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PARALYSIES SATURNINES DES MUSCLÉS DE L'OEIL

Les paralysies musculaires saturnines ont été connues depuis très-longtemps ; Van-Swieten, Stoll, Andral et Grisolle en ont signalé l'importance. Mais c'est Duchenne (de Boulogne) qui a développé plus sfiécialement cette partie de la pathologie musculaire, en démontrant surtout par les localisations électriques, combien l'action du poison est concentrée de préférence sur tels muscles ou des groupes isolés des muscles et jusqu'à quel point

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d'autres d'entre eux sont préservés, comme, par exemple, le long supinateur dans l'avant-bras.

Ces faits sont aujourd'hui bien connus, de même qu'il est aussi démontré que la perte de la contractililé électrique précède celle de la contractililé volontaire.

La marche de la paralysie saturnine est ordinairement progressive, elle gagne successivement les différentes régions de l'organisme. Elle débute généralement par l'avant-bras, où elle peut s'arrêter, mais souventelle gagnele bras, l'épaule, ou bien elle se porte aux cuisses, aux jambes et aux pieds, puis succesvement aux muscles de l'œil. Lorsque le processus paralytique tend à se généraliser, on peut considérer que les muscles sont atrophiés, et ils ont subi une dégénérescence profonde par l'action du plomb, soit que ce poison ait agi directement sur la périphérie des nerfs, comme le penssle professeur Charcot, soit que le processus morbide ait agi sur la moelle épinière, comme cela avait lieu chez la malade de M. Lancereaux {[).

Tous les muscles de notre organisme et tous les nerfs moteurs peuvent être pris de paralysie saturnine; mais ces accidents s'observent beaucoup plus rarement du côté de l'organe de la vue. Il n'existe dans la science que très-peu de faits de ce genre. Stellwag (Von Garion), PJenaut et moi, nous avons signalé des cas de ce genre. Il me paraît utile d'analyser tout ce qui se rapporte à la paralysie des muscles de l'œil.

Il existe, selon moi, trois sortes de paralysies des moteurs de l'œil : 1° paralysies isolées ; 2° paralysies complexes; et;!" paralysies d'accommodation.

I. Paralysies isolées des nerfs moteurs de l'œil. — Elles sont les plus communes etse traduisent par un strabisme convergent ou divergent plus ou moins prononcé ainsi que par la diplopie. Ces paralysies sont souvent complètes et ne laissent point de motililé dans la direction du muscle paralysé. Cet état indique une altération d'une certaine gravité et peut même rester

(1) Lancereaux Société de Biologie, 18G2.

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incurable. Ainsi dans la paralysie de la 3* pairo, si toutes les branches nerveuses sont prises dès le début, qu'il existe un ptosis complet avec strabisme divergent et mydriase, on peut considérer ce cas comme ti-ès-grave, dans lequel l'action thérapeutique restera bien souvent sans efficacité. Les paralysies incomplètes, au contraire, celles dans lesquelles, malgré la diplopie aux images croisées, la paupière n'est que paresseuse, et l'œil exécute ses mouvements d'une manière incomplète, on peut espérer que la lésion du nerf n'est pas très-profonde et que par conséquent ses fonctions pourront être rétablies. Parmi les observations qui se trouvent rapportées dans l'excellente thèse d'agrégation du docteur Renaut, il en existe deux dans lesquels la paralysie des neris moteurs de l'œil a été observée, comme on verra par les extraits suivants.

Observation. Paralysie de la troisième paire. Hémiplégie de cause saturnine. Ataxie (Communiquée par MM. Vulpian et Raymond). — Maulin, coloriste, 32 ans, travaille à la peinture depuis l'âge de 1 i ans ; à l'âge de 22 ans il a des coliques trèsviolentes. Huit ans après, il éprouve des faiblesses dans les jambes, avec des douleurs lancinantes. Les yeux ne perçoivent plus nettement la lumière. A son entrée à l'hôpital, le 19 mai 1 873, on constate qu'il a la vue faible, et qu'il a de la diplopie à droite ; de ce côté, il y a un strabisme externe. Douleurs en ceinture et douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs.

Le l'^'' novembre 1873, il est presque complètement paralysé.

Réfleonons. — Lorsqu'on analyse scrupuleusement cette observation, on se convainct facilement que la paralysie de la troisième paire dont le malade a été atteint doit être rapportée à rataxic,qui àson tour est due tiTintoxication saturnine, comme cela a été très-bien démontré par le \v Renaut.

II. l'aralysie simultanée de plusieurs nerfs moteurs de Vœil. — Il arrive, quelquefois, que l'intoxication saturnine entraîne une paralysie dans plusieurs nerfs moteurs de l'œil à la fois, soit dans un seul, soit dans les deux yeux. Cette forme de paralysie

doit être rapportée plutôt à la cause cérébrale qu'à une alaxio locomotrice, du moins si je dois juger d'après les deux seuls faits quej'ai eu l'occasion jusqu'à présent d'observer; dans l'un comme dans l'autre cas, il y avait tous les signes caractéristiques d'encéplialopathies saturnines.

Le premier fait se rapporte à un malade de l'Hôtel-Dieu que j'ai vu dans le service de clinique pendant la suppléance de Aran. Il était entré l'hôpital pour des coliques saturnines. Bientôt il a été pris des attaques épileptiformes, et, au moment où tous ces accidents se sont dissipés, le malade commença à éprouver des troubles de la vue.

Appelé, par Aran, auprès de ce malade, j'ai pu constater une paralysie incomplète de deux sixièmes paires et de la troisième gauche, sans mydriase. Mes notes de cette époque ne contiennent pas d'autres détails.

