APPAREILS A PELOTES MULTIPLES
Jcviens d'entrer dans des détails de mécanique instrumentale qui ont pu paraître fastidieux , mais qui sont pourtant rigoureusement nécessaires. Le succès de la compression dépend, en grande partie, du choix et de la construction des appareils. Les chirurgiens doivent connaître toutes ces minuties, sous peine d'agir avec un empirisme plein de déceptions. On se trompe grandement , si l'on croit que la méthode compressive , en prenant la place de l'opération meurtrière de la ligature, ait diminué la responsabilité du chirurgien et rendu sa tâche plus facile. Il est incomparablement plus difficile d'appliquer convenablement la compression que de pratiquer les ligatures les plus délicates. Je ne crains pas de dire que la plupart des insuccès de la compression n'auraient pas eu lieu , si l'on s'était toujours servi de bons appareils , et si on les avait bien appliqués et bien maniés. C'est là tout le secret de la différence des résultats obtenus en Angleterre et en Irlande. Tandis qu'à Dublin l'inefficacité de la compression constitue une exception rare, à Londres, au contraire , on est obligé d'en venir à la ligature sur le tiers des malades.
Pour en finir avec l'étude des appareils, disons quelques mots de ceux qui supportent plusieurs pelotes et qui sont destinés à exercer la compression alternative. On remplit en général les indications du procédé de Belmas à l'aide de deux instruments isolés. Pour l'anévrysme poplité , par exemple, on place un compresseur inguinal quelconque sur lé pubis , et un clamp ou un ring sur l'anneau du troisième adducteur. Mais lorsqu'on applique ainsi deux instruments distincts sur le même membre , on est obligé de choisir des appareils qui tiennent peu de place, et qui prennent leur point d'appui sur une surface assez restreinte. On se prive ainsi des avantages que présentent, au point de vue de la précision et de la fixité, les appareils à gouttière. C'est pour remédier à cet inconvénient qu'on a construit des appareils à pelotes multiples. L'instrument employé par M. Rodgers, de New-York (n° 133 ) , supportait trois pelotes. M. Reeves s'est servi d'un compresseur à deux pelotes. Je ne m'arrêterai pas à décrire cet appareil; il suffira de jeter les yeux sur la fig. 37 pour voir de quelle manière il agit et combien il est défectueux. Los pelotes ne possédant qu'un seul mouvement, l'instrument no
peut jamais servir pour plus d'un malade. On ne réussit à rappliquer convenablement que par une sorte de hasard. L'appareil
Fig. 37. Fig. 38»
ompresseur à deux pelotes Compresseur à deux pelotes
de Beeves. de Millikin.
de M. Millikin vaudrait mieux , s'il n'avait l'inconvénient capital de fournir des pelotes beaucoup trop rapprochées (fig.SS). Il serait pourtant très -avantageux de faire reposer les deux pelotes sur le même appareil qu'on mettrait en place une fois pour toutes, avec toute la solidité désirable, et dont on abandonnerait ensuite le maniement au malade. C'est ce qui m'a décidé à faire construire par M. Charrière fils l'appareil suivant, qui peut servir indistinctement pour tous les individus atteints d'anévrysmes des membres abdominaux (fig. 39).
La contre -pression est faite à l'aide d'une unique gouttière rembourrée, qui remonte jusqu'à la partie supérieure de la fesse et descend jusqu'à quatre travers de doigt au-dessus du genou. Une ceinture pelvienne fixe solidement cette gouttière à sa partie supérieure , et il suffit de serrer très-médiocrement la courroie inférieure pour assurer définitivement la fixité de l'ap-s pareil.