CAILLOTS PASSIFS
déjà si exceptionnels où une collatérale perméable et très- volumineuse viendrait s'ouvrir directement dans la cavité du sac.
Malgré la persistance de la circulation dans l'artère au niveau de la tumeur, les anévrysmes oblitérés spontanément par des caillots actifs n'ont presque aucune tendance à récidiver. Ces caillots ont une résistance suffisante pour supporter sans se rompre le choc des ondes sanguines, même dans l'aorte où cette pression est à son maximum. — La récidive , d'ailleurs excessivement rare , n'est possible que lorsque la masse fibrineuse se décolle sur un de ses bords , et clans le nouvel anévrysme qui se forme on retrouve, parfaitement intact, le caillot fibrineux de l'anévrysme ancien. Les chances de cette récidive sont toujours très-minimes; elles deviennent à peu près nulles lorsque l'oblitération a été obtenue par l'action de la méthode cl'Anel, parce qu'une grande partie du sang passe alors clans les collatérales et que la tension intérieure du tronc artériel se trouve diminuée d'autant. Je n'ose pas dire que, dans de pareilles conditions, la récidive soit absolument impossible , mais elle est tellement improbable qu'elle ne doit nullement préoccuper le chirurgien.
La conservation de la perméabilité de l'artère n'offre donc pas l'inconvénient signalé par Scarpa ; et elle a le très-grand avantage de faire disparaître la principale cause delà gangrène : loin d'être nuisible , comme on le pense généralement , elle doit , au contraire , être considérée comme favorable. Il en est tout autrement, comme on le pense bien , si l'anévrysme est oblitéré par des caillots passifs, car alors elle expose à divers accidents dont le moindre est la récidive.
DEUXIÈME MODE D'ACTION de la ligature. — Oblitération par des caillots passifs.
L'oblitération par des caillots passifs est fort commune à la suite de la méthode d'Anel. Il est difficile d'en apprécier exactement la fréquence, parce que, dans un grand nombre d'observations, les modifications successives de la tumeur ne sont pas indiquées , de sorte que la plupart des cas où les caillots passifs ne provoquent aucun accident sérieux, restent confondus avec ceux où la guérison s'effectue au moyen des caillot actifs. Malgré cette cause, qui rend nécessairement les recherches incomplètes,
les cas où il est avéré que la méthode d'Anel a produit des caillots passifs sont si nombreux dans la science, que j'en ai sans difficulté rassemblé plus de cent, après quoi je me suis arrêté, jugeant ce chiffre suffisant pour l'étude à laquelle je voulais me livrer.
Dans les cas les plus heureux , les caillots passifs sont tolérés par l'organisme. La tumeur, qui avait paru solide pendant les premiers jours , et qui était même alors assez ferme , au lieu de durcir de plus en plus et de décroître rapidement, se ramollit, devient fluctuante, et ne se résorbe ensuite qu'avec lenteur. Lacoste lia la fémorale pour un anévrysme de la partie inférieure de ce vaisseau : la tumeur durcit d'abord, puis devint mollette, et se dissipa lentement (1). La ligature avait été appliquée trèsprès du sac (procédé d'Anel). Pareille chose eut lieu chez un vieillard; à qui A. Gooper avait lié la fémorale pour un anévrysme poplité ; les caillots se ramollirent le vingt-unième jour, et se résorbèrent ensuite (2). Un autre anévrysme "poplité, opéré par Abernethy, se comporta de la même manière (3). Je citerai encore les cas de MM. Fleming, Lloyd et J.-D. Whright, qui figurent sur le deuxième tableau à la fin du volume (U). Le ramollissement ultérieur des caillots passifs n'a pas seulement l'inconvénient d'exposer les malades à une inflammation sérieuse ; il a de plus , même dans les cas heureux , le désavantage de retarder beaucoup la guérison , parce que la résolution de ces caillots ne s'effectue , en général, qu'avec lenteur. Pelletan lia la fémorale d'une femme atteinte d'anévrysme poplité : la plaie fut cicatrisée le cinquantedeuxième jour. « Pendant ce traitement, la tumeur du jarret n'avait (( perdu qu'un tiers de son volume. On y sentait toujours la prè- « sence d'un fluide à demi coagulé. Il y avait une douleur consia dérable dans l'articulation du genou et dans celle du pied. La « convalescence dura six mois entiers. Ce ne fut qu'au bout de ce « temps, et par le secours d'un bandage compressif, que la jambe a et le pied cessèrent de se gonfler. La tumeur ne disparut qu'au a onzième mois (5). » La résorption fut plus lente encore dans le
(1) Journ. de Sèdillot, T. V, p. 128.
(2) Hodgson. Malad. des artères, tr. fr., T. II, p. 273-275, en note.
(3) Journal de Sèdillot , T. XI , p. 168.
(U) N°» 56, 100 et 162 du deuxième tableau à la fin du volume. (5) Pelletan. Clin, chirurg. Paris, 1810, in-S\ T. I, p. 177.