J'ai eu l'occasion d'observer un autre fait encore plus intéressant que le précédent; il se rapporte à un malade qui vint me consulter à ma clinique et qui, à la suite d'accidents répétés d'encéphalopathies saturnines, avait les deux yeux trèssensiblement affaibli par une paralysie incomplète de plusieurs muscles extra-oculaires.

Observation. — Intoxication saturnine. — Paralysie de deux troisièmes paires et de la sixième paire gauche. — Coliques de ■plomb.

M. G..., âgé de 32 ans, demeurant à Paris, est venu me consulter le 24 avril 1873 et fut inscrit dans le livro d'observations au numéro 20,871. Il est pâle, anémique et très-amaigri. Depuis son jeune âge, il travaillait comme peintre en bâtiments. Il a été pour la première fois malade il y a 10 ou 12 ans d'une forte colique de plomb qui l'a tenu au lit pendant six semaines. Aussitôt rétabh, il a repris son métier, sans jamais éprouver d'accidents graves. Ce n'est que le 4 août 1874- qu'il a commencé à se plaiiidre de trouble de la vue, et des douleurs trèsviolentes à l'ijeil droit et au front. Le zoma ophthalmique trèsintense s'était déclaré, avec un ulcère à la cornée, qui n'a été guéri qu'au bout de deux mois, après avoir laissé une tachcà la

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cornée. Vers la fin du mois de novembre de la même année, sa santé a subi des atteintes très-graves, sa mémoire s'est affaiblie d'une manière très-notable, la parole est devenue leute et difficile, les paupières s'abaissdrent et les mouvements des yeux devinrent incomplets; le mrlade commença à voir double, ce qui avait rendu sa marche difficile. A l'examen, nous avons pn constater, en présence de mes aides, MM. Kolm et Remy, line immobilité presque complèie de l'œil gauche, consécutive à la paralysie de la troisième et de la sixième paires de cet œil; nous avons trouvé, en outre, une paralysie incomplète de la troisième paire droite. Ne pouvant pas se soigner chez lui, nous l'avone fait placer à l'Hô tel-Dieu, où on l'a soumis au traitement par l'iodure de potassium et par les bains de vapeur.

III. Paralysie de C accommodation et des muscles de Viris. — Stelhvag (Von Carion) a signalé, le premier, l'existence de la paralysie de l'accommodation dans l'intoxication saturnine. Elle exisie, en effet, tantôt avec une mydriase, tantôt sans aucun changement dans la pupille. On reconnaît cette affection par l'absence de toute altération dans les membranes internes des yeux et par des troubles de la vue, caractéristiques de la paralysie accommodatrice. Les malades ne voient pas beaucoup de changement dans la vision au loin, mais le travail de la lecture et d'écriture devient presque impossible ; à l'aide, au contraire, des verres convexes de quatre dioptrie?, on obtient une complète correction delà vue.

La dilatation cl lïnégalilé des pupilles peut pourtant exister, sans qu'il existe des troubles visuels. Nous trouvons, en effet, parmi les observations rapportées par Renaut, deux cas, dans lesquels le trouble de la vue plus ou moins prononcé a été observé soit dans un, soit dans les deux yeux, avec l'inégalité marquée des deux pupille?.

Voici le résumé d une de ces obsersalions :

Observation (i). Encéphalopalhie saturnine ^ Ataxie. (Gom-

(i)Kenaut. De l' intoximtiori saturnine, 187ri,

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muniquéepar MM. Vulpiaia et Raymond.) — Josselin, 42 ans, lumiste. Entré le 8 avril 1874, salle Saint-Raphaël, n» M. Il a commencé à travailler à la fabrique de plomb de Clichy à la fin du mois de janvier dernier jusqu'au 25 mars. Vers la fin de son séjour, il eut une attaque de coliques qui dura du 20 mars au 3 avril.

Le 25 mars, une attaque d'encéphalopathie saturnine se déclare et il tomba en perdant connaissance ; il eut ensuite des mouvements convulsifs ; cette attaque dura deux heures.

Il cessa alors complètement de travailler dans le plomb ; il lui est resté un certain degré d'afiaiblissement musculaire limité au membre supérieur. Le 2 avril, il s'était aperçu qii'il ne pouvait plus se servir de ses membres supéi'ieurs pour manger; le bras était agité de secousses telles, qu'il ne pouvait boire. Le lendemain, il éprouva quelques fourmillements dan s les membres inférieurs. Au bout de quatre jours, il ne put marcher que difficilement. En môme temps il ressentit des troubles du côté de la tête, il eut des maux de tête assez violents, avecdiminulionde la vue et Je l'ouïe, surtout à gauche.

Etat actuel. — Hémicrânie du côté gauche, assez forte, s'étendant au côté correspondant de la face et présentant des exacerbations nocturnes.

Pas de j)arahjsie de Vœil ; la inipille gauche estxilus dilatée que la droite.

Traitement. — lodure de potassium, de 1 à 3 grammes. Deux bains sulfureux par semaine.

20 juin. — Le malade quitte l'hôpital, à peu près complètement guéri.

Les altérations accommoda tives sont, comme on voit, de peu d'importance; néanmoins il importait beaucoup de les signaler, car elles démontrent combien l'organe de la vue est susceptible de subir des modifications sous l'inlluence du poison saturnin. Il est probable même qu'en soignant la maladie au moment de l'altération pupillaire, on pourra prévenir la propagation du mal aux nerfs optiques, car, dans ce dernier cas, la guérison devient impossible.

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