AMBLYOPIE SATURNINE AVEC TREMBLEMENT
comme le remarque très-justement M, Renaut, à la suite de l'absorption de l'alcool en grande quantité; 1 élimination régulière du plomb serait entravée par celle de l'alcool introduit, ce qui donne naturellement lieu à un excès du plomb dans le sang, d'où les accidents toxiques.
* Tanquerel et d'autres auteurs ont rapporté des faits qni ne peuvent laisser de doute à ce sujet. Une observation de M. Renaut est on ne peut plus concluante. Un ouvrier a travaillé longtemps à la cérusesans accidents aigus; il cesse son travail et au bout de plusieurs semaines, à la suite d'un excès de boisson, il est pris de colique saturnine.
Si la colique de plomb peut survenir chez les saturnins à la suite des excès alcooliques, il est encore plus intéressant de savoir- que les mêmes conditions peuvent amener des troubles visuels tout particuliers, qui ne ressemblent ni à l'une, ni à l'autre de ces causes toxiques isolées.
Il résulte de la combinaison de ces deux poisons une sorte d'amblyopie spéciale, dont le diagnostic pourrait présenter des difficultés très-sérieuses.
En voici un fait de ce genre qui vient de se présenter à mou observation à ma clinique et dont les détails ont été recueillis par M. le docteur Ducellier, médecin-major à la Garde Républicaine.
Observation. — M. M..., âgé de 36 ans, débitant de boissons et marchand de couleurs pour la peinture en bâtiments, m'est adressé par le Tourangin le 1 """juin 1877, et il est inscrit au n" 33,338 du livre d'observations. Ses antécédents pathologiques sont compliqués; dès sa jeunesse, il a tremblé des mainset des bras; il assure que ses parents et grand'parents ont présenté les mêmes symptômes. Depuis l'âge de M ans, il a commencé à travailler dans le blanc de céruse, et depuis cette môme époque il a été atteint d'attaques d'épilepsie qui ont augmenté de fréquence d'année en année, au point que vers dixsept et dix-huit ans il tombait trois fois par jour en moyenne; elles ont diminué depuis leur traitement et ne paraissent main-
tenant que une ou deux fois pai' jour sous l'influence de contrariétés.
Il a commencé son commerce il y a dix ans et s'est adonne aux boissons alcooliques y compris l'absinthe, sans aucune retenue. Il a ajouté à ce commerce de boissons celui de marchand de couleurs il y a quatre ans, et deux ans après les tremblements des mains et des avant-bras ont augmenté fort notablement, ce qui permet de supposer une intoxication par le plomb, en raison des coliques avec constipation dont il se déclare atteint depuis lors. Pas de liseré noir des gencives. L'alcool, le plomb, l'absinthe ne lui sufEisant pas, il a abusé du tabac dont il fume un paquet par jour, environ quinze pipes, et le café qu'il boit par litres. Mais il a jugé prudent de fumer moins, pour ne pas abuser de tout, et ne fume plus que trèspeu. Il n'hésite pas attribuer ses tremblements à l'intoxication par le plomb ; ils ont augmenté beaucoup deux ans après qu'il commença à manipuler la céruse.
Il y a vingt-cinq jours il éprouva en se levant un trouble très-marqué de la vue et crut à du brouillard ; les deux yeux étaient également pris; le symptôme augmenta notablement surtout ces trois derniers jours et il se décida à consulter. Il éprouve de violents maux de tête, des hallucinations la nuit, il a des vertiges très-fréquents.
mit jusqu'au numéro cinq à un pied de distance. Il distingue les couleurs vives, mais confond les couleurs pâles, et surtout le violet et le bleu. Le violet lui paraît gris clair. L'état de réfraction de l'œil est normal.
L'ophthalmoscope ne révèle que la turgescence des veines de la rétine. Quant aiix artères, elles m'ont paru irrégulièrement contractées, et il existe par places comme de légères ampoules. En général, les branches principales sont très-peu volumineuses, et se trouvent dans un état de contraction spasmodique.
Cette observation présente des points de diagnostic trèsdifficiles, et notamment le tremblement des membres qui date depuis son enfance et les accidents épileptiformes. Mais si on compare cette observation avec celles d'encéphalopathies saturnines, entre autres celles de Tanquerel, Grisolle, Renaut et
AMBLYOPIES SATUHNINES AVEC TREMBLEMENT 413
Lancereaux, on voit que l'intoxication plombique est capable, à elle seule, de provoquer des accidents de ce genre. Mais si on ajoute à cela l'alcoolisme et le nicotisme, auxquels le malade était sujet, on comprendra que ces accidents ne pouvaient que prendre mie extension plus grande, et c'est ce qui a, en effet, eu lieu.
