R E C 0 L T K D K S OE I" F S DE T O P. T V E
Les {fufs de la dimension d un o'ufde poule, une lois déterrés des taholeiros, sont jetés dans de> canots vides tirés à cet elïet sur la pl;»;;e ; puis on les brise à coups de bâton. .Souvent aussi des jeunes {;ens, des enlants complètement nus, prennent plaisir à battre des pieds et dc> mains cette immense omelette, dans lacjuelle ils se démènent avec une ardeur de vignerons foulant la vendanjje. Lors(|ue la pirofjue est remj)lie aux deux tiers, on y ajoute un peu d eau et on laisse le tout exposé au soleil pendant quel([ue5 heures. La chaleur fait monter à la surface les matières crasses (pie Ion chauffe ensuite dans de grands chaudrons pour les épurer. Après quoi le
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liquide est transvase dans les jarres et expédié par le plus prochain vapeur.
La récolte des tnboleiros est pour la population européenne, indienne ou mélisse des villa.<;es amazoniens, la grande distraction de Tannée : elle correspond à ce que sont chez nous la vendange et la moisson. C'est une occasion de réjouissances naïves, danses et chansons, ou les vieilles traditions portugaises se mêlent aux coutumes indiennes.
Ce temps de fêles, qui dure jusqu'aux premières grandes crues, est aussi la saison des échouages, et les bâtiments qui s'aventurent dans les canaux latéraux doivent redoubler de précautions. Un steamer que nous apercevons cloué sur un îlot de sable assez élevé, à l'entrée duFuro Aruparana, nous avertit du danger. Cette épave est \Amazonia qu un im|)rudent pilote a mise au plein il v a trois mois. Le navire accomplissait son premier vovage qui risque fort d être le dernier : la quille se trouve en ce moment à cin(j mètres au-dessus de 1 eau, l'avant engagé profondément dans le sable, la poupe en l'air. Il est à craindre, lorsque le flot montera, (pie des éboulements se produisent et que la coque se rompe en deux. En attendant, dans l'espoir dun renflouage possible, deux gardiens ont été laissés à bord.
Au moment où nous approchions, un pavillon blanc fui hissé : nous jetâmes l'ancre, tandis qu'un canot se dirigeait de notre côté; il était monté })ar \\n seul rameur qui venait demander au commandant des vivres et un homme, son compagnon ayant succombé la nuit précédente à un accès de fièvre. Il fut fait droit à sa requête; une dizaine d'entre nous l'accompagnèrent afin de rendre les derniers devoirs au défunt. Le cadavre roulé dans un prélart avait été traîné à une centaine de mètres du bateau en détresse, et gisait sur le sable près d'une fosse commencée. Notre arrivée mit en fuite un vol de hideux urubus, qui avaient déjà lacéré le grossier linceul et arraché des lambeaux de chair. Les funérailles furent brèves : on se hâta d'achever le trou et d'y pousser le corps déjà décomposé sous l'action de la chaleur. Le commandant, tirant de sa poche un
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pctil li\rc (le prières, lui le service des iiioits. I.n unit élail \einie, une nnil (Tora^ie, très somhre ; notre {jroupe n'était éclairé (jue par un falot (pi un Indien tenait auprès de rolHcier.
a — liequiescat ùi j)ncc! ...»
Oli ! oui, bien en paix, dans cette île sans nom que demain recouvrira le fleu\ e ; dans rinviolable paix des eaux ! . . .
Le () au soir, nous avons laissé sur notre droite 1 eniboucliure du rio Purus (pii naît sur les confins de la Bolivie, au delà du dixième degré de latitude sud et est navigable pendant près de trois mille kilomètres; nous longions 1 île de la Patience dont le nom nous annonce que cette navigation morose touclie à son terme : le Viciro Da Ciinhn s'engage à petite vapeur dans le canal Manacapuru qui communique avec le rio Negro , et le (5, au jour, nous jetons l'ancre dans la sombre rivière, en face de Manaos.
La ville, ap})elée aussi Barra do Rio Negro, ou tout simplement Barra, est située sur la rive gauche, à environ dix milles de l'endjouchure. Le rio Negro, dans la dernière partie de son cours, s'étend en une série de lacs tellement larges que, du mouillage, on distingue à peine la rive occiden taie; ce vaste horizon donne à la place une a})parence de port de mer. N'est-ce donc point un port, et le plus sur de tous, bien qu'il soit à neuf cent vingt-sept milles de l'Océan? Les plus grands bâtiments pourraient évoluer sans danger sur cette nappe d eau douce d'une profondeur de (pialre-\ ingts brasses, capable de contenir les Hottes du monde entier. Mais pour le moment le mouvement maritime se réduit à deux lignes mensuelles, l'une anglaise appartenant à la Red Cross Line Company, l'autre américaine, reliant la capitale de 1 Amazone à Liverpool et à New- York, .l'ai le regret de ne pouvoir v signaler aucun service français : la
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Compîijynic des Chargeurs réunis, qui avait un inslant songé h diriger l'un (le ses pacjuebols sur Manaos, a même dû suspendre son service régulier enlie le Havre et Para, la concurrence anglaise avant fait l)aisser le prix du fret dans des conditions qui rendaient la lutte insoutenable.
