IV. — AMERS SUDORIFIQUES
SALSEPAREILLE. — Smilax medica. Asparaginées. Mexique, Nouvelle-Calédonie. Plante sarmenteuse.
Partie usitée.— La racine dite de Salsepareille, de deux mots espagnols (zarza, plante grimpante épineuse, et parilla, petite vigne). Plusieurs espèces: 1° de Honduras, ou plutôt de Vera-Cruz: bottes d’un mètre de long, fournies par des racines grosses comme une plumed’oie, ayant 2 mètres de long parfois, car elles sont repliées; surface grisâtre ou noirâtre par la terre qui y adhère, et offrant des cannelures longitudinales ; Corps ligneux, blanc, cylindrique, presque insipide, et écorce amère, mucilagineuse, un peu âcre (officinale) ;— 2° rouge de la Jamaïque, semblable à la précédente, mais de couleur rouge terre; saveur et odeur plus manifestes ; —3° caraque, et 4° du Brésil. Mauvaises sortes, malgré leur bonne apparence.
Composition chimique.— Résine âcre et amère, huile volatile, salseparine ou smilacine, matière solide en aiguilles, incolore, inodore, amère, neutre aux réactifs, plus soluble dans l’eau bouillante que dans l’eau froide, et communiquant comme la saponine à ce liquide la propriété de mousser par l'agitation; matière colorante gommeuse, tannin, amidon.
Pharmacologie.— Poudre, 10 centigrammes à 10 grammes; infusion et décoction, 50 grammes ; extrait, 50 centigrammes à 1 gramme; sirop, 20 à 100 grammes; teinture alcoolique, vin, etc. ; sirop de Cuisinier, rob Laffecteur, tisanes de Pollini, de Feltz.
SAPONAIRE.— Saponaria officinalis. Aspariginées. Même composition chimique, et pharmacologie identique à la précédente.
SMILACE SQUINE.— Idem.
Nous ajouterons à cette liste des amers sudorifiques le Xanthophyllum nitidum (Loureiro), f. des Xanthophyllées, qui croit en Cochinchine et qui a été signalée par Étienne comme diaphorétique (composition chimique et doses peu connues); le Bois de Fer de Cayenne, Robinia Panacoco, Légumineuses ; enfin, pour quelques auteurs, la Pensée sau° vage (Violariées) serait aussi un amer sudorique. Signalons aussi l’écorce de Mudar, provenant de la racine de deux espèces voisines de la f. des Asclépiadées : les Cœlotropis procera et gisantea (Inde, Perse, Abyssinie), contenant de la mudarine, peut-être analogue à la smilacine.
Ici nous nous trouvons en présence d’opinions fort diverses, et par suite dans une obscurité très-grande.
Il semble résulter, cependant, de l'observation des faits, que ces amers jouissent des propriétés suivantes :
1° Digestion.— A petites doses, toutes ces substances ont une saveur amère ; elles augmentent l'appétit, favorisent la digestion et la nutrition ; en un mot, présentent toujours la propriété générale des amers. A doses élevées, elles déterminent des nausées, des vomissements et la prostration qui s’ensuit.
20 Circulation, respiration, température.— À petites doses, il y a à peine une légère diminution du pouls; mais, quand les doses ont été fortes, en même temps que les nausées et les vomissements il y a aussi un abaissement notable du pouls et de la température, aécompagnant la prostration, ce qui s’explique si l'on admet, avec Eugène Pelikan, que la saponine ou les substances analogues, qui sont la caractéristique de ces amers, est un poison musculaire et même du cœur.
3° Sécrétions. — L'augmentation de la salive est constante, comme pour tous les autres amers, mais les auteurs ne sont pas d'accord pour les sécrétions de la peau et du rein. Les expériences physiologiques
ASS ES manquent ici. Cependant, bien que Trousseau et Pidoux disent que les quatre bois sudorifiques ne le sont pas, il nous paraît impossible de révoquer en doute tous les auteurs qui ont employé la Salsepareille comme sudorifique, et qui affirment ses propriétés à ce point de vue. Nous voulons bien que le véhicule chaud y soit pour quelque chose, mais nous croyons aussi à l’action sudorifique de la Salsepareiïlle, de la Squine, de la Saponaire, et ce n’est pas sans raison que les sirops de Cuisinier, de Mittre, de Laffecteur, les tisanes de Feltz et de Pollini, ont passé pour provoquer la sécrétion sudorale et convenir dans les maladies cutanées et les manifestations dermiques des diathèses.