CONDITIONS DE LA COAGULATION
sans doute, que cela aille jusque-là, — on arrive à cette conclusion que le sang contenu dans la poche est bien loin de se renouveler en entier toutes les cinq pulsations. Au centre de l'anévrysme, et au voisinage de l'orifice, le renouvellement est beaucoup plus prompt, mais vers la périphérie il est beaucoup plus lent. En d'autres termes , il n'est pas exact de dire que la circulation soit cinq fois moins rapide dans le sac que dans l'artère adjacente. Au centre et à l'orifice du sac, cette circulation est presqueaussi active que dans l'artère; à la périphérie, au contraire, elle est peut-être dix ou vingt fois plus lente. (Il est bien entendu que si j'emploie ici des chiffres , c'est seulement pour mieux me faire comprendre; il n'entre pas dans ma pensée de les donner comme exacts, ni même comme approximatifs.)
Cela posé, personne n'ignore que la fibrine du sang , pour conserver l'état liquide, a besoin de mouvement. Lorsque le sang, par une cause quelconque, est tenu en repos, la fibrine se solidifie, forme un réseau qui emprisonne les globules , et constitue un caillot friable et coloré , comme celui qui se sépare du sérum après la saignée. Cette coagulation simultanée de la fibrine et des globules a lieu lorsque le sang est en repos complet , ou lorsqu'il ne se meut que très-lentement. Si le mouvement de ce liquide est un peu plus rapide , mais inférieur cependant au degré d'agitation nécessaire pour maintenir la fibrine à l'état de dissolution , celle-ci se coagulera encore ; mais au lieu de se solidifier instantanément, elle ne le fera que peu à peu; au lieu de constituer un réseau capable d'emprisonner les globules, elle se déposera graduellement sous forme d'une masse à peu nrès homogène. Telle est l'origine des caillots fibrineux qui naissent au moment de l'agonie dans les cavités gauches du cœur et dans les plus grosses artères. Le système artériel , doué d'une action contractile assez prononcée , entretient , même après la mort , dans le sang qu'il renferme, un certain degré d'agitation qui s'oppose, pendant quelque temps, à une coagulation complète, et favorise la formation de quelques caillots fibrineux. Dans les veines dont la contractilité est moins prononcée, le sang stagne presque complètement dès que le cœur a cessé de battre ; aussi le caillot qui s'y forme est-il, en général, constitué à la fois par la fibrine et par les globules , comme le caillot de la saignée.
lit) PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DES A.SNÉVRYSMES.
Au surplus , cette différence entre les caillots qui se forment après la mort dans les deux ordres de vaisseaux ne tient pas seulement aux conditions de mouvement et de repos ; elle dépend encore, en partie du moins, des conditions de plasticité qui ne sont pas les mêmes dans le sang rouge et dans le sang noir, ainsi que je le «montrerai lorsque je parlerai de l'anévrysme artérioveineux.
J'aurai l'occasion de revenir plus amplement sur les deux espèces de caillots que j'ai déjà désignés sous les noms de caillots actifs et de caillots passifs. Les caillots actifs ou fibrineux sont ceux qui se forment sous une influence vitale ; les caillots passifs sont ceux qui se forment lorsque le sang cesse d'obéir aux lois de la vie.
L'influence du repos et du mouvement ne rend pas compte de tous les phénomènes de la coagulation du sang. Il y a une autre influence qui , pour être moins capitale , n'en est pas moins intéressante à étudier : c'est celle qu'exerce sur ce liquide la nature des parties solides avec lesquelles il est en contact. Le contact normal de la membrane interne des vaisseaux entretient la fluidité du sang; tout autre contact exerce une action opposée. Il est difficile de rendre compte de ce phénomène, mais il faut l'accepter comme un des mieux démontrés de la physiologie pathologique.
Toutes les fois qu'un corps étranger est introduit dans l'intérieur d'un vaisseau , on voit des caillots se déposer à sa surface. Une simple aiguille à acupuncture, lorsqu'elle séjourne pendant quelque temps , suffit pour produire ce résultat. Parmi les faits qui mettent en lumière cette influence exercée par le contact des corps étrangers , je n'en connais aucun qui soit plus remarquable que le suivant. Un individu atteint de gangrène sèche des membres inférieurs succombe à l'hôpital de la Pitié , dans le service de M. Laugier. A l'autopsie, on trouve qu'une longue aiguille , introduite dans le corps à une époque inconnue , et par une voie inconnue aussi, traverse d'outre en outre le ventricule gauche du cœur. Un caillot fibrineux est déposé autour de cette aiguille; un autre caillot semblable, détaché du précédent par le choc de la colonne sanguine, occupe et oblitère l'extrémité inférieure de l'aorte, au niveau de sa bifurca-