ÉLÉVATION DE TEMPÉRATURE
sympathiques qui l'accompagnent, et il y a même longtemps que j'ai mis à profit cette circonstance pour soustraire d'une manière durable les membres postérieurs des animaux à l'action du grand sympathique, en liant et excisant l'artère fémorale dans une étendue de 1 centimètre (1). La théorie de M. Brown-Séquard repose donc sur des données positives , mais elle n'explique pas pourquoi l'accroissement de la circulation capillaire et l'élévation de la température ne persistent que pendant quelques jours. Avant que la plaie ait cessé de suppurer, avant que le fil soit détaché , avant par conséquent que les filets nerveux sympathiques aient pu se cicatriser, la température du membre redevient normale, et on voit disparaître les phénomènes que M. Brown-Séquard attribue à la paralysie des vaisseaux capillaires. Je m'en suis assuré sur un malade qui avait subi la ligature de l'artère iliaque externe dans le service de Blandin. L'élévation de la température cessa à partir du douzième jour, et le fil n'était pas encore détaché huit jours plus tard , époque où le malade mourut. D'un autre côté , Forster et Hodgson , qui ont fait sur ce point les recherches les plus précises , n'ont jamais vu l'accroissement de la température persister plus de trois semaines (2). Par conséquent, sans nier l'influence exercée par la ligature des nerfs sympathiques sur l'activité des vaisseaux, on peut dire que la théorie de M. Brown-Séquard n'explique pas complètement les phénomènes circulatoires consécutifs à l'application de la ligature.
Voici pour ma part comment je comprends la succession de ces phénomènes : au moment de la ligature la circulation subit une atteinte profonde, et le membre se refroidit pour se réchamTer ensuite graduellement à mesure que le sang est ramené par les voies collatérales, tant artérielles que capillaires. Ces deux ordres de voies anastomotiques sont mises simultanément à contribution , mais à des degrés inégaux , qui varient suivant le siège de la ligature et suivant les conditions individuelles. Si les anastomoses artérielles sont larges et nombreuses, la circulation se rétablit promptement; quelques jours, quelques heures suffisent
(1) Paul Broca. De la propagation de l'inflammation, Th. inau .;. Kiis, ISVJ, p. 31.
[2) Hodgson. Malad. des artères, trad. fr., T. I, p. 3^7-3'jS.
pour que les pulsations reparaissent dans les artères inférieures, au poignet s'il s'agit du membre thoracique , au coude-pied s'il s'agit du membre abdominal. Lorsqu'il en est ainsi , les parties refroidies par l'application de la ligature se réchauffent trèspromptement ; la gangrène ne survient jamais , et la température du membre ne s'élève pas au-dessus de l'état normal, parce que le rôle des anastomoses capillaires est faible et passager. J'ai vu lier bien souvent l'artère humérale à la partie moyenne du bras pour des causes très-différentes ; jamais je n'ai vu la gangrène en être la conséquence ; jamais je n'ai vu la température du membre dépasser celle du côté opposé, et plusieurs fois j'ai trouvé le pouls radial parfaitement appréciable le lendemain de l'opération, ou le soir même, au bout de six à huit heures. Tout cela s'explique par le nombre et le volume des anastomoses artérielles du bras.
Lorsque , au contraire, les anastomoses artérielles sont petites et peu nombreuses, il s'écoule toujours plusieurs jours ou même plusieurs semaines, avant que la circulation ne soit rétablie dans les artères, et le membre se gangrènerait inévitablement sans le secours des anastomoses capillaires qui jouent pendant les premiers temps le principal rôle. Si cette circulation collatérale capillaire se développe trop lentement , il y a gangrène prompte , avant même que le membre n'ait commencé à se réchauffer; si elle est un peu moins tardive, la température de la peau s'élève graduellement jusqu'à 2°, 3° et même U° centigrades au-dessus de l'état normal. Qu'on se garde de voir dans ce résultat un indice toujours favorable : on est tenté de croire que le membre est d'autant moins exposé à la gangrène qu'il s'échauffe davantage; c'est une errreur. L'exagération de la température prouve au contraire que la circulation profonde est très-insuffisante , et cela est si vrai qu'on voit quelquefois le sphacèle s'emparer au bout de cinq ou six jours d'un membre qui avait d'abord recouvré et même dépassé la température normale.
Mais cette circulation collatérale capillaire est une circulation contre nature , qui détourne les capillaires de leur destination, qui y bouleverse complètement le cours du sang et qui, entretenue par une cause purement mécanique, doit disparaître en même temps que cette cause. C'est une ressource provisoire,