Manaos en revanclie, grâce à sa position au centre du merveilleux réseau flin ial ama/.onicn, est le ])oint de ralliement de tous les vapeurs ou canots desservant le Madeira, le rio Negro, le l'urus, le .lurùa, le Jutaliv, un bassin grand connue la moitié de 1 Europe continentale. Chaque année, à Tépoque des hautes eaux, des embarcations, parties de la frontière de Bolivie, touchent à ^lanaos, remontent le rio Xegro, pénètrent dans le Cassiquiare et atteignent le cours de rOrénoque, après avoir parcouru sans rompre charge une distance égale à celle de la Seine au ]\iger.
C'est une jolie petite ville, pro])re, dont les maisons badigeonnées, les magasins, les entrepôts solidement bâtis, s élèvent sur un plateau légèrement incliné vers la rivière. Un qiuii, une belle avenue j)lantée de palmiers et de fland)ovants qui font rêver aux ])romenades de Calcutta et de Rangoon, lui donnent une apparence assez coquette C est la première ville digne de ce nom que Ion rencontre en arrivant de 1 intérieur; malgré ses proportions restreintes, elle produit une vive impression sur le voyageur qui vient de passer six mois loin du monde ci\ilisé. La population n'est que de quinze mille âmes : c'est peu pour une cité âgée de plus de deux siècles, surtout dans ce nouveau moiule on quelques années suffisent pour transformer un canq) de pionniers en capitale d'État.
Le lent développement d une localité dont lincomparable situation l'ut signalée j>;u- La Condamine, Hnmboldt, Caslelnau, Maurv et tant d autres voyageurs, ne doit être attribué qu'à l'abandon systématique des entreprises agricoles pour la recherche exclusive des produits de la forêt. Ici, comme dans toute l'Amazonie, le pavs n'a pas de ])ire ennemi que sa richesse qui entraine les hal)itants à préférer aux labeurs du défrichement la vie insouciante du coureur des bois. L'industrie du caoutchouc, <pii fait la
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rorliiiic (lo (|iielt|ue>-im>, ne sullit pas à (lcvol<)pj)cr les ressources dn pavs. Loin (le souliailcr la \eMue de riimni;;ian(, les possesseurs de factoreries établies sur les rivières ne voient rien au delà de létal de choses actuel qui leur assuie le monopole des transactions avec I in(li{;cue. Le svstèiue a cepentlant ses ahus et ses dan{;ers. Je n en \ eux pour preuves (jue les scènes san^jlantes qui ont désolé pendant plus d un quart de siècle une ré{;ion située à (juelques heures seulement de Manaos, la vallée du .lauaperv. Ou ne sauiait les taire, car elles démontrent jusqu'à 1 évidence que les atrocités commises par certaines tribus indiennes ont, la plupart du tenqis , pour causes les exactions, les injustices, les cruautés même dont celles-ci lurent victimes de la part du blanc et du métis. L'histoire, qui plus est, me fournira loccasion de rendre hommajie à la courajjeuse initiative d un homme dont le Brésil, et notammejit la province des Amazones, ont droit d'être fiers, d un savant naturaliste, M. Joào Barboza Rodrigues, le pacificateiu" des Indiens Crichanas.
Depuis 1855, cette tribu jadis paisible multipliait ses attaques contre les postes établis à proximité du confluent du Jauapery et du rio ^ejjro; elle avait plusieurs fois saccagé le village de Moura qui n'est qu à douze heures de Manaos. Les premières hostilités furent provoquées par les uiéfaits d'individus qui, sous prétexte d'aller trafiquer avec ces sauvages, se proposaient en réalité de recruter de force des travailleurs. Ils pénétrèrent en armes sur le territoire de la tribu, incendièrent des villages, enijuenèrent en captivité des enfants, des femmes, et fii-ent feu sur les malheureux qui tentaient de défendre leurs cases contre les envahisseurs. De ce jour, la guerre fut allumée, incessante, implacable. Les nuissacres se succédèrent : l'Indien aux aguets fondait sur le chasseur, criblait de flèches empoisonnées le canot du j)éclieur, assaillait les villages pendant la nuit, pillant, brûlant, soumettant les prisonniers à d effrovables tortures; repoussé parfois, il est vrai, traqué à son tour à tra\ ers bois, mitraillé sans piti('.
