‹ Des AnesthésiquesChapitre 11 sur 12 · ANNE · texte numérisé non relu

ANNE

Ce procédé donne 2 gr. de cocaïne pure par kilogr. de feuilles employées.

La cocaïne cristallise en petits prismes incolores ; elle est peu soluble dans l’eau, assez soluble dans l'alcool, très soluble dans l’éther. Sa réaction est fortement alcaline. Elle a une saveur amère.

Le chlorure d’or forme avec la cocaïne des lamelles eristallines qui, à chaud, produisent beancoup d'acide benzoïque. Par ce caractère et par son défaut d'action sur la pupille, cet alcaloïde se distingue de l’atropine à laquelle il ressemble sous tant de rapports.

Sous l'influence de la chaleur, en présence des acides ou des alcalis, elle se dédouble en acide benzoïque et en ecgonine dans le premier cas, et en Aygrine dans le deuxième.

Le chlorhydrate de cocaïne, qui est un des sels de cocaïne le plus employé, est d'un blanc sale et présente, quand il est en masse, l'aspect de la farine de maïs. Il cristallise en aiguilles rhomboédriques et se dissout très facilement dans l'eau.

La solution d'iode, versée dans la solution aqueuse du chlorhydrate de cocaïne, produit un précipité rouge brun. Les alcalis caustiques donnent un précipité blanc, peu soluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool et l’éther.

Lorsqu'on essaya d'introduire la coca dans la thérapeutique, en 1862, ce furent surtout ses propriétés toniques et excitantes qu'on s'efforça de mettre en lumière.

La découverte des principes chimiques, contenus dans les feuilles de la coca, ne modifièrent pas les idées qu’on avait tout d'abord sur ses propriétés. Aussi, lorsque Koller fit connaître, le 16 octobre 1884, à la Société de médecine de Vienne, l’action anesthésique merveilleuse de la cocaïne sur la muqueuse oculaire, l'étonnement fut-il général, et il s'éleva mème à cet égard quelques signes d'incrédulité. Mais

— D) bientôt, les faits de Koller furent confirmés par l'Europe entière.

Abadie, Trousseau, Panas et tous les ophthalmologistes en France, montrèrent les grands avantages que l’on pouvait retirer dans la thérapeutique oculaire de la découverte de Koller, et les propriétés anesthésiques de la cocaïne furent définitivement admises. Voilà donc la coca qui, de médicament tonique et antidéperditeur, s'est transformée en anesthésique local.

Nous ne parlerons pas des observations successives qui ont contribué à opérer cette transformation.

Action physiologique. — Lorsqu'on met sur une muqueuse une solution à 2 p. 100 de chlorhydrate de cocaïne, on obtient, 5 à 10 minutes après, la perte de la sensibilité de cette muqueuse, et cet effet se prolonge pendant une heure à deux. La même insensibilité se produit, lorsqu'on introduit la cocaïne sous la peau. Supposons qu'on injecte, sous la peau de l’avant-bras d’une personne, 1 gr. d’une solution dé chlorhydrate de cocaïne au cinquantième, cette solution ne détermine aucune douleur, et si 5 minutes après, on expiore la sensibilité de la peau au niveau du point injecté, le malade n’accuse d’autre sensation que celle d’une épaisse couche de ouate à ce miveau.

Les sensations douloureuses ne sont plus perçues, et on peut ainsi impunément traverser la peau avec une aiguille. Cet état anesthésique ne se produit que dans une zone très peu étendue et qui correspond assez exactement aux portions du derme qui ont été directement en contact avec la solution de cocaïne. En général, elle représente environ un espace circulaire ayant 2 centim. de rayon.

Cette anesthésie complète de la peau dure environ 20 mi-

TR nutes et disparaît ensuite peu à peu. Une heure après, il ne reste plus de traces de ces phénomènes anesthésiques.

On a constaté que pour faire ces injections, le malade devait être couché; dans le cas contraire, c’est-à-dire lorsqu'il est debout ou assis, ces injections hypodermiques peuvent être accompagnées de symptômes généraux. C’est ainsi que les docteurs Bardet et Meyer, ayant voulu faire des expériences sur eux-mêmes, éprouvèrent, une demi-heure après la piqûre, une dilatation notable de la pupille et des symptômes syncopaux tels, que l’un d’eux perdit complètement connaissance et tomba sur le sol du laboratoire, la face absolument pâle et le pouls imperceptible, symptômes quise reproduisaient toutes les fois qu'il voulait quitter la position horizontale.

Jusqu'ici les accidents généraux n’ont jamais présenté de gravité, et, pour déterminer des phénomènes toxiques, il faudrait employer des doses considérables de cet alcaloïde; ainsi, Rigolet à pu injecter, sans inconvénient, dans les veines d’un chien pesant 18 kilogr., 43 centigr. de chlorhydrate de cocaïne. De plus, Bignon (de Lima) a constaté que les Indiens peuvent absorber jusqu’à 40 centigr. de cocaineen mâchant de la coca, sans éprouver de phénomènes toxiques.

Le plus ordinairemeut, pour obtenir des effets anesthésiques, on se sert d’une solution à 2 p. 100 de chlorhydrate de cocaïne. D’après les recherches qu’a faites M. Dujardin- Beaumetz, il est prouvé que l'augmentation de l’anesthésie n’est pas proportionnelle à l'augmentation des doses.

On peut, dans certains cas, employer les pommades de cocaïne ; mais 101 1] n’est pas nécessaire de transformer la cocaïne en chlorhydrate, la dose est la même que pour les solutions. Enfin, on peut ne pas recourir à la cocaïne et utiliser les préparations de la plante elle-même. Delpech, en

particulier, a fait un extrait de coca selon la méthode de la

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