ACTION TOXIQUE DU PLOMB
D'api'ès Renaut (1), deux ordres de phénomènes se passent alors dans l'organisme : 1° le composé métallique mêlé au sang est en partie éliminé par des émonctoires quelconques ; 2° une certaine portion du métal se fixe dans l'intimité des tissus et va y constituer une réserve, où s'emmagasine le poison.
Le plomb s'introduit dans l'organisme par des voies trèsvariées.
On sait aujourd'hui qu'on peut être empoisonné par le plomb en buvant de l'eau qui passe par les tuyaux de plomb. On est empoisonné par le plomb lorsqu'on manie la céruse et le minium.
Les peintres en bâtiments, qui ont constamment leurs mains couvertes de la couleur blanche de céruse, absorbent plus que les autres ce métal.
Le tableau synoptique qui a été rédigé par Renaut, dans sa thèse d'agrégation, montre, en effet, que cette intoxication peut se jiroduire d'une manière accidentelle dans des cas très-nombreux, où on n'aurait pu jamais soupçonner la présence de plomb, vu que ce métal n'avait été employé que d'une manière accidentelle et minime.
On a vu des empoisonnements à la suite d'absorption des cidres et des bières clarifiés par la litharge ; du thé et du chocolat conservé dans des leuilles ou des boîtes de plomb, ou bien la céruse employée pour saupoudrer les plaies, et même par les injections vaginales et interpalpébrales des solutions à l'acétate de plomb plus ou moins concentrées.
J'ai vu des femmes empoisonnées par le plomb en se servaiit de la céruse pour blanchir les dentelles. Un médecin, cité par TanqueuUes- Planche, a vu son organisme saturé par le plomb, après avoir dormi quelque temps dans une chambre nouvellement peinte.
Les fards, les cosmétiques de toutes sortes, les teintures des cheveux peuvent contenir une plus ou moins grande quantité des sels de xjlomb et devenir la cause d'une intoxication.
(1) Renaut. De l'intoxication saturnine chronique, Paris, 1875.
M. le D-" Noël Guénecau de Mussy, m'a cité un fait tvès-inléressant, se rapportant à une famille tout entière, soignée par Vigla pour des coligues saturnines; ces accidents toxiques ont été occasionnés par l'usage des fards en céruse.
En présence de la facilité excessive d'absorption que présente ce métal, il importe d'examiner avec le plus grand soin tous les faits qui, de près ou de loin, peuvent contribuer au développement des différentes affections toxiques, et en particulier des affections oculaires
Parmi les différents organes qui subissent une influence pernicieuse du poison saturnin, l'œil occupe incontestablement une des premières places : on y remarque des désordres provenant de l'action topique des préparations plombiques ; dans d'autres cas, ce sont des amblyopies et des amaurosesqui sont le résultat de l'intoxication saturnine.
Selon nous, il existe six formes différentes d'altérations de la vue :
1° Incrustations plombiques sur la cornée et la conjonctive ;
2° Amblyopie saturnine avec tremblement général.
3° Névrite optique suivie ou non d'atrophie papillaire;
4° Rétinite albuminurique saturnine;
5° Paralysies saturnmes des muscles de l'œil.
6" Atrophie des papilles avec ataxie locomotrice.
Nous examinerons successivement chacune de ces affections.
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