‹ Des Amyotrophies Dans Les Maladies Générales Chroniques Et De Leurs Relations Avec Les Lésions Des Nerfs PériphériquesChapitre 18 sur 33 · M ER · texte numérisé non relu

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Depuis longtemps le myoïdème est recherché dans la fièvre typhoïde (BEAu) et rangé parmi les symptômes relevant d’une perturbation nerveuse. Le même phénomène a été constaté dans la tuberculose pulmonaire par les auteurs anglais et M. Labbé, dans sa thèse (1) où se trouve un exposé historique et clinique très complet. Il nous suffira de rappeler ici que pour les auteurs, le phénomène du myoïdème ou contraction idio-musculaire, se rencontre particulièrement au niveau du grand pectoral des individus ayant de Ia tuberculose pleurale ou pulmonaire. Même pour Lawson-Tait, ce symptôme serait un signe précoce de tuberculose et son apparition devrait faire soupconner l’évolution prochaine de la maladie.

Dans nos observations, le phénomène n'a pas été recherché sur les grands pectoraux ou d’autres muscles des parois thoraciques. Lorsqu'il s'agissait de tuberculeux, pour la même raison que nos investigations n’ont pas porté non plus sur ces mêmes muscles, ceux-ci étant altérés autrement que du fait de la maladie générale, il a été recherché sur les muscles des membres aux avant-bras, aux bras, aux cuisses et aux jambes.

Pour la recherche et la production du phénomène, les. membres étant dans l’extension ou mieux légèrement fléchis, supportés par le médecin s’il s’agit des membres supérieurs, pour éviter toute contraction de la part du malade, cn percute les masses musculaires avec un ou deux doigts : la percussion est suivie d’une contraction locale appréciable par la vue.

L'endroit le plus favorable à la recherche est l'avantbras sur la face antérieure, au niveau du coude, sur la masse musculaire externe. Souvent sur le biceps la

(1) Paris 1881.

percussion dénote aussi la contraction de ce muscle à chaque excitation.

De même au niveau du triceps crural, de même à la région antéro-externe de la jambe, etc.

Notons encore qu’il faut avoir soin de se placer dans un jour favorable pour apercevoir la contraction.

Quelquefois la percussion fait naître de véritables boules ou intumescences analogues à celles qu'on produit sur le biceps, en le faisant vibrer à la façon d’une corde qu’on saisit entre les doigts, qu’on soulève et qu'on lâche brusquement. Ces saillies qui sont plus appréciables par le toucher que par la vue sont au nombre d’une ou de plusieurs.

Quoi qu’il en soit, il paraît s’agir de phénomènes de même ordre. Souvent une percussion légère produit la réaction avec intensité et c’est là un caractère important au point de vue pathologique, le myoïdème du biceps se produisant chez beaucoup de sujets sains, pourvu que l'excitation soit assez forte.

La réaction de débilité musculaire, telle que nous l’entendons, a donc pour caractère d’être généralisée, indépendante de toute affection locale, de se produire facilement. Elle s'accompagne Arme de mouvements en rapport avec l’action du muscle exploré et même de tremblement. Il en existe deux variétés symptomatiques; tantôt il s'agit d’une contraction du muscle percuté avec ondulation visible, tantôt d’une boule musculaire, d’un relief persistant pendant quelques secondes, sensible à l’œil et au toucher. D’autres fois les phénomènes sont combinés : il y a relief de contraction et intumescence sous la peau. Dans un cas où cela avait lieu sur le muscle droit antérieur de la cuisse, on voyait la rotule se déplacer en même temps que le nodule musculaire se produire.

Ces phénomènes d’hyperexcitabilité mécanique n’exis-

tent pas seulement au cours des cachexies et des maladies - chroniques. On les rencontre avec les mêmes caractères dans certaines maladies aiguës ou dans certaines maladies du système nerveux central.

Il faut mentionner rapidement ces derniers faits, afin d’avoir plus de données relatives à la nature et à la pathogénie du symptôme en question.

C'est dans les maladies du système nerveux où se rencontrent la contracture et l’exagération des réflexes, qu’on trouve souvent aussi cette hyperexcitabilité. Dans les atrophies musculaires d’origine spinale, où la lésion musculaire est profonde, on ne la voit pas se produire.

Cela montre que le phénomène est lié à un état pathologique dans lequel le muscle n’est que peu altéré, où sa nutrition est plutôt languissante que profondément troublée. Cette hyperexcitabilité est limitée en raison même de la lésion du système nerveux, ce qui établit une différence essentielle avec celle des maladies cachectisantes où l’ensemble du système musculaire est touché.

La même localisation se rencontre dans les cas où la réaction se produit à la suite d’une arthrite quelconque ou des arthrites du rhumatisme chronique ; la limitation se fait alors à certains muscles qui s’atrophient comme on sait à la suite des lésions articulaires. Dans de telles maladies on peut trouver l’hyperexcitabilité mécanique, mais elle n'existe pas toujours, ce qui prouve qu’il faut des conditions particulières pour la produire. Nous l'avons trouvée chez un homme vigoureux pendant le coma d’une vaste hémorragie cérébrale avec inondation des ventricules latéraux et du quatrième ventricule.

