CAUSE LOCALE DE L'ANÉVRYSME POPLTTÉ
une disposition anatomique dont M. Verneuil a récemment démontré la haute importance. Contrairement à l'opinion générale, les varices débutent presque toujours sur les veines profondes de la région postérieure de la jambe ; la dilatation veineuse s'arrête brusquement au niveau du point où les vaisseaux tibiopéroniers traversent l'anneau du muscle soléaire, et elle est due à l'obstacle que la contraction de cet anneau musculeux oppose à la circulation en retour (t). Or, il me paraît certain que, dans les mêmes conditions, la circulation artérielle doit être gênée aussi; je pense que l'anneau du soléaire agit sur l'artère poplitée de la même manière que sur les veines profondes de la jambe, et si, d'une part, il dispose ces veines à devenir variqueuses, on comprend que, d'une autre part, il dispose l'artère poplitée à devenir anévrysmatique. C'est ainsi que je m'explique la fréquence des anévrysmes poplités. Au surplus , ce n'est là qu'une hypothèse, et cette cause d'ailleurs, quelque réelle qu'elle puisse être, n'empêcherait nullement l'intervention simultanée des autres causes qui ont été invoquées.
Lorsqu'on étudie la répartition des anévrysmes dans les diverses artères du corps , lorsqu'on songe à la grande fréquence de cette affection sur les grosses artères les plus rapprochées du cœur, lorsqu'on tient compte enfin de l'influence qu'exercent les efforts et les travaux pénibles sur la production des tumeurs anévrysmales spontanées, on ne peut refuser d'admettre qu'il y a quelque chose de mécanique dans la cause déterminante des anévrysmes ; mais cette cause serait le plus souvent insuffisante, si elle n'était pas favorisée dans son action par une altération préalable des parois artérielles , qui constitue la prédisposition aux anévrysmes.
En quoi consiste cette altération ? Quelques auteurs ont pensé que c'était toujours une lésion constituée par un dépôt athéromateux ou calcaire ; que les deux tuniques internes, rendues plus friables, se laissaient ensuite déchirer ou user par l'effort du sang, et que la tunique celluleuse, seule respectée par la lésion primitive, se laissait ensuite distendre sous forme de sac. Dans cette hypo-
(1) Verneuil. Du siège réel et primitif des varices des membres inférieurs, Mém. !u à l'Acad. de médecine, le IU août 1855.
52 ÉTtOLOGIE DES A.NÉVRYSMES.
thèse , que Scarpa surtout a soutenue avec beaucoup de talent , les anévrysmes spontanés seraient toujours mixtes externes. Or, j'ai déjà montré que beaucoup d'anévrysmes débutent par la dilatation simultanée des trois tuniques. Lorsqu'on vient à disséquer ces anévrysmes vrais, on trouve en général qu'il n'y a aucun dépôt, aucun changement appréciable de structure dans les parois artérielles qui sont seulement amincies et affaiblies.
Ainsi, l'altération préalable qui précède l'apparition de l'anévrysme spontané ne constitue pas toujours une lésion appréciable à la vue, et ne se révèle que par ses effets. Tantôt cette lésion est toute locale, et existe seulement dans le point où l'anévrysme doit paraître; tantôt c'est une maladie qui atteint à des degrés divers la plus grande partie de l'arbre artériel. Dans ce dernier cas, plusieurs anévrysmes peuvent simultanément ou successivement se développer sur le même individu. Cette diathèse anévrysmale, assez rare en France où quelques personnes ont été tentées de la nier, est au contraire assez commune dans la Grande-Bretagne. La science possède un grand nombre d'exemples d'anévrysmes doubles ou triples; on trouve quelquefois jusqu'à 10, 20 et même 60 anévrysmes disséminés sur les diverses artères du corps. L'une des plus anciennes observations d'anévrysmes multiples est celle de Donald Monro , qui trouva deux anévrysmes sur le tronc fémoro - poplité du côté gauche , et quatre tumeurs de même nature sur les artères du membre abdominal droit (1). M. Manec a présenté à la Société anatomique plus de 30 anévrysmes recueillis sur le cadavre d'un vieillard (2). Enfin, tout le monde connaît le cas extraordinaire de Pelletan, qui compta sur le même individu jusqu'à 63 anévrysmes.
L'existence de la diathèse anévrysmale ne saurait donc être révoquée en doute ; et il y a lieu de se demander quelle est l'altération des parois artérielles qui se manifeste sous l'influence de cette diathèse et qui précède la dilatation artérielle. On croit généralement que c'est toujours une érosion des deux tuniques internes, consécutive à des dépôts stéatomateux , athéromateux
(1) Essays and Obscrv. Physical and Literavy. Édinburgh , vol. I1T, p. 178, 1771 , m-8".
(2) liuU. Soc. anat., 1827, T. II, p. 188.