En 1884, M Barboza Rodrigues, qui, par dix années d explorations,
axait acquis une connaissance intime du caraclèio indi{>ène, conçut le périlleux projet de mettre un terme à ces horreurs. 11 obtenait d abord du (jouvernement j)ro\ incial (|ne 1 accès du rio .lauapery fût interdit : une chaloupe de {guerre embossée à 1 entrée reçut Tordre de ne laisser passer aucun canot. Puis lui-uicnie j)artit dans une pirojjueavec des présents pour les Indiens; il cnuncuail a\ec lui comme interprète un jeune jjarçon qui clait resté lonytenq)s j)ris()nnier dc^ Gricliauas, dont il parlait assez couramment la lan(jue. 11 remonta pendant plusieurs jours la fatale rivière et parvint en vue de Tennemi. Son apparition fut saluée par des cris de mort; les Indiens se précipitaient sur la petite plajje où l'embarcation venait d aborder; les haches de pierre furent brandies sur la tête de l'audacieux vovageur. Celui-ci, impassible, présentait à ces furieux les ga{]es de j)aix, l'étoffe bariolée, le couteau ou le miroir. Peu à peu, les vociférations s'apaisèrent; l'étrangei', conduit au villajje, fut traité comme un ami. Quelques jours plus tard, la paix était conclue solennellement; un double serment était échaufjé. Les Indiens ne seraient plus désormais inquiétés; eux, leurs femmes, leurs enfants pouvaient aller et venir en toute sûreté dans les bois, sur la rivière; en retour, ils promettaient d'oublier leurs anciens griefs, de respecter les personnes et les biens.
De semblables traités ne mettent pas en émoi le monde des chancelleries; ils n'ont besoin ni de ])rotocoles, ni de signature; le grand public les ignorera. La chose s'est jiassée loin des villes, au bord d une rivière inconnue : la scène cependant iic maïupiait pas de grandeur. Le négociateur ne j)arlait pas au nom d une nation, mais de la race blanche tout entière, et sa parole a\ait conquis ces cohu\s barbares. Gomme il se rend^arquait, l'un des anciens de la tribu lui prit la main et lui dit : « Je suis déjà vieux : je ne sais si je te reverrai jamais; je vais mourir : si je le poux ais, je descendrais avec toi la rivière. Mais mes enfants iront un jour vers loi. L'honimc blanc est bon; les Griclianas ne l'oublieront pas '. »
' Extrait du Ilnjiport de M. Itarljoza liodrij'ues : Parijiatçâo dos Criclianax (1885).
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Ia's Gi'icliaiias ii ont point en besoin de se rcndi-e à Manaos, oii leni\ isite eût été sans doute assez mal accneillie. >rais, au couis des deux années qni suiviieni, le paeiHeatenr est retourné plusieurs fois chez les ii\erains du .lauapery. A chacun de ses voya^jes, il leur portait des instruments de traxail, les initiant j)cu à peu aux occupations de l'homme civilisé. Ces j;ens (pii, il y a trois ans, vivaieut nus, creusaient leurs piro(}ues eu troncs d arbres avec des pierres roujpes au feu, rivalisent à 1 heure (ju'il est (1 adresse avec les trd)us les plus avancées. Les femmes tissent, façonnent d élé{]anls j)aniers ; les hommes, à la phice des huttes en branchages, ont élevé des cases, de solides charpentes recouvertes de palmes. La nation a franchi en quelques mois la distance qui sépare 1 âge de pierre des temps modernes. Les collections rapportées de ces expéditions par le naturaliste attestent chez ses élèves une faculté d assimilation, une bonne volonté surprenantes Rien d'intéressant comme son petit musée érigé par le gouvernement en établissement de 1 Etat, et dont il a bien voulu me faire les honneurs avec; une parfaite courtoisie. Je conserverai de 1 homme et de Tœuvre un souvenir ineffaçable.
12-lH (léccnibre. — De Manaos au Para, le trajet s'effectue en cinq jours.
Notre première escale est Itacoatiara (la Pierre peinte), petit a illage qui doit son nom à une roche couverte d'hiéroglyphes grossiers tracés par les anciens aborigènes. Les habitants, tout en se livrant dans la foret à l'extraction du caoutchouc, de la gomme et des résines, cultivent le cacao et le manioc. Dans le voisinage, un Américain a créé une plantation aujourd'hui en plein rapport et dont l'aspect soigné contraste heureusement avec les éphémères cultures ([ui l'environnent. La j)lace commande l'entiéc du rio Madeira; elle acquerrait de limportance du jour ou de sérieuses tentatives seraient faites pour coloniser la vallée qu'arrose cette grande rivière. Les rapides qui, sur une longueur de pins de cent lieues, font obstacle à la navigation, devront au préalable être contournés au
niovcn (rime voie fonce, tàclie colos.^ale dont les études, demeurées jusqu ici sans résultat, ont déjà englouti des millions et fait de nombreuses \ ictimes.