Le trouble de la vue, que noire malade accuse, n'a rien de commun avec l'amblyopie alcoolique. 11 suffit de se rapporter au chapitre premier de ce travail, que nous avons consacré aux amblyopies alcooliques, pour se convaincre qu'entre les symptômes accusés par notre malade, et ceux qu'éprouvent habituellement les buveurs, il n'y a rien de commun. Je crois donc plus juste de rapporter cette amblyopie de même que le tremblement des membres à l'intoxication saturnine.
Quant au tremblement des membres, il in'a paru se rattacher beaucoup plus à Tintoxication saturnine qu'à l'alcoolisme. C'est un tremblement permanent semblable à celui de la paralysie agitante, mais sans la généralisation à la tête.
Les auteurs modernes ont souvent nié son existence, dans l'intoxication saturnine, mais les anciens l'ont signalée, et parmi les modernes Lafont en a même donné la description des signes distinclifs. Selon lui, ils augmentent par la fatigue et apparaissent avec plus d'intensité à la fin de la journée. Ge tremblement débute souvent par les membres thoraciques, restant unilatéral et localisé du côté droit. M. B...., interne à Saint-Antoine, m'a dit quïl avait vu à la fin du mois de mai 1877 un saturnin dans le service de M. Lancereaux qui présentait un tremblement de ce genre.
Quant à la nature de l'amblyopie qu'accuse notre malade, elle peut être expliquée par deux causes :
D'une part, il y a un affaiblissement de l'acuité visuelle par une intoxication saturnine ayantagi sur le centre ootiqueet sur la réline, que l'oplithalmoscope ne nous révèle point; de l'autre côté, le muscle accommodateur se trouve dans un état de tremblement comme tous les autres muscles, ce qui fait que le regard n'est pas fixe, elles objets paraissent mal définis et trèspeu précis.
Galczowfeki. 8
U-i DES AMBLYOPIES ET DES AMAUUOSES TOXIQUES-
Le docteur Renaut rapporte dans sa thèse plusieurs observations gui lui ont été communiquées par le professeur Vulpian ; quelques-uns de ces malades accusaient des troubles visuels passagers, qui étaient probablement de même nature et quoique l'examen ophthalmoscopique ne soit pas signalé dans l'observation, il est plus que probable qu'il n'y avait point de lésion dans les membranes internes de l'oeil, la vue ayant été complètement rétablie au bout de pen de temps.
Voici un court résumé de l'une de ces observations (I).
Observation. — [Communiquée par M. Vulpian). — Coliques saturnines. — Paralysie des exlrèmilès. — Troubles pa^sarjers de la vue. — Dejouenne, 59 ans, peintre, entré le 14 octobre 1874, salle Saint-Raphaël, n» 16, service de M, Vulpian. Le frère du sujet travaillait déjà dans le plomb; ilaeu verslafindesaviela langue paralysée, en outre, son intelligence avait tout à coup décliné. Quant au sujet lui-même, il s'est toujours bien porté jusqu'à l'âge de 15 ans où il prit le métier de peintre-vernisseur. En 1851, il fut atteint d'une première colique de plomb. Vers 'J855, il eut une légère paralysie de la main droite. En 1873, il a eu, pour la deuxième fois, des coliques, qui ont été suivies d'une légère paralysie de la main droite. En 1875, il fut repris de douleurs et de lassitude dans les meiubres et puis de nouvelles coliques.
Sa mémoire a beaucoup baissée, le teint est jaunâtre, les conjonctives sont saines. On trouve sur le? gencives le liseré plombique manifeste.
Le malade remarque des tj-emblements clans le bras et surtout à droite, pendant les mouvements volontaires.
Organe des sens. — La vue de ce malade a été dans ces jours derniers très-trouble; le sujet ne pouvait pas distinguer les personnes, même à une faible distance; maintenant ce trouble de la vue paraît avoir disparu. Il peut distinguer les
(1) RiMiaul. Iiito.ric'ilioii sd/ttrninc, p ! l'i
AMBLYOPIE SATUnNINE AVEC TREMBLEMENT. llo
numéros des lits qui sont de l'autre côté de la salle. Les pupilles sont très-contractées.
