DES
Les altérations de la sensibilité méritent d’occuper une place importante dans la pathologie générale. Leur fréquence, leurs variétés nombreuses, parfois même leur singularité et leur aspect saisissant, ont attiré de tout temps sur elles l’attention des observateurs et suscité dans le public, malgré l’intervention des médecins de tous les siècles, plus d’une interprétation illogique et surnaturelle. De nos jours ce sujet a été remis en lumière par de sérieux travaux. Une analyse symptomatique ingénieuse a fait découvrir non-seulement dans les maladies du système nerveux, mais encore dans une foule d’autres affections, des troubles de la sensibilité jusqu’alors restés inaperçus ; une fois l’impulsion donnée, ces faits sont bientôt devenus assez nombreux pour qu’il ait été possible de les généraliser et d’en tirer des conséquences d’une valeur incontestable au point de vue du diagnostic et du traitement des maladies.
Aucune question ne démontre mieux peut-être la connexion intime qui existe entre les études cliniques et les études physiologiques : nous verrons que plus d’une variété
de sensibilité indiquée par les physiologistes serait restée à l'état de probabilité, si un fait morbide observé avec soin n’était venu en donner une démonstration rigoureuse. D’un autre côté, les physiologistes, à l’aide de vivisections, d’expériences variées de mille manières, sont parvenus à isoler au moins dans certaines limites les agents spéciaux de la sensibilité ; ils l’ont décrite et divisée, ils ont analysé son mode d’action, et tout en laissant encore bien des points dans l’obscurité, ils ont donné à l’étude clinique un point de départ qui lui manquait jusqu’alors; aussi croyons-nous indispensable, avant d’entrer en matière, d’exposer succinctement les données physiologiques qui serviront de base à notre travail.