Au delà d Itacoatiara lAma/one redevient solitaire. La trace de 1 liomiiic ne reparait qu en approchant dOhvdos, ou nous entrons dans la j)ro\ ince de Para. De la vieille citadelle, Gibraltar amazonien, le re(;ard découvre un panorama (jrandiose : le fleuve, tout à riieure étalé comme une mer, se resserre entre deux colbnes ; dans cette passe larjje seulement de 1,800 mètres se précipite une masse deau que Ton Martius évakiait à 550,000 pieds cubes par seconde. Au delà, vers le sud, s'étend la Varzcd , zone incertaine, mouvante, où les deux éléments se font équilibre, où les infiltrations creusent mille petits canaux enchevêtrés; vers le nord se pressent les crêtes bleuâtres de la sierra d'Almeyrim qui confine aux monts de Guyane.
Les rives se peuplent : voici Santarem, Yilla-Franca devant Testuaire du Tapajoz, Monte-Ale(;re assis au pied de la sierra d'Erérc, des plantations de cacaotiers et de tabac, des forêts qui flambent pour faire place aux défrichements. La nuit venue, le fleuve, aux reflets rou{;eàtres de ces incendies, a lair de rouler du san^j. Peut-être le voyageur arrivant en sens inverse, qui vient de quitter à peine les cités du littoral, le bruit de la foule, serait-il moins frappé de cette animation. Mais pour celui ([u environnaient hier encore les silencieuses solitudes, les horizons mornes de lintérieur, l impression est bien différente; je crois me réveiller d un long rêve, je rentre j)armi les vivants.
Puis de nom eau tout s'effoce, les demeures, les cultures, les grandes volutes de liimée. La forêt recommence, encadrant le fleuve diapré d'iles. L'Amazone, avant de se perdre dans TOcéan, semble s'acharner sur le continent, fouille, arrache, dévore, fait surgir et submerge tour à tour des archipels entiers, entraînant insensiblement vers la mer ces fragments détachés avec leur faune et leur flore Toute la cote sud, à partir du con-
s es
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IliUMil (lii Xiiijjii, est silloimce pai' ce (juOii appelle les J\(r((n/(-Min'tiis, imioiubrables eaiiaiix j)ar le.s<picls les embaiealioiis irayaiil (priin faible tirant (l'eau pem eut cn iter le lit Au (leiive laijje de ciiKj lieues. De (jequents ouia^jans Tajpleut, et la niaree, qui se fait sentir jusqu'à Obydos, sur une dislance de plus de cinq cents milles, détermine aux approches de iemboucbure une sorte de mascaret, le Poi-oroca, d'une violence extraordinaire.
Nous voici successivement dans le canal Jabuni, puis dans celui de Brèves par lesquels ime faible partie des eaux de l'Amazone se déverse dans Tesluaire du Tocantins ou du Para. Cinquante lieues sur une rivière tranquille, profonde, dans une absolue solitude, à l'ond^re de forêts comparables à celles de la Pampa du Saint-Sacrement. Le chenal court presque constamment en ligne droite pendant près de cent milles ; on dirait que l'on avance sous une nef indéfiniment prolongée, aux piliers de laquelle s'accrocheraient les fougères géantes, les orchidées, les lianes à fleurs pourprées. Il semble que la nature amazonienne, avant de rendre le voyageur à l'Océan, veuille se montrer une dernière fois à lui dans sa plus éclatante parure.
A notre gauche s'étend l'Ile de Marajo; jadis habitée par des tribus nombreuses, c'est aujourd hui une nécropole. L'exploration des tombeaux (pii couvrent cette île, grande comme l'Irlande, a révélé chez les peuplades anciennes un état de civilisation relativement avancé. A coup sur, aucun des Indiens qui occupent actuellement le bassin de l'Amazone ne serait capable de modeler ces belles urnes funéraires, ces poteries, où le caprice du dessinateur indigène s'est exercé avec une ingéniosité remarcpiable et parfois avec un instinct très sur de 1 ornementation. Un naturaliste de grande valeur, M. Runibelsperger, a consacré plusieurs saisons à visiter et à fouiller cette de des Morts. Les objets de toute nature rapportés par lui foinient 1 une des plus précieuses collections du Musée national de Rio de Janeiro, la plus remarquable peut-être pour ceux qu'intéresse 1 histoire si obscure encore de laborigène sud-américain. Sur la côte boisée de lAtlan-
tique, sur les morues gicvcs du Oraud Océau, le uiystèrc est le uicuie L houMue d autretbis a {jardé l anouynic ; uul décliitïVeur d hiéio{;lvphes ue lui a eucore arraciu'! sou secret .
