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DEUX OBSERVATIONS DE RÉTINITE ALBUMINURIQUE SATURNINE

D3UX nouvelles observations de rétiliite albuminurique provenant dorintoxication plombiquc, viennent à l'appui de nos précédents articles sur C(jlte matière.

La orcmière se rapporte à un peintre en bâtiments qui, sous l'influencedes abus alcooliques, fut pris toutd'uncoupd unallaiblissemcut considérable de la vue et d'encôphalopathie. L'exa-

meii ophthalmoscopique m'a permis de constater l'existence d'une rôtinite albuminurique saturnine qui s'est guérie complètement sous rinfluence d'un traitement dirigé simultanément contre les deux causes, contre l'alcoolisme aussi bien que contre l'intoxication saturnine.

Observation XVIII. — Réiinite alhuminurîque saturnine avec alcoolisme. Guèrison. — M. Alfred P..., âgé de 33 ans ; se présente à ma clinique le 29 octobre 1877 et se trouve inscrit au \i° 36 ! 95 de mon livre d'observations. Il est d'une forte constitution, brun, mais ayant une figure un peu pâle et comme bouffie. Il jouissait d'une bonne santé jusqu'à l'âge de 28 ans. Il est peintre en bâtiments, et depuis l'âge de 12 ans il faisait ce métier, mais il n'a jamais eu de colique de plomb. Il présente im liséré plombique sur les gencives. En 1869 il a eu une fluxion de poitrine avec une fièvre cérébrale et ne s'est rétabli qu'au bout de six mois. C'est à partir de cette époque que sa vue est devenue faible et qu'il a été obligé de prendre des lunettes grossissantes pour lire. Le malade déclare qu'il faisait des excès très-grands de boisson, il buvait deux litres de vin et de deux à quatre petits verres d'absinthe par jour.

Depuis une dizaine de mois son caractère changea complètement, il est devenu irascible et excitable au point qu'il ne pouvait supporter la moindre observation sans se mettre en colère. La nuit l'excitation par moment était telle qu'il voulait d'après le dire de sa femme se jeter sur elle avec un poignard pour la tuer. Les mains tremblent constamment, lia des rétractions du tendon fléchisseur dans les deux mains depuis l'âge de 17 ans, il a les rêves les plus incohérents et le sommeil très-agité.

Depuis trois mois il s'était aperçu que sa vue faiblissait beaucoup surtout le soir, et il ne pou7ait plus bien juger des distances. En l'examinant attentivement nous constatons que les pupilles sont d'une dilatation moyenne et immobiles, l'acuité visuelle n'est pas sensiblement diminuée, il est hypermétrope, et avec les verres convexes n° i2 dioptries, il lit les caractères les plus fins, mais il ne peut pas lire longtemps, sa vue se trouble

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au bout, de quelques instants. A l'examen ophthalmoscopique nous constatons qu'il est atteint d'une rétinite albuminurique sans héraorrhagies dans les deux yeux.

La papille opiique présente une légère suffusion séreuse. Les parties périphériques des deux rétines, de même que les choroïdes, sont complètement saines. A l'examen des urines, M. Odon Gaeneau de Mussy a pu constater la présence d'une certain quantité d'albumine.

Le malade était évidemment albuminurique, mais cette albuminurie n'était point due à une altération grave et idiopathique des reins ; tout au contraire, il s'agissait chez lui d'une albuminurie symptomatique, consécutive à l'intoxication saturnine. Il ne présentait aucun autre signe d'albuminurie, ses jambes n'étaient point enflées et sa santé n'était altérée que depuis qu'il avait commencé à faire des excès de boissons alcooliques. C'est l'alcool qui a mis en mouvement le poison saturnin qui était emmagasiné dans les différents tissus de son corps, et il s'en est suivi de l'albuminurie avec tous les accidents cérébraux tels que délire, hallucination et tendance au suicide.

Nous avons prescrit au malade le régime le plus sévère, en lui défendant d'une manière absolue l'usage des boissons alcooliques sous quelque forme que ce soit. Nous avons fait appliquer quelques ventouses scarifiées dans la région lombaire et des ventouses sèches le long de la colonne vertébrale. En outre, nous avons soumis le malade au traitement avec de l'iodure de potassium et aux bains sulfureux. Sous l'influence de ce traitement nous avons eu la satisfaction d'obtenir une guérison presque complète de tous les accidents : la rétinite albuminurique a disparu presque complètement, et c'est à peine si on trouve aujourl'hui quelque pointillé blanchâtre au voisinage delà papille. La santé générale s'est améliorée d'une manière très-notable et tous les phénomènes céphaliques ont complètement disparu.

