‹ Des Andes au Para: Équateur-Pérou-AmazoneChapitre 29 sur 38 · I N D I K N FERA · texte numérisé non relu

I N D I K N FERA

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ment m j)oiiie ouvert c-l déjà reconquis par la hroussaille; la place a un air (1 ahanilon. l'Ile se dépeuple an profil d un \ illa;;e de création plus récente, Caballo-C.oclia, situé vinjjt milles plus haut, sur la rive droite, à une portée de fusil du IliMne, au boid (Tun lac cnclianlenr, cpuiique infesté de caïmans, ou les plantes aquatiques, notamment la Virloiia Br(jia, attei{;nent (\c> proportions colossales.

l'ne ruine aussi, ou ])eu s'en faut, le fort brésilien de Tabatiujja, ou nous abordons dans la matinée du 28. Trois jjrands corps de lo{]is blancliis à la chaux s"élè\ eut i\ cent mètres de la berjje que couronne une redoute en terre. Du sommet, le lit du fleuve, larjje de dix-huit cents mètres, est visible sur une longueur de six lieues. A lest, Ihorizon est fermé par un {p-oupe d iles boisées disséminées à rembouchure du Javary. Les embrasures sont vides; le seul vesti^je dartillerie est uji vieux canon de fonte enfoui dans llierbe au pied de son affût démantibulé. Quant aux bâtiments, un seul est habitable; les deux autres n'ont plus ni fenêtres ni toiture : à travers leurs ouvertures l)éantes, on entrevoit la forêt voisine qui déjà envahit les décombres. Le fort n'est occupé (pie par une dizaine d hommes et leurs familles, sous le commandement d un officier, ou sous-officier, je ne saurais dire au juste; car supérieur et snboidonnés, en manches de chemise et en chapeaux de paille, paraissaient vivre sur le pied de léjjalité la plus j)arfaite. D'ailleurs, une foiteresse, au sens précis du mot, n a pas ici de raison d'être. Une paillote au centre dune redoute, c'eût été plus qu il n en fallait pour abriter la {jarnison et tenir en respect les Indiens maraudeurs. La visite, une ou deux fois 1 an, d une des petites chaloupes à \apeur composant la flottille de 1 Amazone ancrée à Manaos, eût complété le système de défense. Mais, comme il arrive Iroj) souvent dans les pays neufs, on a voulu faire {^rand, à I cincqtéenne. Celte caserne momimenlale sur la lisière d une forêt vier{|e me semble une ima.|je assez exacte de ces immenses États du nouveau monde, on l acli\ ilé politirpie el conuneiciale n a («uère dépassé

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ciK'oïc le voisiiia^'C des cotes: — un poilique superbe ouviaiil sur le \i(lc.

.1 ai)|)iis (lu cliel" (le poslc qu'un vapeur venant du .lavary avait relàclié la veille au soir pour prendre les lettres et faire viser ses papiers de bord. 11 devait être encore mouillé à rend)oucbure de la rivière, devant la Cactorene lîocba, et api)aieillerait le jour niënie à destination de Manaos.

Je me rend)arquni au plus \ite : peut-être arriverais-je à lcnq)s. De Tabatiu.|;a au .lavary la distance uest <pie de (piatoi/e milles, et la vitesse i\u courant dépasse quatre milles à Theure. Mes Indiens rament éperdument. l'n demi-mille au plus nous sépare du confluent, quand je vois la coque sond)re du bateau surjjir du proniontoire. Il part, il va franchir la barre et disparaître. Gojnbien de jours, de semaines, s'écouleront avant qu'il en vieiuie un autre? Il faut qu il nous voie! Mais notre radeau est si peu de chose sur cette nappe deau miroitante, lar(]e d'une demi-lieue! Une tache noire, un tronc d'arbre descendant à la dérive, rien de plus. Jai hissé mon petit pavillon et, debout siu- la barbacoa, je brûle mes dernières cartouclies. Mes hommes de leur côté se sont dressés brandissant leur pagaies, hélant le fuyard de toute la force de leurs poumons. Appels et coups de feu ont été entendus. Voici qu il sto])pe, il vire de bord et se rapproche lentement de terre...

