Tumeurs des ganglions
La pathologie des tumeurs des ganglions (fibromes, enchondromes, sarcomes, épithéliomes, carcinomes, etc.) peut se résumer en un mot : « Ils reproduisent fidèlement la forme anatomique de la tumeur primitive. » Quel que soit le tissu de la tumeur qui, par l’intermédiaire des vaisseaux lymphatiques, détermine une propagation secondaire ou infection d’un ganglion, ce ganglion présente les mêmes éléments, la même disposition des éléments, le même tissu morbide que la tumeur primitive. Ainsi, s’il s’agit d’une tumeur épithéliale à cellules cornées et à globes épidermiques, le ganglion le plus voisin montrera, dans un ou plusieurs des vaisseaux lymphatiques afférents situés dans sa capsule, une formation de cellules épithéliales avec tendance à la transformation cornée et à la formation de globes épidermiques. Le ganglion tout entier sera converti en lobules remplis de cellules et de globes épidermiques, lobules séparés par les tractus qui unissent la capsule au hile du ganglion.
Les ganglions infectés au voisinage d’une tumeur permettent quelquefois la détermination histologique de cette tumeur, mieux que la tumeur elle-même. C’est ce qui arrive par exemple dans les épithéliomes et carcinomes du col de l’utérus, dans lesquels la partie primitivement affectée est complètement ou presque complètement détruite par un ramollissement ulcératif ou gangréneux. Il est difficile alors d’examiner l’ulcération et de savoir par elle quelle est la nature du néoplasme. Mais, en pareil cas, les ganglions du petit bassin montrent parfaitement à quel genre de tumeurs on a affaire.
Si l’on a affaire à une tumeur épithéliale primitive à cellules cylindriques, le ganglion examiné sur une coupe montrera sa charpente fibreuse séparant des loges et cavités toutes tapissées par des couches de longues cellules cylindriques, et cette identité de la lésion ganglionnaire avec la tumeur primitive se rencontre constamment dans tous les autres genres de tumeurs.
Nous avons, par exemple, examiné récemment un petit gan-
giion enlevé par M. Théophile Ànger, en même qu’une tumeur fibreuse du creux poplité chez une petite fille. L’aspect de ce ganglion, entouré de tissu cellulo-adipeux, était celui d’une petite tumeur fibreuse dure. En l’examinant sur des sections minces coloréesau picro-carmin, après son séjour dans l’alcool, nous avons vu que la substance réticulée était partagée et dissociée par des tractus et des bandes assez larges de tissu fibreux. Le tissu réticulé conservé était parfaitement normal : ses fibrilles, aussi bien que ses cellules lymphatiques, ne présentaient aucune modification. Quant au tissu fibreux de nouvelle formation, il était composé de faisceaux de fibres assez épais, qui, sur une section, se montraient réfringents, qui se coloraient par le carmin, et qui étaient séparés par des cellules plates de tissu conjonctif.
On sait que le carcinome (1) se présente dans les ganglions lymphatiques avec les mêmes caractères que dans le tissu conjonctif, c’est-à-dire sous la forme d’alvéoles communiquant les uns avec les autres, cloisonnés par des fibres conjonctives denses, et remplis de grandes cellules épithéloïdes possédant de trèsgros noyaux clairs à nucléole volumineux et brillant. Nous . avons vu, dans un cas de carcinome ganglionnaire consécutif à un cancer mammaire, ces grosses cellules apparaître dans le tissu réticulé du ganglion. C’est ce que nous avous représenté dans la figure 21 , planche XXVI. On y voit plusieurs mailles de tissu réticulé ganglionnaire dont les fibres sont épaissies et denses. Plusieurs de ces mailles contiennent de grosses cellules du carcinome très-caractéristiques. L’une d’elles n’en renferme qu’un, qui la remplit presque complètement.
Ce mode de développement nous a paru assez probant, parce
(1) Nous ne décrivons et nous n’avons en vue ici que le carcinome secondaire des ganglions. Cependant il existe des faits de carcinome primitif des ganglions (cancer rétro-péritonéal de Lobstein). MM. Colrat et Lépine ont décrit récemment un cas de carcinome des ganglions de la fosse sus-claviculaire et du cou, qui étaient les seules parties atteintes ( Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, mai 1878). Nous avons observé de notre côté, dans le service de M. le professeur Charcot, en 1863, un carcinome primitif des ganglions lombaires et inguinaux; mais nos souvenirs ne sont pas assez précis pour faire figurer ce cas dans notre travail.
qu’il s’agissait, dans ce cas, d’un carcinome observé chez une jeune femme, et à marche rapide, remontant à quelques mois seulement. C’était bien la trame du tissu réticulé fin qui devenait la trame du carcinome, et les mailles de ce tissu se remplissaient de grosses cellules. Ces dernières sont-elles des cellules lymphatiques transformées in situ ou des cellules transportées par les lymphatiques afférents ? C’est ce qu’il est difficile d’affirmer. Mais ce qui nous paraît certain, c’est que le développement du carcinome dans les ganglions se fait de la même manière que dans le tissu conjonctif avoisinant la tumeur primitive, lorsque celle-ci s’accroît. Dans les deux cas, les cellules épithélioïdes du carcinome se montrent d’abord dans les espaces et lacunes préexistants, dans les espaces du tissu conjonctif et dans les mailles du tissu réticulé ganglionnaire.