EXTENSION DE LA MÉTHODE D'ANEL
« sac, si même elle ne l'était pas davantage (1). » J'emprunte ces paroles à Ph.-J. Roux , qui commençait alors ses études et qui vit peu à peu la précieuse méthode d'Anel tomber dans un discrédit à peu près complet. Pendant les quinze premières années de ce siècle, la ligature ne fut exécutée en France qu'un petit nombre de fois. Le bruit des succès remarquables que les chirurgiens anglais obtenaient à cette époque ne parvenait pas jusqu'à nous : le blocus continental arrêtait sur nos frontières les fruits de la science, aussi bien que ceux de la terre et de l'industrie. La traduction française de l'ouvrage de Scarpa ne réussit pas à vaincre d'injustes répugnances ; les ingénieuses tentatives de A. Dubois sur la ligature graduelle firent naître un instant des espérances qui ne durèrent pas longtemps; et le hasard voulut précisément qu'à la même époque , la méthode de l'ouverture du sac, ordinairement si funeste, fournît, entre les mains de Boyer, une belle série de succès. Ainsi s'expliquent les hésitations qui retardèrent, en France, le triomphe de la ligature. Mais, au mois de novembre 1814. Roux lia heureusement l'artère fémorale dans un cas d'anévrysme poplité. 11 opéra de la même manière, le 19 juin 1815, un second malade qui guérit comme le précédent. Trois jours plus tard, l'abdication de Napoléon rendait la paix à l'Europe. Les relations scientifiques , si longtemps brisées entre la France et l'Angleterre , ne tardèrent pas à se rétablir. On apprit alors avec étonnement que les anévrysmesi nguinaux , ceux de la carotide et de la sous-clavière avaient cessé d'être incurables ; qu'Abernethy avait osé lier l'artère iliaque externe (2) , Astley Gooper, la carotide (3), Stevens, l'iliaque interne (4); que Ramsden avait saisi la sous-clavière en dehors des scalènes (5) et que Colles n'avait pas craint d'appliquer une ligature sur le même vaisseau en dedans des scalènes (6). Ces opérations hardies n'avaient pas toujours été couronnées de succès, mais elles avaient mis en évidence les
(1) Roux. Quarante années de pratique chirurgicale. Paris, 1855, in-8°, T. II, p. 89.
(2) En 1796. Aberinethy. Surgical Observations on the Local Discascs and on Aneurism, 8th edit. Lond., 1826, in-8°, p. 300.
(3) Eu 1805. Med. Chirurg. Transactions, vol. I , p. 1 et 222. [U) En 1812. Med, Chirurg. Transactions, vol. V, p. U22.
(5) En 1809. Practical Observ. on Sclerocele, with four Cases of Opération or Aneurism, p. 276 ( cité par Sam. Cooper ).
(6) En 1811, Edinburgh .Médical and Surgic<U Journal , 181ï>, vo!, XI ? p. 2.
ressources presque inépuisables de la circulation collatérale et prouvé que la méthode d'Anel était capable de guérir un grand nombre d'anévrysmes inaccessibles à la méthode ancienne. Sur ces entrefaites, Breschet traduisit le beau livre d'Hodgson, qui acheva de convaincre les plus incrédules. Puis , on apprit que M. Valentine Mott, de New-York, avait reculé plus loin encore les limites de la médecine opératoire ; qu'un malade à qui ce chirurgien avait lié le tronc brachio-céphalique , n'avait pas survécu moins de vingt-six jours à cette effrayante opération, et que pendant tout ce temps la nutrition du membre thoracique droit n'avait pas été compromise (1) ; que le même opérateur avait lié avec un succès complet l'artère iliaque primitive (2) ; qu'enfin Astley Gooper, plus audacieux encore, n'avait pas reculé devant la ligature de l'aorte abdominale (3).
Toutes ces conquêtes brillantes , dues à l'extension de la méthode d'Anel, mirent en évidence la supériorité de cette méthode qui depuis lors a régné presque sans partage sur la thérapeutique des anévrysmes.
Le triomphe de la ligature a été légitime , et si une chose doit nous étonner, c'est qu'il n'ait pas été plus prompt. La routine seule pouvait faire hésiter entre cette opération qu'on appelait la méthode moderne, et l'ouverture du sac qu'on appelait la méthode ancienne. Lorsque ces hésitations ont cessé , on a pu croire un instant que la thérapeutique des anévrysmes touchait à la perfection. Mais si la ligature, comparée à la méthode des anciens, mérite d'être considérée comme excellente , il n'en est plus de même lorsqu'on l'examine en elle-même, lorsqu'on en étudie la valeur absolue. Les espérances qu'elle avait fait concevoir ne se sont pas réalisées , et il a bien fallu reconnaître que cette opération était encore une des plus graves de la chirurgie. Les relevés statistiques ont prouvé qu'elle donnait la mort presque une fois sur trois. Je citerai plus loin ces statistiques, mais le moment n'est pas venu de porter un jugement sur la méthode d'Anel ;
(1) The Médical and Suvgical Regisicr of New-York Hosmtal, by J. Watis, Val. Moit, and Al. Steven. ISew-York, 1818, in*8°, vol. I, p. 8, irad. dans Grœfe's vnd Walther's Journal der Chirurgie. Berlin , 1822, Bd 111 , s. 569, in-8°.
(2) American Journal of Med. Sciences, nov. 1827, et Journal unie, des sciences méd., 1828, t. XL1X , p. 220.
(3) A. Cooper aud B, Tf.avlhs. Surgical Essaya, 3rd edit. Lond., 1818, in-8°, p. 113,