‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 126 sur 243 · HISTORIQUE. — DESAULT · texte numérisé non relu

HISTORIQUE. — DESAULT

remplacer le 28 février suivant (1). La chose s'est donc passée avant le 9 février 1785, et, selon toutes probabilités, fort peu de temps avant cette époque, car Assalini, qui ne passa qu'un an à Paris et qui partit pour Londres avant la fin de 1785, assista à la tentative de Desault.

Quelques mois plus tard, Desault, devenu chirurgien de l'Hôtel-Dieu, eut à traiter un autre malade atteint d'anévrysme. Cette fois, la tumeur occupait le creux poplité. Toujours dominé par la môme idée, Desault résolut encore d'opposer un obstacle à l'abord du sang dans l'anévrysme. La compression pure et simple n'ayant pas eu, sur son premier malade, l'efficacité qu'il en attendait, il fit choix de la ligature, qui heureurement était praticable, et procéda à cette opération le 22 juin 1785. J'emprunte cette date précise au Journal dit de Vandermonde (2). Partout ailleurs, on se contente de dire que l'opération fut pratiquée au mois de juin 1785. L'observation n'a malheureusement

(1) Pour retrouver la date de cette observation importante, j'ai été obligé de me livrer à de pénibles recherches qui sont restées longtemps infructueuses. J'étais moralement convaincu que cette date était antérieure à celle de la première opération de Desault ( 22 juin 1785 ) ; mais cela ne pouvait suffire, et j'ai dû, dans la lre édition de mon Mémoire sur la compression indirecte , laisser cette question indécise. J'ai môme poussé la réserve jusqu'à laisser à Ford et à ses confrères de Londres ( 24 septembre 1785 ) la priorité de la découverte de la compression indirecte. Tous ceux qui ont écrit la vie de Desault ont copié la biographie placée par Bichat en tête des œuvres de ce chirurgien. Bichat ne pouvait ignorer que son maître était arrivé à l'Hôtel-Dieu en 1785, mais une faute d'impression fixa cette date à l'année 1788. Tout le monde a depuis lors reproduit cette erreur. — Or, le Journal de Vandermonde, au mois de mars 1787, donne à Desault le titre de premier chirurgien de l'Hôtel-Dieu (p. 471), et Assalini, dans son Essai médical sur les vaisseaux lymphatiques , publié à Turin en 1787, parle de deux auptosies qu'il a vu faire au mois de juillet 1785, à l'Hôtel-Dieu de Paris, en présence de Desault. Ces documents m'ayant paru suffire pour réfuter l'erreur de Bichat , j'ai tenu à rectifier la date de la nomination de Desault. Mais j'ai rencontré bien des obstacles. On ne s'imagine pas combien il est difficile de connaître le mouvement du personnel des hôpitaux avant la Révolution de 1789. Les journaux et les ahnanachs du temps n'en font pas mention. Les immenses registres de l'Hôtel-Dieu et de la Charité, que j'ai laborieusement compulsés, nomment scrupuleusement les infirmiers, los religieux et religieuses, les fournisseurs, les administrateurs et les malades, mais on n'y trouve pas une seule fois les noms des médecins et des chirurgiens.

J'étais sur le point de renoncer à cette recherche, lorsque M. Briau a bien voulu me communiquer un numéro du Mercure de France, à la date du 2G mars 1785. Dans la partie intitulée Journal politique de Bruxelles, p. 39, on lit: « Jean-Bapt. -Guillaume Ferrant, « ancien prévost, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu, etc., est mort à Paris, le 9 février 1785. »

D'un autre côté, j'ai trouvé dans les archives de l'Administration centrale des hôpitaux de Paris (salle 3, armoire 84, tablette 6, liasse 37, n° 1435), le plumitif des séances du bureau de l'Hôtel-Dieu, de 1783 à 1790. Dans ce fascicule se trouve l'acte de Domination de Desault à l'Hôtel-Dieu , à la date du 28 février 1785. J'ai pris copie de celte pièce importante, que j'ai publiée dans le n° 33 du Moniteur des Hôpitaux , T. IV, p. 257, 18 mais 1856.