Celte observation est intéressante à plusieurs points de vue: d'abord, le père et le fils ont été atteints d'accidents saturnins, comme cela avait lieu aussi chez mon malade ; ensuite l'individu a eu des tremblements dans les membres et des troubles visuels passagers, ce qui est probablement dû aux spasmes artériels.
Duplay(l), dans son travail sur les amauroses saturnines, rapporte deux observations d'amblyopie et d'amauroses passagères, et il est très-probable qu'il ne s'agissait là aussi que d'une simple amblyopie nerveuse, sans aucune lésion apparente des membranes oculaires, ce qui explique le rétablissement complet et très-rapide de la vue.
Le malade de la première observation rapportée par Duplay était resté aveugle pendant quinze jours et il a ensuite recouvré complètement la vue. Celui de la deuxième observation, qui était dans le service de Rayer, a été pris d'une amblyopie et puis d'une amaurose, après une attaque de coliques, et voici dans quelles circonstances :
« Le 21 janvier 1832, il y a une amélioration très-notable des « coliques, mais, quelques instants après la visite, nouvelles « coliques qui arrachent des cris au malade. Tout-à-coup il « cesse de distinguer les objets qui l'environnent. Au bout de « très-peu de temps il ne perçoit même plus la lumière. Le soir, « il survient tout-à-coup un accès épileptiforme. Le 22, le malade « est assoupi ; on le réveille avec peine ; il répond lentement et « avec mauvaise grâce aux questions qui lui sont adressées ; la « \-ue n'est pas revenue ; les yeux sont fixes, les pupilles dilatées, a Le soir, l'état du malade est complètement changé, il répond « bien à tout ce qu'on lui 'demande. L'œil a perdu sa fixité ; la « pupille offre des alternatives de dilatation et de resserrement; '( le malade peut distinguer b.'s objets qui l'entourent, mais il « les aperçoit à travers une espèce de brouillard. Le 23, aucun « nouvel accident, la vue est nette. »
(1) Duplay, De tamaurose, suite de la colique de piomb [Archives générales . de médecine, mai 1834, II» aéric, t. V, p. 5.
116 DES AMBLYOPIES ET DES AMAUBOSES TOXIQUES.
Ainsi donc, dans ces deux cas, la vue s'était perdue brusquement, mais chez le premier malade elle n'est revenue qu'au bout de quinze jours, tandis que chez le second l'amaurose n'a duré que quelques heures, un jour tout au plus. Celte cécité ne pouvait donc être que de nature nerveuse ou provoquée par une sorte de spasme des vaisseaux ; l'oplithalmoscope n'aurait probablement rien révélé dans ces cas.
La même chose devait avoir lieu dans l'observation suivante, rapportée par Rau(l) et où l'examen ophthalmoscopique n'a pas été pratiqué :
Le D'" Rau a été appelé auprès d'une femrae âgée de 57 ans, pour une cécité qui lui élait survenue subitement, d'abord dans un œil, et le lendemain dans l'autre. .
Rau trouva les deux pupilles dilatées d'une manière considérable, à peine voyait-on l'iris.
Des purgatifs ont amené une amélioration prompte. Au bout de quatre jours les pupilles sont devenues plus étroites. Le D'' Rau a appris, à ce moment, que la malade, qui avait les cheveux gris, se teignait avec une sorte de cirage noir, dont elle mettait une certaine quantité sur la tôle qu'elle s'enveloppait entière avec un mouchoir. Cette teinture contenait une gj-ande quantité de préparations plombiques et le trouble de la vue ne pouvait être attribué qu'à l'intoxication saturnine qui s'en était suivie.
ARTICLE IV
NÉVRITE OPTIQUE SATUIININE.
Lïntoxication saturnine amène, dans un certain nombre de cas, des accidents oculaires beaucoup plus graves que ceux que nous avons examinés jusqu'à présent.
(1) Rail. Amaurose dui'cli Farbon der Kopfliaare mit eincm blcilialliijen MUlcl. {Archiv. Ophth. Bd I, AbLIi. H, p 20ti.
NEVRITE OPTIQI-E SATURNINE. • HT
Ce sont, notamment, des altérations organiques des organes visuels, soit des centres optiques, soit des membranes nerveuses du globe oculaire.
Parmi ces affections, la névrite optique saturnine doit occuper la première place.
Elle a été déjà observée nombre de fois, entre autres par Hutcliinson(l), Ed. Mayer(2), Schneller (3). Pour ma part, j 'a! eu l'occasion d'observer un cas d'atrophie papillaire qui était aussi consécutive à une névrite optique et dont je rapporte, plus loin les détails.
