MANIEMENT DE L' APPAREIL
battements soient à leur minimum. Il n'y a pas de malade qui ne puisse comprendre cela.
J'ai fait à cet égard un assez grand nombre d'expériences qui m'ont toujours donné le même résultat. Mais ces expériences n'ont porté que sur l'artère fémorale. Il est douteux que pareille chose ait lieu sur les petites artères.
Quelques mots encore sur le manuel opératoire. On doit chercher autant que possible à obtenir une compression continue. On atteint presque toujours ce but grâce au procédé de Belmas. Mais lorsqu'il est impossible de placer plus d'une pelote au-dessus de l'anévrysme, on est souvent obligé de se contenter de la compression intermittente. Dans ce dernier cas, on invite le malade à ne relâcher la vis que lorsque la douleur est réellement intolérable, et à abréger autant qu'il le pourra la durée des interruptions. Il y a des sujets qui dorment très-bien pendant la durée de la compression. La douleur les réveille un certain nombre de fois chaque nuit ; mais il leur suffit d'alterner le jeu des pelotes, ou de les relâcher pendant quelques instants , pour être bientôt capables de reprendre la compression et pour se rendormir presque aussitôt. D'autres malades , plus irritables , perdent complètement le sommeil pendant la durée du traitement, malgré l'usage des narcotiques. Alors, si la guérison se fait attendre au delà de quelques jours, il est nécessaire d'interrompre chaque nuit la compression pendant six ou sept heures. Cette circonstance est défavorable, sans aucun doute , elle retarde la guérison , mais elle ne l'empêche pas.
Lorsque l'état de l'anévrysme indique que le moment est venu de passer à la compression totale , on serre la vis avec une force suffisante, et on redouble, s'il le faut, la dose des narcotiques. Il est de rigueur, ici , que la compression soit continue. Aussi , ne doit-on pas tenter la compression en deux temps chez les sujets irritables ou trop indociles.
Dès que la tumeur est solidifiée, on relâche en partie l'appareil. Ce n'est qu'au bout de trois ou quatre jours qu'on doit l'enlever tout à fait.
Étudions maintenant les phénomènes qui se passent dans les membres soumis à la compression, La douleur est très-variable et quant à son siège et quant à son intensité, Le plus souvent une
sensation pénible naît au niveau de la pelote au bout de quelques instants ; mais ce n'est pas encore une douleur véritable. Chez certains malades, cela ne va pas plus loin ; chez d'autres, au contraire , la gêne s'accroît et se change en une souffrance plus ou moins vive. Celle-ci est tantôt limitée à la surface comprimée , tantôt irradiée dans le membre, sans qu'on puisse toujours en accuser la compression des cordons nerveux. — Grâce au procédé de Belmas et à la compression élastique, on guérit aujourd'hui un grand nombre d'anévrysmes sans provoquer aucune douleur sérieuse.
Il arrive quelquefois que les malades soumis depuis un temps variable à la compression, et déjà habitués à l'action des pelotes, éprouvent tout à coup une douleur extrêmement vive , comparable à celle d'une brûlure, qui part de l'anévrysme, s'irradie jusqu'à l'extrémité du membre, s'accompagne quelquefois de crampes assez fortes, et dure une demi-heure, une heure ou même plusieurs heures consécutives. Ce phénomène, inquiétant pour les malades, est, au contraire, fort rassurant pour le chirurgien. En effet , lorsque la douleur s'apaise, on trouve ordinairement que la tumeur est dure, solide et définitivement privée de pulsations. Les nos 34, 39, 95, 146 , 147, 148 et 157 en offrent des exemples très-remarquables. Il est naturel de penser que cette douleur particulière est due à la compression que la poche anévrysmale, promptement solidifiée, exerce sur le nerf satellite de l'artère anévrysmatique, compression très-facile à concevoir dans le cas d'anévrysme poplité. On peut dire à l'appui de cette hypothèse que presque tous les anévrysmes dont la guérison a été accompagnée d'un pareil cortège de symptômes occupaient effectivement le jarret. Malheureusement pour l'explication, le malade n° 157, atteint d'anévrysme fémoral, a présenté les mêmes phénomènes, et il n'est guère possible de les attribuer à la compression du petit nerf saphène, seul satellite de l'artère fémorale. D'ailleurs, ce nerf ne se distribue pas dans les muscles, et il se trouve précisément que le malade en question a eu à supporter des crampes assez vives. Il y a donc ici quelque chose qui échappe à nos explications.
Abstraction faite de cette douleur terminale, la plupart des malades obtiennent la guérison sans aucune souffrance réelle. Il arrive même souvent que l'application de l'appareil les débarrasse des