‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 149 sur 243 · CAILLOTS PASSIFS. — RÉSORPTION · texte numérisé non relu

CAILLOTS PASSIFS. — RÉSORPTION

cas de M. Mason Warren. La sous-clavière avait été liée en décembre 1847, et, en décembre 1848, l'anévrysme axillaire était encore fluctuant (1). Boucbet, de Lyon, lia l'artère iliaque externedans un cas d'anévrysme inguinal. Le sixième jour on trouva de la fluctuation dans la tumeur; l'opéré guérit, mais un autre anévrysme le fit succomber au bout de quatorze mois, et, à l'autopsie, on trouva que la première tumeur renfermait un gros caillot couleur de bois de noyer, mollasse, humide, sans adhérence avec la paroi du kyste (2). C'était évidemment un caillot passif qui , quatorze mois après l'opération, n'était pas encore résorbé. Enfin , dans le cas de Forster, la ligature de la fémorale laissa dans le jarret une tumeur qui , au bout de deux ans, paraissait encore liquide (3). La résorption, selon toutes probabilités, est ensuite devenue complète; mais on n'a pas oublié que les caillots passifs peuvent provoquer des accidents à une époque beaucoup plus tardive , et que , chez deux malades dont j'ai déjà parlé , ces caillots , obtenus par la réfrigération ou par la compression directe, provoquèrent des accidents mortels au bout de trois ans dans un cas , et , dans l'autre cas , au bout de vingtdeux ans (4).

Quoi qu'il en soit , il est certain que , dans quelques cas , les caillots passifs ne donnent lieu à aucun accident sérieux, et n'ont d'autre inconvénient que de prolonger la convalescence. C'est sans doute parce que , chez certains malades , les tissus sont peu irritables , et supportent bien le contact des corps étrangers. II y a une autre circonstance qui semble de nature à atténuer l'action irritante des caillots passifs. Certains anévrysmes renferment déjà, avant la ligature, une couche plus ou moins épaisse de fibrine. Peut-être aussi , dans quelques cas , l'oblitération provoquée par la ligature est-elle en partie passive et en partie fibri-

(1) Gaz. rnèd. de Paris, 1849, p. 926.

(2) Note de Breschetdans la trad. deHODGSON, Malad. des artères et des veines. Paris, 1819, in-8°, T. II, p. 208 à 214. Le rédacteur rie l'observation dit que le caillot était fibrineux ; mais cette assertion est en contradiction avec le reste de la description. La mollesse du caillot , son grand volume, sa couleur foncée, prouvent suffisamment que c'était un caillot passif. Ajoutons qu'il n'était pas feuilleté, et qu'il n'adhérait pas aux parois du kyste. Tous ces caractères sont incompatibles avec l'idée d'un caillot fibrineux.

(3) The Médical and Chirurgical Review. Lond., 1795, in-8°, vol. I , p. 287.

(ù) Voy. plus haut, cas de Reynaud, p. 177, p. 256 et p. 259. — Cas de Freer , p. 178 et p. 280.

neuse. Plusieurs couches de caillots actifs se déposent d'abord dans le sac, et, si un bouchon fibrineux vient ensuite à obturer l'orifice de l'anévrysme , le reste de la poche se remplit de caillots passifs. On comprend ainsi l'existence des deux ordres de caillots dans la même tumeur. Dans les cas de ce genre, les caillots passifs, séparés de la paroi du sac par une couche de fibrine, peuvent perdre leur action irritante. L'un des malades de Moulinié nous en offre un exemple : l'anévrysme occupait la partie inférieure de la fémorale. On appliqua le procédé de Hunter. La ligature tomba le vingt-neuvième jour. « La tumeur anévrysmale « diminuait; sa circonférence se durcissait; le centre seul était fluc- « tuant. Il paraissait probable que cetle tumeur se terminerait par « un abcès. » Malgré cela, la résolution finit par s'effectuer, et le malade put commencer à se lever au bout de quarante jours (1).

Ordinairement les caillots passifs se prolongent jusque dans l'artère, où ils occupent une étendue variable. Mais cette oblitération de l'artère n'est pas constante, et elle n'est quelquefois que passagère; lorsque la circulation redevient un peu plus active, les caillots passifs sont brisés par le choc du sang, le vaisseau redevient perméable au niveau de la tumeur, et l'anévrysme se trouve dans les mêmes conditions que si l'artère n'avait pas été oblitérée.

La persistance de la circulation dans l'artère anévrysmatique n'offre pas d'inconvénients sérieux et offre même quelques avantages réels lorsque l'anévrysme est rempli de caillots actifs. Ici, au contraire, elle a des conséquences qui peuvent devenir trèsnuisibles, et les malades qui n'ont qu'une récidive sont encore les plus heureux.

La récidive survient lorsque l'ondée sanguine , après avoir détruit les caillots passifs qui encombraient l'artère, dissocie et entraîne à son tour ceux qui sont contenus dans le sac. Celui-ci redevient ainsi perméable, et la tumeur dès lors revêt de nouveau tous les caractères des anévrysmes. Ce serait peut-être ici le lieu d'étudier en détail ces récidives dont les auteurs ne se sont pas suffisamment occupés. Mais cette question me paraît digne d'être traitée à part. Ce sera l'objet du paragraphe suivant.

(1) Journal universel et hebdomadaire, 1832, T. IX, p. 230.

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