Quelques minutes plus tard, nous accostions; mes bardes, ines armes passaient du radeau sur le pont, et j'abandomiais, pour toujours cette fois, la \ aillante petite balsa qui m avait porté pendant cin(} cents lieues". Jeu veux pourtant conserver un souvenir. Je détache d un couj) de bachette un éclat de bois ; puis je décroche du mat de l)ambou le cbiffon d élamine trico-

i i\v Tocaclii a \ uiimafuas .520 inilics ilo GO au ^Icj'rc.

R:() Ilnalla/'a , ,. . , , '

( de lui'iinafjuas a han Loicnzo iOO —

\ (le San lyoreiizo à l'ile ]\auta (emboucliiire de l'un Maïaiio.i

( 1 lîcayalij 2f> —

, i (le Nauta à Iqnitos (11 —

Amazone ,., • i •• i -

( d l([uitos au .lavary ol.i —

J,()VO milles = 1,920 kiloni.

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lorc que jai vu flotlcr tour à tour sur les rapides du ]lualla{;a, sur les eaux cendrées du Pastaza, dans le calme et dans la tempête, devant la factorerie hospitalière et sous les flèches des Achuelos.

28 novembre — 7 décembre. — Du moment où il a mis le pied sur un vapeur, le vovageur n'a plus d histoire ; il s identifie avec le paquehot qui l'emporte, sans souci des heures écoulées, de la distance parcourue entre deux levers de soleil. L impression mest d autant plus sensihle que la transition de 1 existence ajjitée au calme plat a été plus prompte. Après les fatigues, les émotions endurées, la continuelle tension de la pensée et des nerfs, cette inaction nest pas sans douceur. 2se j)lus vouloir, ne plus ])révoir, se laisser hercer par le bruit régulier de la machine, le balancement rvthmé du navire en marche, c'est une des voluptés du voyage et non la moindre, bien qu'elle nait rien d'intellectuel. Qxxe de gens, sans la connaître, déblatèrent contre cette vie maussade du bord, à laquelle cependant les plus impatients se font si vite !

La mélancolie de la mer est peu de chose, comparée à cet horizon monotone. Le paysage est dune implaca])le uniformité; des centaines de milles de rives indistinctes, à demi noyées, invisibles parfois, ou, quand le lit se resserre, lorsque le steamer s engage dans les canaux d un archipel, liuévitable forêt se dressant comme un mur, les palmes et les fougères ])encliées sur beau, les buissons déracinés tournoyant dans le courant; des débris de futaies accumulés en palissades le long des berges, des bandes innond)rabIes d'oiseaux ravant le ciel, et, mettant dans l'harmonie lumineuse du lableau la noie funèbre, lurubu , le grand vautour Jioir en faction a la cime des arjjres. Mais notre bateau, le '• Vieiro <l<i Ciinlia r. , son équipage, mes compagnons de route, ne ressemblent à rien de ce que j'ai vu sur les eaux (h^uccs ou salées.

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Les bàliineiils ania/oiiicns sont ('tahlis (Taprès un |)lan loiil pailiciilirr (|iil correspond à la fois aux cxijyences du cliiiial cl aux lialtiludes de leur clientèle. Celui-ci, qui peut jauper 250 tonneaux, a deux ponts reliés par luie charpente de fer à claire-voie. Le bas est réservé aux machines, à Fcquipage et à la cargaison; Tétage supérieur appartient à Tétat-major et aux passagers. L'aménagement est des plus simples : ni cloisons ni cabines; pas d autre mobilier que de forts crochets glissant sur des barres fixées dans la toile en tôle. C est là que chacun suspend son Jiauiac et reste étendu des heures entières, les veux mi-clos, sous Taveuglante chaleur de midi; là, que le soir des Aovageurs reposent pêle-mêle dans la nuit tiède où le courant d air, soulevé par le bateau fdant à toute vitesse, vous caresse comme le battement d'un éventail invisible.

Il va sans dire que le service et la discipline ne rappellent qu inqjarfaitement la belle régularité d'un paquebot transatlantique. On part quand ou veut, ou arrive quand on peut; les escales sont plus ou moins longues suivant la quantité de combustible à embarquer. ]!sous naviguons indifféremment jour et luiit sous la conduite de pilotes indiens qui, forts d vme longue expérience, n ont que faire de cartes et connaissent tous les détours du fleuve, les méandres des archipels et des bancs de sable , sur une distance de onze cents milles, d'Iquitos au rio Negro. Mais, en moyenne, nous ne sommes guère en route que douze heures sur vingt-quatre. Le reste du temps est consacré à faire du bois dont les indigènes riverains préparent à lavance de grands las siu' les points où la berge haute, taillée à pic, rend l'atterrissage plus facile. Tous mettent la main à l'oeuvre, femmes et enfants, vieillards dont le corps tatoué et labouré de j)rofondes cicatrices atteste cpi ils ont connu les temps héroi(pies ; c est un spectacle ('Irange que ce défilé de personnages aux longs che\ eux, vêtus d un pagne de cotonnade ou d écorce , évoluant à la clarté des torches, et dont l'épiderme luisant a les reflets du bronze.

