ATROPHIE DES PAPILLES ALCOOLIQUES
avec atrophie des papilles, doit faciliter, jusqu'à un certain point le diagnostic; mais il n'en est pas moins vrai que dans un certain nombre d'atrophie des papilles progressives, ataxiqnes, on est tenté de prendre cette dernière alleclion pour une simple intoxication alcoolique et mce versa.
Heureusement l'erreur ne peut être en aucune façon préjudiciable pour le traitement, car l'abstinence absolue des boissons alcooliques ne peut qu être favorable pour les deux affections.
Voici l'observation détaillée d'une atrophie des papilles, produite par l'alcoolisme, et dont on trouvera la figure en chromo-lithographie dans mon Atlas d'ophlhalmoscopic (l).
Observation. — M- G , âgé de 45 ans, employé, demeurant à Paris, vint me consulter le 8 août 1867 pour une amblyopie très-prononcée, dont il était affecté depuis trois ans. Avec le champ visuel normal, l'acuité visuelle était diminuée de 5/12. Il confondait les nuances faibles des couleurs. A l'examen ophlhalinoscopique nous avons constaté en présence du D"" Montalvo (actuellement praticien distingué à la Havane) que la papille était blanche, atrophiée, mais avec un certain degré de transparence de son tissu. Les artères étaient trèsmincès, et les veines très-volumineuses, tortueuses, la rétine présentait une légère teinte opaline. Le malade était un fort buA-eur depuis de longues années, et il accusait des tremblements dans tous les membres, .t surtout dans les bras, ce qui lui empoche même d'écrire. Le soir il est très -agité et ne dort point. Il est devenu très-impressionnable et s'effraie au moindre bruit; par moment il voit double tous les objets. Dans l'air il aperçoit constamment des milliers de mouches noires ou de couleurs. Le soir il voit plus distinctement, mais dans la journée c'est un brouillard blanc qui l'empêche de bien distinguer au loin. 11 lisait à peine les caractères n° 8 de l'échelle typogra phique, sans que pour cela le champ visuel ait été diminué.
(I> Galezowski, Traité iconoaraphiqud frophtha.fnox.-oiar, îRlfi, pl. XIV Og. 2.
30 DES AMBLYOPIES ET AMAUAOSES TOXIQUES.
La perception des couleurs est aussi défectueuse, le malade ne distingue pas le vert, le jaune et le bleu ; toutes ces couleurs il les prend pour gris ou noir. Cet état dale déjà de plus de deux ans, et sans un grand changement.
Cette observation présente plusieurs points très-intéressants à noter, et qui permeLtent de conclure que par certains points l'atrophie des papilles alcooUques, diffère des atrophies cérébrales ou spinales.
D'abord la papille conserve un certain degré de transparence physiologique, et les vaisseaux sont tortueux, variqueux. La marche de l'affection est moins rapide, et elle reste slationnaire pendant des mois et des années ; elle peut même s'arrêter définitivement et la vue peut s'arrêter jusqu'à un certain degré, si le malade abandonne d'une manière absolue l'usage des boissons alcooliques Dans les cas contraire.-}, la maladie suivra sa marche progressive, et amènera tôt oa tard la cécité absolue, comme cela est arrivé chez les deux malades dont Magnau rapporte l'observation.
ARTICLE V
TRAITEMENT DES AMBLTOPÏES ALCOÔLIQUÊS.
Pendant longtemps on a cru que pour guérir de l'alcoolisme chronique, il fallait déshabituer les malades gi-aduellement de la funeste habitude de boire. Ma propre expérience m'a prouvé que cette méthode était absolument illusoire, et qu'il faut, au contraire, défendre dès le premier jour et sans restriction aucune l'usage des liqueurs spiritueuses. Car, pour un organisme déjà saturé de poison, en continuer l'ingestion même à des doses minimes, entretient l'intoxication à l'étai chronique. « Il faut donc commencer le traitement, en faisant table rase, du poison qui a infecté l'économie, ainsi que s'exprime mon excellent