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TUMEURS ÉRECTILES. — VARICES ARTÉRIELLES

la réductibilité, enfin elles sont quelquefois le siège d'un bruit de souffle intermittent. Mais ce souffle, qui fait le plus souvent défaut , est toujours très-doux, et très-faible. Les battements sont expansifs comme ceux de l'anévrysme , mais ils sont beaucoup moins énergiques et l'expansion y est si faible qu'elle est souvent tout à fait inappréciable. Ces tumeurs sont presque toujours situées dans des régions où l'anévrysme ne s'observe pas, attendu qu'elles occupent les vaisseaux capillaires et les extrémités terminales des artérioles , tandis que l'anévrysme ne se montre guère que sur le trajet des artères d'un certain calibre. Le plus souvent superficielles , le plus souvent accompagnées d'un état érectile de la peau, elles reçoivent leur sang d'un grand nombre d'artérioles dilatées et flexueuses, qu'on peut voir ou toucher au delà de leurs limites confuses. Rien de pareil n'a lieu dans l'anévrysme. La compression exercée très-près de la tumeur sur un tronc artériel unique maîtrise les battements de l'anévrysme; la tumeur érectile alimentée à la fois par un grand nombre d'artères ne s'affaisse et ne perd ses battements que lorsqu'on va comprimer au loin le tronc principal d'où émanent tous ses vaisseaux. La compression exercée entre l'anévrysme et les capillaires est suivie de l'ampliation de la tumeur dont les pulsations redoublent d'énergie ; aucune compression , pratiquée en quelque point que ce soit , ne produit un- pareil résultat sur une tumeur .érectile , par la raison fort simple , que celle-ci occupe l'extrémité terminale de l'arbre circulatoire. Il n'est pas nécessaire de pousser plus loin ce parallèle. La cavité de l'orbite est le seul point du corps où il soit possible de confondre ces deux affections l'une avec l'autre. Il est le plus souvent facile d'éviter cette erreur, mais on pourrait la commettre sans beaucoup d'inconvénients , attendu que les tumeurs érectiles artérielles de l'orbite, par une heureuse et singulière exception, réclament à peu près le même traitement que les anévrysnies.

Les varices artérielles sont très-faciles à distinguer des anévrysnies ordinaires. La tumeur qu'elles forment est diffuse , inégale, constituée par des artères tortueuses et dilatées dont les flexuosités se sentent très-bien à travers la peau. Autour d'elle, on sent battre souvent un grand nombre d'artères dilatées qui y aboutissent et y entretiennent les pulsations. Ces caractères diffèrent

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d'une manière complète de ceux qu'on observe dans les anévrysmes artériels ; mais les anévrysmes artério-veineux du cuir chevelu ou de la région parotidienne peuvent être plus difficiles à distinguer des varices artérielles , parce qu'ils se compliquent quelquefois de la dilatation simultanée de plusieurs artères et de plusieurs veines et que la réunion de tous ces vaisseaux allongés, flexueux et pulsatiles , constitue une tumeur diffuse très-semblable à celle des varices artérielles.

Il y a entre ces deux affections plusieurs autres points de ressemblance. Les varices artérielles du cuir chevelu peuvent survenir à la suite d'une contusion; j'en ai récemment publié un exemple (1), et la même cause a donné lieu à un anévrysme artério-veineux chez un malade de M. Laugier (2). Dans les deux cas, le bruit de souffle est tellement fort que les malades l'entendent jour et nuit, et que quelques-uns même en perdent complètement le sommeil. Enfin le souffle de la varice artérielle peut être continu-saccadé, comme celui de l'anévrysme variqueux. Toutes ces analogies rendent quelquefois le diagnostic fort épineux, et l'observation de M. Rufz le prouve suffisamment (3) ; mais il est toujours possible de surmonter ces difficultés en exerçant sur le point où la maladie a débuté, une compression directe qui lait disparaître tous les caractères de l'anévrysme artério-veineux , sans modifier sensiblement ceux de la varice artérielle.