La société est peu nombreuse et d apparence plutôt rude. Les gens qui

in enlourciil sont pour la plupart des Manie/iicos : on (lé.si{]ric ainsi sur I Ania/onc lenraiit né du l)lanc et de l'Indienne; natures éner{>iqiies, sol)res, insensibles aux pii\ ations, aux (atijjues, aux misères de la vie des bois. Le Momc/ino est le courtier par excellence, 1 intermédiaire le plus actif entre les établissements du littoral et les tribus de l'intérieiu'. Rusé autant rpion peut Tétre, liardi comme pas un, il sait tous les dialectes, les traditions indi(;ènes, se fait affilier à la tiibu, v possède une case, parfois même une famille à hujuelle il rend visite à de rares intervalles, à moins (]ue ses affaires ne roblifjent à en fonder une autre chez luie peuplade différente. Apre au |;ain, ne crai{;nant Dieu ni diable, il considère le pavs indien comme ini fief dont i\ n'entend partajjer la suzeraineté avec àme qui vive. Autant et plus que llndien, c'est le roi de la l'orél, majesté farouche dont le rèjjne n'est pas près de finir.

Ceux-ci reviennent de la haute vallée du .la\ arv ou ils ont échangé leui" pacotille contre un chai"{>enient de caoutchouc, île cire, de résine durcie. Ils passent leur temps dans le hamac à fumer des ci(»arettes etdelonjjs charuios de fa!)ricalion indienne, ou bien, la cara])ine en main, s'anuiseni à tii'cr les caïmans. Ils ne s'annnenf lui peu (pi aux heures des re])as, don! le menu invariable se compose de fcijocs, haricots durs comme des balles, accommodés au lard lance, île \iande salée et de poisson; en {jiiise de pain, la farine de manioc contenue dans une terrine ou chacun puise à son {|ré, si mieux il n aime ploufjer directement le morceau dans cette chapelure, a\ant de le porter à sa bouche, — parfois après. Gomme boisson, beau du fleuve rafraîchie et clarifiée dans des jarres de terre poreuse. La coiner- .'•aliou II est jamais ^«jénérale ; riiii des convi\es narre d'une voix lente, par phrases hachées, un récit de chasse ou devova^je; rauditoire se contente de marquer son attention par {\e> monosvllabes ou de simples si,oiies de tète. Le repas terminé, chacun reprend sa sieste ou son affût, sans plus s'occuper du voisin.

Kii bas, on est beaucoup plus bruvant. A l'exception du commandant et

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(le son second, l i'<niipa;;e n esl eoinposé que de métis et d Indiens ai)i)nrlenanl , les uns à diverses tiibus l'iveiaines , d autres aux populations liahilanl les vallées du Toeantins ou du Tapajoz ; mariniers consommés, lial)itués (\c> reniane-e à maiuruvrer la pirogue dans les rapides, et volontieis causeurs pour peu (pie l'alcool les mette en \erve. Tout ce monde se réunit le soir à l axant, jase, fredonne, ou bien, assis en cercle autour du doven de la bande, écoute d interminables liistoires tout en dévorant des bananes. Le narrateur, sûr de son public, ne se met pas en frais d'ima(>ination ; son répertoire se borne aux léjjendes les plus connues de la théogonie indienne, les exploits du Curupira, du Jtirtipdii, de \aMai d'Ar/ua, (II' I i)n(hne Oiara.

il (\\[ la naissance merveilleuse, Texistence épbémère et la transfi{>uration de Mani, 1 enfant ii la peau blanche, né d'une vier.j;e fille de chef.

l^e père a eut connaître le nom du séducteur : il con\ o(pie les anciens du \ illa{j[e et fait amener devant eux la coupable. (Jelle-ci se lamente, implore, |)rotestc de son innocence : elle jure par liiida, le dieu d'amoui", par Caïré, I astre des nuits, que jamais elle n'eut de l'elation avec aucun homme, i'rières et serments sont de nul eflet ; on décide (pi elle ne doit pas sur- \i\re à son déshonneur; elle niouira le lendemain au le\er du soled.