Au sortir du eanal de Brèves, uous eutrious daus les eaux du Para, ou plutôt daus sa partie luéridionale, le cljenal Goajara, eouipris entre uu chapelet d des et la terre ferme. La rivière se couvre de voiles: uous dépassons des uavires étranjjes, les uuissives montarias à la j)Oupe élevée eu loriue de jouf[ue chinoise ; elles mettront près de deux mois pour accomplir le trajet que nous venons de parcourir en cinq jours. Enfin, à l'horizon, des canqianiles, des coupoles, des ran{jées d édifices lavés de nuances claires, nu>ntent lentement au-dessus de leau. Des fumées d'usines traînent sur les l)ois : des vapeurs de lisières, de lonjjs paquebots, des voiliers sont à l'ancre, et le vent qui, ilepuis le matin, a sauté à l'est, m'apporte un parfum que je n ai pas senti depuis huit mois, la saine odeur alcaline des jjrandes biises soufflant du large. Cette ville si longtenq^s désirée, c est la vieille colonie de Santa Maria de Belem : c'est Para.
Belem ou Para, — on lui donne indifféremment les deux noms, — est situé à quatre-vingts milles de lOcéan, sur la rive droite du rio Para, que beaucoup de gens prennent à tort pour lune des bouches de l'Amazone, tandis qu elle est en réalité un prolongement de l'estuaire du Tocantins L'aspect est celui de la plupart des cités brésiliennes : murs enluminés de badigeon ou blaïuhis au lait de chaux, toitures en tuiles rouges, maisons entourées de larges vchandas. La Aille en détinitive, surtout vue de la rade, est d un assez bel eifet par le contraste entre lanimation du port et (\q^ quais, le bariolage des édifices, et le monotone horizon de ioréts qui se déploie au sud et à l'ouest.
.le ne sais trop rinq)ression qu elle peut produire sur létranger qui débarque d'Europe ou des métropoles du sud, Rio ou Buenos-Ayres : peutêtre cette animation lui paraitra-t-elle médiocre. Pour moi, lavouerai-je ? après ce long voyage dans lintérieur, ce que j'ai admiré, ce n'est ni le
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l.îujjo (II- l'oUoia, la sii|)cil)e l'strada de Manjiubciras, la loule fliaiiiiarile (le Na/.aielh, les aiieieiis eouveiits, eo n cs( pas la j)()j)ulation où, chose rare an liiésil, réléineiit noir et ses dérivés sont en ininoii(é, a\ anta{jeusenient rein|)lac'és par les types indi{}ènes : ee sont les tramways reniorcjnés au {;alop par les mules, les baquets, les appels des marchands, les jurons des porlelaix, le mouvement et le bruit de la rue. Ce vacarme m'étourdit, cette loule m intimide : je crains à chaque instant d être renversé par un véhicule, bousculé par les passants affairés. Machinalement, je bats en retraite vers Ponta (la Pedra, \ ers le port; mais là aussi je me heurte à une cohue, une bousculade indienne où éclatent tous les jargons parlés sur l'Amazone. Un milliei' diadixidus sont en train de procéder au déchargement des canots et des chalands : c est un amoncellement de cacao et de manioc, de vanille et de caoutchouc, de balles de fruits et de poisson séché. Je me sauve.
Para, me dit-on, n'est cependant pas à son avantage en ce moment : la lièvre jaune y sévit. Je m en suis aperçu en débarquant : le premier b(jtel où je me présentai a\ait toutes ses ouvertures berméti(piement closes; sur la [)orte, une pancarte siuinontée d une croix avertissait la clientèle que rétablissement resterait fermé pendant un temps indéterminé, le j)ropriétaire et sa femme, atteints par 1 épidémie, avant eu le malheur de décéder la veille au soir. Aussi est-ce avec joie que j apprends 1 arrivée du pa(piebot-poste américain Para à destination de Rio de Janeiro ; il vient d entrer en rade et doit repartir le surlendemain. J'ai retiré au Consulat le paquet de lettres qui m'attendait depuis trois ou quatre mois; je me suis procuré une défroque plus [)résentable : rien ne me retient plus à terre. La transition a été Iroj) l)ius(jue; j ai besoin, pour me ressaisir, de (juekjues jcnns passés sur rOc(''an : le bruil de la mei" accouluine au bruil {\o^ hommes.
22 décembre. — La terre est loin. Le dernier village aperçu a été CoUares, à demi caché sous des futaies de manguiers. Maintenant, nous avons pris le large, secoués par une forte houle dont la cadence accélérée trahit le choc de ces deux puissances, l'Amazone et 1 Atlanti([ue.
