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DES INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES DANS LES ALTÉRATIONS DE LA SENSIBILITÉ

Les indications thérapeutiques dans les altérations de la sensibilité se tirent de deux sources différentes: 1° des causes ; 2° des symptômes.

1° En général dans la thérapeutique des névroses, la prééminence du symptôme s’efface en quelque sorte devant celle de l’origine ou de la nature du mal ; en présence d’un cas donné, le médecin doit aller au delà de l’expression symptomatique qui se présente à lui, et rechercher si dans la spécificité de la cause il ne trouvera pas une base importante de traitement. Ces considérations sont d’autant plus applicables au sujet qui nous occupe que les troubles

(1) Archives générales de médecine, février 1860, p. 147.

du sentiment, bien rarement essentiels, sont presque toujours liés ou associés à d’autres états morbides.

Lorsqu’il y a lésion organique des centres nerveux, quelle que soit sa nature, le médecin devra diriger de ce côté tous les moyens de traitement. Les troubles du sentiment devront uniquement être envisagés comme moyen de diagnostic, l’hyperesthésie ou la perversion de la sensibilité étant en général le symptôme d’un état sub-inflammatoire qui semble indiquer plus spécialement l’emploi des émissions sanguines et des antiphlogistiques, tandis que l’anesthésie correspond à une désorganisation plus avancée de la pulpe nerveuse et comporte plus particulièrement l’emploi des révulsifs. L’état général du sujet , l’examen du pouls et des forces, les accidents nerveux concomitants pourront seuls servir de guide dans l’emploi de ces moyens qu’il est impossible de préciser davantage.

Quant aux fourmillements, aux vertiges et aux divers modes de perversion de la sensibilité, comme souvent dans les affections cérébrales ils constituent le signe prodromique de quelques états fort graves, congestion, apoplexie ou ramollissement, ils deviendront le point de départ d’un traitement préventif à l’aide duquel on s’efforcera d’arrêter s’il est possible le travail congestif qui se prépare. Les émissions sanguines, peu abondantes, mais répétées; les purgatifs administrés régulièrement , une hygiène spéciale et bien entendue rendront alors d’incontestables services.

Les troubles de la sensibilité symptomatiques d’un état cérébral ne réclament par eux-mêmes aucun traitement spécial ; tous les moyens topiques dirigés contre Phyperes-

thésie seraient insuffisants; bien plus, en présence d’une anesthésie qui reconnaît pour point de départ une lésion récente encore de la pulpe nerveuse, il serait dangereux de porter sur la peau une excitation qui irait retentir douloureusement jusqu’au centre encéphalique, et pourrait ramener des accidents inflammatoires redoutables. Ce n’est que longtemps après , quand la résorption des liquides épanchés et la cicatrisation des tissus paraissent complètes, que l’on peut essayer de recourir à quelques excitants spéciaux, si l’anesthésie n’a pas suivi la marche décroissante de la maladie et persiste malgré la disparition des autres symptômes.

Les fonctions sensitives se sont-elles altérées sous l’influence d’un appauvrissement du sang, chlorose, anémie primitive ou consécutive, cachexies de toute nature? C’est à l’état général qu’il faut d’abord s’adresser à l’aide d’une médication tonique et reconstituante variée de mille façons et suffisamment prolongée. Ce point est capital, car, tant que l’organisme n’aura pas repris des forces suffisantes, tant que le sang n’aura pas retrouvé ses propriétés nor. males, tous les moyens locaux dirigés contre les troubles delà sensibilité resteront inefficaces; la pratique démontre chaque jour toute l’importance de ce mode rationnel de traitement.

Les altérations de la sensibilité sont- elles au contraire sous la dépendance d’une intoxication? c’est de ce côté que devront tout d’abord se diriger les moyens thérapeutiques, soit qu’il s’agisse de combattre la cachexie saturnine, mercurielle ou arsenicale, soit qu’il s’agisse de détruire à l’aide d’une hygiène et d’une aération convenable les

| effets passagers produits par l’introduction d’un corps I volatil dans les voies pulmonaires. Entrer dans des détails i à ce sujet, ce serait vouloir passer en revue une grande partie de la thérapeutique ; qu’il nous suffise de dire qu’une fois le poison éliminé, les troubles de la sensibilité peuj vent disparaître spontanément ; s’ils persistent, ils sont du moins accessibles à certains agents qui, au début, n’a- ! vaient exercé sur elle aucune influence. Associées à d’au- I très névroses, les altérations de la sensibilité ne réclament pas d’autre traitement général que celui de ces névroses elles-mêmes; mais, en indiquant un état morbide plus avancé, ils autorisent l’emploi de moyens plus actifs et plus énergiques.

2° Les troubles du sentiment exigent dans certain cas, par eux mêmes, remploi de moyens spéciaux, et ont besoin d’être attaqués directement, soit qu’on doive les considérer comme essentiels, c’est-à-dire indépendants de toute cause générale, soit qu’ils puissent disparaître, alors même que persiste la cause qui leur a donné naissance.

