COMPRESSION INTERMITTENTE
à la circulation du membre toute sa liberté et toute son énergie. Le succès, alors, est un peu moins certain; il est surtout moins rapide. On peut encore, néanmoins, l'obtenir dans la plupart des cas.
La nécessité de suspendre ainsi la compression d'une manière passagère peut être imposée par deux ordres de conditions : d'une part la douleur trop vive , et d'une autre part l'état de la peau , qui, en vertu d'une susceptibilité trop grande, s'enflamme, s'ulcère , ou même se gangrène dans les points où elle est comprimée. Il faut y joindre les maladies incidentes , et certaines circonstances imprévues , telles que le dérangement de l'appareil , l'usure des vis , la rupture des leviers , etc. De là deux modifications distinctes que l'on peut désigner sous les noms de compression intermittente et de compression interrompue.
La compression intermittente est exigée par l'intensité de la douleur. Lorsque les pelotes ont été appliquées pendant quelque temps, la douleur devient quelquefois intolérable. La précieuse ressource que fournit le procédé de Belmas ne réussit même pas toujours à calmer les souffrances; cela a plus d'une fois découragé les chirurgiens et surtout les malades. Le n" 22 , soumis à une compression fort mal dirigée , témoigna , au bout de six jours, la répulsion la plus vive pour ce mode de traitement , et réclama , suivant le texte , l'opération ou la mort. Un malade de M. Hilton (n° 72) annonça qu'il refuserait désormais de manger et de boire si on ne lui pratiquait la ligature; mais il s'agissait d'un anévrysme de Flmmérale, et les gros troncs nerveux qui entourent ce vaisseau rendent compte de l'intensité de la douleur. Enfin, j'ai déjà dit qu'une malade de Boyer, découragée par la souffrance et effrayée par les eschares qui s'étaient produites à plusieurs reprises sous des pelotes trop serrées , menaça de se suicider si on ne l'opérait pas (n° x). Je cite les cas extrêmes, pour montrer jusqu'où peut aller la douleur. Mais que de fois ce symptôme , porté à un moindre degré, n'a-t-il pas suffi pour faire renoncer à la compression ! Qu'on jette les yeux sur les tableaux que j'ai dressés, et l'on verra que vingt-neuf fois on a abandonné la compression à cause de la douleur. Le mot intolérable, dont je me suis servi dans mes tableaux pour désigner ces cas, ne signifie pas qu'il fût réellement impossible de faire supporter l'action des
pelotes : le mot mtoléré aurait peut-être été plus exact. La mauvaise application des appareils doit certainement être accusée d'une grande partie de ces insuccès ; et la preuve , c'est que nous trouvons 17 cas de ce genre sur les 52 observations du premier tableau, qui est relatif aux faits de la période française, tandis que sur les 163 malades traités pendant la période irlandaise, cette cause d'insuccès n'est notée que 12 fois , c'est-à-dire moins de 1 fois sur 13. Si nous analysons ces 12 cas d'insuccès, nous trouvons que le plus souvent les chirurgiens n'ont pas dit à quel mode de compression ils avaient eu recours ; d'autres fois ils ont abandonné la partie beaucoup trop tôt, et l'on ne peut dire ce qui serait arrivé s'ils avaient persévéré. Voudra-t-on , par exemple , citer comme des insuccès le cas de M. Lawrence (n° %), qui interrompit la compression au bout de deux heures seulement, ou celui de M. Mackensie (n°103), dont la confiance fut épuisée au bout de cinq minutes ? Ce ne serait pas sérieux. Je ne connais que les nos 31, 72 et 106 , où l'on puisse dire réellement que la compression ait été intolérable; mais dans ces trois cas, comme dans tous les autres, je suis convaincu qu'il aurait été possible de la rendre supportable en ayant recours à la compression intermittente. C'est ce qui a eu lieu, du reste, sur 21 malades dont je parlerai tout à l'heure.
Voici comment on applique la compression intermittente : dès que l'action de la pelote est devenue intolérable , ou dès que le malade cesse d'être soulagé par les manœuvres alternatives du procédé de Belmas , on relâche toutes les pelotes pendant quelques minutes , pendant une , deux ou plusieurs heures suivant les cas , et lorsque le malade est reposé , lorsque le membre a , pour ainsi dire , suffisamment respiré , on rétablit la compression jusqu'à ce que de nouvelles souffrances, devenues intolérables, rendent nécessaire une interruption nouvelle. En opérant ainsi on arrive en général à tenir l'artère comprimée pendant la majeure partie du temps ; mais chez quelques malades très-irritables on ne peut pas prolonger cette action au delà de quelques heures par jour. Peu à peu cependant une sorte de tolérance s'établit ; tel malade, qui d'abord ne pouvait supporter les pelotes plus d'une à deux heures sur vingt-quatre, finit par les supporter six ou huit heures, et même davantage. C'est ce qui eut lieu, par