(2) Journal de Vandermonde, 1787, T, I.XX , p, 471.

jamais été publiée dans tous ses détails ; niais tous les auteurs contemporains l'on mentionnée, et les quelques divergences qui existent entre eux sur les suites de l'opération, s'expliquent aisément par la nature même des résultats qui furent obtenus. Le malade survécut pendant onze mois et succomba au bout de ce temps par suite d'une nécrose du tibia. Il en est résulté que les uns ont publié le fait comme un succès, les autres comme un revers. Puis la tradition s'en est mêlée , et l'observation , passant de bouche en bouche, a subi d'autres altérations moins importantes. Après avoir pris connaissance de toutes les relations qui nous en restent, et les avoir contrôlées l'une par l'autre, je crois pouvoir rétablir et compléter cette observation importante :

11e Observation (Desault). — Anévrysme poplité. — Ligature de l'artère poplitée au-dessus du sac. — Rupture du sac sans hémorrhagie le dix-neuvième jour. — Guérison. — Mort onze mois après par suite d'une nécrose de l'extrémité inférieure du tibia.

Le malade, âgé de 30 ans , était d'un caractère inquiet, d'un tempérament sanguin et très-irritable. La tumeur, grosse comme un œuf de dinde , occupait le creux du jarret; c'était un anévrysme vrai de l'artère poplitée. Le membre était empâté et douloureux , les douleurs étaient surtout vives à la partie antérieure et inférieure du tibia (1). Boyer, qui était alors attaché à la clinique de Desault, constata avant l'opération qu'une des branches de l'artère articulaire interne et supérieure était dilatée au point qu'on pouvait facilement en sentir les battements sur le condyle interne du fémur (2). Après avoir préparé le malade, Desault procéda à l'opération le 22 juin 4785. Il fit une incision d'environ deux pouces, à la partie supérieure de la tumeur, et mit à découvert l'artère poplitée, immédiatement au-dessous de l'anneau du troisième adducteur (3). L'artère fut alors séparée du nerf, soulevée et liée. Le pansement fut simple ; on évita surtout de serrer le membre , afin de ne pas gêner la circulation dans les vaisseaux superficiels (4). « Trois heures après , le malade éprouva dans « la jambe un léger sentiment de froid, lequel dura peu de temps, et la « fièvre symptomatique qui s'éleva ne fut pas très-forte. Le sixième jour,

(1) Cailliot. Essai sur l% anévrysme , Thèse inaug., in-8". Paris, an VII (1799), n° 4, p. 69. — Sabatier. Médecine opératoire, Ve édit. Paris, 1796, in-8°, T. III, p. 212.

(2) Cailliot , toc. cit. , p. 16.

(3) Cailliot, loc. cit., p. 69.

(£») Assalim. Essai médical sur les vaisseaux lymphatiques. Turin, 1787, in-S°. Je n'ai pu me procurer Peditioti originale; mais cet ouvrage est traduit textuellement dans le SammluiHj auscrlescner Abhandlungeu. Leipzig, 1792, in-8°, Bd XV. — Le passage cp:eje tiie se trouve à h fin de la page 172,

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« Desault, qui avait placé sous l'artère un fil d'attente au-dessus du premier, « s'en servit pour faire une seconde ligature. L'état de la plaie et celui du « malade promettaient une prompte guérison. La tumeur avait perdu la « moitié de son volume, et l'œdème de la jambe était dissipé. Il ne restait à « désirer que la chute de la ligature ; elle arriva le dix-huitième jour. Le len- « demain , la plaie rendit une assez grande quantité de matière mêlée avec du « sang et il en résulta une disparition presque totale de la tumeur, signe « manifeste de la crevasse du sac de l'anévrysme. Depuis cette époque, la « plaie ne présenta plus qu'une ouverture fistulet;se , et se cicatrisa en peu « de jours (4). » L'anévrysme était guéri; cependant le malade souffrait toujours beaucoup ; les douleurs qu'il éprouvait avant l'opération à la partie antérieure et inférieure de la jambe ne firent que s'accroître; il se forma en ce point un abcès volumineux que Desault ouvrit six mois après la cicatrisation de la plaie du jarret. Le tibia était malade; un séquestre assez volumineux fut extrait, mais le malade mourut deux mois après cotte dernière opération (2), et onze mois en tout après la ligature (3). D'autres ont dit que cette affection du tibia était une carie, ce qui du reste importe assez peu. Boyer, alors élève de Desault, injecta le membre et fit l'autopsie. De larges collatérales s'étaient développées; il y avait, entre autres, dans l'épaisseur du nerf sciatique, un tronc artériel aussi gnos que la radiale. Cette artère, qui paraissait être un rameau de l'ischiatique, descendait jusqu'à la partie postérieure du genou et s'y anastomosait avec d'autres rameaux appartenant aux artères articulaires supérieures (4).