. La nuit esl \eiiiic : ('tendu sur ma coiichcUc, dans 1 alniosplicic calmante de la mer (|ui chanle contre mon hublot la plus iiTésistil)lc des berceuses, je ne puis dormir. Mille ])ens(''es confuses se pressent dans ma tcte. .le recommence mentalement mon étran.j)e odvssée : les bons comme les mauvais jours reparaissent avec une netteté singulière; en faisant le compte, j estime (jne ceux-ci ont été largement compensés par ceux-là. Je n'ai ni regret ni rancune vis-à-vis des êtres ou des choses : je n'en veux jii à l'Indien sournois, ni à l'humide forêt; je pardonne à la Puna glacée, à la rivière où j'ai pensé périr. Tous eu somme se sont montrés cléments envers le vovageur isolé : je leur dois les plus douces et les pires heures de ma vie, les plus profondes et les plus fortifiantes émotions que j aie jamais ressenties ou soupçonnées.
Je songe enfin à la curieuse destinée de ces contrées depuis si longtemps découvertes, aujourd hui encore, sinon désertes, exploitées du moins d une manière si superficielle. L'impression qui s'en dc'gage, c'est le vide. Des Andes jusqu au rio Negro, de rares défrichements, des hangars, des paillotes, mie dizaine de hameaux décorés par leurs habitants du nom de villes, quelques milliers d'individus pour une région (pii nourrirait aisément vingt millions d'hommes. Quand et comment se peuplera-t-elle? Quelles associations puissantes v amèneront les masses indispensables pour défricher cette terre (|ue sa fécondité même et l'exubérance de sa végétation rendent redoutable au colon sans appui? Questions téméraires. Sur ce sujet, plus encore que sur d'autres, il est imprudent de prophétiser. Les plus habiles ont été convaincus d'erreur, et leurs calculs établis sur les données les plus sérieuses n'ont point hâté la solution du })roblème.
Au moins est-il permis d'espérer que, le jour ou ces vastes territoires jusqu'ici délaissés attireront, non plus seulement le coureur des bois, le chercheur d'or, d'essences précieuses ou de caoutchouc , corrupteur et despote de l'indigène, mais le cultivateur, la France participera dans une
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|uslo niesaro ;i I;i mise en valoiir d un |»a\s ([ni, depuis trois siècles, a seni de eliani|i d élude à ses cxploi'ateiu's cl à ses savanis.
.le n ijjuore pas les pi(''\ entions, jnscpi à un certain point justifiées, qui s'attrtcheat actuellement chez nous aux entreprises coloniales. Mais l'avenir dont nous parlons est assez éloigné pour cpie, d ici là, les opinions et la mode aient le temps de se modifier, sur ce point comme sur beaucoup d'autres. Enfin, si lé{>itime qu'ait été le mécontentement provoqué par de récentes et ruineuses aventures, un pavs tel que la France ne saurait se désintéresser impunément des elforls tentés par les nations rivales pour asseoir leur prépondérance politique, commerciale et industrielle sur les jeunes continents. Cette suprématie ne s acquiert pas uniquement par l'afHux des capitaux, mais par un apport de main-d'œuvre. Les peuples s'accroissent, a-t-on dit , par cela même qu'ils essaiment : l'axiome est hanal à force d être vrai. Notez qu il ne s'a(j,it ici que de l'accroissement numérique, le plus important d'ailleurs, en notre siècle de fusils à répétition et de poudre sans fumée.
Je nie souviens qu un soir, au campement, un Indien m interrogeait curieusement sur mon pavs. Quand je fus parvenu, à force de comparaisons et de périphrases, à lui donner une idée de la distance énorme qui nous séparait de la France, le sauvage devint rêveur, et, après un silence d'une minute, il me dit : 't La terre est donc bien mauvaise dans ton })ays, que tu es venu si loin ! "
.l'aurais jni lui répondre qu il est j)eu de terres plus fécondes, aucune où la vie soit plus douce; mais il n est nation si prospère et si richement dotée (jui ne trouve profit à regarder an delà de ses frontières, à reculer par la pensée les limites de son horizc^n ; elle s exposerait à de pénibles réveils en s endormant dans la contemplation complaisante de son bien-être.
Depuis douze heures nous sommes en route : le jour va poindre. Je ne puis reposer dans cette couchette dont j'ai perdu 1 habitude : me voici sur le pont ; la mer est un peu tombée, quoique grosse encore. Mais est-ce bien
la nier, cette oiule liinozieuse dont je ne connais (jue trop la nuance? Elle roule péle-nièle des troncs d'arbres morts, des In'ancliescharjjféesde feuilles, des paquets de lianes et, çà et là, des IVajjnients de ponce vitreuse, scories vomies par les lointains volcans des Andes...
A plus de soixante-dix lieues de la côte, le fleuve (^éant lutte encore.
Septeinljie-décemljie 1886.