Au cours des maladies aiguës, graves et particuliérement de la fièvre typhoide, le même symptôme se remarque encore.

Nous l’avons vu survenir aussi avec ses caractères de

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généralisation à la fin de la troisième semaine d’une fièvre continue, au moment où il se produisit un amaigrissement extrème et où il y avait une complication pulmonaire qui entraîna bientôt la mort.

Enfin chez les gens en état de santé, mais d’un certain âge, ou ayant souffert des privations, ou s'étant surmenées, les muscles deviennent hyperexcitables.

Quant aux maladies chroniques qui nous occupent, c’est la règle presque absolue de voir les muscles se contracter sous les doigts qui les percutent brusquement, c'est la règle dans les cachexies, la tuberculose, dans le cancer, surtout dans les affections chroniques et cachectisantes des vieillards.

Mais dans ces maladies on ne voit pas le phénomène se produire invariablement. Il peut apparaître au début pour disparaître ensuite. C’est ce qui a lieu aux jambes, chez les malades qui sont restés couchés durant des semaines. Cependant après le massage ou la marche, l’hyperexcitabilité peut se produire dans des muscles qui restaient d’abord indifférents. C’est ce qui a lieu lorsqu'il s’est fait des rétractions, c’est ce qui a lieu lorsque les lésions sont profondes, que les muscles sont très altérés.

Un pareil symptôme peut être d’une certaine utilité pour le diagnostic ou le pronostic d’une affection dont les signes ne sont pas bien nets, d’une tuberculose au début, d’un cancer latent. Nous l’avons vu très manifeste dans un cas de ce genre où l’autopsie montra un néoplasme de l'estomac.

Au point de vue du pronostic, il a la valeur d’un symptôme attestant la débilitation du sujet, mais il ne donne pas toujours la mesure exacte de l’état cachectique pris en général, il ne donne que la mesure dont la maladie frappe le système névro-musculaire. Or, nous l'avons dit, ce système paraît diversement touché

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suivant les individus et n’est pas en rapport forcé avec le degré des autres lésions. Il faut insister encore sur ce point : comme cette excitabilité est un signe de débilité musculaire, elle a surtout de la valeur chez les sujets qui sont dans la force de l’âge et elle perd de son importance dans la vieillesse où les muscles s’affaiblissent. (ORNE

L’hyperexcitabilité généralisée se produit donc lorsque la nutrition du système névro-musculaire est simplement troublée, elle se produit simultanément à nn grissement des muscles.

Elle est toujours plus intense chez l’homme que chez la femme. Elle paraît être un acte local, une réaction plus facile de la fibre musculaire. Il semble que le muscle ayant diminué de volume, il faille de moindres excitations pour le voir se contracter et que la percussion plus ou moins forte y suffise. [1 ne s’agit pas d’un phé nomène d’ordre réflexe — L’hyperexcitabilité existe, on le sait, dans les cas où les nerfs sont paralysés par Paction du curare. — Dans l’une de nos observations on verra l’hyperexcitabilité du droit antérieur de la cuisse marquée à un haut degré, tandis que les réflexes rotuliens étaient absolument abolis.

Le phénomène paraît être purement fonctionnel. Souvent il correspond à des muscles dont les fibres sont simplement amaigries ou dont les lésions se bornent à la tuméfaction trouble de quelques fibres. Il peut manquer avec des altérations profondes. |

État des réflexes tendineux. — Les réflexes tendineux peuvent être abolis comme cela se voit dans l'observation V (1° série) par exemple, et sur le tableau ci-après, mais en général les états de débilitation et de cachexie qui nous occupent spécialement

dans ce chapitre, s’accompagnent soit de l’abolition, soit de l'exagération ou de l'inégalité des réflexes.

À ce point de vue, l’excitabilité du système névro-mus: culaire est encore établie. Ghez les tuberculeux en particulier les réflexes rotuliens sont souvent augmentés dans les premières périodes de la cachexie, sans atteindre pourtant le degré qu'ils ont dans les maladies de l’axe cérébro-spinal où le phénomène se produit. Souvent nous les avons trouvés inégaux par comparaison entre les deux côtés, ce qui confirme dans l’idée qu'il y a une modification produite. — On peut rapprocher ce fait de l’exagération des réflexes à la suite d’une longue marche ou d’une fatigue musculaire.

La percussion faite sur les fléchisseurs des doigts dans l'observation IV (1° série) déterminait un brusque rapprochement des doigts, qui tendaient à se rassembler en forme de cône. Souvent la percussion du fléchisseur propre du pouce détermine un brusque mouvement de flexion de la dernière phalange.

Enfin le réflexe crémastérien offre la même exagération chez les débilités.

Voir ci-après le tableau de quelques cas d'examen des réflexes chez les tuberculeux.

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