INFLUENCE DES SEXES
cipalement sur les artères sous - diaphragmatiques. Les anévrysmes de faiblesse, développés à la faveur d'une altération qui diminue la résistance des parois artérielles et qui survient ordinairement par les progrès de l'âge, reconnaissent pour cause déterminante la contraction pure et simple du ventricule gauche du cœur, et se montrent surtout sur les artères qui reçoivent directement le choc des ondées sanguines. La crosse de l'aorte et les branches qui en naissent en sont le siège le plus habituel. Quant aux artères sous-diaphragmatiques, elles y sont beaucoup moins exposées, parce qu'elles sont plus éloignées du cœur, et que la colonne sanguine , en se réfléchissant au niveau de la crosse aortique, perd une partie de sa violence.
Les anévrysmes spontanés sont beaucoup plus rares chez les femmes que chez les hommes. En moyenne, M. Crisp trouve que les cas recueillis sur les femmes forment un peu moins du huitième du nombre total des anévrysmes. La différence est beaucoup moins prononcée pour les anévrysmes internes que pour les anévrysmes externes.
Ainsi, sur 243 cas d'anévrysmes internes, on voit que les femmes figurent environ pour un cinquième; tandis qu'elles ne figurent que pour un quatorzième (20 sur 283) sur l'ensemble des anévrysmes externes, non compris l'anévrysme de l'artère carotide. Ce dernier anévrysme , par une exception singulière , paraît aussi commun chez la femme que chez l'homme ( 1 3 hommes et 12 femmes). Enfin, il y a une variété d'anévrysmes qui s'observe surtout chez les femmes. Je veux parler de l'anévrysme disséquant. Le tableau de M. Crisp en renferme 21 exemples, dont 14 ont été recueillis sur des sujets du sexe féminin. Cette dernière particularité résulte, sans doute, de la structure des parois artérielles, dont les tuniques sont plus lâchement unies entre elles chez la femme que chez l'homme.
Les professions pénibles prédisposent certainement à l'anévrysme spontané. M. Porter s'est élevé contre cette proposition (1), mais les arguments qu'il a invoqués ne sauraient prévaloir contre F autorité des faits. Il est parfaitement établi qu'en
(1) Porter. Observation on the Surgical Pathology and Treatment of Anewïsm. Dublin , 18W , in-8°, p. 37.
50 ÉTIOLOGIE DES ANÉVRYSMES.
France, par exemple, la presque totalité des anévrysmes spontanés externes s'observe chez les individus de la classe laborieuse. En Irlande, où M. Porter a fait ses observations, on rencontre quelquefois ces anévrysmes dans la classe aisée, mais cela tient probablement à des conditions de race sur lesquelles je vais revenir. On -dit que certaines professions constituent une prédisposition spéciale à l'anévrysme spontané de l'artère poplitée. Ce sont celles qui exigent la flexion permanente des jambes. L'artère poplitée, presque constamment relâchée, se raccourcirait peu à peu et deviendrait tellement courte, que l'extension forcée du membre pourrait la soumettre ensuite à un tiraillement anormal et déterminer la rupture partielle de ses tuniques. C'est ainsi que les cochers, les tailleurs, les gagne-petit, les cordonniers seraient exposés au développement de l'anévrysme poplité. Cette étiologie paraît probable, mais elle est loin d'être rigoureusement démontrée; en tous cas, elle est beaucoup plus rare qu'on ne l'a dit. Guattani avait cru remarquer que l'anévrysme poplité se produisait surtout chez les jockeys , qui sont obligés de se tenir fréquemment debout sur la pointe des pieds derrière les voitures, et chez lesquels la région du jarret est sans cesse soumise à des alternatives de flexion légère et d'extension forcée. L'expérience n'a pas vérifié l'exactitude de cette assertion de Guattani, et la profession de jockey est au contraire l'une de celles qui ont fourni le moins de cas d'anévrysmes en France et en Angleterre. 11 y a dans ces deux pays plusieurs milliers d'individus qui exercent la profession de conducteurs d'omnibus et qui sont obligés de rester debout quinze heures par jour sur le marchepied de leurs voitures, et il se trouve précisément que je ne connais aucune observation d'anévrysme poplité recueillie sur les hommes de cette catégorie.
On ne saurait cependant mettre en doute l'influence des causes mécaniques sur le développement des anévrysmes spontanés en général, et des anévnsmes poplités en particulier. Ceux-ci forment à eux seuls près de la moitié du chiffre total des anévrysmes chirurgicaux; plus que tous les autres, ils ont de la tendance à se produire chez les individus qui exercent des professions pénibles et qui font des efforts considérables avec leurs membres inférieurs, Cette prédilection s'explique assez bien par