Cinq mois plus tard, un matin de mai. La ]'illc de Rio de Juneiro qui me ramène en Europe stoppait hier soir par le travers du feu de Roscol'f pour prendre le pilote de la Manche. Les falaises du Cotentin, un instant visibles à 1 aube, s'estompent, puis disparaissent dans la brume devenue plus dense à mesure que le jour grandit. La France est là, toute proche, dans cette blancheur que traverse de loin en loin la fine silhouette d'une barque de pèche en train de relever ses chaluts; la France que plus d'une fois j'ai cru ne jamais revoir.
Accoudé sur la lisse, immobile sous la buée pénétrante, je pense au chemin parcouru pendant près de trois ans par le soleil et la bourras(pie, à travers les populeuses cités d'Asie, les monuments de civilisations éteintes, les halliers de la foret primitive... C'est l'Inde sommeillant dans sa splendeur hiératique, le pays birman, Tlraouaddy bordé de pagodes, la grande fourmilière chinoise, le Japon cocasse. C'est Java, la mer bleue des Célèbes, les archipels de coraux, les soudures côtes de la terre australe; puis, sur{;i.-sant du Pacifique, la Cordillère andine avec ses pics neigeux crachant la flamme. Knfiii, ces longs mois de vie indienne, les campements dans la Sierra, le tambo de palmes, la frêle balsa de l'Amazonie.
Jours d'enchantement, heures de doute et d'angoisse, tout cela est loin à présent. Je vais revoir les miens, les visages amis, la maison familière telle que je l'ai laissée. xVprès des années de vie errante et libre sur tous les
océans, sur les fleuves induis, daus la prodigieuse nature équatoriale, je vais être de nouveau ressaisi par les mille liens de nos conventions sociales, ])ar cette existence européenne, un peu étroite peut-être, mais enveloppante cl douce.
Connue la brunie s'esl épaissie! C est à peine s'il resle un dcmi-mllle d horizon visible. Notre sifflet d alarme résonne de minute eu minute ; d autres lui répondent : parfois une {;randc ond)re passe : un steamer nous croise de si près que Ton perçoit la vibration des machines, le bruit des voix sur le pont, le jailli: sèment de l'eau sous l'hélice.
Soudain, un strident coup de sirène; un autre encore, plus rapproché. Puis, de grandes ver(}ues carrées, deux hautes cheminées rouges émergent du brouillard, à tribord. .Icuteuds ce cri :
« — Le Iransallauticpie ! . . . Il vient sur nous!... »
Le pa(picl)ol n'est ])lus qu à cent mètres; on aperçoit sa coque très élevée sui- beau, ses ponts noirs de monde. Il manœuvre pour nous éviter. Mais (h'jà son taille-mer a croisé le nôtre... Un choc terrible. La IV/Ze de Rio s'incline comme si elle avait chaviré. Elle a pénétré comme un coin dans le flanc du transatlantique, puis s'affaisse, mutilée elle-même, l'étrave romj)ue, prête à couler : une vague immense l'a recouverte aux deux tiers; le tout u a pas pris (juarante secondes.
Le bàtimeut avec lequel nous venons de nous renconticr est le paquebotposte de New-York, la C/itinipagite ; je lis le nom sur son avant pendant (pie lesdeuxuaviressont bord à bord. Elleestsérieusement atteinte ; l'eau pénètre aboudauHuciil par la Idcssme eu coiqi de liaclic qu'elle a reçue, .l'aperçois des centaines de passagers sur le pont supérieur, dans les coursives. De ])art et d autre pas un cri, pas un geste : la stupeur des grandes épouvantes.
l'uis les deux bateaux se séparent et se perdent de vue dans la brume. J..e nôtre s'est relevé un peu ; mais son avant reste presque complètement uové, et l'eau cuvahil déjà les nuichines.
Le sauvetage s'organise à hi liàte, mais a\ ec Tordre le plus parfait. Les
passajjeri? sont peu noml)r(Mi\, une ciiKninnlaiiie on (ont ; les onil)nication> ne manqneront pas. Par malheur elles ont été, le matin même, et suivant l'usafje lorsqu'on approche du port, amenées sui' le pont. Comment les relever rapidement et les passer par-dessus bord sans 1 aide du treuil à vapeur?Les feux sontéteints. Il faut renoncer àmettreàreaulesgrandeschaloupes ; on se rabat sur les canots, plus cpie suffisants du reste pour embarquer les vova^jeurs et l'équipage. Tout le luonde s'attelle aux palans. L'eau ga[]ne toujours, mais lenlemcnl ; les cloisons étanclies, bien qu'ébranlées, tiennent encore. Par bonbeur la mer est calme; une houle très léjjère : le navire fati{]ue peu.