Les personnes intéressées à travestir cette observation importante ont dit que le malade de Desault était mort de l'opération et que John Hunter avait le mérite, assez mince du reste, d'avoir obtenu le premier succès. Or, il est évident, pour quiconque sait lire, que l'opération de Desault, quoicpie traversée par un accident qui aurait pu être grave (la rupture du sac), a été suivie de guérison. Quant à la nécrose de l'extrémité inférieure du tibia , qui n'a été reconnue que neuf mois plus tard et qui s'est terminée par la mort , personne aujourd'hui sans cloute ne sera tenté de l'attribuer à la ligature de l'artère poplitée. Il est pro-

(1) Sabatier, loc. cit. La version de Cailliot ne diffère de ta précédente que par un détail peu important. Le sac aurait suppuré et ne se serait ouvert que le vingt-neuvième jour au lieu du dix-neuvième.

(2) Déguise. Dissert, sur l'anévrysme, Thèses de Paris, an XII, in-a°, n° 252, p. 5U.

(3) Assalim , loc. cit. y Bd XV, s. Î7Û. — Voy. encore Assalini. Manualc di ckiruryia , IS'apoli, 1819, in-8", p. 202.

(U) Cailliot, loc. cit., p. 09 et p. 16. — Déguise, loc. cit. — BOYER. Maladies chirurgicales, lre édiu, T. II , p. 93. Paris, \81U, in-8".

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bable, du reste, que cette affection avait débuté avant l'entrée du malade à l'Hôtel-Dieu, ainsi que semblent l'indiquer quelques-uns des symptômes constatés avant l'opération.

Desault avait donc obtenu un véritable succès , et Manoury nous apprend qu'un nouveau malade atteint d'anévrysme poplité étant entré à l'Hôtel-Dieu vers le 1er mars 1787, Desault lui proposa de l'opérer par la simple ligature. Ce projet ne fut pourtant pas mis à exécution , parce que quelques jours après la tumeur s'oblitéra spontanément (1). Mais un troisième malade, atteint comme le précédent d'anévrysme poplité, se présenta bientôt à l'observation de Desault qui, pour la seconde fois, eut recours à la méthode d'Anel. Avec une abnégation que ses détracteurs anglais n'ont pas su apprécier, ce grand chirurgien, qui avait alors connaissance de l'opération pratiquée par Hunter, n'hésita pas à adopter les préceptes émis par son illustre rival. Il comprit qu'il y avait avantage à placer la ligature loin du sac anévrysmal ; il ne se contenta même pas de remonter jusqu'à la partie inférieure de l'artère fémorale ; il plaça la ligature plus haut, derrière le muscle couturier. Boyer, qui assista à cette opération , nous apprend que Desault , pour mettre à nu l'artère fémorale, se crut obligé de couper le couturier en travers (2). Cette dernière innovation n'était pas nécessaire, mais on s'accorde à reconnaître aujourd'hui que le lieu d'élection du second procédé de Desault est aussi bon, peut-être même meilleur, que celui du procédé de Hunter. Quoiqu'il en soit, le succès des opérations ne dépend pas toujours du choix des procédés. Le premier malade de Desault, opéré suivant un procédé défectueux, avait guéri; son second malade, opéré suivant un bon procédé, succomba (3). Desault mourut lui-même sans avoir eu le temps défaire de nouvelles tentatives; s'il eût vécu plus longtemps, il eût sans doute fait triompher en France la méthode nouvelle que cet insuccès venait de compromettre. Deschamps, qui, à la même époque, avait pleinement réussi dans un cas semblable (4) , n'avait pas assez d'autorité pour détourner ses

(1) Journal de V andermonde , 1787, T. LXXI, p. 434.

(2) Boyer. Malad. chirurg., lre édit. Paris, 1814, in-4°, T. II, p. 1U5.

(3) Cailliot, loc. cit. y p. 72. — Boyer, loc. cit. , p. 159.

(4) Journal de Fourcroy, T. IV, p. 304. Paris, 1792, in-8°.

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compatriotes de la pratique ancienne. L'opération de l'ouverture du sac resta donc sans rivale en France, et ce fut en Angleterre que la méthode d'Anel alla prendre tout son développement.

Mais je viens d'anticiper un peu sur les dates. Il est nécessaire maintenant de revenir de quelques années en arrière.