Et voici (pie, pendant la iiuil, le chef eut un sonjje. Il lui sembla ipi un homme blanc, einironné de lumièi'c et dont les veux brillaient comme des étoiles, se tenait debout ;i 1 entrée de la case. El le faiit()me pailait ainsi : » (Ihef, ne tue [)()iut ta hlle; elle a dit vrai. Prends soin de renfant (pii \a uaiire. Il se nommera Mani et sera le [fénie protecteur de la race. »

Le chef, éclairé par le soiij;e, a ])ardouné. >[ani vient au monde; c'est une délicieuse créature, plus blanche tpic I.<. Heur de rici( ariba. La surprise fui ;;ian(le, non seulement dans la tribu, mais clie/ toutes les nations \ oisines, (pii accoiiiuiciil poiii admirer cet eiifani d une race meonniie.

Pour comble de miracle, le nou\eau-ué marchait et parlait. Il j)ailait d une \oix si jjréle (pie sous cu.ssie/ dil un piaulement d oiseau tombé du

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nid. Mais quand les anciens se baissèrent poin- prêter Foreille, le (ju'ils entendirent les émerveilla. Lenfant annonçait les destinées de la tiihu; il disait aa\ cliels les périls à venir, lennenii probable, la victoire certaine...

i\iis, avant nu-nie d'avoir achevé sa preniière année, sans (pic rien eût fait présager sa fin, Mani mourut. «Sa mère lentcrra au milieu de la case suivant la coutume indienne et, brisée de douleur, se coucha sur la tombe, où elle s évanouit. Alors, 1 entant mort lui a})parut et lui dit :

« Mère, ne pleure pas. Je ne suis pas parti tout entier; je t ai laissé mon cœur pour qu il serve d aliment à mon peuple. »

Revenue à elle, il lui sembla voir, de la terre fraîchement remuée, poindre une plante, laquelle jjrandit, se couvrit de {paines que venaient picorer les oiseaux du ciel. Et voici qu'un beau matin la terre se fendit au pied de 1 arbuste. Les [jens étonnés creusèrent le sol et décou\ rirent une racine succulente qui fut aj)pelée Mani oca (le cœur de Mani).

Parfois le récit tourne à l'apologue ; il met en scène les types les plus répandus de la faune amazonienne, 1 once, le singe, Itirubn, le perroquet et surtout \ejahuii (la tortue) qui, pour le fabuliste barbare, symbolise la ruse, la malice, la revanche de l'esprit sur la force. Nous apprenons comment le jabuti se tire des passes les plus critiques, échappe tour à tour aux griffes du félin, aux serres de l'oiseau de proie; comment, traité de haut en bas par lantilope, il ose la déher à la course et, qui plus est, gagne la gageure '.

' I.n i)liipait tic ces contes ne sont pas seulement populaires sur les bonis de l'Amazone, mais, à quelques v.iriantcs près, sur tous ses affluents, du Purus an Xingu, et dans le I5résil entier. Un des plus intrépides explorateurs de ces régions, M. le D' Couto de Ma;;alliàes, aujourd'liui retire il San Paulo, où j'eus ravanta{;e de lui être présenté, les a retrouvés dans les provinces de Malto- Grosso et de Corrientes. 11 en a reproduit un certain nombre dans l'idiome orijjinal Tupi-Guarani, à la suite de sa très curieuse grammaire de la Lingua Gérai. Le résumé des observations recueillies dan» ses longs voyages a été publié en 1876 à Rio de Janeiro, sous ce titre : 0 ScliHiçjcm. C'est, je crois, l'étude la plus sérieusement documentée qui ait jamais été consacrée au langage et aux coutumes de l'aborigène.

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La Iqjcnclc ori{;iiiale n'est, le j)las; souvent, ([ii'iin sini[)le canevas sur lequel le narrateiu- brode au {]ié de sa Fantaisie, llesle-l-il court? Tonl lui sera bon. 11 imitera le ru{;issement du léopard, les jongleries du macaque, Tallure rampante de la tortue, excité par les spectateurs qui feront chorus aux endroits pathétiques.