Une lieure s'est écoulée durant laquelle nous attendions à cliaque minute le plongeon suprême. Les signaux de détresse ont été bissés, le j>avillon mis en berne. Le brouillard se lève peu à peu ; deux vapeurs passent à 1 horizon, mais sans nous voir. Enfin, les chaloupes sont à 1 eau et lend^arquement commence : les femmes, les enfants d'abord, puis le reste des passagers avec les quelques effets qu ils ont pu retirer des cabines, des domestiques du bord, et jusqu'il mon chien. La pauvre béte, depuis l'accident, ne m'a pas quitté, comme si elle flairait le danger et protestait d'avance contre un abandon possible, .le 1 ai jeté du haut de l'échelle dans le canot où il s'est blotti sous un banc, sans un cii.
A ce inoment un troisième paquebot sort de la brume. Celui-ci nous a vus; c est encore un transatlantique, la Ville de Doidcanv, faisant roule pour les Antilles; il s'approche, et en quelques ininules met toutes ses end)arcations à la mer. Gela ^a nous permettre de sauver iu)s n;emis colis de chambre ; -quant aux bajjajjcs de cale, ils sont déjà sous 1 eau. .lai enlevé de ma cabine ce «pii m est le plus piécieux, la valise contenant mes carnets de notes, mes cro(]uis et quelques clichés, .l'y retourne cherclier le petit appareil pbotographifpie qui m'a servi pendant loul mon \()yage ; peut-être pourrai-je, de la clialoiq)e ou du pont de 1 autre \ apcui-, prendre une dernière vue de notre na\ ire à l a.!:onie.
Je n oiiMicrai |ainais ccUe rapide visite à ee léiluit qui iul ma demeure pendant prè^ d uu mois, 1 aspect du salon, si coquet il va quelques heures. La \ iolence du choc a tout hrisé, les cristaux, les glaces, les marbres des consoles arrachés des meubles et réduits en pièces, les lampes dégorgeant leur huile sur les tapis. On dirait uu logement saccagé par 1 ennemi.
T^n quart d heure plus tard nous étions tous réunis sur le pont de la IV/A <lt' Bordeaux, dont le commandant, M. Brilhouin, fit preuve h notre égard de la plus exquise courtoisie, se félicitant en termes émus d'être arrivé à temps pour nous tirer de peine.
La Ville (le Rio s'enfonçait lentement de l'avant; leau arri\ait maintcuanl an pied delà passerelle. Le commandant, resté le dernier, descendit dans son canot. Toute la ménagerie du bord, bœufs et moutons, dont les n)atcl()ts a\ aient ou\ crt les cages avant de gagner les chaloupes, afin que les pauvres animaux pussent du moins mourir en liberté, s'était réfugiée à Tarrière et poussait des clameurs désespérées. Le navire se souleva une dernière fois, montrant la plaie béante de sa proue, puis retomba : un à un les panneaux sautèrent, des gerbes d'eau jaillirent jusqu'aux vergues, la poupe se dressa laissant voir l'hélice, et tout s'engouffra. 11 était cinq heures du soir ; depuis le moment de la collision, survenue un peu a\ ant midi, notre épa\e entraînée par le courant avait dérivé de douze milles vers l'ouest. La Ville de Bordeaux, virant de bord, remettait le cap sur le Havre ou nous de\ ions mouiller sur rade dans la nuit.
Le sinistre se réduisait à des pertes matérielles. La Champagne, malgré sa grave avarie, avait réussi à s'échouer sur le banc de Courseules ; le ma{fnifi((ue steamer fut heureusement renfloué quelques jours après. Il avait à son bord plus de douze cents passagers, dont six à huit cents émigiauts : sauf une trentaine de ces derniers qui, saisis de panif[ue, se ruèrent j\ l'assaut d une embarcation et tombèrent à la mer, tout ce monde, grâce à la j)r()mpte décision du commandant et à la belle discij)line de léquipage, en avait été quitte pour la peur. Les naufragés étaient iccucillis à peu
près en même temps que nous par un \apeur anglais, le Viilutr, et nous jirécédaicnt au Ha^■re ou courait déjà le Ijruit de notre perte (olalc.
Kt parmi tant de {jens miraculeusement préservés , nul plus que moi peut-être ne sentait l'étrange ironie de ce naufrage au port.
Au iioinljrc des passagers de la IV/A/ de Bordcatix se trouvait une famille anglaise se rendant au Mexique. Le père, un « clergvman », homme aiinahle d'ailleurs, a\ cr lequel j a\ais lié conversation pendant le diner, était de ceux ([ui ont toujours en réser\e un texte hiMique pour servir d'épigraphe aux moindres incidents de la vie. Le ;■ tract •• , cette fois, fut bien en situation. Dans la soirée, à l'heure du thé, nous étions assis dans le salon, lui lisant, moi rêvant aux événements de la journée. Il vint à moi et, sans mot dire, me tendant sa Bible ouverte, m'indiqua du doigt ce verset du psaume cvi :
« Ceux (jui s en vont sur les navires, à la mer, et trajtfjuent sur les vastes eaux, l'errant les œuvres du Seigneur et les merveilles de l ahime... -