‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 139 sur 243 · GANGRÈNE DU MEMBRE · texte numérisé non relu

GANGRÈNE DU MEMBRE

tandis que les anastomoses artérielles fournissent une ressource définitive. A mesure que ces dernières anastomoses se dilatent , que la circulation naturelle redevient possible, la circulation capillaire recouvre sa liberté première et rentre dans l'état normal. Voilà pourquoi la température baisse graduellement, jusqu'à ce qu'elle soit simplement égale à celle du membre opposé.

Avec tout cela, et grâce au jeu combiné des deux circulations collatérales, la gangrène est un accident assez rare lorsque le cours du sang est intercepté par une ligature. A elles seules les collatérales artérielles laisseraient souvent survenir la gangrène; à elles seules les anastomoses capillaires seraient plus insuffisantes encore; mais ces deux ressources réunies permettent le plus souvent au membre de survivre définitivement à la ligature pure et simple.

Ainsi, sur dix- sept malades qui figurent sur le tableau de M. Norris , et qui ont subi la ligature de l'artère fémorale pour des hémorrhagies , des plaies récentes ou des tumeurs non anévrysmales, il n'y a pas eu un seul cas de gangrène (1).

Pourquoi cependant la gangrène est-elle si commune lorsqu'on traite les anévrysmes par la méthode d'Anel? C'est parce qu'alors il y a souvent une autre condition qui oppose un obstacle puissant au rétablissement de la circulation ; je veux parler de l'oblitération artérielle qui se produit presque inévitablement au niveau de la tumeur.

C'est ici surtout qu'il importe de distinguer le procédé d'Anel du procédé de Hunter.

Dans le procédé d'Anel, il n'y a aucune collatérale entre l'anévrysme et la ligature; par conséquent, l'oblitération due à la ligature , et celle qui s'accomplit au niveau de la tumeur, se confondent en une seule et même oblitération ; le cours du sang se trouve ainsi intercepté dans le tronc artériel depuis la première collatérale qui se détache au-dessus du sac, jusqu'à la première col-

(1) Norris. Statislics of Ligature of the Fémoral Artery, dans American Journal of Med. Sciences, vol. XVIII, p. 329. Philadelphia, 18W, iti-8°. M. Norris ne range que 16 malades dans la catégorie de ceux qui n'avaient pas d'anévrysme. Mais le malade qui porte le n° 9, et qui figure sur le relevé comme atteint d'anévrysme, avait simplement une blessure de l'artère fémorale , datant de trois jours. Ce cas doit donc rentrer dans la catégorie des plaies artérielles, ce qui réduit à 187, au lieu de 188 , le nombre des anévrysmes relevés par M. Norris.

488 MÉTHODE D'AiNLL.

latérale qui naît au-dessous, résultat exactement semblable à celui que produirait une ligature pure et simple. Le procédé d'Anel n'offre donc , sous le rapport de la gangrène, que très-peu de gravite. Peut-être cependant la présence de la tumeur qui comprime, dans certains cas, quelques-unes des artères collatérales, est-elle de nature à rendre la gangrène un peu plus commune à la suite de cette opération qu'à la suite d'une ligature pratiquée sur une artère parfaitement saine.

Dans le procédé de Hunter, les choses changent de face , et les chances de la gangrène sont portées à leur maximum. Cette proposition sera démontrée cliniquement dans le paragraphe que je consacrerai à l'étude des résultats généraux de la ligature. Ici je me bornerai à des aperçus théoriques. Afin de rendre mes explications plus claires, je prendrai un cas particulier, et je supposerai , par exemple , qu'on ait lié l'artère fémorale à sa partie moyenne pour faire oblitérer un anévrysme poplité.

Quelques auteurs ont pensé que cette opération avait pour résultat de rendre constamment le tronc artériel imperméable depuis le niveau de la ligature jusqu'au niveau de l'anévrysme. Si cela était vrai, la gangrène serait presque inévitable; une semblable oblitération survenant graduellement et spontanément suffit déjà pour la produire , ainsi que le prouve l'étude de la gangrène sénile ; les chances de mortification seraient bien plus grandes encore à la suite du procédé de Hunter si ce procédé, dont l'action est brusque, donnait lieu habituellement à une oblitération aussi étendue. Cela n'a lieu que dans des cas tout à fait exceptionnels, et, quoique A. Cooper ait vu guérir sans gangrène un malade chez lequel le procédé de Hunter avait fait oblitérer le tronc artériel du membre abdominal depuis l'origine de la fémorale profonde jusqu'à celle delà tibiale antérieure (1) , il est parfaitement certain que dans l'immense majorité des cas la plus grande partie de l'artère reste perméable entre la ligature et le sac. La poplitée s'oblitère au niveau de l'anévrysme dans une étendue peu considérable, 3 à h centimètres par exemple; la fémorale s'oblitère au-dessous de la ligature dans une étendue à peu près égale; il n'y a rien de bien fixe à cet égard , la longueur des caillots obtu-

(1) Mcd. Chirury. Transactions , vu!. Ji . p. 2j'4 et |>l. VI (Loin!., 1&17, 5nl édil.).

Page 1