Lorscpron navi{;ue peiulant la nuit, si le temps est beau, le liiniament étoile, il n'est pas rare d'entendre, à rheme où Ton croit tout le monde endormi, une voix s'élever du poste de l'équipa^je, entonnant sur un rvthme lent quelque complainte où l'improvisateur fait intervenir péle-méle la lune, les astres, ses souvenirs personnels, les menus incidents de la journée. Ses camarades reprennent le refrain d'un ton traînant. Il en est une chère à tous les mariniers des vapeurs et âe>< lourdes monlarias à voile qui navipuent entre le Para et Manaos ; elle débute ainsi :

A lua esta saliindo,

Mai, Mai!...

As estrellas cstâo clioraiido,

Mai, Mai !...

« La lune se lève, — Mère, mère!... (Ces derniers mots repris par le « chœur.) — Les étoiles pleurent, — Mère, mère! etc., etc. »

La mélopée peut se prolonger de la sorte à riuHni : elle n'a d'autre limite (pie l'épuisement du chanteur <jui, d'oidinaiie, Icrniine au refrain par un ronflement sonore connue un point d'orgue. Puis le vapeur poursuit sa route, tantôt par le chenal principal, tantôt par les canaux naturels qui, cà et là, permettent d'(''viter quehjues grands coudes du fleuve. On ne perçoit plus que le ronflement de la machine ou le fracas d'une berge sapée |)ar Je flot, qui s'effondre, entraiiuint dans sa chute un pan de forêt: la secousse souvent se propage de proche en proche, et les éboulements se succèdent au loin, dans la nuit, pareils à des décharges de mousqueteric.

Nous avons touché les cpialre escales de San Paulo d Oli\ença, Tonantins,

Fonleboa. 'relTé siluô en lace (\c 1 cnihoucliiire du Yupura ; modestes \illajjes éloi(}nés les uns des auties de eent einquanlc milles. I.e |)lus important ne compte (pie (piarante maisons alijjnées entie la lorét et le fleuve, comme des soldats à la parade. Tous pourtant, a us du lar^e, font assez l)on elïel. La structure des bâtiments n est plus la même que dans les établissements de l Amazone péruvien ; la brique, recouverte d'un badi{;eon clair, a remplacé la construction indienne où n entre ni un clou ni un boulon, et dont les solives sont assujetties dans les mortaises par des courroies en peau de lamantin. Ici prévaut la tradition européenne; l'installation a un caractère plus définitif qui, de loin, fait illusion. I]n réalité tout cela est fort précaire : murailles de brique ou liaufjars de pierie, un campement et rien de plus, l'eul-elre même accorderais-je, ])oui' mon comj)te, la préférence à la paillote, plus saine parce (|u elle est aérée. La j)iéce maçonnée, que Lbumidit(' ron^jc, est un admirable laboratoire de lièvres, un asile inexpujjnable [)Oiu- les cent-pieds, les cancrelats et les scorpions.

A cette époque de l'année, ces villajjes sont à peu près déserts : il n y reste <pie les vieillards ou les malades. Toute la population est encore occupée [>oui(piel([ues joiu's à récolter les œufs de tortue et à eu extraire l'huile qui est 1 un des piincipaux, sinon le plus imjjorlant article d exportation. Il ne s'en expédie pas moins de buit à dix mille jarres contenant chacune une dizaine de litres , et l on estime la totalité des onifs détruits cluKpic année sur le Solimôes au chiffre énorme de (juarante-huit millions. La {;rande tortue de l'Amazone, qui atteint trois pieds de lon(> sur deux de lar(;e, dépose ses œufs sur certaines places et les enfouit dans le sable, édifiant de la sorte une série de dunes aisément reconnaissables du lar^je ; on les nomme taboleiros. Chaque villajje a son cbanq) d'action parfaitement délimité et ne peut empiéter sur celui du \oisin. Les uns et les autres, du reste, disposent d une section de fleuve suffisamment étendue, mesurant souvent cinquante il soixante lieues. Pour plus de sûreté, pendant toute la récolte qui commence en septend>re et se prolonge jusqu'aux premières pluies de décembre,

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imc clKilôiipc' (le la llollillc i\c Maiiaos, dcix'clu'C j)ar le pic-sidciil de la province, croise sur rAïua/.one afin d em|)e(liei' les conflits.

Nous avons passé une nuit ii l'ancie, a rentiée du lio Ij)ixinia, devant un de ces villa(jes imj)rovisés, à end)ar(pier des jarres d huile. On Toblient de la façon suivante :

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