‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 129 sur 243 · HISTORIQUE. — ANÉL , DESAULT ET HUNTER · texte numérisé non relu

HISTORIQUE. — ANÉL , DESAULT ET HUNTER

a fémorale pour la guérison des anévrysmes poplités et fémo- « raux (1). »

Ce n'est pas Hunter, enfin, qui a découvert le mode d'action de la ligature sur les parois artérielles. Les travaux de l'illustre observateur anglais sur ce sujet difficile, n'ont pas fait avancer la science; ils l'ont fait reculer, au contraire, puisque ie rôle du caillot obturateur, si bien décrit par J.-L. Petit, a été méconnu par l'école de Hunter, et n'a été retrouvé que par les expérimentateurs du xixe siècle.

Sur quoi se basent donc les chirurgiens anglais pour donner à la méthode d'Anel le nom d'opération huntérienne? C'est Hunter, disent-ils , qui a fait connaître le mode d'action de la ligature sur les anévrysmes. — Fort bien; il a donné une théorie, mais depuis quand l'homme qui découvre la théorie d'un phénomène est-il considéré comme l'inventeur de ce phénomène ? Harvey, en démontrant la circulation, a le premier donné la théorie de la saignée. Direz-vous qu'il a inventé la saignée? J. L. Petit a le premier connu le rôle des caillots hémostatiques; direz-vous que c'est lui qui a inventé l'hémostatique chirurgicale? D'ailleurs, voyez où cela vous conduirait : Hunter a ébauché une théorie de la ligature; et si par hasard, comme j'espère le démontrer, cette théorie est inexacte, il faudra clone que la méthode d'Anel change encore une fois de nom? — Mais, dit-on encore, c'est Hunter qui a trouvé le meilleur procédé en appliquant la ligature à quelque distance du sac. — Il est vrai que ce procédé est meilleur en soi que celui de Desault; mais le procédé de Scarpa, qui s'applique plus haut encore, a reçu aujourd'hui la préférence, et la méthode d'Anel s'appellera donc méthode de Scarpa, jusqu'à ce qu'un autre chirurgien ait démontré les avantages d'un autre point d'élection? — Enfin, ajoute-t-on, ce sont les travaux de Hunter qui ont fait pénétrer dans la pratique générale la méthode de la ligature. — Cela est parfaitement certain, et c'est pourquoi le nom de Hunter sera inséparable de l'histoire de la méthode d'Anel. Mais une méthode doit porter le nom de celui qui l'invente et non de celui qui la vulgarise, et on n'attend pas, pour la baptiser, qu'elle ait triomphé de ses rivales. Pendant soixante-

(1) HodgsoNi Malad. des artères et des veines, trad. fr , T. I, p. 268,

quinze ans, de 1710 à 1785, tous les auteurs ont désigné la ligature sous le nom de méthode d'Anel, methodus Anelii, metodo aneliam ; à cette époque , la ligature était dédaignée et méconnue. Anel, de son vivant, porta la peine de sa découverte; il fut accusé d'ignorance et de mauvaise foi ; puis , Molinelli et Bertrandi réfutèrent sa méthode sans ménagement. Personne alors ne lui enviait la gloire d'avoir ouvert une voie nouvelle. Mais un jour est venu où cette méthode proscrite a été acceptée comme un immense bienfait; il s'est trouvé qu'Anel avait devancé son siècle, qu'il avait eu raison contre les préjugés de ses contemporains. Alors, pour le récompenser de ce trait de génie, on l'a dépouillé de sa découverte , et on en a fait honneur à un de ceux qui en avaient profité ! Sic vos non vobis.

On me pardonnera peut-être la longueur de ce plaidoyer, en raison de l'importance de la cause. J'ai tenu à faire passer toutes les pièces sous les yeux du lecteur, au risque de reproduire des arguments qui ont déjà été habilement présentés par M. Velpeau (1), mais qui n'ont pas réussi à convertir les savants d'une nation si longtemps rivale de la nôtre. Il serait temps cependant que le sentiment de la justice prît la place de ces mesquines considérations de nationalité qui sont indignes de la véritable science.

Telle fut l'origine de la grande méthode qui a dominé, depuis la fin du xvnr siècle , toute la thérapeutique des anévrysmes. Malgré l'inévitable opposition des conservateurs du passé, la ligature , déjà triomphante en Angleterre , fut bientôt adoptée en Italie , grâce aux efforts de Palietta , de Vacca et surtout du célèbre Scarpa. — En France , le progrès se fit avec plus de lenteur. Une sorte de fatalité fit échouer la plupart des opérations d'anévrysme exécutées suivant la méthode nouvelle par les chirurgiens les pluséminents de notre pays. « Le malade de Ghopart, celui de « Guérin et les deux malades de Vernet succombèrent. Deschamps « fut plus heureux et sauva deux opérés sur trois , — mais Pelle- « tan, de 1795 à 1801, perdit trois malades sur quatre, et l'en- « semble de ces faits permit de croire que la méthode de la liga- « ture était aussi meurtrière que l'opération par l'ouverture du

(1) Vflpkau. Médecine opératoire, 2e Mit, Paris, 1839, iii-8°, T. Il, p. 81.

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