‹ Des altérations anatomiques des ganglions lymphatiques dans la syphilis, la scrofule, la tuberculose, la dégénerescence amyloiïde et les tumeursChapitre 7 sur 11 · De l’altération amyloïde des ganglions · texte numérisé non relu

De l’altération amyloïde des ganglions

Nous n’avons pas l'intention de faire ici la description complète des lésions des ganglions amyloïdes, mais seulement de montrer quelle est la cause de leur hypertrophie, lorsqu’ils sont hypertrophiés.

Nous avons observé récemment dans une autopsie du service de M. le professeur Gosselin, à la Charité, et nous avons communiqué à la Société de biologie (séance du 2 mars 1878), un fait d’hypertrophie considérable des ganglions inguinaux dans un cas d’arthrite chronique suppurée de la hanche.

Les ganglions lymphatiques de la région crurale et inguinale du côté malade formaient un paquet volumineux, et les ganglions situés au-devant des vertèbres sacrées et lombaires, ainsi que les ganglions mésenteriques, étaient également hypertrophiés.

Les ganglions de la région crurale et inguinale étaient peu vascularisés, et donnaient peu de sang sur une surface de section. Certains d’entre eux avaient jusqu’à 4, 5 et même G centimètres dans leur plus grand diamètre. Leur forme ovoïde était conservée, et ils s’isolaient assez bien du tissu conjonctif voisin enflammé chroniquement. Les ganglions lombaires et mésentériques étaient moins gros et de couleur plus rouge.

Les glandes lymphatiques étaient amyloïdes, et il était facile de voir, avec un faible grossissement, sur les sections minces colorées avec le violet de Paris, violet de métylaniline de Lauth, des îlots de rouge-violet qui tranchaient sur le bleu-violet du reste de la section. Ces îlots amyloïdes siégeaient surtout dans la substance corticale, et consistaient dans des amas de gros corps réfringents formés par l’union de plusieurs cellules lymphatiques devenues amyloïdes et réunies. Ces îlots, qui ont été bien décrits par tous les anatomo-pathologistes, constituaient une dégénération localisée, autour d’artères malades, dans le tissu réticulé cortical du ganglion. Nons n’insisterons pas sur ce point, qui est connu. Nous avons surtout recherché dans ce fait la cause de l’hypertrophie des ganglions amyloïdes, en nous servant de la réaction du violet de Paris, qui permet de faire cette analyse dans ses plus minutieux détails.

Les préparations obtenues après durcissement dans l’acool pur, colorées par le violet de Paris, lavées à l’eau, ont été montées dans la glycérine saturée de chlorure de sodium et

d’alun (1). La glycérine, tenant en dissolution ces deux sels, ne permet pas la diffusion de la matière colorante. On reconnaît tout d’abord sur ces préparations la répartition de la dégénérescence amyloïde, qui porte sur certaines des artérioles et sur les capillaires qui en partent, dans le tissu réticulé seulement. Les vaisseaux du tissu caverneux central du ganglion ne sont pas amyloïdes; on voit aussi les petits îlots existant au milieu du tissu réticulé cortical, îlots formés par les blocs amyloïdes dont nous avons déjà parlé. Sur ces pièces, de même que sur celles qui sont colorées simplement au picro -carmin, lorsqu’on les étudie à un grossissement faible (40 à 80 diamètres), il est facile de constater que tout le ganglion est partagé par des cloisons assez épaisses en lobules. Chacun d’eux est formé par un îlot ou follicule de substance réticulée et, à son pourtour, par un lac ou sinus lymphatique très-large. L’îlot ou follicule de substance réticulée est formé d’un réticulum à mailles fines comblées par de petites cellules lymphatiques. C’est là que siègent les lésions amyloïdes quand il y en a, mais la plupart de ces îlots sont absolument normaux. Les sinus lymphatiques sont extrêmement larges, si on les compare à l’état ordinaire ; ils montrent les tractus qui les traversent en unissant le tissu réticulé avec les cloisons fibreuses qui limitent la périphérie des sinus. Sur ces cloisons sont disposées soit de grandes cellules endothéliales aplaties, légèrement tuméfiées et granuleuses, qui adhèrent encore à la cloison, soit des cellules plus tuméfiées

(l) Dans le numéro d’avril des Archiv fur pathologische Anatomie de Virchow, M. Arthur Boetcher reproche à la méthode de coloration des organes atteints de dégénérescence amyloïde par le violet de Paris d’être de beaucoup inférieure à la réaction iodique. Il est certain que l’emploi simultané de ces deux réactions ne peut nuire ; mais je soutiens que la coloration par le violet de Paris permet d’analyser complètement les modifications même très-légères et partielles qu’on observe dans les cellules et dans les fibres au début de l’altération amyloïde. De plus, contrairement à l’assertion de M. Boetcher, les préparations colorées au violet et montées dans la glycérine, pourvu que la coloration ait été intense, se conservent absolument comme au moment où on les monte. J’en possède actuellement qui n’ont pas moins de quatre années. Lorsque la glycérine est employée pure, une partie de la matière colorante qui imprègne le tissu morbide diffuse dans la glycérine, et alors la coloration de la pièce est moins intense; mais, comme le remarque justement Boetcher, la couleur rouge reste bien fixée sur les parties amyloïdes. Lorsqu’on emploie la glycérine saturée d’alun et de sel marin, il n’y a point de diffusion.

et presque libres. De grandes cellules endothéliales desquamées et sphériques remplissent les espaces limités par les cloisons. Ces cellules possèdent de deux à cinq ou six noyaux ronds ou ovoïdes. Les cloisons elles-mêmes sont épaissies.

On peut s’assurer de cette multiplication des noyaux et de cette hypertrophie des cellules endothéliales des sinus lymphatiques en examinant les préparations colorées au picro-carmin avec un grossissement de 200 à 300 diamètres. Ces cellules, dont le protoplasma est granuleux et turgide, et qui présentent une multiplication de leurs noyaux, attestent une inflammation portant sur l’épithélium du tissu caverneux lymphatique, de même que l’épaississement des cloisons fibreuses dénote une inflammation interstitielle des ganglions.

Les glandes lymphatiques sont donc atteintes d’une inflammation chronique, à la fois interstitielle et catarrhale dans les cas de dégénérescence amyloïde, consécutive à une inflammation chronique locale du genre de celle qui fait le sujet de cette observation. C’est cette inflammation chronique qui détermine surtout l’hypertrophie des glandes.

Dans le tissu réticulé, lorsqu’il était le siège de lésions amyloïdes, on trouvait les parois des artérioles et des capillaires de couleur rouge-violet, tandis que les cellules endothéliales et les globules du sang contenus dans la lumière de ces mêmes vaisseaux étaient de couleur bleu-violet. Le tissu réticulé en contact immédiat avec les capillaires altérés et avec les blocs amyloïdes était lui-même coloré en rouge-violet, tandis que partout ailleurs le tissu réticulé était violet-bleu. Les cloisons de ce tissu réticulé amyloïde étaient plus épaisses que celle du tissu réticulé normal.

La conclusion est donc que les ganglions lymphatiques en dégénérescence amyloïde plus ou moins avancée, lorsqu’ils sont hypertrophiés, sont atteints d’une inflammation chronique analogue à celle des ganglions syphilitiques et tuberculeux, portant sur leur tissu conjonctif et sur les cellules endothéliales du tissu caverneux et des sinus périfolliculaires. Le tissu réticulé des ganglions peut devenir amyloïde.

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