Le second fait serapportcà un malade qui m'avait été adressé par notre émincntmaUre et ami le professeur Lasègue Voici les détails de cette observation.

Observation XIX. — M. B...,âgé de 55 ans, vintmeconsulter le 9 décembre 1877 pour un afFaiblissement considérable qui s'est déclaré eu juin de la même année après un mois de maux de tête qui occupaient surtoutle côté gauche. Depuis l'âge de 44 ans il travaille constamment dans les usines de plomb, et sans avoir jamais de coliques, il a eu souvent des douleurs dans les jambes et les bras, surtout depuis l'époque qu'il a posé des conduites d'eau en plomb dans la rivière, il y a une douzaine d'années.

La vue des deux yeux est très-sensiblement affaiblie ; l'œil gauche distingue à peine le caractère n° XXX, et l'œil droit, n» III. Les paupières supérieures sont abaissées. A l'examen ophthalmoscopique nous constatons une névro-rétinite double albuminurique avec une infiltration péripapillaire. Des hémorrhagies rétiniennes assez abondantes se trouvent disséminées dans le segmentpostérieur de la rétinOjeion trouve en outre quelques taches blanches exsndatives. Les urines se troublent àla chaleur et avec l'addition de l'acide nitrique, mais le trouble qui en résulte n'est pas très-marqué, de sorte que l'albuminurie est peu prononcée. D'autre part on ne trouve aucun autre signe d'albuminurie spontanée, de sorte que selon toute probabilité, il s'agit chez ce malade d'une rétinite albuminurique symptomatique de l'intoxication plombique, dont la maladie des yeux et l'albuminurie sont les deux phénomènes dominants.

Nous avons prescrit au malade le traitement en rapport de l'intoxication plombique probable, mais nous n'avons encore eu aucun renseignement sur le résultat du traitement.

ARTICLE IX

quelques considérations Sun le traitement des troubles

VISUELS saturnins.

Le plomb étant absorbé par toutes les parties de notre organisme qui se trouvent en contact direct avec ce poison, on doit

TRxMTEMENT DES TROUBLES VISUELS SATURNINS. 437

nécessairement tirer de Là des indications pour les précautions hygiéiiiquos, h recommander aux ouvriers.

Ces recomu^andations consistent, en général, dans l'usage de grands bains tièdes le plus fréquemment possible, une ou deux fois par jour; dans l'emploi constant des gants pour éviter autant que possible, de toucher aux couleurs qui contiennent les sels de plomb. Il faut en outre que les ouvriers changent de vêtements dès que le travail est fini.

Lorsque l'intoxication saturnine commence à se localiser du côté de l'organe de la vue, et que les individus éprouvent des troubl'îs visuels, analogues à ceux que nous avons décrits plus haut, il faut alors avoir recours aux moyens thérapeutiques appropriés à la maladie.

Voici, du reste, les indications précises pour le traitement à suivre :

l°Le malade devra abandonner immédiatement et d'une manière définitive le travail qui l'oblige à manier la céruse ou toute auti'e préparation plombique, car en ne suspendant que momentanément le travail, l'ouvrier ne se guérit habituellement que des premiers accidents toxiques, mais dès qu'il reprend ses occupations, il subit la même intoxication avec une très-grande facilité. Les faits rapportés par M, Hutchinson, démontrent que si les malades ne font pas attention, ils peuvent être pris d'accidents graves d'encéphalopathies et de névrite optique, qui aboutissent indubitablement aune cécité absolue,

2° Rayer avait recommandé le soufre et Gendrin la limonade sulfurïque^ mais bientôt on s'est convaincu qnie ces moyens n'ont qu'une action incertaine.

3° M. Méhu recommande l'usage des bains d'hypochlorite de soude, qui ijaraissent avoir une grande efficacité, de même que les bains de vapeurs.

A° Mais le moyen le plus actif pour combattre les eflets de l'intoxication saturnine, est, sans contredit, Viodure de pnlas siura recommandé pour la première fois par N. Guillot et Malsens. Ce médicament permet mieux que tout autre d'éliminer le plomb par les reins.

5«> Dans ces derniers temps, ou a remis en pratique i'applica-

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tion âeV électricité, que déjàTanquerel des Planches avait vccommaudée dans son livre. L'éluctricité réussit, en effet, à éliminer le plomb de l'organisme, de même qu'elle peut faciliter la guérison des paralysies des muscles de l'œil.

C" M. Noél Gueneau de Mussy préconise l'usage des pilules au pbosphure de zinc dans les paralysies saturnines.

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