Je rapprocherai des tumeurs variqueuses artérielles certaines tumeurs constituées par la dilatation locale d'une grosse artère qui s'élargit et s'allonge à la fois , et qui décrit deux ou trois flexuosités assez rapprochées l'une de l'autre pour simuler un anévrysme. J'ai vu un cas de ce genre l'année dernière à la clinique de l'Hôtel-Dieu, pendant que je remplaçais M. Laugier. Un homme d'environ soixante-cinq ans , se disant atteint d'anévrysme inguinal , fut admis dans la salle Sainte-Marthe. Une tumeur agitée de battements très-forts , assez circonscrite , et

(1) Bull. Soc. de chirurg. , T. VI, p. 148. Paris , 1856 , in-8°.

(2) La pièce est déposée dans le musée Dupuytren, sous le n° 242. L'observation est rapportée par M. Robert dans son Mémoire sur les varices artérielles, dans Gaz. des Hôpitaux, 1851, p. 123.

(3) Rufz, dans Bulletin Acad. de médecine, T. III, p. 278. A. Rérard a contesté le diagnostic de M. Rufz, mais la dilatation des veines du front , du cou , et même de la veine sousclavière , prouve bien évidemment qu'il s'agissait d'un anévrysme artério-veineux.

FLEXUOSITÉS ARTÉRIELLES. 87-

grosse comme un œuf cle pigeon, occupait le pli de l'aine du côté gauche ; on y entendait un très-léger bruit de souffle , et , en y appliquant le doigt, on y sentait un petit frémissement vibratoire. Un chirurgien habile, qui m'avait adressé ce malade, avait cru à l'existence d'un anévrysme, et je me laissai aller d'abord à accepter ce diagnostic ; mais, en y regardant de plus près, je reconnus que la tumeur était moins circonscrite qu'un anévrysme d'égal volume et que le mouvement d'expansion y était à peine sensible. Examinant l'artère fémorale dans l'aine droite , je trouvai que ce vaisseau , très-dilaté , était en même temps flexueux ; j'y entendis un léger bruit de souffle , et j'y trouvai avec le doigt un thrill aussi prononcé que dans la tumeur pseudo-anévrysmale ; les artères numérales du môme individu étaient dilatées et flexueuses aussi ; en un mot , le système artériel avait subi cette ampliation générale en largeur et en longueur qu'il est si fréquent de rencontrer chez les sujets avancés en âge. Revenant alors à la tumeur inguinale , je pus m'assurer qu'elle était formée par les replis de l'artère fémorale dilatée et flexueuse. M. Laugier, qui voulut bien m'aider de ses conseils dans cette circonstance , me fit surtout remarquer que l'expansion était beaucoup moins prononcée que dans un anévrysme de même volume. Le malade resta quelques jours dans les salles : sous l'influence du repos, la tumeur diminua un peu , et il devint facile alors d'y reconnaître par le toucher les circonvolutions cle l'artère dilatée.

J'ai vu dernièrement un autre fait analogue au précédent. Une vieille femme atteinte de cancer de l'utérus, présentait à la partie inférieure du cou , à droite de la trachée , une tumeur très-pulsatile, réductible, soufflante, eî paraissant un peu plus grosse qu'une noix. La malade affirmait que cette tumeur s'était formée vingt ans auparavant , et qu'elle était depuis lors restée à peu près stationnaire. Le médecin distingué qui donnait des soins à cette femme croyait à l'existence d'un anévrysme de la carotide : la tumeur, en effet, en présentait tous les caractères, et la seule circonstance qui me parût de nature à infirmer ce diagnostic était l'état stationnaire de la tumeur, qui ne s'était pas accrue depuis vingt ans. La malade étant morîe de son cancer quelque temps après, on reconnut à l'autopsie qu'il n'y avait point d'anévrysme, et que le tronc brachio-céphaliquc , plus large et beaucoup plus

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