DÉVELOPPEMENT DES ARTÈRES COLLATÉRALES
de gangrène. Mais ne soyons pas trop sévère, acceptons le fait de M. Busk. Si le traitement par la compression n'écarte pas entièrement les chances de la gangrène, on reconnaîtra du moins qu'il les diminue singulièrement. En effet, vingt-trois malades guéris par la compression pendant la période française , n'ont présenté rien de semblable (voy. le lor tableau), et cet accident n'a eu lieu qu'une fois , on deux fois au plus sur 108 malades au moins , qui de 1842 à 1854 ont dû à la compression indirecte, l'oblitération complète de leur anévrysme. Ces chiffres montrent de la manière la plus catégorique que la méthode compressive réduit vraiment les chances de gangrène à leur minimum. On n'a pas oublié que l'oblitération fibrineuse spontanée des anévrysmes est quelquefois aussi suivie de gangrène (1).
L'étude des collatérales a été faite surtout sur les malades atteints d' anévrysme poplité : la position superficielle de ces vaisseaux permet en effet d'en suivre le développement avec une grande facilité ; je puis me dispenser de les décrire en détail, leur disposition étant exactement la même après la compression qu'après la ligature. Ce sont toujours les artères articulaires qui font les frais de cette circulation supplémentaire , seulement leur dilatation s'effectue beaucoup plus promptement et beaucoup plus aisément à la suite de la compression, parce que le sang, n'étant pas arrêté par un obstacle invincible, comme cela a lieu après la ligature , arrive directement dans le tronc artériel jusqu'au niveau de l'origine des collatérales supérieures.
Au moment où l' anévrysme cesse de battre, les pulsations disparaissent presque toujours dans la pédieuse et la tibiale postérieure; elles y reviennent peu à peu les jours suivants; quelquefois pourtant il s'écoule plusieurs semaines , ou plusieurs mois , avant que ces artères aient recouvré leur pulsatilité naturelle.
Au-dessus de l'anévrysme, le tronc artériel principal continue à battre dans tous les points où il est possible de l'explorer. Ainsi on peut sentir les battements de la fémorale dans toute sa longueur. Ceux de la poplitée sont moins faciles à trouver; cela est dû surtout à la profondeur du vaisseau. Mais il est juste d'ajouter que cette artère , recevant moins de sang depuis que les collatérales sont
(1) Voy. plus haut, p. 188, cas (I'Aveiîy.
dilatées, possède réellement des pulsations moins fortes qu'à l'état normal.
Au niveau de ranévrysme, enfin , l'artère est oblitérée. La tumeur, entièrement solide, ne présente aucun mouvement d'expansion. Il n'est pas impossible , toutefois , que le choc du sang sur la partie supérieure de l'oblitération communique à la partie oblitérée de l'artère un léger ébranlement qui se transmet à la tumeur elle-même. Les cas de ce genre sont assez embarrassants. On peut se demander si cette pulsation obscure ne viendrait pas de ce qu'un petit filet de sang traverserait encore la partie centrale du sac , ou seulement l'artère au niveau de l'anévrysme. Lorsqu'il en est ainsi, on ne doit pas hésiter à exercer sur la tumeur, pendant plusieurs jours, une compression directe avec quelques compresses graduées et une bande roulée serrée très-modérément pour ne pas effacer le calibre des collatérales, dont la position est superficielle.
Quant aux collatérales , leur nombre et l'époque de leur apparition sont très-variables. Dans le cas d'anévrysme poplité, elles peuvent être divisées en trois groupes, suivant qu'elles sont internes, externes ou postérieures. Il est bien entendu que je ne parle pas de toutes les collatérales, je m'occupe seulement de celles qui sont assez volumineuses et assez superficielles pour être découvertes sur le vivant.
Ces collatérales ont toutes une direction à peu près verticale ; leur longueur est en général égale , quelquefois même supérieure à celle du jarret. Leur nombre ne présente rien de fixe. Le malade du n° 92, examiné un mois après la guérison, n'en possédait qu'une seule , située sur le côté interne du genou, tandis que sur le n° UO on en sentait battre au moins six , vingt-quatre heures après l'oblitération du sac. En général, il y en a deux; il est rare qu'on en trouve plus de trois. La plus commune et la plus volumineuse de toutes est celle qu'on désigne, en anatomie descriptive, sous le nom de grande anastomotique , et qui descend sur la partie interne de la saillie du genou. On a trouvé quelquefois deux , et même trois collatérales internes sur le même individu. La collatérale interne principale peut acquérir un volume considérable; elle peut atteindre et dépasser le calibre de la radiale, et alors ses pulsations se constatent a la simple vue (n°16). Les col-