‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 153 sur 243 · CAILLOTS PASSIFS. — INFLAM. ET RUPTURE DU SAC · texte numérisé non relu

CAILLOTS PASSIFS. — INFLAM. ET RUPTURE DU SAC

Enfin, l'anévrysme s'ouvre quelquefois par un troisième mécanisme. La pression exercée par la tumeur sur les parties molles enflammées détermine la formation d'une eschare dont la chute donne issue au contenu du sac. La production de cette gangrène est favorisée par la présence de la ligature qui intercepte en partie le cours du sang. On sait que les tissus dont la vitalité est déjà compromise se sphacèlent plus facilement que les autres sous l'influence de l'inflammation. La gangrène est ordinairement limitée aux téguments qui recouvrent le sac; mais elle peut s'étendre beaucoup plus loin. Le malade à qui Delaporte avait lié l'iliaque externe pour un anévrysme inguinal alla bien jusqu'au douzième jour. Mais alors la tumeur s'accrut, la peau correspondante devint pourpre et se couvrit de phlyctènes. Cette gangrène gagna la cuisse ; elle descendit en quarante-huit heures jusqu'au voisinage du genou, et le malade succomba le quatorzième jour avant que la mortification ne fût limitée (1).

L'intensité de l'inflammation suffit à elle seule pour déterminer la mort de quelques malades, qui succombent avant même que le sac n'ait eu le temps de se rompre. Cette terminaison est surtout à craindre lorsque l'anévrysme occupe la carotide, à cause de la compression qu'il exerce sur la trachée et sur l'œsophage. La malade sur laquelle la ligature de la carotide primitive fut pratiquée pour la première fois , en offrit un fâcheux exemple. Les ligatures se détachèrent sans accident le onzième jour ; la tumeur continua à décroître jusqu'au quatorzième jour, puis elle s'enflamma et devint tellement volumineuse qu'elle rendit la déglutition tout à fait impossible. L'opérée succomba le dixneuvième jour. A l'autopsie, A. Cooper trouva dans la poche anévrysmale une grande quantité de pus mêlé de caillots sanguins. L'inflammation s'était propagée au larynx et à la trachée (2).

D'autres fois, la tumeur, en se développant, comprime les artères collatérales qui l'entourent et qui, jusqu'alors, avaient entretenu la circulation , de sorte que le membre tombe en gan-

(1) Hôdgsôï*. Malad. des art. et des veinés, édit. française.; Paris,* 1819, in-8«, T.jll, T. 201 ; note de Breschet.

(2) Mcd. CMrurg, Transact., vol. J, p. 5.

Si

grène (1). Il ne faut pas confondre cette gangrène générale avec la gangrène locale qui se manifeste au niveau de la tumeur et qui est beaucoup plus fréquente.

Quelquefois, enfin, le contenu de l'anévrysme, au lieu de se porter vers l'extérieur, ravage le tissu cellulaire, dissèque les muscles, dénude les os, et détermine des lésions tellement profondes que les malades qui survivent conservent un membre difforme, rétracté et impuissant. On a vu le pus et les caillots pénétrer dans une articulation voisine (2) ; les anévrysmes de l'axillaire peuvent même s'ouvrir dans l'intérieur de la poitrine; cette dernière terminaison s'est présentée deux fois. Le premier fait appartient à M. Gross. La sous-clavière fut liée le 18 février 18M; la tumeur anévrysmale s'oblitéra et diminua peu à peu; mais, à partir du 15 mars, elle devint douloureuse; le lendemain, elle disparut tout à coup; elle s'était vidée clans l'intérieur de la plèvre, ainsi qu'on le reconnut à l'auscultation et à la percussion. Le malade mourut le 20 mars, et à l'autopsie on trouva, entre la première et la deuxième côte, une ouverture qui faisait communiquer le sac avec la cavité pleurale ; celle-ci renfermait environ trois pintes de sérosité sanglante où flottaient les débris des caillots de l'anévrysme (3). — L'opéré de M. Bullen fut moins malheureux : la sous-clavière avait été liée le 3 avril 1823 ; le 21, la tumeur commença à s'enflammer, à s'accroître, et donna des signes évidents de suppuration; le 29, le malade, dans un paroxysme de toux, expectora huit onces de pus sanguinolent, et immédiatement après on constata que la tumeur était réduite de moitié. On fit alors à l'anévrysme une ponction qui donna issue à cinq onces de la même matière , et finalement , après avoir présenté des symptômes fort curieux, le malade guérit au bout de quatrevingt-douze jours (4).

Mais les faits de ce genre sont exceptionnels; en général, la tumeur s'ouvre du côté de la peau suivant l'un des mécanismes que j'ai décrits, ou encore, le chirurgien, sans attendre cette

(1) Cas de Hilton, The Lancet , 1851 , vol. 1, p. 641.

(2) Cas de Luke (anév. poplilé), Med. Times and Gazelle, 1853, vol. Il, p. 477.

(3) Western Journ. Med. and Surg., june 1841, — et American Journ. of Med. Se.» 1845, vol. X, p. 19.

(4) Amer. Journ., 1845, vol. X, p. 19, ihé de London Médical Beposilory, vol. \\.

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