Soelberg Wells déclare avoir vu aussiun cas oîi l'intoxication plombique avait amené une cécité absolue avec atrophie de la papille par névrite optique.
Mais les faits les plus concluants et les mieux décrits sont ceux de Hutchinson ; les observations sont accompagnées de très-belles planches en chromo- lithographie; c'est donc à ces faits surtout que nous nous rapporterons dans notre étude sur la névrite saturnine.
Symptomalologie. — Cette affection atteint le plus souvent et d'une manière brusque les deux yeux, tantôt pendant les crises des coliques, tantôt à la suite des accidents épilepiiques et de toute autre forme d'encéphalopathie saturnine.
Les sujels jeunes paraissent, de préférence, prédisposés à ces sortes de névrites.
La maladie du nerf optique est habituellement précédée pendant plusieurs semaines de maux de tête sourds, gravatifs. Peu à peu, les malades s'aperçoivent qu'un de leurs yeux est devenu plus faible que l'autre, ou bien que les deux yeux sont également et en même temps affaiblis.
L'affaiblissement de la vue suit une marche progressive trèsrajjide, à tel point que deux mois suffisent pour amener une cécité absolue, et l'atroijhie de la papille en est la conséquence.
(1) Hiitcliinson. On Lcad poisoning as a cause of optic neuritis (Ophtiu Ilo^p. Hep., 1871, p. 6.) (2i Mayer. Union médicale, 1868, S" sjrip, vol. V, p. 982. Sohnellcr, KUn. Monot-ihlntl, p 2i0.
118 DES AMBLYOPIES ET DES AMAL'AOSES TOXIQUES.
A l'examen ophlhalmoscopiqae, la néviite optique ne diflore pas beaucoup de celles que nous observons dans les méningites ou dans les tumeurs cérébrales ; peut-être Irouvc-t-on moins d'engorgement veineux et d'étranglement du nerf optique, surtout pendant la première période de la maladie.
Chez un malade de Hutchinson, les symptômes de stries veineuses étaient pourtant arrivés à tel degré qu'il s'en est suivi des épancliements sanguins rétiniens. Voici, du reste, l'observation en question :
Observation raijportée par llulchimon (résumée). — Une jeune femme, âgée de 19 ans, travaillait pendant deux ans à la fabrique de céruse, sans prendre de précautions d'aucune sorte. Pendant les derniers quatre mois, elle éprouva quelques accidents, pour lesquels elle était admise à l'hôpital. A l'examen, on a constaté chez elle une paralysie des extenseurs et des coliques de plomb très-accentuées. Ces accidents ont été guéri promptement, mais elle retourna à la fabrique. Peu à peu elle commença à souffrir de maux de tête et n'y faisait point attention. Bientôt la vue s'est aussi afi'aiblie d'une manière très-sensible, et lorsqu'elle rentra à l'hôpital, Hutchinson a constaté une cécité complète avec névrite optique et de nombreuses apoplexies rétiniennes.
Les observations de Hutchinson, de Schneller et de Mayer démontrent d'une manière indubitable, que la névrite optique est une affection grave, progressive et qui ne s'arrête sous l'inf.uence d'aucun traitement; dans tous les faits qui sont connus dans la science, elle s'est terminée par une atrophie des papilles, même, alors que, comme chez la malade de Hutchinson (Obs. I), les accidents nerveux, les cohques et tous les phénomènes d'cncéphalopathies saturnines ont guéri, la vue s'est définitivement perdue.
Quelle raison peut-on donner à cette issue fatale de la névrite optique. Faut-il admettre, avec Schneller et Henaut, l'existence d'altérations idiopathiques du nerf optique dans sa portion papillaire, ou l'affection provient-elle plutôt d'une altération des
NKVRlTK OPTIQUE SATURNINE. il9
centres optiques, dans la substance cérébrale, altérations produites par des dépôts plombiques, comme cela a été observé dans des différentes portions de la moelle épiniôre et de la substance cérébrale elle-même, par Lanceraux, Dumontpellier, Renaut, et Vulpian.
Selon moi, c'est cette dernière explication qu'on devra donner à la névrite optique, qui n'est en elle-même que la conséquence de la transformation du tissu nerveux, imprégné des sels saturnins et, le plus souvent, des sels sulfuro-plombiques.
