FORMATION DES CONCRÉTIONS ANÉVRYSMALES
et à l'orifice de l'anévrysme , était extrêmement marqué au contraire clans les couches sanguines les plus extérieures.
Or, ce sont précisément les couches les plus immobiles qui subissent le contact anormal de la paroi du sac ; elles ont, par conséquent , la plus grande tendance à laisser déposer une couche de caillots sur cette paroi.
Quelle sera maintenant la nature de cette coagulation?
Si, d'une part, le sang était à peu près en repos, et si d'une autre part, il ne se renouvelait pas (ceci n'est pas un pléonasme, car un liquide qui ne se renouvelle pas peut ne pas être en repos, tandis qu'un liquide qui se renouvelle lentement peut être dans un état voisin du repos), si, dis-je, la stagnation du sang était à peu près complète, les dépôts seraient constitués par des caillots passifs.
Mais il n'en est pas ainsi dans l'anévrysme sacciforme : les battements de la tumeur maintiennent le sang qu'elle renferme dans une agitation incessante; en outre, le mélange qui s'effectue toujours un peu , même pour les couches les plus extérieures , entre lé sang ancien et le sang nouveau, ne tarde pas à renouveler complètement, au bout d'un certain nombre de pulsations , le liquide contenu dans le sac. Ce ne sont donc pas des caillots passifs qui se forment, ce sont des caillots fibrineux, c'est-à-dire des caillots actifs. Ils se déposent à la surface interne du sac , où ils constituent une couche mince et assez régulière.
Cette couche fibrineuse , exactement appliquée contre les parois de la poche, fera corps désormais avec le sac de l'anévrysme. Sa surface interne va jouer à l'égard du sang liquide avec lequel elle est en contact le même rôle que jouait tout à l'heure la surface interne du sac ; sur elle se déposeront ultérieurement d'autres couches de même nature qui, à leur tour, se recouvriront de couches fibrineuses nouvelles, et ainsi de suite.
Ces dépôts successifs diminuent la capacité de la poche anévrysmale , et deviennent le point de départ de phénomènes im- . portants qui dominent pour ainsi dire toute l'histoire des anévrysmes. J'aurai donc à étudier les propriétés physiques des caillots actifs, leur disposition , les modifications qu'ils subissent et l'influence qu'ils exercent sur les symptômes et la marche de la tumeur.
Le dépôt hbrineux, dès le moment de sa formation , se trouve situé entre la paroi du sac et le sang liquide de l'anévrysme. A chaque diastole , il est refoulé vers la paroi par la pression du liquide intérieur; à chaque systole, il est repoussé vers le centre de la poche par la rétraction élastique du sac. Il est donc toujours comprimé entre une membrane solide et une colonne sanguine dont la résistance n'est jamais vaincue. Par suite de ces pressions continuelles , il s'amincit et se condense , en se dépouillant peu à peu du sérum dont il était imbibé.
Cette condensation est d'autant plus prononcée que le dépôt fibrineux est plus ancien ; elle est donc plus considérable sur les couches les plus extérieures qui se sont formées avant les autres.
Le dépôt des caillots actifs étant graduel , et leur condensation étant graduelle aussi, on devrait s'attendre à trouver les caillots disposés en une masse sinon homogène, du moins partout continue avec elle-même. Or, il n'en est presque jamais ainsi , car toutes les fois que la couche fibrineuse a plus de 2 millimètres d'épaisseur, on voit qu'elle est composée de feuillets concentriques enroulés les uns autour des autres, comme les pellicules de l'oignon.
Les feuillets les plus extérieurs sont les plus minces, les plus résistants et les plus décolorés. Ils offrent une teinte d'un blanc jaunâtre. Les feuillets les plus intérieurs sont plus épais, moins denses et offrent une teinte plus foncée, parce qu'ils sont imbibés d'une petite quantité de sang. Quant aux feuillets intermédiaires, ils présentent des caractères physiques qui établissent la transition entre l'état des dépôts les plus anciens et celui des dépôts les plus récents.
Ces divers feuillets semblent déjà très-distincts les uns des autres sur une simple coupe ; par la dissection et la macération, on réussit aisément à les séparer : néanmoins ils sont assez solidement unis les uns aux autres. Le feuillet le plus extérieur n'est pas seulement appliqué sur la paroi du sac, il y adhère assez fortement, et quelquefois même d'une manière très-intime (1). On a pensé que, dans ce dernier cas, l'adhérence était due à une
(1) Voy. surtout le cas de Baillie dans Transactions o[ a Society for llw Improvement of Med. and Vliirurrj. Knowledge. Lond., 1793, in-8°, vol. I , p. 119.