‹ Des amputations et des résections chez les phthisiquesChapitre 3 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le sujet que nous allons étudier n’est certes pas nouveau ; il n’est guère de traité de chirurgie qui ne consacre, en effet, quelques lignes aux opérations chez les phthisiques, soit dans le chapitre des amputations ou des résections en général, soit à propos delà thérapeutique chirurgicale des tumeurs blanches ; il n’est guère de chirurgien qui n’ait son opinion sur ce point le fait est vrai. Mais combien y a-t-il d’auteurs qui aient pris la peine de rassembler toutes les observations connues de grandes opérations pratiquées chez les phthisiques et de commenter les résultats de ces recherches ? Nous n'en connaissons point.

Dans les nombreux travaux que nous avons parcourus, nous avons trouvé sur ce sujet les opinions les plus diverses; mais toutes sont plutôt le résultat d’une appréciation de sentiment, d’une impression du moment, que fondées sur l’examen des faits. Nous n’avons point découvert, sur ce point, de travail 4’ensemjDlje et la paisop, la voipi •:

Penjdgnt de longues années, dans tous Jes frpvaux sur les amputations ou les résections, on s’occupait évidemment beaucoup de statistiques, on comparait entre eux les résultats i opératoires qu’avait obtenus tel chirurgien français ou tel chirurgien étranger ; on classait la gravité des opérations en divers groupes, d’après la nature de la .lésion déterminante, d’après l’époque de l’intervention, etc., on faisait jouer un rôle capital à l’âge, à l’air atmosphérique chargé ou non de germes, au procédé opératoire, au mode de pansement antiseptique ou non, au souffle épidémique, etc. On s’occupait, en un mot, de tout, sauf du blessé, sauf de celui qui reçoit le choc opératoire. On étudiait la blessure, le milieu, . mais peu le blessé. Il semblait que l’état d’intégrité ou de maladie de son organisme ne fût que fort secondaire dans l’appréciation des résultats, et que la- recherche de sa constitution importât peu. On séparait en quelque sorte le sujet médical du sujet chirurgical.

Et cependant cette séparation de la médecine et de la chirurgie, irrationnelle en soi, n’existe pas et ne doit pas exister.

En 1842, Alquié de Montpellier (1), dans son cours de pathologie chirurgicale, s’exprimait ainsi : « Ce n’est pas dans cette école que se forma la séparation de la médecine et de la chirurgie. L’idée de cette disjonction irrationnelle ne pouvait naître au sein d’une école où l’homme est regardé

(1) Cours de pathologie chirurgicale, 1848, p. 8. Montpellier.

comme un être harmonique, dans lequel tout consent, tout conspire, tout agit vers le même but ».

Le chirurgien, disait Berard (1), doit un être un « médecin opérant *. L’appel d’Alquié et de Bérard était resté sans écho.

Ce n’est, en effet, que depuis quelques années que plusieurs chirurgiens, à la tête desquels il faut placer notre savant maître, M. le professeur Yerneuil, se sont élevés contre cette méthode défectueuse de faire des statistiques, et en montrant que dans les résultats opératoires il y avait trois points à considérer, le blessé, la blessure et le milieu, ils ont fait entrer la chirurgie dans une voie féconde en résultats. C’est ce qu’en 1867 M. Verneuil faisait ressortir dans une note lue au congrès médical international de Paris et intitulée : « Des conditions organiques des opérés et de l’influence des états constitutionnels diathésiques sur le résultat des opérations chirurgicales. »

Depuis lors, soit par ses propres travaux, soit par ceux qu’il a inspirés à ses élèves, M. Yerneuil a montré le rôle capital que devaient jouer, dans le pronostic des lésions traumatiques et dans les résultats opératoires, les maladies constitutionnelles et les affections viscérales qui les accompagnaient ordinairement.

Ces idées que notre éminent maître répandait en France, en mêrpe temps que Sr James Paget, dans ses cliniques, les propageait de son côté en Angleterre, ne devaient point seulement nous expliquer la cause des accidents et des complications des lésions traumatiques, celle aussi des insuccès fréquents des opérations pratiquées chez certains malades diathésiques ou atteints d’une affection viscérale grave, hépatique ou rénale, etc., mais elles devaient aussi nous ouvrir une

(1) Cité par Finelli. Th. de Montpellier, n° 18, 1878, p. 8.

voie plus large et nous conduire à des résultats plus pratiques, elles devaient, en un mot, nous permettre de poser les indications ou contre-indications des opérations chez les diathésiques, ou chez ceux que nous appellerions volontiers, avec notre maître, les « blessés ou les opérés malades ».

Sur ce point, beaucoup reste encore à faire.

Pendant le cours de l'année que nous avons passée en qualité d’interne dans le service de notre cher maître, M. le professeur Yerneuil, nous avons eu l’occasion de voir quelques opérations pratiquées chez des phthisiques. C’est alors que M. Verneuil nous engagea à étudier cette question, à rechercher quels étaient les résultats de l’intervention, et à voir enfin si de ces recherches on pouvait déduire quelques indications ou contre-indications qui guidassent l’intervention chirurgicale.

Nous nous sommes mis à l’œuvre, mais les difficultés que nous avons rencontrées ont été grandes. Pour discuter sur des faits, il nous fallait de nombreuses observations et des observations bien complètes et bien prises ; ce qui est fort rare, mais ce qui se comprend, puisque les malades non point été suivis à notre point de vue, et que, dans les observations d’amputation ou de résection, les seuls points notés avec soin sont les procédés, les modes de pansements et le mode de guérison opératoire. Quant à l’état général, ou bien il n’en est pas question, ou bien c’est en deux ou trois mots qu’il est indiqué. Quant à ce que devient l’opéré quelques mois ou quelques années après, on l’ignore.

Nous n’avons recueilli que les observations dans lesquelles l’état de la poitrine était assez nettement indiqué pour que le diagnostic ne fût point douteux; ou celles encore dans lesquelles, la mort suivant très rapidement l’opération, l’autopsie démontrait l’existence de tubercules à divers degrés d’évolution dans les poumons ou ailleurs, afin qu'on ne pût

douter du rapport de cause à effet entre les deux facteurs : opération et tuberculose; et le résultat : mort.

Et encore, même dans ce choix d’observations existe-t-il beaucoup de lacunes ; aussi nos résultats, bien que déduits le plus strictement qu’il nous a paru, n’ont peut-être pas toute la valeur d’exactitude possible. Cependant, si ces résultats ne

(sont pas complètement vrais en soi, nous espérons toutefois avoir posé nettement la question et l’avoir discutée dans ses points les plus saillants.

Que M. le professeur Verneuil, qui nous a inspiré ces recherches, accepte l’hommage de ce travail comme un faible témoignage de notre reconnaissance.

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