‹ Des amblyopies et des amauroses toxiques [electronic resource]Chapitre 39 sur 52 · ATROPHIE SATURNINE DES PAPILLES · texte numérisé non relu

ATROPHIE SATURNINE DES PAPILLES

et chez l'autre, une diplopie par la paralysie des moteurs oculaires de Tooil. Les nerfs optiques ne paraissaient pas accuser la moindre lésion.

IMais, si l'ataxie saturnine peut attaquer les muscles oculomoteurs, elle peut aussi amener des lésions du côté des papilles optiques, semblables à celles qu'on observe généralement dans Tataxie.

Le fait suivant, que nous venons d' observer tout récemment à notre clinique, vient corroborer cette assertion. On verra, en effet, que le malade, dont nous rapportons l'histoire, présente tous les symptômes de l'ataxie locomotrice, et que le ti'oublede la vue qu'il accuse, ne peut se rattacher à aucune autre forme de lésion, sinon à celle qu'on observe dans l'ataxie.

Nous devons à l'obligeance de notre excellent confrère et ami, M. le D. Van Duyse (de Gand), d'avoir bien voulu se charger de recueillir cette observation.

Observation. — Atrophie progressive saturnine des deux papilles optiques avec quelques phénomènes ataœiques, — M, Alfred N.... âgé de 43 ans, peintre en bâtiments, se présente pour la première fois à la clinique du D"" Galeaowski, le 6 octobre 1877, et il est inscrit sous le u° 33,726, Il se plaint d'un affaiblissement considérable de la vue des deux yeux, qui l'empêche de continuer son métier.

A N... nous apprend que sa vue a progressivement baissé dans les deux yeux depuis six à sept mois. La marche de l'affection lui semble avoir été plus rapide au début. Actuellement S... lit no 6 de l'échelle typographique, avec peine, et à la distance de 20 cent. Les pupilles sont légèrement dilatées et peu mobiles.

Examen ophthalrnoscopique. Papilles blanches alrophiques. Disparition des capillaires et atténuation du volume des artères. Myopie de 2 1/2 D. environ (examen objectif). Staphylùme postérieur peu large au côté interne et supérieur de chaque papille (image renversée), nettement séparé du tissu sain, par un liséré pigmentaire. Le reste du fond do l'œil, les pu-

pilles et les membranes antérieures de l'œil ne présentent rien d' anormal.

Le sujet manie journellement la céruse et il a les mains continuellement souillées par cette matière. Il a eu plusieurs attaques de coliques saturnines qui l'avaient obligé de suspendre le travail pour plusieurs semaines.

Il est de constitution lymphatique, a le teint pâle, anémique. Liséré grisâtre des'geuciveset enduitpultacédes bords gingivaux ; pas de vomissements; constipations fréquentes; il est souvent tourmenté par une céphalalgie violente, frontale ; pas de phénomènes paralytiques du côté des extenseurs ni de diminution de la sensibilité cutanée et musculaire. Le malade sent assez bien la résistance du sol, mais d. éprouve delà faiblesse dans les jambos; douleurs lancinantes dans les membres inférieurs et dans la région cardiaque, usage modéré du tabac et des alcooliques. Pas d'antécédents spéciiiques.

Traitement. — lodure de potassium; badigeonnage avec teinture d'iode sur le rachis tous les deux jours et les bains de vapeurs.

Réflexions. — II importe de noter dans cette observation les points suivants :

l'' Que l'atrophie des papilles optiques ne présente pas la moindre trace d'inflltratiou séreuse ; les vaisseaux centraux ne sont point tortueux, les papilles sont grisâtres, et les vaisseaux capillaires nourriciers de la substance nerveuse ont complètement disparu ; c'est donc une atrophie progressive des papilles.

'2^ Que les pupilles sont peu mobiles et d'une moyenne lai geur.

3' La faiblesse dans les jambes et les douleurs fulgurantes sont caractéristiques de l'ataxie locomotrice, et ne peuvent pas être attribuées à aucune autre cause qu'à l'ataxie saturnine.

3° Les coliques saturnines, le liséré grisâtre sur les gencives, un long emploi de la céruse, tout cela nous permet de conclure qu'il s'agit réellement, chez notre malade, d'une intoxication saturnine, qui a donné lieu au développement de l'ataxie locomotrice avec une atrophie progressive des deux papilles optiques.

RETINITE AliBUMINUniQUE SATURNINE. l33

Cette observation, ajoutée aux deux autres signalées par Vulpiau et Raymond, dont nous avons parlé plus liaut, démontrent d'une manière positive, cjue la sclérose des cordons postérieurs de la moelle peut se développer chez les saturnins, et que l'atrophie progressive des papilles, de même que la paralysie des muscles de l'œil, peuvent exister dans l'ataxie saturnine aussi bien que dans d'autres variétés d'ataxies.

Maintenant que nous avons analysé tous les troubles visuels que peut provoquer l'intoxication saturnine, voyons quelle est l'explication anatomo-pathologique qu'on peut lui donner.

L'aifection atteint-elle les fibres nerveuses de l'œil, ou bien l'altération n'est-e.Ue pas plutôt localisée dans la substance de la moeUs eldu cerveau ? Si je me rapporte aux recherches anatomopathologiques de Lancereaux, de Westphal et de Raymond, sur le: lésions du système nerveux chez les saturnins, je suis tout porté à croire que ce que ces auteurs ont observé dans certaines parties de la moelle et du cerveau, au point de vue de.> paralysies musculaires, doit être identique en tous points à ce qui se passe du côté des organes de la vue. La névrite optique est un indice certain que l'empoisonnementplombique peut atteindre directement les nerfs à leur périphérie. D'autre part les paralysies de la troisième ou de la sixième paire, la mydriase n'indiquent point une altération des nerfs à leur périphérie, mais que tous ces iménomènes indiquent une lésion du centre cilio-spinal , soit des centres optiques, dont le siège est dans le cerveau.

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