DURÉE DU TRAITEMENT
à ce degré d'amélioration , on doit , pour quelques instants au moins, relâcher les pelotes, rendre à la circulation toute sa liberté , et explorer l'état des pulsations. Si celles-ci sont encore énergiques , on doit continuer l'emploi de la compression partielle ; cela veut dire, en effet, que la solidification n'est pas assez avancée, et que le moment n'est pas encore venu d'appliquer la compression totale.
On attend pour cela que la tumeur, notablement réduite, soit en même temps ferme et élastique au toucher, et qu'une couche épaisse de fibrine soit déposée dans le sac. — Cette couche, par sa résistance , diminue beaucoup la force des pulsations ; d'une part, l'anévrysme ne s'affaisse plus lorsqu'on comprime tout à fait l'artère avec les doigts; d'autre part, il ne se dilate plus lorsqu'on vient à relâcher les pelotes. Enfin , la pression directe ne produit sur son volume qu'une diminution à peine appréciable. Lorsque les choses en sont parvenues à ce point, on peut être certain qu'une bonne partie du sac est occupée par les dépôts fibrineux. La compression partielle , continuée encore pendant un temps suffisant , finirait certainement par compléter la guérison; mais la compression totale, appliquée dans ces conditions favorables, achève la cure avec une grande rapidité. Je n'ai pas à revenir ici sur les preuves que j'en ai données plus haut, ni à reproduire les faits qui m'ont conduit à ériger la compression en deux temps en procédé régulier.
J'ai déjà parlé de la douleur si vive qui annonce quelquefois l'oblitération définitive des anévrysmes. Je ne la mentionne ici que pour mémoire.
La durée du temps qui s'écoule depuis le début de la compression jusqu'au moment de l'oblitération du sac est sujette à beaucoup varier. Je néglige à dessein les faits de la période française, parce que le plus souvent, dans cette période, la compression fut ■ appliquée d'une manière inexacte ou irrégulière , ce qui rendit le traitement extrêmement long dans plusieurs cas, notamment dans les cas de Brûckner, de Boyer, d'Eschards et de Lassus. L'application des pelotes est loin, très-loin, d'avoir été toujours irréprochable pendant la période irlandaise, et il en est résulté que bien souvent le traitement a duré beaucoup plus- longtemps que cela n'était nécessaire, Il me paraît utile , néanmoins , de donner
une idée approximative de la durée moyenne de la compression dans les cas où elle a été couronnée de succès depuis sa renaissance, en 1842.
Les deux limites extrêmes ont été : sept heures et demie dans un cas de M. Edward Hutton (n° 84) et huit mois clans un cas de M. Hiltqn (n° 70).
Plusieurs observations sont incomplètes sous ce rapport. Les auteurs se contentent de dire : la guérison eut lieu en quelques jours , ou en très-peu de jours , ou au bout de quelque temps. Ces indications ne nous apprennent rien. Il n'y a sur mon tableau que 99 cas où le. moment de la guérison soit indiqué avec quelque précision.
Sur ce nombre , la durée de la compression a été :
De 7 § à 24 heures 10 fois.
De 1 à 4 jours 17
De 5 à 9 jours 15
De 10 à 15 jours 11
De 16 à 30 jours 17
De 1 à 2 mois 18
Plus de 2 mois H
Total. . . 99
Ainsi, 53 malades ont été guéris avant la fin du quinzième jour, et 46 ne l'ont été qu'après cette époque. On peut dire, par conséquent, que jusqu'ici la durée moyenne du traitement parla compression a été un peu au-dessous de quinze jours. L'ignorance seule des faits a donc pu conduire M. Syme à affirmer que la compression avait l'inconvénient de guérir les malades beaucoup plus lentement que la ligature , et de nécessiter un séjour au lit beaucoup plus long. C'est là une des assertions les plus malencontreuses qui se puissent imaginer. — A la durée moyenne de 15 jours, ajoutons , si l'on veut, 10 jours encore pour consolider la guérison et pour laisser à la tumeur le temps de durcir et de décroître. Cela ne fait que 25 jours , au bout desquels le malade peut se lever. Or, je le demande à M. Syme lui-même, qui a obtenu de si beaux succès par l'opération de la ligature, lui est-il souvent arrivé de pouvoir renvoyer ses opérés au bout de 25 jours? Que de fois, au contraire, ne s'écoule-t-il pas un ou deux mois avant que la plaie soit cicatrisée et que le danger ait disparu? Au quinzième jour, l'opéré par la ligature est sous le coup de l'hémor-