RÉSULTATS DE L'INJECTION
le caillot galvanique et sur les caillots purement passifs. Mais , comme eux, plus qu'eux même, il est inorganisable , et susceptible , par conséquent , de provoquer une inflammation consécutive.
Cette inflammation consécutive constitue certainement le principal danger des injections coagulantes. A l'action irritante du caillot se joint celle du perchlorure. De là , ces abcès , ces gangrènes , qui ont été plusieurs fois observés. — En dosant convenablement les injections , en évitant d'introduire dans le sac un excès de perchlorure , et en se servant de solutions peu concentrées, on arrivera, je n'en doute pas, à diminuer beaucoup la fréquence de ces accidents; mais on ne pourra jamais empêcher le caillot chimique, véritable corps étranger, d'exciter autour de lui une réaction plus ou moins vive. Presque constamment, même dans les cas les plus simples , il survient un peu d'inflammation deux ou trois jours après l'injection qui a fait oblitérer instantanément l'anévrysme. Je pense qu'il doit être possible , dans le plus grand nombre des cas, de maintenir cette inflammation dans de justes limites. Lorsqu'on y réussit, le caillot chimique s'enkyste , comme dans les expériences faites sur les animaux et comme cela a lieu également à la suite de l'injection des varices. Après quoi il peut persister indéfiniment , ou se ramollir et se résorber lentement. Cette dernière terminaison semblait devoir s'effectuer sur un malade que M. Valette, :1e Lyon , avait opéré le 21 juillet 1853, et qui, guéri complètement de son anévrysme, succomba, le 27 décembre suivant, à une affection organique du cœur. L'anévrysme , consécutif à une saignée du pli du bras , présentait dans l'origine le volume d'une noix. Lne seule injection de 13 gouttes à 30° oblitéra immédiatement et définitivement la tumeur. Il ne survint aucun accident. Trois jours après, le malade commença à se promener. Puis la tumeur diminua assez rapidement. Au bout de dix jours , elle n'avait plus que le volume d'une amande , et le vingt-troisième jour, elle ne paraissait pas plus grosse qu'un noyau de cerise. Elle sembla diminuer encore les jours suivants, et on put croire qu'elle était réduite au volume d'un petit pois (1). Toutefois, le malade étant mort cinq mois
(1) Gaz. mècl. de Lyon , 1853, T. V, p 195.
^06 INJECTIONS COAGULANTES.
après l'opération , la pièce fut envoyée à M. Debout qui la disséqua avec M. Robin , et qui la présenta à la Société de chirurgie. Or, cet examen montra que la tumeur était beaucoup plus grosse en réalité qu'elle ne paraissait l'être à travers l'épaisseur des téguments. Elle avait encore 18 millimètres de large, 15 de long et 12 d'épaisseur. Elle renfermait un magma de couleur chocolat offrant la consistance d'une bouillie épaisse. Dans ce magma , on apercevait au microscope une grande quantité d'hématine amorphe, et de petites masses anguleuses , irrégulières, d'un brun noirâtre, constituées par des dépôts de sel ferreux. A la surface interne du sac anévrysmal existait une couche fibroïde de formation nouvelle , due sans doute à la sécrétion plastique provoquée par la présence du caillot chimique (1).
Il est clair que, dans ce cas , le caillot avait été enkysté , qu'il s'était ensuite ramolli et qu'il avait été en partie résorbé. Cette résorption , selon toute probabilité , serait à la longue devenue à peu près complète.
Mais les tissus ne supportent pas toujours aussi bien la présence du caillot chimique, et l'inflammation dont ils deviennent le siège peut aboutir à la suppuration. Quelquefois cette suppuration se produit en dehors du sac, et l'ouverture de l'abcès ne donne pas issue au caillot. Il est probable que cela a eu lieu dans le cas déjà cité de M. Niepce. Un abcès se forma au bout de quelques jours ; on l'ouvrit , et il s'écoula 10 grammes de sérosité purulente. Mais le caillot ne fut pas expulsé , et le malade, parfaitement guéri du reste, conserva dans le jarret une petite tumeur dure et indolente. La couleur du liquide de l'abcès ne permet guère de croire que le pus vînt de l'intérieur du sac. Il s'agissait donc plutôt d'un abcès de voisinage. Au reste, la possibilité de ces abcès de voisinage est démontrée par une expérience de MM. Debout et Leblanc. Trente gouttes de perchlorure à 15° furent injectées dans la carotide d'un cheval. L'oblitération fut immédiate et définitive. Au bout de vingtdeux jours, le cheval fut assommé. Un abcès gros comme une noix , contenant du pus homogène , sans odeur, bien lié, et d'un blanc crémeux , fut trouvé derrière l'artère, dont il était séparé par une couche de tissu cellulaire induré épaisse d'un centimètre. La ca-
(1) Bull, tic thérapeutique, \m , T. XLV1, p, 36.