Dans l’hyperesthésie, le premier soin doit être de soustraire à tous les excitants, quelle que soit leur nature, l’organe dont la sensibilité est exaltée ; on évitera pour la peau un contact trop rude, et l’obscurité, le silence seront recommandés avec d’autant plus d’insistance qu’ils agissent douloureusement, non seulement sur l’organe hyperesthésié, mais encore sur le cerveau. Les applications émollientes et narcotiques seront mises en usage, et si l’hyperesthésie est générale, on ne craindra pas de recourir aux calmants pris à l’intérieur, et même à quelquesuns des médicaments dits anesthésiques que nous avons

précédemment énumérés, et que Ton emploiera soit en douches locales, soit en inhalations. Lesrévulsifs actifs, les vésicatoires, la cautérisation transcurrente, en modifiant puissamment la sensibilité cutanée, pourront dans certains cas être utiles.

Contre l’anesthésie, on dirigera les excitants de toute nature : les frictions sèches à l’aide d’un tissu de laine ou d’une brosse de crin, les applications de liniments ammoniacaux, les bains sulfureux employés méthodiquement, et qui ont le grand avantage d’influer en même temps sur la santé générale des sujets. Certaines pratiques hydrothérapiques, les frictions avec le drap mouillé, les affusions froides agissent dans le même sens.

Mais aucun de ces moyens n’égale en utilité et en énergie les applications électriques, lorsqu’elles sont faites avec méthode et en temps opportun.

L’électricité par induction, ou faradisation, peut être employée avec succès dans tous les modes d’altération de la sensibilité. D’après M. Briquet (1) et M. Aug. Voisin (2), l’hyperesthésie hystérique est essentiellement line douleur musculaire; comme elle coïncide le plus souvent avec une anesthésie de la peau correspondante, il en résulte qu’on peut galvaniser sans grande douleur des sujets hyperesthésiés, et ce mode de traitement amène d’ordinaire un soulagement presque instantané. M. Briquet a vu certaines hyperesthésies localisées du cuir chevelu se modifier heureusement par cet agent thérapeutique, et nous

(4) Briquet, Union médicale, 4 858, p. 337.

(2) Aug. Voisin, Gaz. hebdom., 4 858, p. 84 8.

nous contenterons de rappeler encore que tout récemment Podontalgie a été traitée par le même moyen.

Quant à l’hyperesthésie de l’ouïe, notée surtout par M. Landouzy dans quelques cas de paralysie du nerf facial , elle cesse passagèrement sous l’influence d’un courant électrique qui ranime la contractilité du muscle interne du marteau, chargé de tendre la membrane du tympan, et modère ainsi l’intensité des sons. Dès que l’électrisation cesse, l’exaltation de l’ouïe reparaît (1).

L’anesthésie plus encore que l’hyperesthésie, est modifiée puissamment par l’application de l’électricité. A côté des courants d’induction et des courants galvaniques qui constituent la faradisation, et ont une action plus sûre, je ne ferai qu’indiquer les chaînes électriques, les armatures métalliques et tous ces moyens si variés dont le principe d’action est le même.

Pour agir à l’aide de la faradisation sur la peau frappée d’anesthésie, on aura soin de la dessécher préalablement à l’aide de poudres absorbantes, et l’on emploiera de préférence la fustigation à l’aide du balai électrique en ayant soin de graduer les courants selon la sensibilité normale des régions ; les excitateurs métalliques seront réservés pour les cas d’analgésie profonde. Sous l’influence de cette excitation locale, la peau, pour peu qu’elle conserve un reste de sensibilité, devient le siège de fourmillements et de picotements plus ou moins vifs, elle rougit et devient douloureuse; et dans quelques cas légers d’anesthésie hystérique une seule séance a suffi pour ramener la sen-

(1) Séance de l’Académie des sciences, 15 février 1858.

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sibilité. M. Duchenne, M. Briquet, ont obtenu par ce moyen de nombreux succès, M. Lawrence (1) a fait cesser par la galvanisation un certain nombre de paralysies hystériques, mais a échoué dans d’autres cas.

La surdité nerveuse hystérique guérit en général par l’excitation électrique de la corde du tympan et des mouvements de la chaîne des osselets ; quelques surdités nerveuses, consécutives aux fièvres éruptives, continues, guérissent par ce même traitement, quelque anciennes qu’elles soient, et bien que leur résistance aux autres traitements leur ait donné une apparence d’incurabilité (2).

Appliquée à l’anesthésie de la rétine, l’électrisation offre ceci de remarquable, que les courants d’inductions, suivant la remarque de M. Duchenne (3), n’exercent qu’une action très faible, tandis que les courants galvaniques sont dangereux par leur activité et ont besoin d’être maniés avec beaucoup de précaution.

Malgré le rôle important que tend à prendre chaque jour l’électricité dans la thérapeutique, il ne faut pas cependant s’exagérer sa valeur ; l’anesthésie guérie par l’électricité récidive bien facilement, et il ne faut pas croire à la guérison d’une hystérique parce qu’on a fait disparaître momentanément l’insensibilité de la peau. Songeons d’ailleurs que si la faradisation peut à elle seule constituer une méthode de traitement dans les cas de paralysie de la motilité du mouvement et du sentiment qui ne se rattachent à aucune lésion organique, à aucune altération du

(1) Medical Times and Gazette , avril 1858.

(2) Duchenne, Bulletin de thérapeutique, 1858, p. 105.

(3) Duchenne, Traité de V électrisation localisée, p. 28.

sang, il n’en est plus de même dans les anesthésies symptomatiques; c’est alors un simple adjuvant qui ne peut être utile que lorsqu’on a satisfait aux indications thérapeutiques tirées de l’état général du sujet.

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