de ces ganglions à un grossissement de 30 diamètres. Les canaux lymphatiques du centre du ganglion t , t, sont extrêmement élargis; ils ont été débarrassés par le pinceau des cellules qui les remplissaient; on voit en e , e , e des sinus lymphatiques a\^ leurs cloisons et des mailles du tissu caverneux lymphatique vides ou plus ou moins remplies de cellules. Les cellules elles-mêmes sont dessinées là à un trop faible grossissement pour qu’on puisse les étudier, mais elles étaient les mêmes que celles dessinées dans la figure 10 et dans la figure 9, planche XXIV.

La figure 20, planche XXVI, reproduit une préparation de l’un de ces ganglions syphilitiques dans laquelle on voit bien la disposition générale des sinus et du tissu folliculaire de la région corticale. Au-dessous delà capsule fibreuse ay on voit en effet les sinus lymphatiques périfolliculaires Z, Z, qui entourent de toutes parts un îlot du tissu réticulé fin des follicules de l’écorce, m : ces sinus sont en partie remplis de cellules.

Partout où l’on trouvait sur une coupe un îlot de tissu réticulé fin, il y avait autour de lui des mailles énormes de tissu caverneux, et les sinus et voies lymphatiques étaient distendus démesurément. Ces cavités, plus ou moins débarrassées de leur contenu, montraient en place les grandes cellules endothéliales gonflées, granuleuses, possédant un ou plusieurs noyaux ovoïdes (voyez figure 10, pl. XXIV), en même temps que des cellules lymphatiques normales. Le protoplasma grenu des grandes cellules était tantôt granuleux, tantôt allongé, un peu aplati parfois, et souvent il envoyait des prolongements anguleux. Souvent aussi ces cellules étaient irrégulièrement pavimenteuses, à bords mousses, forme qu’elles devaient à leur aplatissement réciproque par compression.

Il y avait donc là une inflammation catarrhale de toutes les voies lymphatiques contenues dans le ganglion, inflammation consécutive à la même lésion des vaisseaux lymphatiques afférents, et ayant pour origine les lésions syphilitiques du foie et de l’estomac. Il est certain qu’il s’agissait bien là d’une inflammation du revêtement interne des voies lymphatiques, et que les grandes cellules gonflées qui les remplissaient n’avaient pas été simplement transportées, mais qu’elles s’étaient réellement forméees sur place, dans le ganglion, soit aux dépens des cellules endothéliales, soit aux dépens des cellules lymphatiques. }

Le tissu réticulé fin et son contenu ne présentaient pas d’altération notable.

Ainsi, dans cette forme d’adénite médullaire syphilitique, ce sont les voies lymphatiques et les sinus, c’est-à-dire toute la substance caverneuse, qui sont le siège d’une inflammation chronique qu’on peut appeler catarrhale, par opposition aux formes sclérotiques ou cirrhotiques, caractérisées par l’épaississement du tissu conjonctif des cloisons. Cette adénite est le pendant et la conséquence de l’inflammation chronique des vaisseaux lymphatiques.

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