On a vu que la première opération de Desault avait été pratiquée le 22 juin 1785. A cette époque, John Hunter ne supposait pas qu'il fût possible de guérir un anévrysme par une simple ligature d'artère. Il l'ignorait encore trois mois plus tard , et en voici la preuve catégorique. Le 24 septembre 1785, un homme de 30 ans, nommé Jacques Robson, vint consulter Ford, chirurgien de Londres, pour une tumeur anévrysmale de la cuisse. La tumeur, grosse comme une orange de moyen volume, faisait des progrès inquiétants. Ford, ne sachant ce qu'il fallait faire, réunit en consultation Jackson, Hawkins, John Howard, Pearson, Vaux, Everard Home et John Hunter. « Ils furent tous d'accord « sur la nature de la maladie, et sur l'impossibilité d'apporter « aucun secours au malade par l'opération que l'on pratique « ordinairement dans les anévrysmes. On essaya cependant , de « l'avis unanime de ces messieurs , de faire une compression sur « l'artère à l'aine, mais la douleur nous obligea bientôt à renonce cer à cette tentative (1). » Pour le dire en passant, les huit chirurgiens de Londres firent preuve, dans cette circonstance, d'une ignorance bien étonnante, car la possibililé de guérir les anévrysmes fémoraux par l'ouverture du sac était déjà parfaitement démontrée, et la possibilité de lier sans accidents l'artère crurale était bien plus démontrée encore (2) ; mais l'érudition n'était pas de mode en ce temps-là; quoi qu'il en soit, on peut dire qu'au mois de septembre 1785, John Hunter et son élève, Ev. Home, ne connaissaient pas la méthode d'Anel , ou qu'ils la croyaient du moins inapplicable aux anévrysmes du membre inférieur.

Cependant , les idées de John Hunter ne tardèrent pas à se modifier. L'opéré de Desault était déjà guéri. Hunter avait-il eu connaissance de ce succès remarquable? Cela est possible ; je dirai

(1) London Médical Journal, 1788, vol. IX, part. II, p. 1&9, et dans Journal de Vandermonde , 1789 , T. LXXXI , p. 2M.

(2) Voy. plus haut, p. 212 et 213.

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même que cela est probable, vu l'importance tout exceptionnelle du fait , et vu le grand nombre d'étrangers qui suivaient alors la clinique de l'Hôfel-Dieu. Assalini , qui avait assisté à l'opération de Desault, avait quitté Paris quelque temps après, et s'était rendu à Londres, où il suivait assidûment les visites de St-George's Hospital. Ce fut en sa présence que John Hunter, à son tour, opéra un anévrysme poplité suivant la méhode d'Anel (1).

Cette opération, qui eut un si immense retentissement, fut pratiquée le 12 décembre 1785, six mois après celle de Desault. L'observation , recueillie par Everard Home, a été publiée un grand nombre de fois (2) et je ne crois pas devoir la reproduire. Je me bornerai à en indiquer les détails les plus saillants. Au lieu de chercher le tronc de la poplitée, Hunter fit une très-longue incision à la cuisse au-dessus de l'anneau du troisième adducteur. La gaîne de l'artère fémorale fut mise à nu dans une étendue de trois pouces, puis cette gaine fut incisée à son tour et un stylet aiguillé portant une double ligature fut passé au-dessous des vaisseaux, veine et artère. Un second stylet, armée de la même manière, fut introduit un peu plus bas. Gela fit en tout quatre ligatures, qui furent espacées et nouées séparément, a Ce qui détermina à faire ces ligatures , dit « Everard Home, c'est que chacune d'elles, étant peu serrée, ne a suffisoit pas pour intercepter le passage du sang, ce que faisoient a les quatre ensemble. M. Hunter aimoit mieux comprimer une « grande étendue de l'artère que de faire une forte striction sur un « seul de ses points (3). » L'idée était assez malheureuse; on ne pouvait mieux s'y prendre pour avoir une hémorrhagie consécutive, qui survint effectivement le neuvième jour. Le malade guérit et quitta l'hôpital au bout de six semaines, mais il rentra le 8 mars 1786 pour un abcès qui s'était formé sous la cicatrice. Plusieurs des fils employés étaient restés dans les tissus; ils donnèrent lieu à un phlegmon considérable et très-douloureux et à plusieurs abcès qui retinrent le malade à l'hôpital jusqu'au 8 juillet suivant.

(1) Assalini, dans Sammlung auserlesener Abhandlungen. Leipzig, 1792, in-8°, Bd XV, s. 179.

(2) London Médical Journal, 1786. — Journal de Vandertnonde , 1787, T. LXX, p. 456. — Transactions of a Society for tlie Improvement of Médical and Chirurgical Knowledge. Lond., 1793, vol. I , p. 138. — Œuvres complètes de John Hunier. Paris, 1843, in-8", T. III , p. 660, irad. Richelol. — Assalim. Manuale di chirurgia. Napoli, 1819, in-8°, p. 204.

(3) Journal de Vandcrmonde, T. LXX , p. 458.

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