Comme conséquence naturelle et nécessaire de ces lésions, on voit se développer d'abord nne névrite optique, la papille subit un étranglement complet, la circulation artérielle s'arrête, le sang ne peut plus arriver à sa surface et on a, comme conséquence plus ou moins rapprochée, une atrophie de la papille.
Les atrophies saturnines de la papille ne se développent jamais autrement que d'une manière secondaire et comme une conséquence de la névrite optique. Le docteur Horner, dit que dans une amaurose saturnine toute inflammation peut faire défaut, et qu'on aura alors une atrophie essentielle du nerf optique.
Quant à ce qui me concerne personnellement, j'ai eu l'occasion d'observer un seul fait d'atrophie de la papille chez une fille atteinte d'une intoxication saturnine et qui a perdu la vue. Lorsqu'elle est venue me voir, elle présentait déjà une atrophie des papilles avec des traces d'infiltration séreuse péri-papillaires. Ces atroxjhies, eu effet, comme je l'ai démontré le premier, conservent toujours un certain degré d'exsudation blanche organisée et qui, en se confondant avec les bords de la papille elle-même, lui impriment une apparence diffuse et irrégulière.
Le fait que j'ai eu l'occasion d'observer moi même, et dont je rapporte plus bas les détails,'se rapportent à une intoxication plombique survenue chez une ouvrière en dentelles.
On sait que les ouvrières en dentelles sont occupées constamment à niettreles dentelles entre deux feuilles de papier de céruse pour leur donner une blancheur nécessaire. Ce papier, que l'on appelle blanc daryenl^ est couvei-t à sa surface d'une couche
épaisse de La poudre de céruse, et les ouvrières sont obligées par frappage, dïmprégner la dentelle de la poudre de céruse, et c'est ainsi que ce poison peut être absorbé parles mains, les poumons, etc.
C'est ainsi que l'intoxication plombique est survenue chez nn de mes malades dont voici l'observation :
Observation. AlropMe des papilles par névrite optique, suite d'intoxication saturnine. — Madame B..., âgée de ^5 ans, est amenée à ma clinique, le 12 septembre 1866, dans un état de cécité complète ; c'est à peine qu'elle reconnaît le jour de la nuit. Sa santé générale est actuellement assez satisfaisante, mais elle travaillait au blanchissage des dentelles, depuis l'âge de 8 ans, et déjà vers l'âge de 18 ans elle a commencé à ressentir des malaises généraux, suivis bientôt d'une première attaque de coliques saturnines. Ces coliques étaient suivies d'accidents d'encéphalopathie, tels que vomissements, hémiplégie droite et difficulté de la parole, qui ne cessèrent qu'au bout de six mois. Pendant la convalescence, elle fut prise de diplopie, quia duré six semaines ; cette dernière a été suivie bientôt d'un afTaiblissement très-rapide de la vue de l'œil droit, et puis du gauche. Le traitement qu'on lui fait subir par l'ioflure de potassium et les bains sulfureux n'a eu aucune influence sur la vue, et la cécilé s'en est suivie au bout de quatre mois.
Etat présent. Nous avons constaté que les deux pupilles sont larges, et en apparence complètement immobiles; mais si ou les examine à l'aide d'une loupe, on constate, non sans peine, qu'elles subissent un certain degré de contractilité. La malade s'aperçoit de la différence entre le jour et la nuit, mais ne reconnaît même pas le mouvement de la main, quand on la passe devant ses yeux. A Voplithalmoscopo, on constate une atrophie complète de la papille, avec des contours diffus, comme cela a justement lieu après une névrite optique; les vaisseaux sont légèrement tortueux, mais sensiblement diminués de volume. Aucune autre lésion ni dans la rétine ni dans la choroïde.
RETIN.ITE ALBUMINURIQUE SATURNINE. 121
Ou voit par cette observation que les accidents oculaires sont survenus chez cette malade d'une manière presque insensible, mais qu'ils ont pris ensuite une extension très-rapide et aboutirent à une cécité presque absolue; c'est à peine si la malade distingue un peu le jour. Au moment où elle est venue me voir, tous les symptômes d'encéphalopathie saturnine avaient disparu, mais le nerf optique resta atrophié.
Malheureusement cette marche paraît habituelle dans lané- A-rite optiqne saturnine; ne nous pouvons espérer de guérison tant que les troubles de la vue sont purement fonctionnels et que l'ophthahuoscope ne dévoile rien d'anormal. Mais aussitôt qu'on voit survenir la névrite optique, rien ne pourrait plus arrêter sa marche progressive qui doit se terminer tôt ou tard par une atrophie des papilles.
