‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 44 sur 243 · HISTOIRE DES CAILLOTS ACTIFS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES CAILLOTS ACTIFS

artérielles , à s'occuper de la formation des caillots. A cette époque, la chimie n'était pas encore créée, et on donnait le nom de lymphe du sang à la substance qui forme la couenne de la saignée, et que nous désignons aujourd'hui sous le nom de fibrine. J.-L. Petit commence par établir' que la lymphe est la seule partie coagulable du sang, et que les globules ne feraient jamais partie des caillots s'ils n'y étaient emprisonnés par la lymphe solidifiée. Puis il prouve qu'il y a deux sortes de caillots : les uns, décolorés, très-durs et lymphatiques , c'est-à-dire constitués par la lymphe seule; les autres mous, rouges et formés à la fois parla lymphe et les globules (1). Le caillot lymphatique se produit par une coagulation lente et graduelle ; le caillot rouge , au contraire, est le résultat d'une solidification instantanée, comme celle qu'on obtient par le moyen des styptiques (2). Le premier, seul, a la propriété d'oblitérer solidement les vaisseaux (3) ; c'est lui qui remplit les artères des membres atteints de gangrène, et qui empêche alors le sang de couler au moment de l'amputation (4). Ce caillot est même susceptible de s'organiser, en donnant une substance analogue à celle des cicatrices (5). Ces remarques importantes furent perdues : les successeurs de J.-L. Petit continuèrent à croire qu'il n'y avait qu'une seule espèce de caillot. On n'ignorait pas que les concrétions anévrysmales sont beaucoup plus dures et beaucoup moins colorées que le caillot de la saignée, mais on attribuait cette différence à l'ancienneté de la coagulation. La plupart des modernes partagent encore aujourd'hui cette erreur.

Hodgson est , à ma connaissance , le premier auteur qui ait nettement distingué des caillots ordinaires les caillots fibrineux qui se forment dans les anévrysmes (6). Quoiqu'il eût exactement reconnu la nature de ces derniers caillots , ses successeurs ne profitèrent pas de sa découverte. Une théorie erronée empêcha , pendant longtemps encore, le triomphe du progrès. Elle se montra pour la première fois dans le Traité des anévrysmes, pu-

(1) J.-L. Petit. Second Mémoire sur la manière d'arrêter les hêmorrhagies , dans Mém. deVAcad. des sciences, 1732. Edit. in-12, T. 11, p. 543.

(2) Loc. cit., p. 547. — (3) hoc. cit. , p. 546. — (4) Loc. cit. , p. 5UU.

(5) Mém. de l'Acad. des sciences, 1735. Edit. in-12, T. II, p. 599 et p. 601.

(6) Hodgson. Traité des maladies des artères et des veines , trad. fr. par Breschet. Paris, 1819, in-8°, T. I, p. 95.

blié en 1828, par M. James Wardrop (1) , qui la développa plus amplement en 1841 , dans le remarquable article Anévrysme de la Cyclopédie chirurgicale (2). Suivant cet illustre chirurgien, les couches fibrineuses des anévrysmes ne sont point des caillots; elles ne proviennent pas de la colonne sanguine qui traverse le sac ; elles, sont dues à une sécrétion de lymphe plastique effectuée lentement par les vasa-vasorum de la poche anévrysmale. Les effets de la ligature, et surtout ceux de la compression indirecte, ne permettent pas, comme on le verra plus loin, d'accepter cette hypothèse. M. Wardrop lui-même a reconnu l'analogie frappante qui existe entre les concrétions anévrysmales et les caillots fibrineux qui se forment dans le cœur gauche pendant les derniers instants de la vie. D'ailleurs , la lymphe plastique n'est sécrétée en général que sous l'influence d'un travail inflammatoire qui manque dans la plupart des anévrysmes. Dans les transformations successives qu'elle subit en s'organisant, elle ne revêt jamais la forme et la structure si remarquables qui caractérisent les concrétions anévrysmales. Enfin, l'hypothèse de M. Wardrop est en contradiction évidente avec l'état des diverses couches fibrineuses, dont les plus extérieures sont plus denses et par conséquent plus anciennes que les autres. Ce serait le contraire qui devrait avoir lieu si ces couches superposées étaient sécrétées par les parois du sac (3).

Que la membrane du sac puisse s'enflammer, qu'elle puisse alors sécréter de la lymphe plastique , que cette sécrétion puisse se mêler et se combiner avec les caillots et concourir à l'oblitération de l'anévrysme, ce sont là des phénomènes que je ne chercherai pas à contester. Mais ils sont tout accidentels ; ils s'accompagnent d'un cortège de symptômes parfaitement évidents, et ils font naître des dangers redoutables qui contre-balancent

(1) James Wardrop. On Aneurism and itsCvre by a New Opération. London, 1828, in-8°, p. 2.

(2) The Cyclopedia of Practical Surgery , conducted by Costello. Lond., 1841, in-8°, vol. I, p. 208, art. Aneurism.

(3) Au moment de livrer cette feuille à l'impression , je reçois, dans le journal trimestriel de Dublin , un Mémoire de M. W. Colles sur les sacs anévrysmaux ( The Dublin Quarterly journal, n°M, february 1856, p. 53). M. Colles réclame pour son père l'invention de la théorie que je viens d'attribuer à M. Wardrop. Il paraît que cette théorie se trouve exposée dans un manuscrit écrit en 1810 par Colles père. Je ne conteste pas cette antériorité. La priorité de publication n'en appartient pas moins à M. Wardrop, dont je regrette que M. Colles fils n'ait pas cité les travaux.

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