MANIEMENT DE L' APPAREIL
Ainsi, sans aucune manœuvre préalable, on fera descendre l'une des pelotes sur l'artère jusqu'à ce que la compression soit partielle, c'est-à-dire jusqu'à ce que les pulsations de la tumeur soient affaiblies.
Alors , on initiera le malade au maniement des pelotes , on lui annoncera la gravité de sa maladie, et on lui fera comprendre que son sort dépend entièrement de son obéissance et de sa résignation ; enfin on lui recommandera de ne pas serrer les vis trop fortement , de ne pas dépasser le degré de la compression partielle, et d'alterner le jeu des pelotes chaque fois que la douleur deviendra trop vive. Ces recommandations sont importantes; s'il y a des malades pusillanimes, il y en a qui sont doués d'un courage inintelligent , et qui , dominés par cet axiome vulgaire qu'il faut souffrir pour guérir, poussent à dessein la compression au delà des limites qu'on leur a indiquées, espérant ainsi rendre leur guérison plus certaine et plus rapide. J'ai déjà parlé d'un malade de M. Bellingham (n° 18) qui fut victime de cette erreur et qui mourut d'un érysipèle pour avoir voulu serrer trop fortement sa pelote. Un autre malade (n° ik) tourna si bien la vis qu'il cassa son appareil, produisit une eschare, et dut subir la ligature (1).
Si le sujet est trop borné , ou trop indocile, on laisse un aide auprès de lui au moins pendant les premiers jours.
La compression, ai-je dit , doit être partielle au début : on se réserve toutefois de la rendre totale en temps opportun, c'est-à-dire lorsqu'on aura obtenu le dépôt d'une couche épaisse de fibrine dans le sac. En un mot , on doit se proposer d'appliquer la compression en deux temps, dont les principes ont été exposés plus haut.
Il n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire au premier abord d'apprécier, et surtout de faire apprécier au malade le degré de pression exercé sur l'artère par la pelote. L'affaiblissement des pulsations de l'anévrysme indique que la compression est partielle , mais cela ne suffit pas : la compression partielle peut être plus ou moins énergique; trop faible, elle n'agit pas assez sur l'anévrysme ; trop forte , elle expose aux inconvénients
(1) Voy. encore plus haut , p. 5ftl , obs. 1U , l'histoire de mon Auvergnat et de son barbier.
de la compression totale. 11 faudrait trouver le moyen de serrer la pelote jusqu'à ce que le passage du sang fût réduit environ de moitié, et l'exploration directe de l'anévrysme ne fournit à cet égard que des renseignements très-incertains. D'ailleurs, pour constater ce caractère , il faut une certaine habitude que tous les malades ne peuvent pas acquérir, et certains anévrysmes sont placés de 'telle sorte que le patient, pour les explorer lui-même , est obligé de se retourner et de faire des efforts qui dérangent les pelotes. Il en résulte une grande difficulté pratique.
L'appareil que j'ai fait construire fournit heureusement un moyen fort simple de résoudre cette difficulté. Composé d'une gouttière absolument fixe , et d'une armature susceptible d'être fixée aussi d'une manière parfaite, cet appareil, comme on l'a vu, supporte un tourniquet à pression élastique. Ces conditions réunies permettent de reconnaître, à première vue, si la pelote agit sur le vaisseau, et quel degré de pression elle exerce sur lui. Dès que la pelote arrive sur l'artère , le sang qui passe au-dessous d'elle la soulève à chaque pulsation , et, grâce à l'élasticité du caoutchouc vulcanisé, la grande vis présente des battements isochrones avec ceux du cœur. Ces battements sont faibles, lorsque la pression est peu énergique ; ils atteignent leur maximum lorsque le calibre de l'artère est réduit environ de moitié. C'est alors, en effet, que le vaisseau réagit avec le plus de force contre la pelote. Lorsque la pression dépasse cette limite, on serait tenté de croire que l'agitation du tourniquet devrait croître en proportion ; l'expérience m'a prouvé qu'il n'en était rien. Cela vient sans doute de ce que la colonne de sang qui traverse encore l'artère est trop petite; elle n'a pas assez de prise sur la pelote, et celle-ci n'est soulevée que très-faiblement à chaque pulsation. Enfin, lorsque la compression est totale, les battements du tourniquet deviennent presque imperceptibles. Ils ne disparaissent pas entièrement , parce que la colonne sanguine, brusquement arrêtée par la pelote, heurte incessamment contre elle. Ce choc, n'étant pas parallèle à la direction de la vis, ne la soulève pas directement, mais il l'ébranlé toujours un peu. Ainsi, pour obtenir la compression partielle, on tournera la vis jusqu'à ce que les battements du tourniquet soient à leur maximum. Pour obtenir la compression totale , on serrera la pelote jusqu'à ce que les