ARTICLE V
RÉTINITE ALBUMINURIQUE SATURNINE
Le plomb, de même que tous les poisons, est éliminé par les différents organes et surtout par les reins, comme Claude Bernard l'a très-bien démontré. Mais cette élimination ne peut pas se faire sans que le métal n'agisse pas à la longue sur l'organe éliminateur, et n'v amène des troubles de nutrition d'une certaine gravité.
L'albuminurie est une des conséquences assez fréquentes de l'élimination saturnine. Ollivier a très-bien démontré qu'elle se développe très-régulièrement dans l'intoxication saturnine aiguë et qu'elle y détermine des altérations graisseuses de l'épi thélium et des tubes contournés du rein, avec altération consécutive de nutrition dans cet organe.
D'après Charcot, Gombault et Dickinson, le i-ein subit au bout de quelque temps une transformation interstitielle particulière à tendance hyperplasique.
122 DES AMBT.YOPIES ET DES AMAUROSES TOXIQUES.
Ces altèralions interstitielles du rein, sont généralement de l'albuminurie., d'œdème des membres, des symptômes d'encéphalopalhies et d'urémie.
Les lésions oculaires accompagnent souvent cette maladie, et les plus caractéristiques sont incontestablement celles de la rétinite albuminurique, comme cela avait été démontré par le travail et les observations de M. Danjoy (1).
Démon côté, j'ai eu l'occasion d'observer dans le service du professeur Béliier, à l'Hôtel-Dieu, un malade atteint de rétinite albuminurique, et dont l'albuminurie a été occasionnée par une intoxication saturnine. L'image du fond de l'œil dp cet individu ainsi qu'un court résumé de la maladie se trouve rapporté dans mon Traité d'ophthalmoscopie. La planche chromolithographique qui s'y trouve jointe, nous montre que les lésions rétiniennes ne diffèrent ici en rien de ce que nous observons dans d'autres albuminuries. Nous devons cependant ajouter que la marche de cette rétinite est relativement lente, qu'elle était même entrée dans la période de résolution sous l'influence de traitement approprié. Voir cette observation.
Observation. — Rétinite albuminurique saturnine. — Amélioration. — M. C..., âgé de -il ans, entra dans le service du professeur Béhier, à l'Hôtel-Dieu, le 21 janvier 1870, et fut couché au n° 3 de la salle Sainte-Jeanne. Il est pâle, anémique, avec un teint cachectique très-caractéristique; sa figure est légèrement bouffie ainsi que les paupières ; ses jambes sont enflées. Il a travaillé toute sa vie dans les produits chimiques et plus particulièrement dans la fabrication des préparations des différents sels de plomb. Il en est résulté une intoxication saturnine dont les premiers phénomènes se sont déclarés en 1863, époque à laquelle il a eu une première attaque des coliques de plomb, dont il a guéri assez promptement. En 1869, il fut pris d'une nouvelle colique saturnine grave, qui était suivie d'une para-
(1) Daiijoy. Arddves rjénév . , ISCi. G« séi'ie, III, p. 402.
PARALYSIES SATURNINES DES MUSCLES DE l/OEIL. 123
lysie de l'avant-bras droit. Depuis cette époque, sa santé tout entière s'est altérée, il a maigri, ses jambes ont commencé à enfler. Le professeur Béhier avait constaté chez lui une albuminurie Irès-abondante, et une bronchite de nature suspecte accompagnée d'bémoplisies et d'une pleurésie du côté gauche. Depuis uu an, sa vue commença à faiblir, et à l'examen ophthalmoscopique, fait en présence du professeur Béhier et de notre ami le docteur Liouville, nous avons pu constater une rétinite albuminurique des plus caractéristiques des deux yeux, comme on peut en juger par la fig. 4 de la pl. IV de notre Atlas d'opthalmoscopie. Les veines par places étaient doubles de volume; la papille blanche est légèrement infiltrée. De nombreuses tàcbes exsudatives et hémorrhagiques se voyaient sur le segment postérieur de la rétine. Le malade distinguait les couleurs, mais il pouvait à peine distinguer les caractères n" 5 de l'échelle typographique. Sous l'influence du traitement institué dans le service, le malade so trouva soulagé, la vue s'améliora légèrement et la quantité d'albumine diminua aussi trèssensiblement ; six semaines après le premier examen, il pouvait déjà Ih-e le caractère n° 3. Ses forces commençaient à revenir.
ARTICLE VI